#76. Harold t'Serstevens :
Rencontrer les peuples & forêts du monde
Épisode du 26 mars 2024
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Faire ses premiers pas dans le monde de l'aventure pour aller à la rencontre des forêts du monde, des peuples qui en vivent, et les enjeux auxquels ils font face. Un programme qu'Harold a entamé à 23 ans, après ses études de bioingénieur.Ancien étudiant-entrepreneur, Harold n'a pas froid aux yeux et son enthousiasme soulève des montagnes.
Le voilà donc parti en auto-stop pour Gibraltar, dans l'espoir d'y trouver un bateau pour traverser l'Atlantique.L'aventure lui donnera beaucoup de leçons, notamment celle que rien ne se passe jamais comme prévu, mais que finalement, c'est souvent pour un mieux. C'est cette aventure un peu folle et pleine d'idéal qu'il nous raconte.
Espagne, Maroc, Canaries, Mexique, Equateur, Colombie, Costa Rica... un bien beau trek en perspective pour nos oreilles. Personnellement, sa rencontre avec les Waaronis et les Bribri m'a complètement passionnée.
Episode conseillé à tous ceux qui n'ont pas envie de s'enfermer dans un quotidien morne, qui n'ont pas envie non plus de baisser les bras face à l'urgence climatique, et surtout pour tous ceux qui ont envie de vivre leurs rêves.
Harold t'Serstevens
© Les photos de cette page sont soumises à droits d'auteur.
Waaroni
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"Pour avancer, il faut se concentrer sur ce qu'on peut maîtriser."
Harold t'Serstevens, Storylific épisode 76
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Musique:
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Retranscription de l'épisode
Retranscription de l'épisode - Harold t'Serstevens
AnBé - Bonjour Harold.
Harold t’Serstevens - Salut AnBé.
AnBé - Écoute, ça me fait très très plaisir d'accueillir ici quelqu'un qui connaît si bien le podcast.
Harold t’Serstevens - Mais oui, je les ai tous écoutés deux fois. Donc vraiment, je te remercie pour ton travail aussi parce que dans les moments de galère, on va sûrement en parler. J'écoutais ton podcast, de nombreux épisodes.
AnBé - Merci aussi parce qu’avoir des auditeurs qui contactent et qui me font justement des retours pareils, c'est pour ça que je continue vraiment. Merci à toi.
Harold t’Serstevens - C'est cool, continue encore.
AnBé - Message à tous les auditeurs, n'hésitez jamais à me contacter, ça fait vraiment super plaisir. Et donc toi tu avais un super beau projet, c'est pour ça que tu es là, ce n'est pas parce que tu es simplement auditeur, tu avais vraiment un chouette chouette parcours à partager. Explique-moi un peu quel est le projet que tu viens de boucler.
Harold t’Serstevens - Donc là, je reviens de neuf mois où je suis parti explorer les forêts d'Amérique du Sud et d'Amérique centrale. Et le projet, j'avais envie de l'axer sur trois axes. Le premier axe, c'était plutôt l'axe environnemental et spécialement sur les forêts parce que voilà, là on fait face à des enjeux climatiques. On doit plus les évoquer. Tout le monde est alerté par rapport à ça. Un autre axe, c'était plutôt un axe social où j'avais envie aussi de déconstruire certains préjugés qu'on pouvait avoir par rapport à des cultures lointaines dont on n'a pas forcément conscience qu'on ne rencontre pas dans notre vie de tous les jours et de voir que finalement, on partage tous des passions communes, on partage tous des moments simples en commun, même à l'autre bout du monde. Et ça, ça m'a particulièrement frappé pendant mon voyage. Et le dernier axe c'était plutôt un message caché. C'était celui d'oser aller vers ses rêves pour vraiment quoi qu'il en coûte, peu importe ce qu’il va se passer par la suite, que ce soit un projet de voyage d'entreprise, mais d'essayer quand même et puis de voir ce qui se passera par la suite. Et dans la danse, j'ai emmené quelques écoles avec moi de primaire, donc j'ai eu la chance de pouvoir être accompagné de douze classes de p'tit bouts, dont la classe de tes filles.
AnBé - Ah ouais tu penses, j'ai dit attendez il y a un super projet, il faut faire participer la classe s'il vous plaît.
Harold t’Serstevens - C'était génial parce que les avoir derrière le projet, ça m'a donné vraiment l'énergie aussi pendant le voyage. J'ai réalisé quelques visio aussi pendant avec eux pendant le parcours. Et donc à chaque fois que je sortais d'une visio, moi c'était de nouveau les batteries rechargées à max parce qu'ils posaient des questions trop mignonnes qui étaient super pertinentes en plus, enfin par rapport à l'hygiène, par rapport aux animaux que je croisais parce qu’enfin voilà mon projet c'était vraiment axé sur les forêts donc oui des animaux j'en ai vu plus que plus que ce que je n'en ai jamais vu donc non top expérience avec avec eux.
AnBé - Mais parfois, mes filles revenait en disant "on a vu Harold aujourd'hui". C'est bien alors qu'est-ce qu'il raconte, puis on allait voir les vidéos ensemble sur YouTube puisque tu as une chaîne YouTube, on l'a trouve où au fait, ta chaine ?
Harold t’Serstevens - Sur YouTube, on tape Harold t'Serstevens donc ça c'est peut-être un peu compliqué le nom.
AnBé - On mettra dans les notes de l'épisode. Tu as bien fait partager ça en image et c'est vraiment très très chouette à suivre. En tout cas, les filles ont adoré et ce n'est pas fait spécialement pour les enfants, c'est fait pour tout public, donc on on peut bien kiffer aussi.
Harold t’Serstevens - Oui, tout à fait. C'était vraiment ma volonté en fait aussi de ne pas m'adresser qu'aux enfants donc avec les enfants je faisais aussi des carnets pédagogiques j'en ai fait du coup je comptais en faire plus mais maintenant les aléas du voyage ont fait que j'avais pas toujours…
AnBé - Ça bouffe du temps.
Harold t’Serstevens - C’est énormément de boulot. Donc moi, j'avais via les vidéos, c'est vrai que je m'adressais aussi bien aux enfants de par les images qu’à un public d'adultes qui pouvait plus par le discours se rendre compte de la situation sur place. Donc, c'était un plaisir vraiment de monter ces vidéos aussi.
AnBé - On sent bien le plaisir à les faire, c'est ça, ça se ressent, je trouve. Que ce soit pour une interview qu'on fait avec plaisir ou sans plaisir tout de suite. Moi, c'est pour ça que je fais connaître cette interview qui me prend vraiment plaisir. Sinon, c'est ça s'entend et c'est très désagréable pour l'auditeur aussi.
Harold t’Serstevens - Je pense que dans la toute démarche, c'est chouette d'être sincère parce que sinon.
AnBé - Ouais voila, ça manque.
Harold t’Serstevens - Oui, oui, c'est clair parce que la vidéo la vidéo YouTube, c'était un projet que j'avais depuis longtemps quand même. Je me suis dit, je pars en voyage, l'humain va être au rendez-vous. Enfin, j'en étais convaincu parce que je me mettais vraiment dans le rude, enfin dans le rude à mon échelle, je suis déjà d'office plus rude, mais je savais que l'humain allait être au rendez-vous, mais j'avais envie de développer aussi une autre compétence, une autre skills, plutôt communication, plutôt vidéo. Et c'était toujours, j'avais toujours eu ce rêve-là. Je me suis dit, c'est le moment, sors ta caméra. Enfin, parce que moi, je n'avais jamais touché une caméra avant de faire ma première vidéo YouTube et ça se voit d'ailleurs, la première était claquée au sol. Mais ce qui est cool, c'est que j'ai trois potes cameraman et qui eux, c'est leur métier et donc à chaque vidéo, je recevais un feedback.
AnBé - Ah c'est trop cool ça.
Harold t’Serstevens - Mais vraiment détaillé, écoute Harold, c'est naze, ça, tu pourrais améliorer ça, c'est cool, continue et donc j'ai pu progresser.
AnBé - Oh trop top. Allez, je t'apprendrai un peu l'audio et tu m'apprendras les vidéos.
Harold t’Serstevens - Je pense que pour l'audio, je dois vraiment progresser encore.
AnBé - Allez deal, dis moi un peu quel a été ton parcours ? Alors, on va rentrer dans l'histoire.
Harold t’Serstevens - Ouais, voilà, je suis parti le dix-sept novembre, l'année dernière de Belgique. Je suis parti à pied de chez moi et je suis parti en stop parce que mon projet qui portait des valeurs environnementales, j'avais envie d'utiliser le plus le stop, mais aussi les transports en commun. Et donc je suis parti en stop de chez moi. Après trois minutes, j'ai trouvé une voiture et alors là, j'ai vraiment foi en l'humanité parce que c'était un gars qui venait des Pays-Bas et qui allait voir sa copine à Grenoble pour un week-end.
AnBé - Ah dit donc, le lift, t'as pas du trop te fatiguer jusque-là.
Harold t’Serstevens - Et je lui dis, oui “tu vas… enfin moi je vais jusqu'au Luxembourg, est-ce que tu aurais une petite place pour moi”. Il me dit, “oui oui, j'ai une place pour toi jusqu'au Luxembourg” et là je vois son Waze et je vois qu'il va jusqu'à Grenoble et je suis là “Dan, c'est pile ma route en fait, je peux venir jusqu'à Grenoble avec toi”. Et donc en une seule voiture, j'ai fait Belgique et j'ai carrément été jusque dans le sud de la France. Le lendemain, j'étais à Perpignan, donc vraiment dans le sud de la France. Donc pense que si vous voulez partir en vacances, il ne faut même plus prendre votre voiture, allez-y en stop, en deux jours on y est. Non mais après j'ai eu de la chance je pense. Puis après j'ai descendu toute l'Espagne, donc j'ai arrêté le stop au sud de Barcelone, un peu plus au sud de Barcelone parce que là ça commençait vraiment à devenir compliqué. En Espagne le stop c'est pas du tout commun donc…
AnBé - Ah d'accord.
Harold t’Serstevens - Très compliqué. Les camionneurs sont très peu ouverts d'esprit par rapport à ça en Espagne en tout cas parce que ce n'est pas légal, je pense.
AnBé - Ah oui, voilà, et du coup tout s’explique alors.
Harold t’Serstevens - Oui, c'est ça, ce n'est pas du tout inscrit dans leur culture en fait l'auto-stop, alors qu'en France, ça marche du tonnerre. En Belgique, on ne se pose même pas la question. Donc j'aurais pu le faire, c'est clair, mais j'étais, il était déjà tard, donc on était, j'avais passé un week-end à Perpignan parce qu'il y avait un pote en Erasmus, donc c'était quatre jours après, on était vers le vingt-deux novembre et moi je devais de base aller chercher un bateau pour traverser l'Atlantique. Donc les traversées de l'Atlantique, ça se fait entre début octobre et mi-janvier, on peut dire mi-janvier, février, même plus tard, mais c’est beaucoup plus rare. Et du coup, moi, je n'avais pas envie de louper le coche. Et donc là, j'ai dû prendre des transports en commun pour aller jusqu'au sud de Gibraltar. Et là, Gibraltar, je suis resté deux semaines à la recherche d'un bateau, donc là…
AnBé - Du bateau stop, oui.
Harold t’Serstevens - Ouais, du bateau stop. Je suis resté dans un camp, je ne sais pas si c’étaient des hippies, mais c'était marrant parce qu'il y en a qui disaient, “moi je suis hippie”, d'autres qui disaient “non, pas du tout”. C'est marrant le jugement qu'ils peuvent avoir sur eux-mêmes parfois, et moi ils m'ont vu arriver, ils m'ont dit, “ah toi tu n'es pas un hippie”, je dis “ah non, mais je suis très heureux d'être avec vous”. C'est un super moment vraiment.
AnBé - Ils restent là en permanence ou c'est tous des gens qui attendaient pour le bateau ?
Harold t’Serstevens - Tous des bateaux stoppeurs quasiment.
AnBé - Vous étiez nombreux comme ça ?
Harold t’Serstevens - On était une vingtaine.
AnBé - Ah oui quand même pas mal de monde qui cherchait ouais.
Harold t’Serstevens - Super camp parce qu'en fait, soit on allait faire les courses ensemble et on cuisinait tous ensemble le soir, il y avait vraiment une malle en commun au milieu du camp, donc on se servait comme on voulait et en fait le deal c'était que chacun ramène un petit peu de nourriture chaque jour et à sa manière, avec son budget, donc certains allaient faire les poubelles, d'autres allaient au supermarché, moi du coup j'allais, enfin là c'était début de voyage j'avais encore les moyens donc j'allais au supermarché mais ouais non quelle belle expérience. L'attente sur le port peut parfois être longue, même très très longue. Clairement ici, la patience est le maître mot, mais c'est un bon apprentissage pour moi, ça montre encore une fois qu'on n'a pas tout tout de suite et qu'il faut se battre pour obtenir ce qu'on veut dans la vie. Oui, c'est important de ne pas s'acharner tout le temps sur la recherche de bateau et de prendre parfois un peu de recul et un peu temps pour soi pour tenir dans la durée. Ce qui est cool c'est que Gibraltar est justement connu pour son super levé de soleil avec au sommet une population de macaques de barbarie qui vivent en liberté dans les arbres tout au long de l’année. Ce spectacle me rappelle encore une fois pourquoi je suis parti, il y a tant de choses à découvrir, tant de nature à explorer et même dans endroit si proche de la ville, j'arrive à être totalement ébloui. Et donc j'ai cherché un bateau là pendant deux semaines, ça n'a pas porté ses fruits Puis une fameuse nuit, il y a eu une pluie torrentielle et là tout notre camp était totalement inondé, donc vingt centimètres d'eau. Ma tente a failli partir avec et j'ai failli tout perdre cette nuit-là, c'était c'était un peu dur.
