#81. Entretien avec David Blough, "Le sport des solutions, voyage en terre des possibles"

Épisode du 04 juin 2024

Dans ce nouvel épisode, je reçois David Blough, expert en innovation sociale par le sport et ancien directeur général de Play International, une ONG pionnière en la matière, qui fête d’ailleurs ses 25 ans ce mois-ci. Bon anniversaire, Play !

Pendant dix ans, David a parcouru les quatre coins du monde sportif. 

Dans son livre, "Le Sport des Solutions, Voyage en Terre des Possibles", dont nous parlons dans l’entretien, David Blough nous emmène dans un tour du monde en neuf reportages, illustrant à quel point le sport peut être un laboratoire d'inventivité et de solidarité. Il y raconte comment des éducateurs, animateurs, enseignants et entraîneurs utilisent le sport pour influencer positivement le parcours de vie de milliers de personnes.

Et dans cet épisode donc nous partons à la découverte des associations qui, dans le monde entier, ont changé des destins grâce au sport. Pas celui que l'on voit habituellement, mais un sport qui crée des ponts entre des communautés divisées en Israël, favorise l'égalité femmes-hommes au Brésil ou soutient des programmes éducatifs en Afghanistan. Loin des stades et des plateaux télé, il existe un sport qui s’efforce d’apporter des solutions et de promouvoir l'accès à la connaissance, aux compétences sociales et à la santé.

C'est tous ces impacts positifs sur la vie des plus démunis que nous mettons en avant dans cette discussion avec David Blough. En éditant cet épisode pour vous le présenter, j’ai été particulièrement touchée par nos échanges sur Israël et la Palestine, qui date d'avant l'explosion de violence que nous connaissons. C’est une preuve supplémentaire de l’importance de mettre en avant ces créateurs de solutions souvent invisibles, qui nous rendent plus optimistes sur l'état de nos sociétés, et qui - qui sait ? - pourraient inspirer l'un.e d'entre vous ?

Il est crucial de mettre en lumière ces initiatives, surtout dans un monde où l'actualité morose tend à occulter les évolutions positives. C’est pour cela que cet épisode est si nécessaire : il remet du rose dans notre vision du monde en présentant des solutions concrètes et inspirantes.

A noter que son livre est devenu un documentaire ce printemps. Encore une belle victoire pour faire passer un message ô combien nécessaire - et positif. Donc lisez, écoutez, visionnez ce que David Blough a à vous raconter sans modération !

David Blough portrait
Voyage en afrique

© David Blough - photos soumises à droits d'auteur

Le sport des solutions, voyage en terre des possibles

Extrait de l'entretien : 

"On peut faire plein de belles choses avec le sport mais ce n'est pas automatique - on peut aussi faire de mauvaises choses. Mais oui, point de départ, c'est l'intention. Et ensuite je pense que le sujet, ce sont les moyens mobilisés et notamment l'expertise. Je pense au projet que tu as cité au Moyen-Orient, qui est porté par le Centre Pérez pour la paix et l'innovation, qui est basé à Tel Aviv. Ils ont, pour créer du lien entre jeunes Palestiniens et jeunes Israéliens, entre Arabes et Juifs, adapté une méthode qui a été créée en Colombie pour favoriser le dialogue entre des anciens combattants et des communautés qu'ils ont martyrisées pendant des mois. C'est une méthode qui est basée sur l'idée de faire en sorte que les jeunes construisent les règles ensemble et non pas un arbitre, il y a un médiateur mais sinon ce sont les jeunes qui s'auto-arbitrent on va dire. Et ça, on le retrouve dans beaucoup de projets en fait. Les sports dont je parle dans le sport des solutions sont quelque part des sports augmentés. C'est à dire des expertises qui ne sont pas sportives à la base vont venir s'imbriquer dans le sport."

David Blough, extrait de l'épisode 81

Où trouver l'invité

LinkedIn : David Blough
X (Twitter) : @BloughDavid

Pour aller plus loin : 

Le livre : Le sport des solutions
Le documentaire : XXI, le sport des solutions

Un documentaire complémentaire présentant le travail de "Pour le sourire d'un enfant" à découvrir ici : De l'escrime à l'estime : une réponse à la récidive

Illustrations sonores

Musique :

Cali by ItsWatR (Direct Licence)

Whipped Cream by WatR (Direct Licence)

Sons :

190155_FencingFoilBladesClashing.wav by GaelanW -- License: Attribution 3.0

Skateboard jumping city ambience by murkertrer  -- License: Creative Commons 0

Colombian_Basketball_School_Court_Stereo.wav by USBMED_Ambiences_Sound_Library -- License: Attribution 4.0

BEACH, SUMMER, CHILDREN- vers 1 facing towards the sea. Stereo atmos atmosphere wildtrack ambience.mp3 by arpeggio1980 -- License: Creative Commons 0

Basketball Voices and surroundings.wav by k.strueber -- License: Creative Commons 0

Ocean 4.WAV by PinkHouseMusic -- License: Attribution 4.0

 

Retranscription de l'épisode

Transcription automatique non corrigée ni relue pour vite mettre cet entretien à la disposition de nos amis malentendants - il pourrait donc y avoir encore bien des erreurs et des non-sens, je m'en excuse d'avance. Ce sera dûment relu un de ces jours - j'espère !

 

Storylific AnBé:
Bonjour David Blough.

David Blough:
Bonjour.

Storylific AnBé:
Alors, ça me fait très plaisir de parler du sport différemment aujourd'hui grâce à toi. Donc j'ai ton très bel ouvrage, le sport des solutions, voyage en terre des possibles. C'est comme ça que je t'ai découvert. Et c'est chouette de parler d'autre chose que de compétition en sport, mais aussi tout ce que ça peut apporter. et que ça peut apporter mais que c'est pas automatique donc ça on va le voir aussi. Est-ce que je peux te demander de te présenter en deux mots?

