136. Benjamin Lesage, voyager sans un sou en poche
Épisode du 27 janvier 2026
Amsterdam, deux amis. Une envie commune de faire une expérience unique, poussée à son paroxysme : voyager jusqu'au Mexique pour le mariage d'amis. Mais pas n'importe comment, non. Sans un sou. Peut-on vivre sans argent ? Faut-il mettre un prix sur tous les échanges humains ? Quelles sont les solutions qui existent déjà ? Expérience extrême du dénuement pour aller à la renconter d'un autre monde possible. Benjamin Lesage, écrivain, nous mène dans cette quête d'autres valeurs et dans d'importantes réflexion sur les inégalités, exploitations et gaspillages que l'argent semble inexorablement emporter dans son sillage.
Ecouter l'épisode (1:22':28'')
Ecouter l'extrait (8':59'')
Traverser les territoires et les océans en levant le pouce, dormir à la belle étoile, dans des abris de fortune ou chez l'étranger qui ouvre sa porte
Photos de cette page : ©Benjamin Lesage
Présentation de l'épisode
Comment aller d'Amsterdam à Mexico sans argent ? Benjamin Lesage raconte son voyage extraordinaire de 11 mois en autostop et bateau-stop, dormant à la belle étoile, récupérant sa nourriture dans les poubelles ou demandant aux restaurateurs, avec 2 copains aussi idéalistes que lui.
Une aventure transformatrice qui questionne notre rapport à l'argent et à la consommation. Entre moments magiques au Maroc, galère au Brésil et rencontres bouleversantes tout au long de la route, Benjamin nous embarque dans une réflexion profonde sur l'économie du don et (surtout) la confiance en l'humain.
C'est un épisode à nul autre pareil sur Storylific. Ce qui est effleuré dans d'autres conversations a été vécu ici à l'extrême. A mon sens, Benjamin est peut-être le plus audacieux des aventuriers interviewés dans le podcast. Car ceci est d'un tout autre acabit que de bivouaquer avec une carte bleue et un téléphone satellite... Sans jugement sur l'une ou l'autre formule, juste pour souligner l'énorme intérêt de ce partage que ne recommande chaudement.
Des nuits dans les rues, les squats, les hôpitaux ou casernes... Un voyage qui oblige à accueillir ce qui est donné et non plus à prendre.
Itinéraire d'un idéal
Benjamin Lesage, Français né dans les faubourgs de Besançon, étudiant aux Pays-Bas en 2010, décide un beau jour de janvier de quitter Rotterdam sans un sou en poche. Direction : le Mexique. Avec deux compagnons de route, Raphaël et Nicolas, il s'élance sur les chemins d'Europe puis d'Afrique, avant de traverser l'Atlantique sur un voilier depuis les Canaries jusqu'au Brésil.
Un an plus tard, après avoir remonté toute l'Amérique centrale, il atteint enfin le Mexique. De ce périple naîtra un livre, Sans un sou en poche, et surtout une conviction : celle qu'un autre rapport au monde est possible.
Aujourd'hui écrivain de romans jeunesse, il a fondé en 2016 Éotopia, un écolieu en Saône-et-Loire fonctionnant selon les principes de l'économie du don (cf. infra). Entre deux livres et l'éducation de sa fille Ada, il poursuit cette quête entamée il y a quinze ans : désapprendre la valeur pour réapprendre le partage.
Pour garder le bilan carbone le plus bas possible et réfléchir au gaspillage alimentaire, Benjamin et ses amis ont mangé ce qui était offert ou ce qu'ils pouvaient trouver, entre restes d'assiettes sur les aires de repos ou parfois, les poubelles... Une expérience du dénuement sans concessions !
La liberté par le dénuement
Faire du stop, fouiller les poubelles, demander les invendus aux restaurateurs, dormir à la belle étoile : Benjamin Lesage a expérimenté pendant douze mois ce que signifie voyager sans consommer.