AnBé - Il a failli traverser le détroit en tente comme disait Jean-Marie parce que ce qu'il faut savoir c'est que voilà j'étais souvent en contact avec Harold à ce moment-là qui nous faisait part de ses aventures, et il me disait “tu connais personne qui traverse pour le moment bateau je trouve pas c'est la galère”. Puis j'ai vu la vidéo, le fond de la toile était assez étanche encore à ce moment-là. Mais tu étais sur un matelas aquatique. Il y en a qui paient des des matelas comme ça. Tu te plains. Non mais c'était incroyable. Mon mari il regardait et il dit, “mais, il est sur la flotte là ?”. Non mais en quelque sorte, il est encore sur terre, mais oui effectivement l'eau passe en dessous clairement.
Harold t’Serstevens - Non mais ma tente n'as pas percé, super tente, je pourrai mettre les infos.
AnBé - Ah ouais, là franchement tu faisais la pub, tu l’essayes et tu te dis elle n'a percé mais tout le monde l'achète.
Harold t’Serstevens - Oui, elle était géniale.
AnBé - Tu as trouvé ton sponsor.
Harold t’Serstevens - Ouais ouais, tu trouvais ton sponsor, je vais les contacter, mais vraiment super tente et c'est vrai que j'entendais du bruit à côté de moi, des pas de course, tout le monde s'en allait. Ils étaient là C “Harold Harold Harold”, j'étais là, “qu'est-ce qu'il y a ?”, moi au plus il y avait de la pluie, au mieux je dormais parce que j'étais vraiment sur un matelas comme tu dis aquatique, donc, moi c'était nickel. Ouais non vraiment c'était c'était top et donc après Gibraltar je me suis dit “c'est un signe de la vie”, je pense que je dois plus rester ici de toute façon ça portait pas ses fruits.
AnBé - Les autres, ils arrivent à trouver un bateau ou tout le monde était en galère certains ?
Harold t’Serstevens - Certains oui !
AnBé - Des plus expérimentés peut-être ?
Harold t’Serstevens - T'as tout compris. En fait, moi, je suis arrivé là. Voilà, j'ai de l'expérience, j'ai fait de l'optimiste quand j'étais petit et à la fin je m'ai inventé une croisière de deux semaines en Croatie, mais ce qu'il n'était pas du tout vrai.
AnBé - Ah le gros mytho.
Harold t’Serstevens - Après je ne pouvais pas dire que j'avais beaucoup de skills parce que quand on va traverser un océan, c'est quand même très sérieux, ce n'est pas on joue avec des vies si jamais ça se passe mal, donc ce n'était pas mon but non plus de mentir ou quoi. Mais c'est vrai que, enfin voilà, je mettais d'autres compétences en avant, maintenant tu as beau avoir le plus gros projet du monde à tes yeux.
AnBé - Je peux servir de mât de rechange, je suis grand.
Harold t’Serstevens - C'est ça, mais ouais, mais c'est ce que je dis, tu as beau avoir un chouette projet à tes yeux, ce n'est pas ça qui intéresse les gens. Si jamais ils te prennent pour traverser l'Atlantique, c'est que tu as des skills ou alors c'est que tu sais, enfin vraiment aider d'une manière ou d'une autre sur un bateau. Je pense que je pouvais aider d'une manière ou d'une autre, que ce soit la cuisine, l'entretien, etc. Mais je pense que ça ne suffisait pas et j'ai trop pris ça à la légère en fait. Donc dans ma préparation, je suis arrivé un peu les mains dans les poches en mode c'est sûr qu'on va me prendre, etc. Pas de souci, mais en fait pas du tout et très belle leçon quoi enfin voilà je me dis pas grave enfin c'est pas grave sur le moment…
AnBé - Tu dis ça se fait une petite claque de modestie aussi, la manière dont on te regardait un peu comme une espèce de parasite qui essayait de s'incruster.
Harold t’Serstevens - Mais c'est vrai qu'on en parlait du coup, mais enfin c'est difficile de chercher un bateau. Le rythme est quand même très soutenu. Il y a beaucoup de capitaines, beaucoup de bateaux et il faut y aller quoi. Il faut sortir de sa zone de confort, c'est-à-dire qu'il faut aller vraiment parler avec les gens sur le port, ne pas hésiter à se mettre en avant, etc.
AnBé - C'est toujours une bonne école ça.
Harold t’Serstevens - C'est clair. Et puis à Gibraltar, il y a trois ports en fait, donc un côté espagnol, deux côtés anglais. Donc c'est aussi des distances entre les ports et moi je les faisais tous tous les jours. Donc c'est vingt-cinq kilomètres de marche minimum par jour et en plus tu dois parler, boire des cafés, enfin moi je connaissais le prénom de la petite fille de chaque capitaine quoi la fin. Mais ce n'est pas pour autant qu’ils m'ont pris. Et du coup, après cette fameuse tempête là, où tout le camp était ravagé, je me suis dit, “c'est un signe de la vie, écoute, on se casse”. Donc là, j'ai pris le ferry pour aller au Maroc et j'ai acheté un vieux vélo sur, je dis vélo parce que moi je viens de Liège, donc quand je dis vélo, un vieux vélo sur le marché à Tanger. Et là l'aventure a commencé, j'ai traversé le le Maroc à vélo et en stop jusqu'à Marrakech et ça c'était une expérience de taré parce que là, j'ai vraiment vu ce que c'était l'hospitalité, mais avec un un grand H et aussi…
AnBé - On a des leçons à prendre.
Harold t’Serstevens - On a des leçons, mais de dingue à prendre. Et moi, j'étais vraiment troublé aussi pendant ce moment-là et je pense que justement, on était encore en contact à ce moment-là et je t'en avais déjà parlé, mais troublé aussi de voir que toutes les personnes qui voyaient des voyageurs, tous ces marocains qui voyaient des voyageurs qui m'accueillaient chez eux pour un tajine ou pour dormir chez eux, ils n'attendaient rien en échange, mais aussi ils n'avaient pas voyagé, donc savaient pas ce que c'est, comment c'était ailleurs et ils le faisaient méga naturellement. J'ai finalement trouvé refuge chez Hakim au sommet des montagnes qui m'a permis de poser ma tente dans sa yourte. C'était vraiment une soirée incroyable où on a pu refaire le monde en s'ouvrant vraiment l'un l'autre parce qu'on savait qu'on ne se reverrait peut-être jamais. Enfin moi, ça m'a frappé parce qu'en Belgique, tout le monde ouvrirait pas sa porte comme ça pour pour accueillir quelqu'un qui vient en vélo comme ça par hasard, enfin je suis sûr que non. Nous on le faisait quand on était au scout.
AnBé - La méfiance, etc. Surtout il faut, c'est vrai qu'il n'y rien à faire comme ils le disent aussi dans "nu et culotté" les deux qui font "nu et culotté" on viendrait d'un autre pays dans une autre couleur de peau ça passerait peut-être beaucoup moins bien on s'en rend compte on est des gros privilégiés à ce côté-là.
Harold t’Serstevens - C'est clair. Ouais j'osais pas le dire.
AnBé - Le racisme ordinaire, oui, oui.
Harold t’Serstevens - C'est exactement ça, vraiment, vraiment. Et c'est incroyable comme c'est hyper spontané aussi de leur part.
AnBé - Ah c'est une leçon.
Harold t’Serstevens - Je me rappelle, je poussais mon vélo en fin de journée parce que je n'en pouvais vraiment plus, parce que ce n'était pas la bête de vélo, j'ai fait avec les moyens que j'avais et j'en pouvais vraiment plus et là tu as un camionneur qui baisse sa fenêtre et tu as mangé le tajine “j'étais là, non, pas encore, je n'ai rien mangé”. Et il me dit “mais viens, viens manger”. Et on se pose sur le trottoir, puis on mange le tajine ensemble. Puis tu as un gars qui passe par derrière “et tu viens d'où ? Tu vas dormir où ?” Je suis là, je ne sais pas où je vais dormir. Il dit “tu viens à la maison, etc”. Et là, je me retrouve sur le sol du salon, sur le tapis, à dormir avec toute la famille, enfin dans une ferme. C'est vrai que c'est des images que pour le coup, je n'ai pas mis en images toutes ces choses-là, parce que moi… Enfin j'ai quand même la photo je pense que je l'avais publié…
AnBé : Oui tu en avais mis nous deux sur les réseaux, ouais j'avais vu genre ça aurait bien se passer c'est cool.
Harold t’Serstevens - J'ai quand même quelques photos de quand je mangeais la tajine avec le gars justement et puis que l'autre m'agrippe par derrière, ça c'était un super souvenir. Ouais. Le Maroc ça c'était un des pays où ça m'a le plus frappé pour l'hospitalité, j'en suis vraiment, tout trouble, j'étais tout troublé quoi sur le moment, j'étais là pourquoi moi en fait, c'est exceptionnel quoi. Puis aussi dans le monde du cyclisme là-bas au Maroc, une grande entraide. Donc c’est vrai que je pense qu’il y a eu beaucoup de galères.
AnBé - Ah ouais et il a tenu le coup ton vélo.
Harold t’Serstevens - Oui, oui, il a tenu le coup. Finalement, il a le coup. Juste le pneu, enfin, je touchais la chambre à air à la fin et puis, enfin, oui non, ce n'était vraiment pas une bête de vélo, mais je l'ai donné du coup à un ami en partant, il était content, enfin, c'était très bien comme ça de toute façon, je n'allais pas le garder.
AnBé - Mais non.
Harold t’Serstevens - Je ne pouvais pas continuer avec donc. Oui, donc après cette traversée du Maroc, j'ai rejoint les Canaries.
AnBé - Tu avais visité quelques forêts par là ou des, tu avais visité quelque chose, je me souviens quand t'étais par là ?
Harold t’Serstevens - Oui, les forêts du Moyen Atlas.
AnBé - Moyen Atlas.
Harold t’Serstevens - Je me suis perdu dans les forêts de cèdre là-bas, c'était impressionnant.
AnBé - Qu'est-ce que tu en retiens ?
Harold t’Serstevens - Je suis très mitigé en fait sur place, c'est très compliqué en fait dans ces forêts-là parce qu'il y a des problèmes de surpâturage. Au Maroc, c'est vraiment inscrit dans leur culture, tout ce qui est élevage des moutons.
AnBé - La vie pastorale.
Harold t’Serstevens - Et des chèvres et ça impacte assez fort la végétation sur place et aussi la régénération naturelle. Donc, ce qui fait que pour se reprendre toute seule, la forêt là-bas a beaucoup de mal. Maintenant, c'est compliqué aussi de jeter la pierre sur les éleveurs parce que pour eux, c'est leur moyen de se nourrir aussi tout simplement. Donc, c'est très la situation sur place, c'est compliqué, pas évidente, mais enfin c'était quand même somptueux. Je veux dire, c'est des essences magnifiques, donc cèdre de l'Atlas là principalement et cèdre du Liban. Donc c'est vraiment un mélange des deux et ça fait, ça dessine vraiment des paysages magnifiques très courbés et des arbres immenses qui ont parfois plus de huit cents ans. Donc on se retrouve vraiment dans une nature qui a traversé les siècles quoi donc, mais pour se régénérer, c'est très compliqué.
AnBé - Besoin qu'on laisse pousser quoi.
Harold t’Serstevens - Ouais, et c'est ça.
AnBé - S'il y a des biquettes qui viennent manger toutes les nouvelles petites pousses, ça ne le fait pas.
Harold t’Serstevens - Exactement.
AnBé - Là, tu as eu une première approche des enjeux.
Harold t’Serstevens - Voilà et j'ai expliqué ça un peu mieux dans une vidéo notamment sur YouTube. Donc si les enjeux intéressent, n'hésitez pas à les regarder.
AnBé - C'est peut-être le moment de placer la question d'Amandine. Amandine - “Bonjour Harold, as-tu vu des nouvelles sortes d'arbres et des très très vieux arbres des temps des dinosaures ?”
Harold t’Serstevens - Merci à Amandine pour sa question d'ailleurs. Et évidemment oui j'ai vu des très très vieux arbres que ce soit au Maroc déjà, ces arbres de plus de huit cents ans et en forêt amazonienne également où j'ai vu des arbres immenses, mais vraiment gigantesques. Après, c'est vrai qu'ils sont moins grands qu'en Afrique de manière générale, mais il y a plus de diversité et c'est fabuleux en fait de se retrouver à côté des arbres comme ça avec en forêt amazonienne, ils ont des grands contreforts. Je ne sais pas si tu vois ce que c'est. Donc pour ceux qui ne savent pas, c'est, en fait, la forêt amazonienne, elle a un sol qui est très pauvre organiquement. Donc seuls les premiers centimètres de sol sont…
AnBé - Nourriciers.
Harold t’Serstevens - Nourriciers, oui, on peut dire ça, et contiennent de la matière organique nécessaire pour la survie de l'arbre. Et du coup, les arbres, ils ont utilisé une une technique qui est de mettre des contreforts et c'est en fait des espèces d'échasses qui leur permettent de se maintenir en place. Et ces échasses sont, mais gigantesques. Et se retrouver un petit humain à côté d'un arbre qui a certainement des centaines d'années et d'une telle taille, c'est hyper intimidant et on se sent vraiment tout petit à côté de cette nature toute puissante comme ça, mais en même temps, on peut voir les dégâts qu'on peut faire aussi. Enfin voilà, c'est super triste quoi. Tu te dis en quelques minutes, on peut abattre le travail de plusieurs siècles, c'est horrible.