David Blough:
En deux mots, David Blou.

Storylific AnBé:
Ou plus. Ça va. Ha ha ha!

David Blough:
J'ai 43 ans, j'ai toujours travaillé dans le secteur de l'impact social, que ce soit dans le domaine humanitaire ou dans l'économie sociale. Et depuis 13 ans, plus spécifiquement sur ces sujets, mais à travers le prisme du sport.

Storylific AnBé:
D'accord. Et alors du coup, ma première petite fille ici, je fais toujours les questions de mes filles. Et j'en ai une qui a un question qui sera très bien pour lancer l'entretien. Je te la fais écouter. C'est, je pense, Valentine disant... Il faut juste que je retrouve... Voilà, Valentine pour David. Bonjour David, pourquoi as-tu cette idée? Voilà, d'abord d'expliquer ce qu'est cette idée. Bon, on va commencer par présenter justement ce que tu as créé. C'est Play International, je crois.

David Blough:
Oui, je ne l'ai pas créé. J'ai dirigé pendant 8 ans.

Storylific AnBé:
D'accord.

David Blough:
C'est une ONG qui existait avant. Ça a été une grande partie de ma vie professionnelle jusqu'ici. Et c'est ce qui m'a donné envie de m'investir dans le domaine de l'impact social et du sport. Puisque comme je pense beaucoup de gens,

Storylific AnBé:
Mm-hmm.

David Blough:
pour moi le sport pendant longtemps c'était soit la pratique de loisirs, soit les compétitions qu'on regardait dans les stades ou à la télévision. J'avais cette notion de bienfait ou de bien-être sans pour autant pouvoir vraiment la qualifier. Il a fallu vraiment que je rentre dans le vif du sujet, que j'aille sur le terrain pour voir tout le potentiel du sport pour transformer les vies et voir aussi ce que ça nécessitait pour exploiter au mieux ce potentiel puisque comme tu l'as dit, il n'y a pas de bienfait positif systématique. Donc si on veut vraiment maximiser ce potentiel-là, il faut y travailler.

Storylific AnBé:
Et tu es tombée comment? C'est comment t'es venue l'idée d'aller dans la première ONG ou sur les terrains comme ça? De ne plus être simple spectateur.

David Blough:
C'était presque par hasard en fait. J'ai travaillé dans un groupe associatif qui composait de plusieurs entités. Et Sports Sans Frontières, qui était le nom à l'époque de Play International, a rejoint ce groupe. Et ça a éveillé ma curiosité. Et j'ai sympathisé avec le directeur de la communication et du développement de l'époque, qui lorsqu'il est parti m'a dit David, ce poste il est fait pour toi, tu devrais venir passer un petit moment. dans l'ONG et j'y suis allié pour voir, presque par curiosité, pour voir quel pouvait être le rôle du sport dans le milieu humanitaire. Et rapidement je suis allé sur le terrain et je me suis rendu compte à quel point, loin d'être anecdotique, le sport pouvait influencer positivement des parcours de vie, voire en sauver. Je suis allé en Haïti, notamment assez rapidement après ma prise de fonction. C'était peu de temps après le séisme à l'époque. et j'avais emmené des journalistes avec moi. J'étais très content de mon coup, puisque ça voulait dire de belles retombées pour l'association. Mais en arrivant sur place et en voyant l'état de Port-au-Prince, qui était encore en ruine, je me suis dit, qu'est-ce qu'on va y trouver? Est-ce que le sport ne va pas paraître anecdotique dans ce contexte-là? Et dès le lendemain, en fait, on allait dans des camps de déplacés. et on a vu les jeux sportifs et ludiques qu'animaient les animatrices et les animateurs et qui permettaient de faire la prévention au choléra. Ils avaient inventé en fait des jeux pédagogiques qui permettaient aux enfants et aux jeunes de comprendre quels étaient les gestes pour se prévenir du choléra. Et quand on voit ça on dit qu'en fait le sport on l'exploite pas suffisamment sur ces sujets-là. cette dimension ludique, cette dimension coopérative, cette attractivité du sport, il faut de mon point de vue en faire beaucoup plus.

Storylific AnBé:
Oui, oui, oui, oui. C'est vrai que c'était intéressant, cette histoire que tu racontes d'ailleurs dans ton livre et de voir que ça apportait plein de choses. Ça le rapportait aussi dans ce monde qui était devenu un véritable chaos, une certaine structure, un certain rendez-vous, certaines à nouveau manières, donc quelque chose de structuré un petit peu en dehors de tout ce chaos, justement, de retrouver une sphère d'insouciance et en même temps, d'affectivement d'apprendre des gestes qui pouvaient les sauver de manière... baludique voilà tout simplement et c'était une belle histoire, c'est une belle mise en jambes dans le livre que cette histoire là. Et après alors, où es-tu allée?

David Blough:
Les deux sont liés en fait puisqu'en quittant le plein international, je savais que j'allais vouloir continuer dans ce domaine-là mais sans trop savoir comment. Et la première chose que j'ai faite c'est de commencer à écrire ce livre puisqu'en partant je faisais un peu le bilan et à la fois je me rendais compte de tout ce que j'avais appris et en même temps je voyais à quel point en fait il fallait développer d'autres narratifs dans le domaine du sport. et permettre aux gens de changer de regard sur le sport et son rôle au sein de la société. Je me suis souvenu d'Haiti et je me suis rendu compte que c'est en allant sur le terrain que moi j'avais basculé. En quelque sorte, le sport de solution, c'est cette envie-là, c'est de permettre aux autres d'aller sur le terrain, même si c'est à travers la lecture, pour pouvoir se rendre compte de toutes les innovations sociales qu'on peut développer à travers le sport.