Parti avec l'idée de ne pas polluer en n'utilisant que ce qui existe déjà, il découvre au fil des stations-service marocaines et des favelas brésiliennes une vérité plus profonde. L'argent n'est qu'une histoire que nous nous racontons, un système de valeurs qui discrimine, qui hiérarchise les êtres et les choses. Au Maroc, il rencontre une générosité qui le bouleverse ; au Brésil, une misère qui le fait douter ; au Nicaragua, des sweatshops qui lui donnent la nausée.
Partout, il constate que trois Européens blancs sans argent sont mieux traités que trois Marocains fortunés en France. Le voyage devient alors une longue leçon d'humilité : celui qui voulait montrer au monde comment vivre autrement découvre que c'est le monde qui lui enseigne tout.
L'économie du don ou la nécessaire confiance retrouvée en l'humanité
De retour en France, Benjamin ne retombe pas dans l'ornière consumériste. Il fonde donc Éotopia, laboratoire grandeur nature de l'économie du don, cet antique principe selon lequel on distribue selon les besoins plutôt que selon les moyens.
Huit ans plus tard, le lieu tient debout, tant bien que mal, portant ses contradictions comme autant de cicatrices nécessaires. Car vivre différemment est épuisant, nous confie-t-il sans détour. Refuser le système quand tout le monde s'y vautre devient vite un sacrifice.
Pourtant, il persiste, convaincu qu'il faut d'abord expérimenter pour montrer que c'est possible, avant même d'espérer changer quoi que ce soit.
Sa conclusion après quinze ans de cheminement ? Que la vraie révolution n'est pas de vivre sans argent, mais de replacer la confiance en l'humain au centre de tout. Que tout seul on va plus vite, mais qu'ensemble on va plus loin. Une idée à méditer sans modération par les temps que nous traversons.
Ecrivain déjà, Benjamin Lesage noircit ses carnets de notes. L'ébauche de son livre "Sans un sou en poche," que je recommande.
Où trouver l'invité
Instagram : @benjaminlesage.auteur
Site web : benjaminlesage.fr
Autres épisodes mentionnés pendant la discussion
- on y évoque Yann Arthus-Bertrand et son film Home (disponible gratuitement sur YouTube, je conseille), qui a beaucoup inspiré Benjamin. YAB a également accordé une interview très touchante à Storylific.
- on mentionne Rémi Camus avec qui j'ai enregistré un entretien qui retrace sa carrière d'aventurier (épisode en 2 parties, 98 et 99), et son engagement de plus en plus concret pour que ses aventures puissent servir à protéger nos ressources en eau.
- je parle d'une citation d'un invité que je n'ai jamais oubliée, c'est celle de Julien Defourny qui me parlait dans l'épisode 23 de sa traversée des Amériques du sud au nord et m'a dit : "Quand je suis parti, je voulais changer le monde. Et c'est le monde qui m'a changé."
Pour aller plus loin
1. Les "banques de temps" au Japon, Fureai Kippu : un système à découvrir sur wikipedia
2. Existe aussi en France ; appel à l'équipe ! Faites-moi connaître les organisations dont vous avez connaissance, car je n'ai pas facilement trouvé de sources récentes. Mais ça existe et c'est une excellente idée.
3. Allez découvrir Freecycle(FR), les conseils d'Ecoconso(BE), pour vous inspirer de l'économie du don, de l'échange, plutôt que de l'achat.
Les livres de Benjamin Lesage
Les étoiles qui meurent dans le ciel
Illustrations sonores
Musique :
Cali by ItsWatR (Direct Licence)
Whipped Cream by IsWatR (Direct Licence)
Sons :
Freesounc CC 4.0 & AudioHero
running water.wav by laurent -- https://freesound.org/s/15468/ -- License: Attribution 4.0
Page turning.wav by zzzemon -- https://freesound.org/s/176623/ -- License: Attribution NonCommercial 3.0
passing trucks 002.wav by tim.kahn -- https://freesound.org/s/249531/ -- License: Attribution NonCommercial 4.0
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Retranscription de l'épisode
Coming soon