AnBé - Donc tu as vu des vieux arbres quand même.
Harold t’Serstevens - Oui, des très très vieux arbres.
AnBé - Des arbres que tu n'avais jamais vu de toute ta vie.
Harold t’Serstevens - Oui, oui, à fond, déjà prenait tout le temps. Mais alors, c'était marrant parce que j'étais chez les Waaroni. AnBé - Il faut rappeler que tu as étudié les forêts et c'est ta spécialité, t'as fait exactement comme diplôme exactement ?
Harold t’Serstevens - J'ai fait études de bio ingénieur en gestion des forêts à Gembloux près de Namur en Belgique. Oui, donc moi, c'est mon kiffe depuis que je suis tout petit, les forêts, c'est là où je passe le plus clair de mon temps depuis que j'ai, enfin depuis que je suis né, voilà, j'ai un père qui…
AnBé - T'as raison.
Harold t’Serstevens - Oui, oui, qui est là-dedans aussi. Mon papa travaille un peu là-dedans aussi. Donc j'ai toujours été baigné dans ce milieu-là. C'est ça que j'avais vraiment envie de réaliser un projet par rapport à ça. Alors j'ai dit que mon projet, c'était d'explorer les forêts du monde et c'est vrai. Maintenant, je ne saurais jamais explorer toutes les forêts du monde, mais c'est un projet de vie pour moi. C'est à chaque fois que je partirai en vacances, ça sera pas loin d'une forêt Il faudra s'arranger en tout cas, donc pour que j'aille la visiter. Non mais non, c'est ma passion clairement, c'est là où je me sens bien, c'est une forme de méditation, c'est, il y a tout en forêt en fait.
AnBé - Là tu parles à quelqu'un qui allait en forêt tous les jours avant d'avoir les enfants, c'est clair, je pouvais pas m'en passer. C'était mon truc aussi, c'est tellement de vertus en fait. Donc voilà pour les arbres, mais donc tu en as découvert.
Harold t’Serstevens - Ouais, c'est clair. Mais alors, il y a une petite anecdote qui est quand même marrante, c'est que j'étais aussi chez les Waaroni, chez les indiens en Équateur et là à chaque fois que je leur demandais “c'est quoi cet arbre-là ?”, ils me disaient, “c'est un arbre”. J'étais là, “ah oui, mais c'est quoi l'arbre ?” “C'est un arbre”. Ah ok ok, on ne va pas pousser plus loin. "es un árbol" Il disait ça, j'étais là, oui "muy bien".
AnBé - Mais pourtant, pour eux, c’était certainement même à la limite des individus puisqu'on va en reparler, mais c'est très animiste, donc c'était pas un manque d'intérêt en tout cas, ça c'est certain.
Harold t’Serstevens - C'est clair, c'est clair.
AnBé - Du coup ça amène à la à la question tout naturellement de mon autre petite fille.
Valentine - Bonjour Harold, comment tu faisais pour comprendre les gens qui ne parlaient pas ta langue ?
**AnBé -**Tu as dû rencontrer beaucoup de gens où il n'y avait pas de langue commune, enfin tu as parlé de mieux en mieux espagnol quand tu étais là-bas. Au Maroc, t'as rencontré que des gens qui parlaient français aussi ou pas ?
Harold t’Serstevens - Ah oui, pour le coup, au Maroc, moi j'étais vraiment plus souvent avec des gens qui parlaient pas français ou parce que j'étais tout le temps dans les campagnes, en fait. Donc soit ils avaient vraiment des bases de français ou alors on faisait des gestes parce que moi je ne parle pas, je ne parle pas arabe, donc là pour le coup, c'était difficile. Mais eux arrivaient à communiquer en général en français ou alors on faisait simplement des gestes et ils me disaient. On montrait les gestes pour manger. Les gestes pour boire. Et alors le pour boire le thé, quand il le faisait là, moi, c'était, je sautais au plafond. J'étais évidemment super content.
AnBé - Les grands gestes pour montrer le trait d'eau qui va bien haut.
Harold t’Serstevens - Exactement. Et c'est vrai que du coup vu que je suis allé beaucoup en Amérique centrale et Amérique du Sud, je parlais quasiment pas espagnol quand je suis arrivé là-bas, j'ai eu un peu de cours à l'UNIF, mais ça en plus. Et avec le peu d'espagnol que j'avais, j'arrivais à me faire comprendre. J'étais très peu avec les touristes au début, donc parce que le mec, quand je suis arrivé au Mexique, du coup, en parlera peut être après les îles Canaries. Je suis allé au Mexique et là, j'ai commencé à faire du stop. J'ai traversé le Mexique en stop, donc il fallait que j'arrive à me faire comprendre d'une manière ou d'une autre. Moi je disais au début, "yo voy aya", donc je je vais là et puis je disais le nom de la ville. Et en général ça suffisait et puis après dans la voiture j'essayais de broder et parfois ça passait parfois ça ne passait pas. Je lâchais un peu des mots en français et ouais c'est parfois ça passait de nouveau parfois pas.
AnBé - D'accord, donc il y a moyen de se débrouiller en tout cas. Tu as toujours moyen de se débrouiller.
Harold t’Serstevens - Et puis après, arrivé en Argentine, l’espagnol, je ne vais pas dire que c'était parfait. D'office, il me disait Che Boludo, on sait que tu n'es pas d'ici, tu ne vas pas nous avoir. J'étais là : non, je sais, mais bon, c'était déjà mieux quoi.
AnBé - Déjà c'était un peu inscrit sur ton visage.
Harold t’Serstevens - Quoi qu'en Argentine, c'est très européanisé.
AnBé - Ah oui ? Donc tu aurais pu éventuellement.
Harold t’Serstevens - Oui, c'est ça, on passe un peu plus inaperçu quand même là-bas.
AnBé - Ok mais donc du coup, on va reprendre le le voyage où on l'a laissé, donc tu quittais le Maroc. Tu viens de déposer ta bicyclette.
Harold t’Serstevens - Oui, mais donc je suis arrivé aux îles Canaries là et de nouveau sans rien donc pour rechercher un bateau. Parce que c'est vraiment “the place to be”. Les Canaries, c'est l'île de Las Palmas. Ça, c'est vraiment la plaque tournante des bateaux stoppeurs. Ils envoient plus de cent par an. Et là j'ai et j'ai été accueilli de nouveau par des marocains, donc par des des migrants marocains. Et là de nouveau j'ai été secoué juste après le Maroc où j'étais déjà complètement secoué par leur hospitalité. Là, j'arrive dans le camp de migrants marocains qui étaient là depuis cinq ans et qui m'ont dit “tiens, tu poses ta tente là”. Et il y avait déjà des bateaux stoppeurs dans le camp d'ailleurs et c'était incroyable, j'étais scotché. Ils m'ont dit, oui, très casse, ici tout est safe et moi je laissais tout dans ma tente, toutes mes affaires. Quand je partais pour faire le tour des ports, c'était en général le plus léger possible, donc tout restait dans le camp. Mais je ne me suis même pas posé la question en fait, qu'est-ce qui pourrait se passer ou quoi C'était par rapport à l'accueil qu'on a reçu, c'était, enfin je ne me suis pas posé la question.
AnBé - Ils étaient migrants, c'était leur but ou ils voulaient aller plus loin après ?
Harold t’Serstevens - Je pense que leur but était d'aller plus loin, oui. Maintenant, je suis resté là deux nuits parce qu'en fait, j'ai trouvé un bateau sur lequel je pouvais travailler en échange de dormir sur place. C'était une Norvégienne, Turil, qui m'a dit voilà moi j'ai besoin d'énormément d'aide sur mon bateau parce que bientôt je vais le vendre, je dois l'entretenir, changer les toilettes, etc. Donc j'ai appris plein de trucs sur l'entretien d'un bateau, pas sur la voile, mais sur l'entretien d'un bateau. Et du coup, j'essayerai d'ailleurs de mettre ça en avant, je sais changer ma toilette, donc prenez-moi pour traverser l'Atlantique, tout va bien se passer, mais non, l'argument n'était pas assez fort.
AnBé - Et pourtant, on a fait des efforts là.
Harold t’Serstevens - Et du coup je suis resté peu avec eux, mais on a quand même eu le temps de partager quelques moments, dont un moment où j'avais ramené de la verveine d'un gars qui m'avait croisé sur la route du Maroc et là, ils étaient refaits aussi parce que ça venait de chez eux et ça faisait super longtemps qu'ils n'avaient plus vu ça et enfin ce n'était rien d'exceptionnel quoi, mais juste voir leur sourire etc, et partager un moment comme ça avec eux, c'était c'était incroyable, mais aussi surtout se rendre compte l'accueil que nous, on peut réserver ici de nouveau ici. Après voilà, je ne suis pas dans le jugement par rapport à la population ou quoi, parce que je me dis que enfin voilà, chacun a sa vie aussi. Mais je trouve que quand on vit des choses comme ça, si on n'est pas conscient de quelque chose par après, c'est que je pense qu'il y a quand même un petit souci.
AnBé - On est passé à côté.
Harold t’Serstevens - Oui, il y a un petit souci. Et enfin moi, j'ai kiffé les moments avec eux et j'espère qu'eux aussi maintenant, enfin voilà quoi, je me rends compte aussi la chance qu'on a de, enfin déjà de pouvoir bouger librement, de pouvoir vivre en Belgique. Enfin vraiment moi je m'en rends compte et ça fait un peu à l'eau de rose mais moi c'est ce que j'en retiens dans ce voyage-là principalement j'étais…
AnBé - Le savoir intellectuellement ou le vivre, ces choses là, ça change tout.
Harold t’Serstevens - Ouais vraiment, mais ça change totalement sa perception sur plein de choses…
AnBé - Sur les migrants.
Harold t’Serstevens - Sur les migrants exactement et en fait je trouve qu'on pourrait croire que j’en reviens, en disant, je vais être beaucoup plus sanguin avec les gens qui ne respectent pas ça, etc. Maintenant, c'est dommage, mais de nouveau, je crois que ce n'est pas bien de juger, de catégoriser. Je pense que les choses doivent évoluer et changer pour le mieux, pour aussi qu'on soit en mesure d'accueillir aussi. Mais après, je n'ai pas envie de jeter la pierre directement ou d'accuser parce que voilà, chacun a sa vie. On fait tous nos efforts aussi d'une manière ou d'une autre, personne n'est parfait quoi donc je veux dire.
AnBé - Moi j'espère que le témoignage comme aujourd'hui va pouvoir faire changer un peu le regard sur le Maghreb, les migrants…
Harold t’Serstevens - La perception c'est dingue.
AnBé - Ce serait chouette si quelqu'un a tendu l'oreille sur ce petit passage-ci, ça me ferait plaisir.
Harold t’Serstevens - C'est grave. En plus, on a vraiment des préjugés en fait qui ne sont pas fondés du tout. Parce que, enfin quand on voit nous l'accueil qu'on reçoit chez eux et puis nous l'accueil qu'on réserve, c'est dur.
AnBé - C'est triste.
Harold t’Serstevens - C'est dur, enfin voilà.
AnBé - Et alors cette traversée aux Canaries. Donc tu n'as fait que dormir sur un bateau à quai.
Harold t’Serstevens - Voilà, à quai. J'ai pu faire un peu de kayak, yes, sur l'Atlantique, mais c'est tout. Et non, mais voilà, donc ça ne s'est pas fait, mais mon oncle m'a dit…
AnBé - Donc voilà, tu n'as jamais trouvé le bateau. Si tu l'as trouvé mais trop tard. Quand tu te disais je ne peux quand même pas rester trop longtemps au départ de mon voyage, il faut que j'avance bon tant pis, je vais me prendre un vol c'était pas ton but du tout.
Harold t’Serstevens - Ça a été super dur pour moi.
AnBé - Ah je t'en ai voulu.
Harold t’Serstevens - Ouais ouais, moi aussi je m'en suis voulu, mais c'était à quelques jours prêts à retrouver. Ça s'est joué de peu, donc mon oncle m'a contacté en disant écoute Harold, je vois que tu galères. Et en effet mentalement, je ne suis jamais allé aussi loin dans ma vie.
AnBé - Oui, tu avais dur.
Harold t’Serstevens - Ah j'avais dur, je ne me reconnaissais pas quoi. C'était, enfin je n'avais plus la joie que j'ai l'habitude.
AnBé - Mais tu étais déjà parti depuis combien de temps ?
Harold t’Serstevens - Un mois, ça faisait un mois et même plus en fait. Je suis resté deux mois en tout, donc un mois à rechercher les bateaux en tout, un mois au Maroc, quasiment le temps de descendre jusque-là. Donc oui, c'était deux semaines à Gibraltar, deux semaines dans les îles Canaries pour chercher un bateau. J'ai vraiment tout donné quoi sur place, sur les les sites internet, les groupes Facebook. Enfin voilà, j'essaie vraiment de faire tout ce que je pouvais.
AnBé - Ah ouais, tu es très débrouillard, je peux confirmer. Je peux en attester.
Harold t’Serstevens - C'est pas parce que j'ai tout fait que je ne l'ai pas regretté ou que non non. J'étais triste, donc mon oncle m'a dit j'ai un billet, je vais au Mexique, ça t'intéresse, j'ai j'ai sauté sur l'occasion. Donc je me suis dit allez, c'est bon, maintenant on avance. Il y a d'autres belles choses qui t'attendent. Dans l'avion, j'avais envie de manger le siège. J'étais là, qu'est-ce que je fous ici Je devrais tirer un bateau.