Storylific AnBé:
Oui, oui, oui. Toi, qu'est-ce qui t'a le... Est-ce que tu as quelques anecdotes que tu peux nous partager sur ce qui se fait ailleurs? Il y a une histoire, j'ai jamais aimé beaucoup, c'était l'histoire du surf en Afrique du Sud, par exemple. Là, je trouve que c'était très, très intense ce qui se passait là-bas.

David Blough:
Dans le livre, effectivement, il y avait cette idée de voyage et de partir à la rencontre de projets un peu emblématiques, de projets inspirants qui montrent différentes manières d'utiliser le sport pour apporter des réponses à toute une série de problématiques. Et effectivement, Ways for Change en Afrique du Sud, au Cap, est une super illustration puisqu'elle permet à des jeunes dans les townships. non seulement de sortir de leur environnement, d'aller dans un endroit où ces jeunes noirs ne pouvaient pas aller à l'époque de l'apartheid et encore aujourd'hui sur ces plages on retrouve surtout des blancs puisque ça restait un peu ancré dans les esprits il y a quatre décennies de l'apartheid ça marque une société donc déjà les amener à la plage, leur apprendre à nager, à faire du surf, c'est déjà une... belle occupation pour eux. Et les fondateurs de l'ONG, en fait, au fur et à mesure ont créé une méthode qu'ils ont baptisée la thérapie par le surf. Ils se sont rendu compte qu'en fait, les problématiques de santé mentale étaient extrêmement importantes dans ces zones-là. Et c'est vrai que ces jeunes sont confrontés à beaucoup de violences et ont peu d'espace pour développer leur résilience, peu d'espace pour exprimer leurs émotions. Et donc ils ont... On a créé des séances de surf qui mêlaient le surf tel qu'on le pratique habituellement, mais aussi de la méditation, des groupes de parole. Ils ont travaillé avec des psychologues pour vraiment faire en sorte que cette approche fonctionne et que ces jeunes puissent réduire leurs stress, développer leur résilience et créer du lien social. Donc là, on a un beau projet qui montre que tout ce qu'on peut faire... grâce au surf en l'occurrence mais ça aurait peut-être pu être un autre sport.

Storylific AnBé:
Oui, tout à fait. Tu as une histoire d'un jeune dont le parcours t'as marqué, dont le changement de parcours t'as marqué dans Wave4Change, je crois que ça s'appelle celui-là.

David Blough:
Oui, il y a Anne-Lise, à qui j'ai pu m'entretenir, et une jeune femme de 25 ans qui est aujourd'hui animatrice, mais qui a aussi bénéficié auparavant du projet elle-même, et qui met en valeur justement la difficulté d'intervenir sur ces questions de santé mentale, puisque c'est un tabou dans la culture locale, il n'y a même pas de mots pour exprimer la dépression.

Storylific AnBé:
Mm-hmm.

David Blough:
et elle exprime très bien l'intérêt du programme dans un tel environnement et le souhait de pouvoir partager à d'autres jeunes aujourd'hui ce ce don quoi elle a bénéficié en grandissant.

Storylific AnBé:
Ouais, donc ils en parlent ensemble et ils se rendent compte que tiens, je suis pas tout seule dans cette galère, derrière ce masque de tout va bien ou derrière ce tabou qu'il y a. Ça les aide à avancer.

David Blough:
Oui, ils ont une démarche très poussée en matière de mesures d'impact et d'évaluation. C'est aussi pour ça que cette association est emblématique, c'est parce qu'elle a su construire de manière scientifique sa méthode et de voir que le taux de stress diminuait, que la réussite éducative progressait aussi. C'est un sujet, c'est une question de santé mentale, en fait, on a un impact sur... sur plein d'enjeux, notamment la réussite à l'école. Ils ont pu vérifier notamment que ces effets duraient jusqu'à neuf mois après les séances. Donc, une action sur la durée.

Storylific AnBé:
Ah ouais, c'est chouette, c'est vraiment chouette. Et j'avais une question qui me venait à l'esprit du coup, en reparlant de ça. Ah oui, en plus le sport aide à se reconstruire une image de soi, c'est intéressant évidemment, c'est physique, c'est reprendre confiance en soi physiquement comme mentalement. Tu as pu remarquer que ça c'était vraiment quelque chose où les gens se redressaient, ces jeunes se redressaient quelque part?

David Blough:
Oui, on a un très bon exemple dans le livre aussi au Sénégal cette fois, dans le cas des actions d'une association qui s'appelle Pour le sourire d'un enfant. C'est une jeune femme qui est tombée enceinte à l'âge de 16 ans. L'avortement est interdit au Sénégal et c'est très mal vu, même souciellement, du point de vue de la famille aussi. Donc c'est une grossesse qu'elle a caché à sa mère, à sa famille. Et le jour où elle a accouché, l'enfant est décédé. Et elle a finit en prison. Elle a resté 5 ans en prison pour un fantaside. Elle, du coup, elle avait un rapport au corps qui était très, très dégradé, pour ne pas dire plus, des pensées suicidaires. Et grâce à une méthode qui s'appelle « Escrime et justice réparatrice ». elle a su se reconstruire en tant que personne mais ça a commencé par le corps en fait. C'est à travers le fleuret et généralement par l'activité physique et sportive qu'elle a plus réapproprié son corps, qu'elle a plus aussi reconstruit une relation avec d'autres jeunes et notamment des garçons. C'est un sport qui peut se pratiquer en mixité, c'est pour ça qu'il a été choisi aussi. On a énormément de choses de ce point de vue là. Et on laisse trop souvent de côté le corps. On a souvent cette distinction entre le corps et l'esprit. Mais on a besoin du corps. On peut apprendre par le corps. Et pour être sain d'esprit, c'est important de se sentir bien.