AnBé - C'est l'aventure aussi. Il faut savoir, voilà pivoter.
Harold t’Serstevens - C'était pas facile, je t'avoue, c'était sur le moment, c'était clairement, je n'aurais pas été d'accord avec toi. Avec le recul, clairement, parce que il y a eu plein de belles choses sur après ça qui sont venues et c'était juste incroyable quoi. Et je me suis dit, mais je serais passé à côté de ça si j'avais traversé l'Atlantique.
AnBé - Tu es arrivé au Mexique là, raconte justement quand c'est redevenu magique.
Harold t’Serstevens - Ouais ouais, donc là j'ai passé une petite semaine avec mon oncle, c'était super sympa, j'ai un peu rechargé les batteries. Après, j'ai voulu de nouveau sauter dans le grand bain et je me suis lancé un petit challenge, c'était de traverser le Mexique en stop. Là où mon oncle m'a déposé sur une aire de péage et il m'a dit “bon, moi je me casse”. Il y avait ma cousine avec, donc ils sont partis tous les deux. J'ai mis cinq minutes à m'en remettre. Mais moi, j'étais ça y est quoi. Enfin le grand, le saut dans le vide et ils sont partis. Donc il n'y a pas de retour en arrière, on y va quoi. J'ai commencé à lever le pouce. Je crois que j'ai eu dix voitures sur la matinée, donc ça fonctionnait quand même pas mal. Puis en fin d’aprem je ne trouvais plus de voitures pour avancer. J'étais un peu au milieu de nulle part. Je demande à un gars s'il ne peut pas me redéposer une pompe à essence ou à mon avis, ça fonctionnerait mieux, il m’a dit “oui, pas de problème, je finis mon vite mon mail” pendant quarante minutes. Il était derrière son ordi, il commence à faire noir et donc là, je dis bon, vous partez quand pour me redéposer à une pompe à essence plus proche, parce que premier jour au Mexique, enfin pas premier jour du coup, mais après une semaine, premier jour de stop au Mexique, je n'avais pas envie de poser ma tente au milieu de n'importe où, j'avais envie d'être dans un cas de safe parce que de nouveau, on a des préjugés de ouf sur le Mexique, on se dit que c'est méga dangereux. ****
AnBé - Il y a des endroits où il faut être prudent, c'est clair et il faut les connaître. Mais c'est pas partout.
Harold t’Serstevens - Je pense que dans tous les endroits où je suis allé, je pense que c'est partout au Mexique. Maintenant, c'est plus les narcos entre eux quoi. Donc là où il y a vraiment, si jamais on va concurrencer les narcos, peut-être qu'il faut s'inquiéter. Mais en tant que touriste, je pense qu’ils sont plus bienveillants quoi.
AnBé - Sophie Planque racontait des des deux cyclos qui faisaient un peu le même trajet qu'eux, ils devaient les rejoindre et je ne sais plus si c’est au Mexique ou juste après et qu'il s'est fait massacrer quoi sur le bord de route. Et ils avaient filmé, parce qu'on a la seule chose qu’on a pas trouvé c'est leur go pro, est-ce qu'il a filmé quelque chose qu'ils n'auraient pas dû voir tu vois. Ça peut arriver.
Harold t’Serstevens - Oui, c'est clair, ça peut arriver maintenant. Enfin, moi, je l'ai aussi compris pendant tout mon voyage, c'est que je suis méga triste, c'est choquant, mais les expériences de quelqu'un ne sont pas les expériences d'une personne, d'une autre personne. Et du coup, de nouveau, ça s'est bien passé pour moi. Ce n'est pas pour ça que ça se passera bien pour tout le monde et inversement. Et du coup, je pense que c'est important aussi de se faire ses propres expériences. Mais dans le fond, je pense qu'il y a quand même plus de bonnes personnes. Enfin, ou alors en fait, je pense qu'ils auraient peut-être peur aussi. Et du coup, ils étaient là monte vite dans la voiture avant qu'il t'arrive des bêtises. Peut-être que tu as raison en fait, mais du coup ce gars-là, on finit par partir et en m'amenant vers la pompe essence, je lui dis, “il n'y a pas moyen que je pose éventuellement ma tente dans au jardin, et cetera juste pour cette nuit. Je redémarre demain vraiment juste la tente, rien d'autre”. Et il me dit “non, non, désolé, il n'y a vraiment pas moyen. Donc voilà, je te dépose à la pompe à essence” et je dis bon ok, très bien, tant pis, c'est comme ça. Donc je fais un premier coup de stop à cette fameuse pompe à essence. Il était neuf heures du soir à ce moment, je me fais remballer et là, je retente un autre coup de stop. Là, ils me disent attends, on réfléchit. Et puis après, ils me disent OK, c'est bon, on prend et si tu veux, on t'amène jusqu'à Mexico City. Donc moi, j'étais à ce moment-là dans le Yucatan, du côté de Merida et il voulait m'emmener jusqu'à Mexico City. C'est un peu comme si j'étais à Bruxelles et qu'on me proposait de m'emmener dans le sud de l'Italie quoi. Donc ouais ouais, la distance est énorme. Mais moi je comptais aller dans les Chiapas avant, donc à mi-parcours plus ou moins. Donc je leur dis juste ouais trop cool, je viens avec vous, mais je m'arrêterai avant. Et donc ça ça a fini par une super rencontre. Donc ils s'appelaient tous les deux, Rinaldo, père et fils.
AnBé - Ah d'accord
Harold t’Serstevens - Je suis en contact avec eux toutes les deux semaines encore maintenant. Et il se fait qu'on a commencé à discuter dans la voiture et je leur ai expliqué un peu mon parcours. Eux, m'ont expliqué leurs parcours. Ils m'ont dit qu'ils avaient un ranch. Qu'ils cherchaient quelqu'un pour faire un projet agroforesterie. Je leur ai dit, les gars, on s'est bien trouvé nous parce que vraiment c'est un peu dans mes cordes. J'ai des connaissances plus théoriques que pratiques, mais j'ai des connaissances pour l'agroforesterie. Si ça vous dit, je lance le projet avec vous et ils étaient carrément au chaud. Donc on s'est donné un point de rendez-vous deux semaines après. Et là, on s'est rejoint donc à ce fameux point de rendez-vous. On est allé dans leur ranch. Donc on a dessiné les plans sur un logiciel que j'ai sur mon ordinateur dans un premier temps. On a réfléchi à toutes les plantes qu'on allait planter, comment on allait agencer ça pour qu'en même temps ils aient des revenus, mais en même temps pas pas avoir une agriculture intensive, mais vraiment plutôt.
AnBé - Tu expliques ce qu'est la l'agroforesterie pour ceux qui ne connaissent pas.
Harold t’Serstevens - C'est génial. Mais c'est clairement avant-gardiste et tout le monde l'utilise en Amérique du Sud et en Afrique aussi d'ailleurs.
AnBé - Mais ici en Europe on en a oublié des choses importantes.
Harold t’Serstevens - On en a oublié mais ça revient petit à petit. Oui ça revient.Donc en gros l'agroforestorie c'est allier l'agriculture avec la foresterie. Donc dans le cas concret du ranch de Rinaldo, nous ce qu'on a fait, c'est dessiner des plans avec des arbres, certains arbres qu'on voulait planter sur un champ, dans un champ. Et les vaches qui étaient dans ce champ-là allaient pouvoir profiter de l'ombre de ces arbres. Et en même temps les déjections des vaches allaient nourrir le sol et donc nourrir ces arbres. Mais en même temps, ces arbres-là, on ne les a pas choisis au hasard, c'est des arbres nourriciers, donc permettaient de nourrir la famille de Rinaldo et donc au final, ça fait un cercle assez vertueux.
AnBé - Et même pour les céréales, les arbres, pour planter des arbres dans les dans les champs de céréales, ça fait remonter les nutriments, enfin chercher beaucoup plus profond que des racines de céréales et et ça ça il y a beaucoup plus de biodiversité aussi se remet dans les champs, mais ça du coup ça n'amène pas des parasites, ça on évite parce que les oiseaux sont là pour aussi se nourrir des insectes qui reviennent. C'est tous des cercles vertueux qu'on a complètement oublié et en général on devient bancal et on fait encore plus bancal pour essayer de rectifier à quoi il y a après les pesticides, les fongicides, les bazars. Bref, on crée des maladies, on crée des choses pour essayer d'éradiquer ces maladies. Ça fait des problèmes en plus et c'est vrai que c'est important que ça vienne en Europe. Donc c'était chouette que tu ailles revoir ça et puis tu as l'occasion de mettre en pratique un endroit où c'était si libre et si facile je veux dire. C'est génial ouais.
Harold t’Serstevens - Moi je n'arrivais pas là avec ma casquette d'expert en mode je vais vous montrer quoi. Ok, j'ai appris mais on va co-construire ça et on va apprendre ensemble. Exactement c'était super c'était une belle synergie parce que enfin moi les essences de là-bas, je ne les connaissais pas. Donc voilà, on a fait, on a ciblé quel sol on avait, donc sur les sols moins productifs, c'est là où on mettait plus de vaches par exemple, mais sur les sols qui fonctionnaient déjà très bien ou qui pouvaient accueillir des forêts ou des bosquets comestibles comme ils appellent. Donc c'est des bois, c'est des arbres fruitiers. Donc ici, on parle de, ce n'est pas des arbres.
AnBé - Les forêts comestibles, on en parle aussi maintenant.
Harold t’Serstevens - Oui, mais du du coup, ce n'est ce n'est pas des arbres, c'est plutôt des herbacées, mais tout ce qui est bananier, papayer, savoir qu'on si, c'est un arbre. Enfin, toutes ces plantes-là qu'on retrouve chez eux, et
AnBé - Le bananier, n'est pas un arbre, j'ai appris quelque chose.
Harold t’Serstevens - Oui, non, ce n'est pas un arbre, non.
AnBé - Voilà, ma vie vient de changer.
Harold t’Serstevens - Et du coup, sur ces sols-là, on a mis ce type d'essence et donc, enfin vraiment, c'était un super projet. Moi, j'ai appris plein de choses à leur côté, c'était vraiment génial.
AnBé - T'es resté combien de temps avec eux ?
Harold t’Serstevens - Donc en tout, on a géré le projet en une semaine. Donc on a eu parce que eux, ils bossaient comme des tarés. Donc ils avaient beaucoup de travail sur le côté, donc ils ne pouvaient pas rester trop longtemps au ranch, puis moi ça m'arrange bien en une semaine parce qu'après comme ça j'allais découvrir autre chose.
AnBé - Et alors, autre chose, ça a été quoi après ?
Harold t’Serstevens - Et donc après je suis descendu vers le Guatemala, donc ça c'était plus en mode touriste, j'ai un peu découvert. C'est somptueux au niveau nature le Guatemala
AnBé - Tu m'étonnes.
Harold t’Serstevens - Les volcans, c'est vraiment la terre des volcans, puis le lac Atitlàn aussi. Je me suis peut-être moins bien entendu avec la population sur place.
AnBé - Ah bon ? Qu'est-ce qui t'est arrivé comme galère.
Harold t’Serstevens - Quand ils nous voient arriver, forcément ils croient qu'on a plein d'argent. Pour le coup, certains aimeraient. Maintenant, moi, j'avais un petit budget de quinze euros par jour tout compris. Donc, je devais faire attention. Il s'essayent de faire fois 3, fois 4 sur les prix et ça ne m'allait pas toujours. C'était plus difficile en négociation avec eux. Mais bon, c'était, j'ai appris beaucoup de choses aussi. Mais donc, le Guatemala, je me suis moins penché sur le côté forestier. Mais après, au Salvador Honduras, j'ai eu la chance aussi de pouvoir visiter une super entreprise qui œuvre sur place avec des producteurs locaux pour récolter la sève de certains arbres pour après l'industrie des parfums, etc. Et donc ils s'associent en coopérative. Et donc j'ai pu aller voir sur place comment ils récoltaient tout ça, comment il vivait et donc là je suis resté trois semaines en tout avec ces populations Salvador et Honduras. Donc là il récoltait le baume du Pérou et et l'autre je sais plus. Après le Stirax, mais je ne sais plus comment c'est le nom en français.
AnBé - Ah oui là effectivement, je ne suis pas avancée.
Harold t’Serstevens - Le liquidambar mais oui liquidambar et baume du Pérou, mais en plus c'est c'est bête parce que le liquidambar on en plante, je n'ai qu'à en barre, mais le liquide en barre.
AnBé - Je connais Carambar mais liquidambar
Harold t’Serstevens - On en plante, on va en planter de plus en plus en Belgique.
AnBé - Ah bon ok.
Harold t’Serstevens - C'est une essence qui résisterait…
AnBé - Aux climats un peu extrêmes parce que certains trucs aussi c'est de voir les forêts qui peuvent s'adapter aux changements climatiques.
Harold t’Serstevens - Oui, on fait des tests.
AnBé - Ok et après ça donc tu es parti, c'est là que tu es parti vers?
Harold t’Serstevens - Donc après ça, après, donc après Honduras, Salvador, là j'ai rejoint le Costa Rica.
AnBé - Et ça, c'est toujours en stop ?
Harold t’Serstevens - Non, non. Donc là, donc à partir du Guatemala, c'est vrai que je le sentais moins le stop pour le coup. Voilà, je n'avais pas envie non plus de me mettre en danger et pour le coup
AnBé - Quelle bonne idée.