Storylific AnBé:
Oui, le Mensana incorporé sano, ça date pas d'hier. On le savait déjà dans la romantique. Donc, oui, c'est ça reste hyper. Oui, c'est vrai. Quand on reprend possession de son corps, on se sent plus fort aussi mentalement. C'est hyper lié. Moi, j'avais fait beaucoup plus de sport. J'ai vraiment senti une différence aussi. Bien sûr, c'est prouvé. Ça fait tomber le niveau de stress, mais même se sentir physiquement plus d'attaque, ça change tout.

David Blough:
Pardon, 2000 secondes, ouais.

Storylific AnBé:
Quoi? Il y a quelque chose qui te tracasse. Oui, on entend du bruit.

David Blough:
Pardon.

Storylific AnBé:
Les enfants jouent ensemble. Ah voilà. Et donc oui, on a évoqué le fait que garçon et fille jouent ensemble dans certaines cultures. C'est vraiment quelque chose qui peut changer la donne pour l'image de la femme. Ça, quand on voit les... les nouvelles lois des talibans qui sortent, qui clôtrent de plus en plus les femmes. On rêve de vous voir arriver là-bas. Bon, ça ne raisonne pas d'arriver tout de suite, malheureusement. Mais là où c'est possible, effectivement, les faire jouer ensemble, ça peut être pas mal. Et mon autre petite fille avait une question pour toi, du coup. Comment tu fais pour que les enfants jouent ensemble? Voilà, parce que j'avais parlé de ça, j'avais parlé aussi, on va en parler très certainement de ce qui peut se passer du côté d'Israël, de la Palestine avec vous. Et donc comment ça se passe pour commencer à se faire se croiser des jeunes qui se regardent un peu en chien de faïence?

David Blough:
C'est sûr que ça ne se décrète pas, la mixité se construit, ces échanges se construisent également. Je pense que le point de départ c'est qu'il faut avoir une intention, il faut penser le sport pour qu'il fonctionne de cette manière-là. C'est le point de départ.

Storylific AnBé:
Oui, ça tu en parles souvent en disant attention toutes les vertus du sport, etc. C'est pas automatique du tout, ça se travaille, ça se construit.

David Blough:
Non, effectivement j'ai un premier essai qui s'appelle sport watching, justement qui déconstruit un peu cette idéologie des valeurs du sport qui est née avec le sport moderne et qui reste encore tenace. On peut faire plein de belles choses avec le sport mais c'est pas automatique et on peut aussi faire de mauvaises choses. Mais oui, point de départ, désintention. Et ensuite je pense que le sujet, ce sont les moyens immobilisés. et notamment l'expertise, je pense, au projet que tu as cité au Moyen-Orient, qui est porté par le Centre Pérez pour la paix et l'innovation, qui est basé à Tel Aviv. Ils ont, pour créer du lien entre jeunes Palestiniens et jeunes Israéliens, entre Arabes et Juifs, en fait, ils ont adapté une méthode qui a été créée en Colombie pour favoriser le dialogue entre des anciens combattants et des communautés qui ont... martyrisés pendant des mois. C'est une méthode qui s'appelle football3 et qui est basée pour aller vite sur l'idée de faire en sorte que les jeunes construisent les règles ensemble et que non pas un arbitre, il y a un médiateur mais sinon ce sont les jeunes qui s'auto-arbitrent on va dire et des Ça on le retrouve dans beaucoup de projets en fait. Les sports dont je parle, dans le sport des solutions, sont quelque part des sports augmentés. C'est à dire des expertises qui ne sont pas sportives à la base, qui vont venir s'imbriquer dans le sport. C'est le cas pour Ways to Change avec la psychologie par exemple, mais on retrouve d'autres expertises sur d'autres méthodes. Ce sont des sports aussi qui sont augmentés de moments non sportifs. Je parlais de méditation, de prise de parole. à Ways for Change, on le retrouve aussi en Haïti avec cette pédagogie, cette forme de pédagogie par le jeu qui termine toujours par un débat qui permet aux jeunes de verbaliser ce qu'ils ont vécu, réalisé dans une session et ce que ça signifie en dehors de la vraie vie. Il faut détendre la réflexivité pour transférer ce qu'on a vécu sur le quotidien. Donc oui, je sais pas si ça répond complètement à sa question, mais c'est une partie de...

Storylific AnBé:
Mais oui, oui, oui, oui, oui. Et ils se prêtent facilement à ce jeu de la prise de parole, parce que c'est peut-être une des premières fois qu'on leur demande à ce point-là leur vécu, non. Je sais pas, ça doit être une expérience assez nouvelle pour eux.

David Blough:
Ça dépend beaucoup des cultures, des cultures où on n'encourage pas la prise de parole et auquel cas les enfants, les jeunes en tout cas ont tendance à essayer de donner la réponse qu'ils pensent être la bonne.

Storylific AnBé:
C'est ça.

David Blough:
Mais c'est tout un cheminement et c'est ce qu'on voit dans le cas de Waves Sur Change.

Storylific AnBé:
Mm-hmm.

David Blough:
La problématique de ces jeunes en fait c'est le fait de vivre dans un contexte traumatisant et on leur demande je bosse jamais. Une question simple, c'est comment est-ce que tu vas. Donc à l'inverse aussi, avoir ces espaces d'expression, c'est extrêmement important pour eux.

Storylific AnBé:
Pour ceux qui connaitent très mal le contexte de l'Afrique du Sud, tu peux expliquer un petit peu quel est le quotidien de ces jeunes.