Harold t’Serstevens - Oui, le Guatemala, je sentais que j'allais frôler les limites. Donc je me suis dit écoute, il y a des bus super bien foutu. Vas y. D'ailleurs, c'est mon plus gros poste de départ en cinq mois pour finir les trajets. Donc je crois sur 9 mois ça représentait 1300 euros sur un budget total de 4500 euros en 9 mois donc je ne voyageais pas avec un gros budget. Mais voila ,je n'avais pas envie non plus de me mettre en danger. Quand je ne le sentais pas, je ne le faisais pas. Et au Costa Rica, j'ai eu la chance de croiser un indigène bribri que j'avais contacté au préalable et là, je suis allé faire de la survie avec lui en jungle pendant 4 jours c'est fabuleux d'apprendre leurs techniques. Parce qu'en fait, c'est une des seules tribus, les bribris qui a résisté aux conquistadors quand ils sont arrivés aux Espagnols. Et donc ils ont encore leur savoir très conservé. Et donc j'ai appris énormément de choses sur la forêt là-bas. Donc là quand je demandais quel arbre c'est, ce n'était pas, c'est un arbre. Il savait me, il me sortait le nom, le nom en latin s'il fallait quoi. C'était, donc c'était passionnant au niveau végétation. Je me suis vraiment, j'ai pris mon pied là-bas et au niveau faune aussi, parce que entre la forêt au Costa Rica et la forêt amazonienne, je trouve qu'au niveau de la faune, on peut voir une grande différence quand même. Au Costa Rica, c'est simple sur quatre jours, je crois qu'on a croisé huit serpents, des quantités de grenouilles. Je ne pourrais même pas te dire combien on en a croisé des insectes dans tous les coins. C'est très, très riche, très riche. Le Costa Rica et certains endroits sont assez préservés. Après, ils mettent le pognon pour.
AnBé - Donc, on n'a rien sans rien.
Harold t’Serstevens - Ouais, ça, non, c'était vraiment génial d'apprendre un peu la survie à ses côtés.
AnBé - Alors, un truc de survie, un truc étonnant, vas-y, épate nous.
Harold t’Serstevens - Comme ça, déjà allumer un feu dans une forêt aussi humide qu'un hammam. Ça, c'était une fameuse épreuve. Donc, en fait, ce qu'on fait quand il y a une forêt ultra humide comme ça déjà, c'est couper ses bûches en quatre. Donc même les petits bois, on les coupe en quatre parce que l'intérieur est sec, pas l'extérieur, le cœur est sec et donc là, ça facilite vraiment les choses pour pouvoir allumer son feu par la suite. Oui, voilà, c'était le truc qui m'a le plus frappé. Donc ils allument leur feu avec du caoutchouc aussi, de la résine de caoutchouc. Ça d'ailleurs, j'avais acheté chez AS Adventure une pierre à feu. Je ne sais pas si on dit pierre à feu, mais un bâton qu'on frotte sur un autre et qui fait des étincelles. Et du coup, je lui ai montré, il revenait pas, il était là, génial, génial.
AnBé - Et du coup ça va bien ?
Harold t’Serstevens - Ouais ça va bien. En fait ça c'est top ce genre de truc parce que comme on la forêt est humide comme ça te trahis pas. J'ai emmené une amie à moi d'ailleurs qui était en stage au Costa Rica à ce moment-là, bon on est toujours amis.
AnBé - Mais je n'aurais jamais dû la forcer à manger les limaces.
Harold t’Serstevens - Je pense que c'est c'était quand même difficile, mais même pour moi aussi, mais c'est vrai que je pense que quand on va en jungle ou quoi, il faut vraiment être passionné, enfin quand on va on s'apprête à vivre une épreuve comme ça de survie ou quoi, il faut vraiment être passionné parce que quand on est en jungle, on ne pense pas à ce qu'on va manger là le soir quoi. Il faut tout le temps être aux aguets, on voit très peu de lumière, tout le temps faire attention à sa zone autour de soi parce que et d'autant plus au Costa Rica, j'ai envie de dire, si en Amazonie chez les Waaroni, je faisais moins gaffe. Là, au Costa Rica, on était tout le temps, tout le temps sur le qui-vive. Parce qu'il y a, il peut y avoir des serpents, par exemple à tes pierres et si jamais tu leur marches dessus, ils peuvent se défendre. Mais après tu tu remarques aussi que tu peux être à cinquante centimètres d'un serpent et il fera rien du tout. C'est vraiment dans nos croyances que les serpents attaquent ou des choses comme ça. Eux, ils sont, si jamais ils attaquent, c'est parce que tu leur marches dessus.
AnBé - C'est soit t'es une proie, soit ils se sentent menacés d'une manière ou d'une autre.
Harold t’Serstevens - Exactement, exactement. Et ça, c'était aussi, enfin je l'ai, j'ai essayé de le faire transparaître dans les vidéos que j'ai faites, c'est que oui, il y a la faune, oui, elle peut être dangereuse moins que nous, j'en suis sûr. Mais c'est si jamais on on nous, on fait quelque chose qui va vraiment les agresser ou alors enfin voilà typiquement en leur marchant dessus. Et donc il faut faire gaffe en jungle où on pose des pieds parce que parfois on peut frapper dedans aussi. Et si tes mollets ne sont pas protégés, c'est là que les drames arrivent quoi. Et si jamais un serpent de nord, le premier hôpital, il est à douze heures de voiture.
AnBé - Tu n'as pas le temps. D'autres belles rencontres là-bas en forêt ?
Harold t’Serstevens - Au Costa Rica, une autre, j'y pense depuis depuis qu'on a abordé le Costa Rica, c'est une petite grenouille rouge qu'on voit très souvent au Costa Rica qui est elle émotoxique et donc ça veut dire que si tu la touches, ton cœur va battre de plus en plus vite jusqu'à faire une crise cardiaque. Mais de nouveau, c'est fabuleux de les voir évoluer dans leur milieu naturel. Mais de nouveau, si jamais la petite grenouille ne se sent pas en danger, il n'y a problème quoi. Et il y a moyen de les voir. Ce qui m'a appris Cachot, donc c'est le guide Bribri, c'est qu'il m'a appris à arriver dans la jungle avec un cœur humble aussi, parce que dans la jungle, si tu arrives en grande pompe en disant, ouais “je suis le conquistador”.
AnBé - Laisse-moi faire, le conquistador.
Harold t’Serstevens - Lui, il disait justement que son grand-père était de la tribu d’une tribu qui veut dire serpent. Et du coup, lui, quand il croise un serpent en jungle, il pense à un membre de sa famille et que pour lui, c'est un ami. Il l'accueille comme même plus qu'un ami du coup, sa famille et qu'il n'en a pas peur. Mais ce n'est pas pour autant que du coup, il va commencer à jouer avec ou l'ennuyer parce que tu ne ferais pas, ah si, s'il y a un petit bébé dans ta famille, tu vas lui tirer les jouets “coucou, comment vas-tu ?” Mais si c'est ton oncle, tu ne vas pas commencer à lui mettre des petites claques en mode. Oui. Salut, tu vas bien.
AnBé - Non, il respecte.
Harold t’Serstevens - Oui, oui, c'est ça.
AnBé - Le serpent, que c'est un serpent
Harold t’Serstevens - Exactement, je parle plus des serpents parce que j'ai eu plus l'occasion de voir des serpents sur place. Mais il y a une faune qui est juste luxuriante là-bas, enfin faune et flore. Donc Costa Rica, c'est impressionnant, vraiment impressionnant.
AnBé - Oui, les trucs de survie, c'est ce que je trouve le plus génial. C'est là que vous aviez fait votre abri pour la nuit, des choses comme ça. Vous êtes allés pêcher ou sinon. Vous n'alliez pas pêcher aussi ?
Harold t’Serstevens - Oui, c'est juste. Donc pour l'abri pour la nuit, on l'a fait pour le feu. On a fait un abri pour le feu, où il nous montrait justement ces techniques ancestrales Bribri, recourber les feuilles correctement. Aussi quelle feuille choisir parce que toutes les feuilles ne se valent pas. On ne va pas prendre n'importe quelle feuille pour faire un toit parce que certaines quand ça commence, le toit commence à sécher et bien elles se courbent ou elle, tout simplement elles se dégradent alors que celle qui celles qui nous a montré, ça tient plus de dix ans. Donc une fois que le toit est fait, ça peut tenir dix ans.
AnBé - Ok.
Harold t’Serstevens - Donc c'est quand même exceptionnel. Donc pour le coup, nous, on l'a fait pour trois jours, mais tu peux… Il n'y a aucun problème quoi. Et ouais, on a pu pêcher aussi les écrevisses. Donc là, c'est aussi de nouveau dans une démarche où je vais prendre ce qu'il me faut pour me nourrir. Donc Cacho, il n'était pas là pour nous dire, on va aller pêcher un max d'écrevisses.
AnBé - Aller, on vide la rivière, on remplit le frigo.
Harold t’Serstevens - Exactement, oui, exactement. Il a dit, voilà, vous voulez apprendre à pêcher, pas de problème, mais on va aller chacun pêcher une écrevisse. Et c'est tout et basta. Et donc on a goûté. C'était un super moment parce qu'on a pu voir ce que c'était, comment il pêchait, etc. Donc il nous a fait construire un harpon toute l'après-midi. Pour le coup, on les a pêchés à la main parce qu'avec le harpon, c'est super dur. À la main, c'est plus facile. On passe en dessous et hop, tu l'as saisi. Vraiment pouvoir manger aussi le fruit de sa pêche dans ces moments-là, c'était assez sympa et délicieux aussi. Et alors ce qu'il aimait bien faire aussi, c'était des sorties de nuit parce qu'évidemment, c'est la nuit où il y a le plus d'activités. Et à ce moment là, on voyait une quantité d'animaux, mais juste énorme. Je n'avais jamais vu ça de ma vie, moi, forcément. Et en fait, c'est de voir des belles choses quoi, de vraiment s'il fallait prendre trois heures, on prenait trois heures et c'est ça que j'aimais bien dans sa manière d'approcher, dans dans sa manière de guider en fait. Il n'était pas là en mode on y va, on strike l'activité, puis on rentre se coucher. C'était voilà, ça sent que lui, il était dans son élément et que en vrai, moi si je devais montrer la forêt ici en Belgique à quelqu'un, j'aurais tendance à faire pareil que lui. On prend le temps et on observe. Parce que de toute façon, quand on est dans la nature, c'est comme ça que ça se passe quoi.
AnBé - Complètement. Ça ne peut pas aller. Ceux qui veulent ouvrir la fenêtre, écouter le vent mais repartir non merci.
Harold t’Serstevens - Exactement, exactement, ça se mérite. J'éprouve tellement de plaisir à aller sur le mirador pendant des heures et juste voir le moment où tu vas voir apparaître la petite chevrette avec avec ses deux petits jeunes. C'est vraiment fabuleux quoi. Mais pour ça, pour vivre ce moment là, il faut attendre que la pluie cesse, attendre d'avoir le petit rayon de soleil. Enfin vraiment le moment quoi. Et ça parfois on perd un peu cette patience qu'il faut par rapport à l'observation en nature.
AnBé - Donc retrouver le temps long quoi.
Harold t’Serstevens - Ouais ouais exact puis en fait c'est aussi le process enfin en fait dans toute chose moi je trouve que le process est très intéressant et là-dedans aussi et c'est ce qui rend finalement le moment savoureux quand tu vois la chevrette enfin là je parle pour la Belgique il va chevrette arriver avec avec ces deux avec ces deux petits, c'est…
AnBé - La chevrette étant la maman chevreuil. Pour ceux qui ne savent pas, ce n'est pas une chèvre. Non, ce n'est pas une chèvre, ça, c'est autre chose.
Harold t’Serstevens - Ça, c'est clair que c'est, tu te prépares quelque part à accueillir ce moment-là. Parce que si tu arrives, pouf, tu as tout, tu peux partir, tu n'as rien vécu en fait.
AnBé - Exactement. Et puis aussi accepter la frustration de ne parfois rien voir.
Harold t’Serstevens - Oui, c'est la nature.
AnBé - Alors après ce merveilleux passage, là j'avais dévoré tes vidéos, sur ces moments-là, je veux trop être là. Donc ta copine qui est toujours quand même une copine.
Harold t’Serstevens - Oui, évidemment.
AnBé - Elle n'a pas réussi à dormir, il y avait trop de moustiques, il y avait trop de moustiques.
Harold t’Serstevens - C'était trop dur pour elle parce qu'elle n'avait pas de matelas en plus correct donc c'était chaud. Peut-être qu'en fait c'est de ma faute. Je n'ai pas assez précisé ce que ça allait être. J'ai dit quatre jours de survie, mais après, c'est difficile comme conditions. C'est vrai que la jungle, ce n'est peut-être pas fait pour tout le monde quand même. Après, je pense qu'elle en garde quand même un super souvenir. Mais je pense que la jungle, c'est voilà, il faut être passionné aussi. Mais simplement parce que ce n'est pas toujours facile de de marcher dans ce genre de milieu ou d'évoluer dans ce genre de milieu. C'est un milieu à part, ce n'est pas la forêt tempérée, c'est plus hostile.
AnBé - Et alors sacré capharnaüm, un boucan pas possible là-bas aussi les oiseaux.
Harold t’Serstevens - Ouais, ça et puis les singes hurleurs aussi. Donc en fait, chaque matin, on entendait les singes hurleurs à cinq heures trente qui, mais donnaient de leur voix
AnBé - Tu sais nous imiter le singe hurleur ?
Harold t’Serstevens - Mais là c'est un mixte entre le singe hurleur et le brame du cerf c'est parfait.
AnBé - Oui, tu commences à tout mélanger là.
Harold t’Serstevens - Quoi qu'il arrive, ils avaient l'air de bien se marrer à cinq heures trente, moi j'avais envie qu'ils ferment un peu leur gueule. Et quel spectacle de nouveau, moi je sortais de ma tente, du coup j'essayais de les voir, impossible, impossible.
AnBé - Ah tu ne les as pas vus ?
Harold t’Serstevens - Non, je ne les ai pas vus non non. C'est tellement dense qu'ils n'étaient pas juste à côté, mais on les entendait au loin et c'était, c'est impressionnant, vraiment tu te sens vibrer quoi à ce moment-là, c'est, ouais. C'est un bruit comme, c'est pire que le brame, enfin pire, c'est plus intense.
AnBé - Excuse-moi, je ne suis pas sûr que ton imitation m'est tout à fait mis dans l'ambiance.
Harold t’Serstevens - Attends, je t'enverrai une vidéo YouTube.
AnBé - Allez après tu pourras te foutre de ma gueule, j'imiterai le brame du cerf, tu verras, c'est pas triste non plus. Après ce stage de survie trois jours là, cet épisode survie tu as été où ?
Harold t’Serstevens - Donc j'ai rejoint la Colombie pour voir ma maman. Du coup, en Colombie, je l'ai fait plusieurs en mode touriste de nouveau et ça m'a fait vraiment du bien à mi parcours et donc je me suis dirigé vers l'Équateur et là, j'avais l'idée de rejoindre une tribu amérindienne, les Waaroni, et je les ai découvert via Instagram. Ça va peut être un peu vous surprendre, mais en fait, eux, ils communiquent énormément par rapport à leur situation parce qu'ils font face à un grand combat avec une compagnie pétrolière dans le parc Yasuni. Et donc, chaque jour, ils publient pour montrer comment ils vivent, leur culture, leurs traditions pour sensibiliser vraiment un public par rapport à leur situation.
AnBé - Ah, mais écoute, je vais les mettre dans les notes de l'épisode aussi.
Harold t’Serstevens - Ouais bien sûr, parce que si jamais d'autres personnes qui vont en Équateur sont intéressées de vivre en volontariat avec eux, qu'ils y aillent et ça leur fera super plaisir. Et du coup là, c'était un volontariat, j'ai dû quand même apporter des sous pour ma nourriture parce qu'ils ont vraiment rien en fait. Depuis que la compagnie pétrolière est là, ça fait déjà un moment maintenant, bien ils ont ouvert des routes et donc il y a énormément d'activités autour de la compagnie pétrolière, leurs rivières autour de là où ils chassent sont dégradés, les animaux partent plus vite ils vivent sont contaminés, donc ils sont dérangés. Leurs rivières autour de là où ils vivent sont contaminés, donc pour la pêche, c'est plus compliqué aussi. Donc à chaque fois qu'ils doivent pêcher ou chasser, c'est à des heures de marche et parfois des jours. Et donc ils doivent trouver un moyen en fait de pouvoir se nourrir autrement. Et donc certains, même maintenant, vont travailler pour la compagnie pétrolière parce qu'ils n'ont même plus le choix. Ils doivent pouvoir se nourrir et donc avoir de l'argent quoi.
AnBé - C'est un cynisme, cette situation.
Harold t’Serstevens - Ah oui oui complètement, c'était affolant. D'une manière ou d'une autre, le fait d'accueillir des touristes ou des volontaires chez eux, ça permet d'avoir des revenus pour manger en tout cas. Moi, ça m'a plu. Je me suis dit que j'allais rester au moins un mois avec eux pour vraiment m'imprégner de leur culture et voir comment ça se passait chez eux. Du coup, j'ai réalisé aussi une vidéo sur leur situation, mais là beaucoup plus spécifique sur leur interaction avec la compagnie pétrolière et voir un peu le cercle vicieux dans lequel ça les emmène. En fait, parce que le moment où la dernière goutte de pétrole sera épuisée, bien l'économie autour, donc les restaurants qu'ils ont ouverts pour ceux qui travaillent dans la compagnie pétrolière, les travailleurs qui travaillaient pour cette compagnie pétrolière, donc les travailleurs Waroni qui travaillaient pour cette compagnie pétrolière n'auront plus d'emplois. Et donc, qu'est-ce qu'ils vont faire après Donc, certains se tournent vers de l'écotourisme en se disant voilà, moi, ce sera mon seul moyen par après pour survivre. En fait parce que si jamais je peux plus chasser, si jamais je ne peux plus pêcher et l’agriculture pour moi c’est compliqué parce que ça a jamais été mon fort, la papaye, la banane et les vers de palmier, ils sont face au mur en fait. Donc ils doivent quand même trouver un moyen pour pouvoir subsister en fait. Et j'ai remarqué que chez eux, il y avait aussi un grand, une grande volonté de retourner pour certains, de retourner vers leur culture, vers leurs traditions, alors que pour d'autres, ça s'était un peu effacé. Et ils se complaisaient tout à fait dans ce nouveau mode de vie plus moderne, parce que c'est plus facile entre guillemets, donc d'aller travailler, de pouvoir acheter sa nourriture en ville puis après de pouvoir vivre tout simplement, de s'acheter un nouvel iPhone, et caetera. Et c'est vraiment cette séparation au sein des Waarony qui m'a aussi frappé quoi sur le moment. Mais après, enfin moi je pense que là pour le coup les compagnies pétrolières en sont carrément responsables de ce fragment culturel et pour sur le coup vraiment problématique et triste à voir quoi.
AnBé - Moi ça me fait avancer un peu comme ma discussion avec Marianne Chaud là, un épisode sur l'aventure et les migrants, mais qui elle plutôt la partie où elle parlait de ses séjours en Himalaya avec les, justement les pasteurs qui parfois finissaient en ville parce que c'était moins dur et plus y en a qui finissaient en ville plus c'était dur pour ceux qui restaient. Donc cette urbanisation quelque part de la population, la perte des traditions et c'est un peu la même histoire partout contre ceux qui veulent rester et celles qui se disent ah pas un peu de facilité, la vie un peu moins dure. Aussi à quel prix derrière, mais ouais.
Harold t’Serstevens - Exactement à quel prix parce qu'au final ils sont pieds et poings liés. Ils sont de plus en plus dépendants alors qu'avant il n'avaient pas besoin d'argent quelque part, non et complètement et en fait c'est ça que eux ils prônent haut et fort, c'est qu'ils ont toujours des de la famille, des cousins, d'autres tribus non-contactées du coup qui vivent plus loin dans la jungle, plus loin dans la forêt et qui eux n'ont pas besoin d'argent. Ils le savent, ils disent, enfin du coup, je n'ai pas eu contact avec des non-contactés, ça coulera de source.
AnBé - Oui, on va expliquer ce que c'est cette notion de contacté et de non contacté, dis-nous un peu.
Harold t’Serstevens - Là, moi je suis allé dans une tribu où Waaroni contactée, donc ça veut dire qu'ils ont des contacts avec l'extérieur, donc avec des équatoriens ou des colonaux comme ils les appellent, les colons. Et il y a d'autres tribus plus loin dans la jungle qui eux n'ont jamais vu un homme blanc, qui n'ont jamais vu l'extérieur, qui n'ont même jamais vu les colons et en fait les Waaronis qui sont contactés sont eux en première ligne et tiennent à protéger leurs racines, mais aussi leur famille qui est toujours dans la jungle, même s'ils ne les connaissent pas finalement, mais ça reste des Waaroni, ça reste leur tribu. Ils tiennent à protéger et à être en première ligne pour ne pas qu'il y ait l'avancée des compagnies pétrolières, sinon ce sera le même état pour eux. Et donc ils sont là en tant que défenseurs. Ils se disent voilà, peut-être pour notre tribu, c'est trop tard, donc on va devoir trouver des moyens pour subsister, peu importe. Mais pour mes cousins, pour ma famille, pour ma tribu qui reste, qui n'est pas contactée, eux, leur souhait le plus profond, c'est de rester tranquille dans la jungle, ils n'ont pas besoin de toutes ces avancées technologiques, ils n’ont pas d'aller au magasin pour s'acheter des fruits et légumes. Et donc voilà, on fait barrière.
AnBé - Et les non-contactés font barrière eux-mêmes aussi puisque tu disais qu'il y a, ils sont assez extrêmes dans leur approche de l'affaire.
Harold t’Sersteve - Oui, pour la petite anecdote, c'est vrai qu'un jour, on n'avait plus rien, plus rien à manger, donc avec les Waaroni chez qui je restais. Donc, donc il y a une tribu et moi je restais dans une famille en particulier et il n'y avait plus rien à manger dans cette famille-là et ils disent voilà, nous, on ne peut pas aller tout le temps faire les courses en ville, on n'a pas les moyens, donc que ce soit pour nous y amener en ville ou alors maintenant financier. Et donc, on va devoir les pêcher. Et comme je l'ai dit au début, il faut aller pêcher, c'est à des heures de marche et c'est en territoire donc de Waaroni non contacté. Et donc ils m'ont dit voilà, on y va, mais peut-être ce soir, on ne sera plus là. Et je dis oui, comment ça, on ne sera plus là Si jamais on les croise, ils vont nous tuer, j'étais là “ça ne m'arrange pas”. Il y a moyen de manger de l'herbe ou je ne sais pas. Ça a l'air super bon le gazon là, regardez. Et du coup, ils m'ont dit, tracasse Harold, nous on sait quand même ce qu'on fait, on y est déjà allé, mais tu les vois partir avec leurs lances. Et ce n'est pas pour se faire la guerre, mais c'est parce que c'est des guerriers et donc ils partent jamais tout nu en jungle. C'est avec pour le coup, s'ils partent tout nus avec leurs cordes qui leur sert de protection parce que, comme tu l'as dit, ils ont une pensée animiste et pas animaliste comme je disais. Et donc ils ont un boxeur ou un Waaroni comme on dit, donc c'est une petite corde qui met autour de la taille.
AnBé - Oui, je me suis toujours demandé à quoi servait cette corde?
Harold t’Serstevens - Ah bah ça leur sert à se protéger des mauvais esprits, de la jungle ou des mauvaises choses qui pourraient se passer. Et donc, quand ils se promènent en jungle, eux, ils n'ont que ça. Quand ils vont en ville, ils s'habillent parce que voilà, il y a la culture qui fait que si jamais tu te ramènes tout nu au centre de El Cocca en Équateur, on va te dire écoute, non, ça ne va pas ici, alors qu'en jungle, ils sont chez eux et du coup, ils évoluent selon leurs traditions. Et moi je me suis prêté au jeu aussi et j’y allais tout nu au début avec la petite corde mais j’ai vite eu mal à mes parties intimes. Donc j'ai un peu abandonné les leaders, je leur ai dit que j'allais remettre mon short de sport, mais que je n'allais rien mettre d'autre, juste mon short de sport et mes bottes. Et ils m'ont dit ok, très bien, très bien pour toi, fais comme ça.
AnBé - Short de sport et bottes, ça devait être un beau look aussi.
Harold t’Serstevens - Ouais, ouais, c'était sympa, je ne veux rien d'autre. Mais de toute façon, on était tout, c'est un milieu très humide aussi, donc je mets le moins d’habits aussi et c'était marrant. Enfin, j'essayais de faire comme eux un peu pour me plonger aussi à fond dans leur culture. Et du coup, finalement, on est allé pêcher ce jour-là. Maintenant, je n'étais pas du tout à l'aise. Moi, quand je lançais mon hameçon dans l'eau, je regardais partout autour de moi et je peux te dire que je n'ai rien péché du tout. Heureusement qu'ils étaient là pour sauver l'honneur. Là, on en rigole, mais sur le moment, je n'étais pas du tout à mon aise. Et c'est quelque chose que je n'avais jamais vécu et expérimenté. Du coup, j'ai vraiment une confiance en eux totale, peut-être trop, enfin on pourra dire trop, pas assez, je m'en fous. Quand ils m'ont dit, on sait ce qu'on fait, je les ai suivis et je me suis dit ok.
AnBé - Mais c'est impressionnant de voir que même dans la même tribu, il y en a qui veulent défendre ceux et qui comprennent bien l'enjeu pour ceux qui n'ont pas été contactés, mais que les non-contactés, eux sont prêts à massacrer les contactés parce qu'ils sont déjà entre guillemets contaminés, c'est c'est impressionnant ça, je ne savais pas.
Harold t’Serstevens - Exactement, pour le coup ça m'a frappé aussi quand ils me l'ont expliqué et j'essayais de poser des questions, j'étais là, mais oui mais si vous les défendez, que vous parlez au Waaroni ensemble, enfin comment comment ça se fait, mais j'étais très naïf et toujours maintenant, je veux dire, enfin j'ai appris une petite partie de leur culture de nouveau. Je pense qu'ils l'expliqueraient bien mieux que moi, mais c'était c'était assez frappant de voir ça et je me dis, c'était curieux, oui. Mais après, je pense que pour les non contactés, c'est sacré vraiment, c'est leur milieu de vie. Je ne saurais même pas te l'expliquer parce qu'on est tellement avec nos pensées européennes, on est à mille lieux de tout ça. C'est vrai que c'est un moment sur ce mois-ci, sur ce mois que j'ai passé avec les Waaronis, j'ai mis tous mes acquis européens de côté, mes pensées rationnelles aussi se sont envolées, mais avec le recul, je ne saurais même pas t'expliquer pourquoi parce qu'ils ont une manière de penser que je ne saurais pas expliquer. En fait, c'est, ils sont non contactés, ce n'est pas pour rien. Ils ont leur raison, j'en suis sûr.