David Blough:
Justement dans ce quartier là et plus généralement dans les townships qui sont en fait ces espaces créés pendant l'apartheid pour les noirs en fait. C'est une politique extrêmement brutale de ségrégation et ont créé des quartiers pour parquer entre guillemets les noirs et ces quartiers concentrent encore aujourd'hui toutes les problématiques de société, de violence, de précarité, etc. et avec en face une absence de prise en charge. Dans le quartier de Massy, dont je parle dans le livre, il n'y a pas loin de 500 000 habitants, il y a un travailleur social et aucun psychologue. Donc vous imaginez un peu l'état psychologique de jeunes qui grandissent dans ces environnements-là. Il y a d'ailleurs une étude qui montre que grandir dans ces quartiers-là... revient à subir autant de traumatismes qu'en zone de guerre. Soit en étant témoin de violence, soit en étant victime de violence.

Storylific AnBé:
Mm-hmm. Tu prics?

David Blough:
Tout ça à répétition. Donc s'il n'y a pas de prise en charge, s'il n'y a aucun moyen pour ces personnes-là de développer une forme de résilience, ça signifie des vies qui sont gâchées, puisque ça n'a pas que sur le... l'apprentissage à l'école. C'est un epoque sur le vivre ensemble avec des cycles de violence qui s'entretiennent. Sans réponse de ce type là comme Wasteful Change, c'est difficile de faire changer

Storylific AnBé:
Mm-hmm. C'est le cercle vicieux quoi.

David Blough:
les choses profondément.

Storylific AnBé:
Tu peux expliquer ce qu'est le bullet day?

David Blough:
Le boulette d'œil?

Storylific AnBé:
Le bullet-ay, en Afrique du Sud. Le jour en général, c'était le jour de la paix, et en général, ils adoraient acheter des cartouches et tirer.

David Blough:
Ah non, je savais pas.

Storylific AnBé:
C'était le jour où il fallait rester chez soi à un moment.

David Blough:
Ça, ça ne fait pas.

Storylific AnBé:
Tu ne connaissais pas? Voilà.

David Blough:
Non, non, bah c'est à tout d'abord de m'apprendre quelque chose.

Storylific AnBé:
C'est peut-être dans un autre coin. Voilà. Donc, je me dis effectivement, ils voient des violences, des homicides, ça se tabasse pour un rien.

David Blough:
Oui, c'est violence physique, sexuelle et souvent des violences intrafamiliales aussi.

Storylific AnBé:
Mm-hmm.

David Blough:
Enfin, c'est très très compliqué.

Storylific AnBé:
Ouais, à tout à l'heure.

David Blough:
C'est le problème d'alcoolisme avec du coup les parents, souvent le père qui devient violent. Ouais, c'est...

Storylific AnBé:
..

David Blough:
Après, je... J'évite de stigmatiser ces quartiers-là. Enfin, on parle de ces difficultés, ça ne veut pas dire que les gens sont forcément malheureux.

Storylific AnBé:
Hmm.

David Blough:
Le fondateur de Waysurchange disait aussi que les gens s'entraidaient, qu'ils cherchent des solutions. Lui, il a grandi dans ses quartiers, il a fondé une super ONG. Donc voilà, il ne faut pas plus essentialiser ces quartiers.

Storylific AnBé:
Non, non, bien sûr.

David Blough:
Je le dis pour moi-même aussi, parce que quand on parle de ces sujets-là et qu'on apporte le focus juste sur cette partie-là, on a tendance à oublier le reste.

Storylific AnBé:
Non non non non, maintenant que j'ai pas eu la même éducation qu'eux, que j'ai pas grandi dans le même contexte qu'eux, avec les mêmes revenus qu'eux, je juge pas hein. C'est pas possible. Attends, j'ai une autre question de... Non, on a déjà fait... En Palestine, entre Palestiniens et Israéliens, comment ça se passe? Y'a vraiment une ouverture à ça parce que parfois, enfin, l'appréciation mutuelle, c'est pas donné. Donc quel est le travail que vous avez fait? Parce que je sais bien que vous avez une certaine méthode pour justement inviter à communiquer un peu ce qu'on a ressenti, à faire sortir les jeunes de leur coquille pour simplement qu'ils puissent se sortir de leur contexte aussi. Mais ça ne se fait jamais. J'impose mon schéma partout. qui se fait déjà sur place, sur le retour des personnes sur place. Donc vous n'arrivez pas en imposant votre modèle partout.

David Blough:
Non, j'ai choisi de raconter les histoires de ces associations parce qu'elles sont emblématiques parce qu'elles partent d'un besoin qui est exprimé localement et parce que cette réponse est construite collectivement. On a très vite tendance d'imposer des solutions, à vouloir le copier-coller, quelque chose. On a un point de départ qui est une méthode qui fonctionnait en Colombie. mais ensuite un travail de refonte totale en Israël et tout un travail aussi d'implication des bénéficiaires. C'est vraiment la base. Et tout ça prend du temps. Le projet de Centre Peres en Israël, comme beaucoup d'autres, s'inscrit sur la durée. C'est sur le temps long. Donc, effectivement, on a cette actualité qui... qui semble être un flot permanent de sujets qui se renouvellent et à la fin de la journée on oublie ce qui s'est passé le matin. On a des personnes qui s'investissent sur le temps long et qui acceptent la complexité de la réalité. C'est vrai qu'en Israël ils ont vécu des années de recul, des situations qui se complexifiaient. Mais les gens à qui je parle poursuivent le travail parce qu'il y a peu d'acteurs qui... qui permet de construire des ponts et de permettre aux jeunes de remettre en cause les stéréotypes qu'ils ont appris en grandissant, avec cette idée de se faire sa propre opinion et de se dire qu'un avenir commun est possible. Donc oui, c'est pas une démarche de construction de la paix, mais c'est une démarche de préparation de la construction de la paix. C'est comme ça qu'elle le présente.

Storylific AnBé:
C'est modeste. C'est du pas à pas. Ouais.

David Blough:
Oui.

Storylific AnBé:
Mais déjà, trouver les jeunes qui acceptent de se mettre sur le même terrain, ça va, ça se passe comment?