AnBé - Qu'est-ce qui t'a le plus interpeller dans le quotidien de ces gens dans le village dont tu as partagé la vie ?
Harold t’Serstevens - Moi, c'est leur manière, leur rapport à la jungle de nouveau. Donc, ce n'est pas parce qu'ils y sont et qu'ils y vivent depuis toujours qu'ils croient tout permis aussi en jungle. Ils savent que c'est leur terre sacrée, leur terre mère et le respect qu'ils ont pour leur terre, force énormément l'admiration, je trouvais. Et moi, c'est vraiment ce qui m'a le plus frappé. C'est, on fait un feu avec ce qu'on trouve, on va faire, oui faire notre toit et notre cabane, mais on va faire l'effort d'aller à beaucoup beaucoup d'endroits différents pour prélever une ou deux feuilles, mais pas plus quoi. Genre vraiment un impact minimum sur la biodiversité qui les entoure parce qu'ils savent que c'est ce qui les nourrit ou en tout cas ce qui les nourrissait, donc…
AnBé - Ils laissent la nature se régénérer quoi. Ouais. Pas vider un endroit, on se dit on prend tout là, ce sera plus simple.
Harold t’Serstevens - Exactement, exactement, mais c'est ça que ne comprenait pas du tout. Oui, on devrait de nouveau réapprendre. Mais de nouveau, moi je reste optimiste parce qu'on réapprend. J'en suis convaincu. Peut-être pas tout le monde, mais après l'effort de certains va sûrement montrer l'exemple à d'autres. Après peut-être que c'est parce que je suis fort imprégné par ce milieu-là aussi et je vois les initiatives qui se font à gauche, à droite. Donc moi j'ai envie de rester optimiste par rapport à notre situation à nous aussi en Europe. Et c'est clair qu'on il y a des enjeux là-bas en Amérique du Sud, mais ici en Europe, on a des enjeux aussi face au réchauffement climatique, nos forêts aussi. Quand on voit les sécheresses, du coup cette année on a eu de la chance cet été, mais les sécheresses qu'on a eu l'été avant.
AnBé - Il y a un j'ai beaucoup d'arbres qui sont morts dans la forêt derrière chez moi, ouais ouais, ils n'ont pas, ils n'ont pas tenu le coup.
Harold t’Serstevens - Oui, ça ne m'étonne pas et puis ça laisse place à des petits insectes comme le scolyte, qui vont décimer les épicéas, etc. Et donc, je pense qu'il y a des approches forestières qui sont tout à fait intéressantes, qu'on doit prendre en compte à présent et ne pas viser la rentabilité à tout prix, mais plutôt regarder ce que la nature nous offre et puis après faire en fonction. Et ce que j'ai un pote, je lâche, je lâche son blaze du bouche à oreille qui a qui a lancé sa série mobile par exemple. Et lui, il peut venir pour deux ou trois arbres sur un terrain, couper en planches et c'est génial parce qu'après tu peux aussi adapter ta sylviculture à ça et donc faire du mélange. Donc diversifier et planter, je ne sais pas moi, soixante hêtres, soixante chênes seciles, soixante érables et faire tout un mélange. Puis après, tu vas récolter petit à petit, faire venir des scieries mobiles comme ceci…
AnBé - Ah oui, c'est cool parce que même nos scieries commencent à avoir des problèmes parce que tout part se faire scier en Chine avant de revenir.
Harold t’Serstevens - Exactement.
AnBé - Oui, c'est incroyable.
Harold t’Serstevens - Quand tu dis, tout part en Chine, c'est quatre-vingts pour cent de nos bois wallon. Donc c'est énorme, c'est énorme.
AnBé - Ils sont très friands de chênes et tout ça, ouais. Ouais. Qui se vend très bien, qui se vend beaucoup plus cher en Chine, donc forcément
Harold t’Serstevens - C'est ça, ils ont un pouvoir d'achat en fait que nos scieries n'ont pas. Et donc pour le coup, certaines scieries mettent clé sous la porte. Mais après, c'est vrai que le consommateur derrière, enfin on a tous notre rôle à jouer. Donc si jamais il n'y a pas de demande sur le marché pour des bois un peu plus rouges comme le chêne, qui est moins à la mode en ce moment, on aime bien les bois blancs type Ikea. Le style blanc et épuré, les vieux meubles en chêne, et caetera, c'est moins à la mode maintenant. Maintenant, on l'utilise plus pour le parquet. S'il y a de la demande au niveau du consommateur, peut-être qu'aussi, ça va un peu débloquer la la chaîne de valeur. Mais peut être qu'on en parlera, mais ça fait partie d'un des projets aussi que…
AnBé - Mais oui non, explique maintenant ton projet.
Harold t’Serstevens - Oui, mais du coup avec un pote de la fac, on a l'envie, mais réelle maintenant que je suis rentré, d'aider nos forêts belges à faire face aux changements climatiques. Et pour ça, on a un plan d'action qui est très simple, c'est une gestion forestière multifonctionnelle. Donc ça veut dire qu'il va remplir plusieurs fonctions, aussi bien la production de bois que l'accueil de la biodiversité, que tous les services écosystémiques. Donc, si des gens veulent aller se promener en forêt aussi, enfin voilà, que la forêt remplisse toutes ces fonctions finalement, et pas que la production de bois ou que la chasse ou que vraiment une…
AnBé - Ouais, les forêts, c'est une biodiversité c'est l'eau.
Harold t’Serstevens - Ouais exactement c'est l'eau.
AnBé - C'est de l'enrichissement du sol, c'est c'est tellement de choses une forêt, c'est pour ça que moi je continue à vouloir faire la reforestation ou ce qui n'a pas été abattu, ouais.
Harold t’Serstevens - C'est super important. Et puis c'est c'est vrai qu'on parle souvent de plantations, mais aussi laisser aller la régénération naturelle. On voit que, ok, il y a plus de bouleau et qui pousse en régénération naturelle. Et en Belgique, on n'a jamais été très friand du bouleau pour la transformation, alors que dans les pays nordiques, ça marche super bien. Mais si on pensait à une sylviculture plus adaptée au bouleau, etc, il y aurait moyen justement de favoriser cette régénération naturelle et donc de penser à une autre à une autre sylviculture que la sylviculture qu'on a encore trop souvent actuellement.
AnBé - Un style monoculture.
Harold t’Serstevens - Oui, mais ça.
AnBé - Quelques instances privilégiées.
Harold t’Serstevens - C'est ça, du coup, le fond du projet, ce serait en plus de ça, pouvoir former des propriétaires privés à leur gestion forestière. Mais le fond du fond, ce serait vraiment être un groupement de gestion forestière et pouvoir accompagner des propriétaires forestiers qui veulent gérer leur forêt de manière durable pour avoir peut-être un petit peu de revenus pour le moment, mais aussi pouvoir laisser une forêt à leurs enfants plus tard et et aussi que la forêt remplisse ses fonctions pour tout le monde quoi finalement qu'elle capte le carbone, comme tu disais qu'elle a un rôle énorme pour l'érosion des sols, pour la purification de l'eau. Donc qu'elle remplisse vraiment toutes ses fonctions. Et c'est vrai que si jamais un propriétaire forestier venait à me dire j'ai envie de planter un hectare seulement en épicéa, je lui dirais “ah, mauvaise adresse.” Non, c'est mort. Mais de toute façon, on n'a plus intérêt à faire ça maintenant.
AnBé - Non, ce sera vraiment mort. On n'a plus intérêt, son hectare, il va mourir.
Harold t’Serstevens - C'est peut-être qu'en plantant de manière diversifiée, on aura moins de revenus d'un coup, mais est-ce que tu veux moins de revenus d'un coup, mais de manière plus durable, si si c'est l'argent qui t'intéresse avec ta forêt. Est-ce que tu veux des revenus plus répartis ou alors rien du tout. À un moment…
AnBé - Oui. Ça va sur l'alternative, ouais.
Harold t’Serstevens - Exactement. Mais d'ailleurs, je fais un appel si jamais ça intéresse des propriétaires forestiers qui ont…
AnBé - Qui écouteraient par hasard.
Harold t’Serstevens - N'hésitez pas à venir me contacter et on pourra voir ce qu'on peut faire.
AnBé - Ah voilà super. Et ça, c'était plus ou moins la fin de ton voyage. Le passage, chez les Waaroni.
Harold t’Serstevens - C'était vraiment, ça a clôturé mon voyage sur une semaine, une belle note. Puis après, c'est vrai que j'ai continué avec avec ma sœur et des amis, donc.
AnBé - Et t'es revenu avec plein de belles idées, visiblement. Dis-moi un petit peu quel est l'objet qui t'a le plus servi quand tu étais là-bas ?
Harold t’Serstevens - Naturellement, je pense à mon couteau parce que normalement mon couteau, je l'utilisais pour tout et n'importe quoi. Maintenant, je dois quand même avouer que j'ai acheté un oreiller que je pouvais enrouler, mais super confortable. Et donc, comme je dormais sur la paille, le fait d'avoir un pur oreiller vraiment trop bien, que je pouvais gonfler, enfin qui se gonflait tout seul en fait, et qui ne prenait quasi pas de place dans mon sac. Moi, c'est l'objet qui m'a le plus servi. Mais je le sortais partout, vraiment partout dans les bus, dans les dans les hôtels, dans tout. L'objet, je l'ai trop aimé. J'en rêve encore maintenant.
AnBé - Mon premier épisode de la série s'appelait Bagman, toi ça va être Pillowman. Quel est l'échec ou l'échec apparent qui t'a le plus appris ou servi ? C'est peut-être justement cette traversée qui ne s'est pas faite et finalement pour tomber sur des gens qui avaient besoin de justement de tes services en agroforesterie.
Harold t’Serstevens - Oui oui tout à fait en fait ça a été mon dicton tout le long du voyage, chance ou pas chance, on verra.
AnBé - Chance ou pas chance, on verra.
Harold t’Serstevens - Oui, quand on dit ah, tu as trop de chance, tu sais, attends, tu n'as pas de chance, c'est chiant, attends on va voir, on ne sait pas ce qui va se passer.
AnBé - Ah ça, c'est un vieux compte arabe que j'adore, je t'y connais aussi.
Harold t’Serstevens - Oui, je l'ai entendu aussi.
AnBé - Non, je l'ai peut-être raconté déjà dans un podcast parce que je l'adore. On sait jamais si quelque chose sur nos chances ou pas chance, c'est l'histoire de ce vieil homme qui a un fils, qui a des chevaux quelques chevaux et s'enfuient les chevaux s'enfuient les voisins ils disent mon Dieu mon pauvre tu n'as plus chevaux, enfin ton revenu machin et le chien me dit ouais chance, pas chance, on verra. Un peu plus tard les chevaux reviennent, mais ils se sont fait des copains, ils ont été rameutés des chevaux sauvages et donc ils reviennent avec plus de chevaux. Et ils ont dit oh moi tu as raison, quelle chance et tout, tu as plein de chevaux maintenant. Baraka et lui dit chance, la chance, on verra. Et puis la guerre éclate. On demande à tous les hommes en âge de faire la guerre de de venir, mais le fils qui avait essayé de dompter un des chevaeu sauvages s'était cassé la jambe ou le voisin m'a dit, oh mon Dieu, ce n’était pas de la chance finalement, regarde ton fils à la jambe cassée. Seul problème c'est que le fils à la jambe cassée, il n’a pas su aller à la gare tu vois et donc à chaque fois la même review me suis dit chance pas chance, on verra on ne sait pas et c'est vraiment ça, on ne connait pas la suite. Et ça c'est une histoire que j'adore, c'est vrai que parfois tu dis ça a l'air d'être un échec ou ça a l'air d'être une réussite mais l'avenir nous le dira.
Harold t’Serstevens - On ne sait pas. On ne fait pas. C'est ça qui est qui est chouette aussi.
AnBé - C'est ça qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue. Si on savait tout à l'avance, quel ennui.
Harold t’Serstevens - Oui oui, quel ennui. Après, c'est vrai que c'est un beau conte, c'est une belle phrase, mais c'est difficile. Quand on est le nez dans le guidon, de se dire chance ou pas chance, on verra donc.
AnBé - Oui, mais je crois que c'est de dire à quelqu'un qui est par terre, qui vient se prendre la claque de sa vie, oui ça tombe, tu vois, ce sera de la chance de ta vie de te prendre un point dans la gueule et c'est bien mérité.
Harold t’Serstevens - Oui, c'est ça, exactement. La personne fait sa conclusion elle-même bien plus tard avec le recul, parce que c'est pas. On ne sait pas l'entendre tout le temps cette histoire.
AnBé - Après coup, on s'en rend compte. On peut apprendre de tout de toute façon. Je crois que c'est un état d'esprit aussi que justement rester sur des échecs ou se dire tiens, moi j'ai appris quelque chose qui m'a bien servi finalement et le succès dont tu es le plus fier dans dans ce voyage ?