David Blough:
Ça se prépare puisque effectivement dans ce programme-là, il y a des moments d'interaction entre les jeunes, une fois par mois, mais ces groupes se réunissent chacun de leur côté chaque semaine. Donc c'est aussi le temps de dialoguer, de se construire une ouverture, de s'impliquer dans le projet aussi. Donc ça se prépare, c'est pas « on va réunir comme ça ». 10 palestiniens, 10 israéliens, et puis on va les faire jouer ensemble et ça va bien se passer. Il y a toute une série de déconstructions des stéréotypes progressifs en amont et tout un modèle d'interaction par la suite. Il y a un travail ici sur la langue. Chaque groupe va apprendre un peu quelques mots de la langue de l'autre. Et ces moments vont aussi être l'occasion de tester un peu ses connaissances et d'enseigner aux autres et d'apprendre aux autres. C'est un peu ce que je disais sur la version un peu augmentée du sport. Là aussi on voit que l'apprentissage de la langue en complémentaire du sport est un des éléments qui fait que ça marche. Et c'est la beauté de ces projets, c'est d'avoir imaginé des solutions qui fonctionnent

Storylific AnBé:
..

David Blough:
et qui méritent de grandir.

Storylific AnBé:
T'as eu des amitiés comme ça qui se nouaient, des amitiés improbables qui te donnent de l'espoir.

David Blough:
Oui, oui, oui, je vais essayer de réfléchir à un projet. Oui, notamment sur l'Allemagne, la Backbridge, je parle d'une association qui favorise l'accueil et l'inclusion de femmes migrantes, pour la plupart, de Syrie, d'Afghanistan.

Storylific AnBé:
Mm-hmm.

David Blough:
C'est une structure qui a été créée en 2015 et qui avait vocation à favoriser la mobilité spatiale. des femmes dans les établissements d'accueil et aussi travailler sur la mobilité sociale. Et donc le projet s'appuie sur l'apprentissage du vélo qui à Fribourg en Allemagne, comme ailleurs dans notre ville d'Allemagne, est le moyen de locomotion numéro 1. L'idée c'est de permettre à ces femmes d'apprendre à faire du vélo, de créer des amitiés entre elles et de créer du lien avec les Allemands. et donc ces cours sont donnés par des bénévoles allemands. Il y a des liens comme ça qui se créent entre des personnes qui sinon n'auraient jamais eu l'occasion de se parler et encore moins la possibilité de créer une relation humaine.

Storylific AnBé:
Pour ces femmes qui n'avaient justement aucun droit à la mobilité dans leur propre pays, c'est tout un apprentissage à la liberté qui est assez fascinant.

David Blough:
Oui, complètement. D'ailleurs, l'une des fondatrices iranienne est allée en Allemagne pour faire ses études en sport. Elle cherchait des études mais elle cherchait aussi un endroit où elle pouvait faire du vélo puisque c'était l'une de ses passions. Et c'est le cas effectivement beaucoup de ces femmes. Le vélo est interdit ou très mal vu dans leur pays. Donc c'était aussi une façon de leur montrer qu'elles... pouvait s'émanciper. C'est bien plus qu'un moyen de déplacement. Il y a beaucoup de choses derrière en fait. C'est ce qui est intéressant aussi dans le choix des sports. Et ça aussi,

Storylific AnBé:
Alright.

David Blough:
je trouve que c'est un élément important quand on parle de sport et d'impact social, c'est qu'on parle vraiment du besoin et on va définir l'activité en fonction. Alors quand on est passionné de sport, et je m'inclus dans cette liste, on a tendance à dire créer un programme basket. Là, le fleuret choisi pour le sport d'un enfant, il a été choisi en fonction de ses spécificités. C'est la même chose pour Back Bridge. En fait, ça aurait été un autre sport, ça aurait été beaucoup moins efficace. Et sans doute que pour Ways sur Change, même si on n'aurait pu imaginer d'autres sports, le surf a quand même, en tout cas l'environnement du surf, des effets intéressants quand on parle de ce camion, de se poser. Je pense au bruit des vagues, etc.

Storylific AnBé:
..

David Blough:
C'est vrai que c'est un environnement qui peut favoriser l'apaisement.

Storylific AnBé:
Ah c'est clair que ça doit être moins bruyant que le Township en tout cas.

David Blough:
Oui.

Storylific AnBé:
Un rythme beaucoup plus constant, c'est vrai. Et pour le fleuret, c'est intéressant. Pourquoi le choix du fleuret là-bas au Sénégal?

David Blough:
Il y a plusieurs raisons. Le premier, c'est l'univers carcéral.

Storylific AnBé:
Donc c'est en prison, ça tente l'univers carcéral qu'elle s'est utilisée, c'est ça.

David Blough:
Il y a la couleur blanche, symbole de l'innocence, de la pureté. Il y a une sorte de fierté de porter cette couleur-là dans les tenues. On a des jeunes aussi qui ont parfois honte d'eux-mêmes, qui ont du mal à assumer ou à construire. leur identité. Et là on a un sport où ils ont un masque, donc ils sont tous pareils. Et c'est un sport qu'on peut pratiquer en mixité aussi. Ça c'est important. Les

Storylific AnBé:
C'est intéressant.

David Blough:
femmes ou les filles peuvent être facilement réussites vis-à-vis des garçons. Et ça c'est un élément important dans la culture locale et dans le cas de filles qui sont en présent justement pour cause de grossesse. grossesse fréquence.

Storylific AnBé:
Ouais ouais, ça va, elles sont pas trop les nerfs avec le fleuret devant leur premier garçon.

David Blough:
C'est un projet assez incroyable. Il faut quand même se dire qu'ils ont quand même réussi à les convaincre directeurs d'établissements pénitentiels de 1. On va apprendre aux jeunes à maner une arme.

Storylific AnBé:
Oui c'est ça j'ai dit!

David Blough:
Et en plus, c'est une activité qui est pratiquée en dehors de la prison.

Storylific AnBé:
Pourquoi pas un ballon quoi!

David Blough:
Chaque semaine, ces jeunes sortent de la prison pour aller dans une salle d'arme.

Storylific AnBé:
Allez! Ok.

David Blough:
Et ça c'est un élément extrêmement important, on parlait du contexte et de l'environnement pour Waves4Change, c'est exactement le cas ici. C'est à dire qu'ils ont un espace où ils peuvent sortir, respirer, et c'est évidemment plus facile de se projeter à nouveau dans la société quand on n'est pas enfermé entre quatre murs.

Storylific AnBé:
dans un après. Ok. Et donc vous n'avez pas eu peur de leur faire manier une arme?

David Blough:
Ils ont été persuasifs et ils ont bien fait puisqu'ils ont une réussite assez incroyable. Depuis le début du programme, il y a eu 0 récidive de jeunes. Ils ont eu plus de 700 jeunes et aucune récidive.

Storylific AnBé:
Ok. Ils en ont eu combien là? Zéro ça. Ah voilà, là ça devient impressionnant. Parce qu'on du suit ces sept bon voilà. Wow.

David Blough:
Et j'ai plus exactement le chiffre en tête mais il y avait... Je crois que c'était pas loin du quart des jeunes qui sortaient de prison qui réussivaient.

Storylific AnBé:
A la prochaine.

David Blough:
Donc là, on a un changement drastique. Après, il faut bien se rendre compte que là, dans cette méthode-là,

Storylific AnBé:
Allez.

David Blough:
ils ont construit le cursus pédagogique. Progressivement, ça a pris quand même plusieurs années. Il y a une soixantaine de séances, tout ça est vraiment... Il y a beaucoup d'ingénierie pédagogique derrière. Il faut vraiment se rendre compte de ce qu'il faut pour justement, quand je parle d'exploiter le potentiel du sport, ça veut dire qu'il faut prendre ce temps-là et mettre ses moyens et ses expertises.

Storylific AnBé:
Donne-nous l'exemple, tiens continuons sur cet exemple-là, parce que c'est quand même un sacré succès, c'est quoi cette ingénierie pédagogique derrière? Qu'est-ce que tu entends par là? Que ce soit bien concret pour nous?

David Blough:
On parle d'une méthode qui est le fleuret et ils l'ont adapté pour travailler sur des

Storylific AnBé:
Mmh.

David Blough:
objectifs pédagogiques très précis, sur des compétences liées à la responsabilité, liées à l'identité. Il y a des séances qui sont construites vraiment autour de ces objectifs et de ces compétences psychosociales. Par exemple, toute la partie arbitrage est pensée. et mis en œuvre dans la pratique pour que des jeunes qui ont parfois du mal à assumer leurs actes comprennent qu'ils doivent les assumer. C'est pareil quand on va privilégier l'auto-arbitrage, quand on est touché, il faut lever la main. C'est la même chose, tout ça est construit derrière et là encore les debriefings qu'ils peuvent avoir après les séances sont organisés en fonction de ce qui a été fait dans... dans la séance. Quand on va dans un club classique, on fait du fleuret mais comme beaucoup de sports,

Storylific AnBé:
C'est génial.

David Blough:
l'objectif est la compétition. Et c'est très bien, on a besoin de compétition, c'est très bien de progresser dans une discipline. Mais si on veut aller un peu plus loin et notamment apporter des réponses sur des problématiques aussi complexes, ça nécessite de travailler un peu plus la matière sport.

Storylific AnBé:
Ouais, ouais. Ah c'est intéressant, c'est chouette. Remarquable. Je regarde la question que j'ai. Ah ouais le sport en plus, tu dis dans ton livre qu'en 50 ans, les 7-18 ans ont perdu 25% de leur capacité physique. C'est énorme! Donc c'est...

David Blough:
Oui, il y a un énorme enjeu lié à la progression de la sédentarité et l'inactivité physique qui sont deux choses différentes et qui se complètent. Et quand on regarde les recommandations de l'OMS, la situation est assez dramatique dans la pratique, et notamment des jeunes. On sait que ça se joue très tôt d'une part, et d'autre part, on a un vrai problématique d'inégalité dans cette question-là. avec d'une part la carte de l'obésité et l'inactivité physique colle parfaitement à la carte de la précarité et de la pauvreté.

Storylific AnBé:
..

David Blough:
Ça c'est le premier sujet. Et le deuxième, c'est l'apprenti de l'égalité des filles-garçons. On voit très bien que dès le plus jeune âge, dès la tranche d'âge, 6, 11 ans voire même avant, assez rapidement en fait les filles sont désavantagées par rapport aux garçons. on le voit dans les cours d'école où les espaces sont occupés principalement par les garçons. Il y a une unité si je me trompe pas de mémoire qui montrait 80% de l'espace dans les cours de récréation, c'était les garçons. En fait, c'est le fameux jeu du foot, on joue au foot et ça prend tout l'espace et

Storylific AnBé:
Bonne nuit.

David Blough:
donc les filles sont reléguées un peu sur les côtés. Donc il y a des enjeux d'éducation à la pratique, il y a les enjeux d'aménager les cours. pour qu'elles soient plus inclusives et qu'elles incitent plus à la pratique et au jeu. C'est ce qu'on appelle le design actif. C'est un sujet qui coûte à la société dont on parle peu et pour lequel il faut apporter des réponses. Il faut plus de sport des solutions dont je parle dans mon livre, mais il faut aussi plus de sport tout court.

Storylific AnBé:
Ouais, ouais, ouais. Comment est-ce qu'on peut amener les filles à jouer plus dans les cours de récré? Tiens, ça m'intéresse, moi, avec mes deux petites louloutes.