Harold t’Serstevens - Je pense que c'est pas un succès en particulier mais le fait d'avoir osé me dévoiler un peu plus sur les réseaux donc ça peut paraître con à certains mais moi je n'aime pas trop c'est pas naturel pour moi en fait de faire des vidéos de montrer ce que je fais de publier sur les réseaux et donc de dépasser ce syndrome de l'imposteur, de se dépasser, se dire mais tu es qui toi pour faire des vidéos Tu es qui pour publier sur Instagram De dépasser un peu ce truc-là pour me dire, oui finalement, on le fait et au final, oui, on le fait pour laisser un chouette message, mais on le fait aussi pour soi quoi, je veux dire. Donc dépasser ce syndrome de l'imposteur et oser faire le premier pas et pour moi, c'était vraiment une super réussite quoi.
AnBé - Mais je n'ai pas vu la vidéo où tu es tout nu dans la jungle.
Harold t’Serstevens - Tu l'as pas encore vu alors.
AnBé - Elle existe ? Coupé à la taille alors.
Harold t’Serstevens - Elle existe.
AnBé - Faut que je regarde un peu.
Harold t’Serstevens - Oui, il y a un extrait
AnBé - Toi quand tu dévoiles, tu dévoiles.
Harold t’Serstevens - Non, c'est vrai que j'ai moins tourné la caméra vers moi à ce moment-là, mais elle existe.
AnBé - Tu m'étonnes, c'est vrai, c'est bien. Moi je préfère quelqu'un qui a un syndrome de l'imposteur à dépasser, que quelqu'un qui se dit, j’en vaux tellement la peine.
Harold t’Serstevens - Ouais, mais non, pas du tout en fait, me mettre dans cette position. Maintenant, je commence à avoir l'habitude, mais d'humilité un peu, on se dit, voilà, qu'on apprend, ta vidéo, ta première vidéo sera éclatée, là ma première vraiment, enfin je la trouve pas pas top, je pourrais mieux faire d’office. Mais vraiment cette position où tu te dis j'ai toi à prendre, c'est tellement plus satisfaisant parce que tu en sors grandi et moi c'est ce que j'ai envie dans ma vie, c'est d'apprendre et de de grandir d'une manière ou d'une autre que d'être satisfaisant et de se dire moi je connais tout, c'est moi qui ai raison.
AnBé - Satisfait de toi-même tu veux dire.
Harold t’Serstevens - Ouais, ouais d'être satisfait satisfaite de moi-même, mais non, mais satisfaisant vis-à-vis des autres aussi. Vous n'avez rien à apprendre quoi.
AnBé - Suffisant tu voulais dire ?
Harold t’Serstevens - Suffisant, mais AnBé, heureusement que tu es là, merci. J'aurais du le faire en espagnol, non pas du tout.
AnBé - Si tu avais en face de toi celui qui allait partir, qu'est-ce que tu lui, un petit conseil que tu lui donnerais ?
Harold t’Serstevens - Là, j'ai plutôt une citation qui me vient à l'esprit, c'est, je suis une très nulle en citation pour les retenir en grand, mais en gros de se focaliser sur les choses que tu peux contrôler et de laisser celles qui sont hors de ton pouvoir aller quoi, vraiment focus sur les choses que tu peux contrôler et moi ça m'a beaucoup servi dans toute l'aventure. Au départ, je ne m'en rendais pas compte. J'étais stressé au moment où j'ai fermé la porte, ce n'était pas évident le premier pas. Je me suis dit bon allez, on focus vraiment sur les choses que je peux contrôler. Allez, qu'est-ce que je peux faire maintenant qui va pouvoir me faire passer à l'étape suivante. Ok, ce sera peut-être ça. Ah oui non, ce n'était pas ça. Bon ok, ce sera peut-être autre chose, mais voilà, testez vraiment, qu'est-ce que je peux faire pour changer ma situation à l'instant t. Et moi, ça m'a beaucoup porté. Je ne l'avais pas l'esprit en partant, ça s'est affiné au cours du temps parce que c'est vrai que je suis sorti beaucoup de ma zone de confort, donc.
AnBé - On n'a pas parlé de ce que tu as bouffé là-bas, mais c'est vrai qu'apparemment il y a un truc, un gros de mes gros fantasmes que tu as réalisé, c'est de bouffer une larve qu'on va chercher derrière une écorse dans la forêt amazonienne parce que je trouve qu'elles ont l’air trop bonnes. Je ne sais pas pourquoi parce que franchement, je n'ai jamais bouffé ce truc et ce n'est pas vraiment ragoûtant, mais c'est gros truc blanc là. Je dis mais ça a l'air bon en plus. Tu me confirmes que c'est très bon.
Harold t’Serstevens - Ah mais c'est délicieux, mais la plupart des personnes, ils sont là mais c'est dégueulasse, mais alors que pas du tout. En fait, ça fait partie de leur régime alimentaire au Waaroni. Donc pour remettre dans le contexte, du coup, là, j'étais chez les Waaroni à ce moment-là et eux, ils abattent des palmiers à certains endroits et les coléoptères donc les scarabées entre guillemets vont pondre dans cet arbre et les larves mangent l'intérieur du palmier et donc se nourrissant de ça, ça devient des larves comme Popeye. Castar. Des larves très castars, un peu comme ceux qui connaissent Koh Lanta. Ils pourront très bien s'imaginer le type de larves que c'est, sont des larves énormes et du coup, eux les mangent crues ou cuites souvent à la braise et du coup, j'ai testé cru c'est excellent, cuit on en parle pas c'est délicieux.
AnBé - Je te jure que je salive.
Harold t’Serstevens - T'es la seule depuis que je suis rentré qui me dit ça mais vraiment, ça goûte un peu le bois frais, oui j'ai déjà mis des copeaux dans ma bouche, ça goûte le bois frais, un peu citronné comme ça. C'est vraiment délicieux.
AnBé - Ouais, ça doit être top. Bon, voilà. Et voilà en plus j'ai raison, ça m'arrive. Si tu pouvais rencontrer une personnalité morte ou vivante d'ailleurs présent passé qui aimerais-tu rencontrer ? Qui aurais-tu des questions à poser ?
Harold t’Serstevens - Mike Horn honnêtement, il m'a la vérité, la vérité, il m'a porté dans cette aventure, ça m'est arrivé plusieurs fois de penser à lui et à tout ce qu'il a accompli dans le sens où je suis clairement d'office pas du tout à son niveau. Mais j'aime beaucoup son discours aussi très humble et me dire, purée, allez vas-y essaye quoi. Parce que si lui, il a pu faire ça, toi aussi tu arriveras à faire ce que tu t'apprêtes à faire. Je veux dire ce n'est pas insurmontable et ouais lui carrément, ça serait mon rêve, mon rêve.
AnBé - Il sera le premier décembre à Paris, il y a une séance publique pour Pangaea X.
Harold t’Serstevens - Excellent ! Je suis déjà allé voir un de ces spectacles, une conférence qu'il donnait à Paris.
AnBé - Un spectacle, je ne sais pas, il jongle ?
Harold t’Serstevens - Conférence, une conférence qui donnait à Paris. Et alors à un moment, il dit qu'il y a un serpent sous un siège et moi j'hésitais à faire genre, j'avais chopé le serpent pour monter sur la scène. J'étais au dernier étage, je me suis dit bon allez on va peut-être cramer que c’est pas toi qui a le serpent. Mais honnêtement j'ai vraiment hésité parce que je pense que j'aurais quand même pas mal de questions à lui poser, mais juste aussi, je ne sais pas pouvoir le rencontrer, voir un peu. J'aime bien son énergie en fait, l'énergie qui met la vivacité, sympa.
AnBé - En tout tout cas, moi j'ai rencontré Annika, super sympa.
Harold t’Serstevens - J'imagine, j'imagine.
AnBé - Mike, je te dirai ça après puisqu'il sera là. Donc la citation qui t'inspire, on en a déjà parlé finalement.
Harold t’Serstevens - Ah oui, moi c'est chance ou pas chance, on verra déjà et puis après se focaliser sur les choses qu'on peut contrôler uniquement quoi.
AnBé - Génial. Le mindset qui t'a le plus aidé pour ton aventure, les ingrédients qui tu penses ont vraiment fait la réussite de cette aventure pour toi ? Les rencontres peut-être, parce que tu en as beaucoup parlé.
Harold t’Serstevens - Ça m'a beaucoup porté les rencontres, le fait de parfois se sentir un peu seul aussi, mais..
AnBé - Qu'est-ce que ça apporte ces moments de solitude ressentis ?
Harold t’Serstevens - J'aime bien, me dérange pas dans le sens où quand tu es loin de nous, tu n'as pas forcément ton téléphone pour t'évader ou voilà, tu dois accepter ces moments où tu es face à tes pensées et c'est pas un truc qui me dérange. Je veux dire, c'est très ressourçant. Après, à la longue, c'est vrai que c'est bien aussi de voir autre chose quoi. Je ne pourrais pas rester tout le temps tout seul. Je pense que j'ai besoin aussi de cette interaction avec les autres parce que je ne sais pas, je trouve que toutes les relations que j'ai eu en particulier, je trouve en Amérique du Sud, Amérique Centrale, il y a beaucoup de peps dans les relations dans le sens où quand on dit bonjour, c'est " Holà que tal". Ce n'est pas "Holà" comme, enfin ici en Belgique, je vais dire bonjour, on va me regarder en mode non, je n'ai pas deux euros. Non, chacun, pas à ce point-là, mais pas à ce point-là, j'abuse.
AnBé - Non, c'est vrai, parfois tu es un peu trop jovial, on se dit mais qu'est-ce qu'il me veut.
Harold t’Serstevens - Oui, oui, exactement. Mais rien. Alors que là, ça s'enclenche très facilement les conversations, je trouve. Et du coup, les rencontres, évidemment. Et puis aussi, le projet avec les vidéos, ça m'a énormément porté dans le sens où ça rejoint un peu la solitude, mais je me sentais réellement porté par le projet avec les écoles, d'une part, ma famille qui et mes amis qui suivaient les vidéos.
AnBé - Le partage quoi.
Harold t’Serstevens - Le partage, oui. En fait, il y en a beaucoup qui me disaient ouais, mais tu ne profites pas, tu prends tout le temps ta caméra, mais en fait, moi, c'était ma manière à moi de vivre les choses. Quand je devais me poser deux jours derrière mon ordinateur, ça me faisait du bien parce que c'était un moment où oui je travaillais, mais j'étais physiquement plus reposé. Donc c'était win win quoi dans l'aventure. Et il y en a qui disaient, ouais tu t'imposes à un trop grand rythme et j'étais bien qu'est-ce tu le dis, tu vois, mais moi je vis, je vis mon aventure de la manière dont j'ai envie de la vivre. Et pour le moment, ça me convient parfaitement quoi. Et donc avoir un fil rouge, moi, je trouve que c'est intéressant en voyage quand même, enfin qu'on part comme ça parce que ça permet de se raccrocher à un projet ou quoi, quand il y a des moments down. Parce que forcément, neuf mois, ce n'est pas toujours l'euphorie.
AnBé - Non. Quand tu t’accroches à ton "Why" et pourquoi je suis là, pourquoi je me suis lancé là-dedans, je fais ça finalement.
Harold t’Serstevens - Exactement exactement, c'est comme dans l'entrepreneuriat quoi.
AnBé - Et entrepreneuriat, tu as été en jeune entrepreneur, donc tu sais ce que c'est aussi.
Harold t’Serstevens - Ouais c'est clair. Et du coup, j'ai pu aussi me rendre compte que quand on n'a pas un "Why" suffisamment puissant ou une raison d'être suffisamment puissante, on arrête quoi, tout simplement on arrête. Donc je pense que c'est vraiment la clé pour tout projet de faire un truc qui nous, forcément qui nous plaît, ça coule de source, mais aussi de comprendre pourquoi on le fait. Et la réponse, elle n'est pas toujours facile. Enfin, je veux dire, parfois on tourne un peu autour du pot. Pourquoi est-ce que je fais ça, et caetera maintenant, est-ce qu'il faut toujours avoir des mots clairs dessus Je ne sais pas, ça vient parfois de l'intérieur de soi quoi. Moi ici, si tu j'ai un "Why" clair pour le projet là que je mène en Belgique par rapport aux forêts belges où il est clairement tracé d'aider les forêts à faire face aux changements climatiques maintenant pour mon voyage, est-ce que j'avais un "Why" écrit non, je veux dire c'était naturel, c'était spontané.
AnBé - C'était ton intérêt.
Harold t’Serstevens - En moi quoi, maintenant, enfin c'est vrai qu'en entrepreneuriat, je trouve que c'est intéressant d'avoir une trace aussi pour surtout quand on est une équipe, pouvoir se raccrocher à quelque chose, que chacun à l'avoir en soi, je pense que ça c'est important, mais c'est différent.
AnBé - Mais toi, c'était aussi, vivre ton rêve, rêve depuis que tu es tout petit.
Harold t’Serstevens - Oui, exact.
AnBé - Trop top. Une question que je ne t'ai pas posée, que tu aimerais que je te pose ?
Harold t’Serstevens - Moi, je pense qu'on a fait le tour.
AnBé - Donc tes projets, on en a déjà parlé. Et ou alors Et où on peut te retrouver je le mettrai dans les notes mais donc tu es sur Insta tu es sur YouTube principalement c'est les deux endroits on peut te retrouver.
Harold t’Serstevens - Oui tout à fait.
AnBé - Ah super. Un grand grand merci d'être passé au micro aujourd'hui.
Harold t’Serstevens - Merci AnBé, ça m'a, ça fait super plaisir évidemment.
AnBé - Moi aussi, vraiment on en parlait depuis avant ton départ qu'il fallait absolument que tu vives plein de trucs pour pouvoir passer au micro après.
Harold t’Serstevens - Non, j'ai passé un super moment merci à toi.