David Blough:
..

Storylific AnBé:
Effectivement, t'as raison, elles se mettent sur le côté, elles peuvent pas se prendre le malin dans la tronche.

David Blough:
Il y a des écoles qui... Le concept de design actif que... Je suis pas un expert, je le découvre un peu, mais... C'est des manières d'aménager la cour. Et de proposer du mobilier qui favorise la pratique du jeu.

Storylific AnBé:
Mm-hmm.

David Blough:
Pour tous et tous, c'est donc... Une démarche qui... Focalise sur le ludique, moi je pense qu'il faut... Surtout pas oublier que le sport c'est avant tout un jeu. s'amusent en pratiquant donc il faut donner cette possibilité à chacune et à chacun. Ouais ouais mais dans ce cas là il faut permettre à chacun de jouer. Je veux pas généraliser le cas

Storylific AnBé:
On dit joué au foot, on dit pas autre chose. Mmh mmh.

David Blough:
de ma fille mais elle a scolarisé en école élémentaire et dès l'âge des CP-CEA elle a voulu jouer au foot avec les grands et les garçons. qui ne voulait pas, donc c'était terrible pour elle.

Storylific AnBé:
Allez.

David Blough:
Donc on a beaucoup parlé, je me souviens, dès le plus jeune âge, trouver des astuces pour pouvoir s'inclure dans le groupe. Donc, oui, les encadrants, les parents aussi, ont un rôle à jouer.

Storylific AnBé:
Mm-hmm.

David Blough:
Maintenant, il ne faut pas oublier que le vrai sujet, ce sont les stéréotypes et les préjugés. On peut donner la possibilité aux filles d'essayer de de trouver des stratégies de contournement. On peut aménager des cours d'école. On peut... peut-être mieux former les professeurs d'école à la pratique du sport, mais il faut attaquer le problème à la racine et faire évoluer le regard. sur le...

Storylific AnBé:
Le sport féminin aussi.

David Blough:
Ouais et bah voilà, c'est ce qui prend le plus de temps de changer la mentalité, c'est long.

Storylific AnBé:
Ouais, il y a pas mal d'adultes sur qui il y a du boulot aussi. C'est Creapilz qui a fait récemment une petite vidéo que j'ai relayée,

David Blough:
Oui, bien sûr.

Storylific AnBé:
elle était trop géniale sur LoFace. Ils avaient retravaillé des superbes mouvements de foot, mais moi je suis pas énorme fan, mais enfin du beau football, j'aime bien regarder aussi. Et après en fait, ils avaient retravaillé en fait de manière digitale, pour que ce soit Mbappé, etc. Mais en fait, c'était des filles qui jouaient au foot.

David Blough:
Oui, pas de souci.

Storylific AnBé:
Et après, ils remontent, ils retirent tout le maquillage et puis ils montrent que c'était un... de deux filles quoi mais c'était hyper beau niveau quoi et voilà et pourtant on dit oui il aura beaucoup moins de monde qui iront les voir mais c'était c'était du tout beau foot quoi mais là c'est vrai qu'il ya encore du taf hein

David Blough:
Oui, comment? Oui

Storylific AnBé:
Et alors aussi tu disais, c'est aussi une chouette manière de lutter contre l'individualisme galopant de nos sociétés.

David Blough:
Oui, et effectivement je vais mentionner à mon nez dans le sport des solutions, c'est-à-dire qu'on a des projets, et le sport en général est quand même très orienté sur la réussite individuelle, quoi, sur la performance et la notion de compétition. Les projets dont je parle, il n'y en a aucun qui est sur la compétition, c'est vraiment plus sur la coopération et les deux sont possibles, mais voilà, je pense clairement qu'il faut... laisser plus de place à un sport qui est accessible au maximum, y compris à des personnes qui n'aiment pas le sport, et le sujet est un peu là aussi.

Storylific AnBé:
Mm-hmm.

David Blough:
Et ensuite, une fois qu'on permet cet accès, réfléchir aux manières dont le sport peut transformer, peut être transformateur du point de vue social. C'est aussi pour ça que je me suis intéressé dans le livre

Storylific AnBé:
Mm-hmm.

David Blough:
à des initiatives qui se focalisent sur une problématique. plus que sur des individus, même si elle prend en charge des personnes de la vraie vie, mais c'est comment est-ce que derrière on peut apporter une réponse systémique à des problématiques. Et là par exemple, ce qui est intéressant avec un projet comme Poursuer un enfant à Thies au Sénégal, par exemple, c'est qu'aujourd'hui, une forme des encadrants des prisons... et en fait ils changent complètement la perception qu'ont ces encadrants, ces gardes vis-à-vis de leurs métiers. Ils se rendent compte qu'en fait ils n'ont pas juste un rôle de enfermer des gamins,

Storylific AnBé:
Mmh.

David Blough:
mais ils ont aussi un rôle d'éducation et un rôle pour l'après. Et donc là on est déjà sur des logiques de solutions qui sont beaucoup plus structurantes. C'est ça.

Storylific AnBé:
Ah ouais, c'est plus seulement des gardiens, ça devient des éducateurs quoi. Secondaire, ouais. Ouais, c'est vrai que c'est un beau boulot parce qu'on pense toujours comment sortir les jeunes de ça, mais voilà, il y a tout le contexte autour. S'il ne change pas, ça va être difficile, ça va être compliqué. Ouais, bien joué.

David Blough:
Ouais les systèmes sont plus difficiles à changer, comme les mentalités c'est plus long mais c'est ce qui fonctionne le plus.

Storylific AnBé:
Ouais, ouais. Il n'y a rien, tout ce qui est un peu valable prend du temps, il n'y a rien à faire. Et donc toi ton sport c'est le basket à la base.

David Blough:
Oui, mes parents sont américains, mon père est là à jouer au basket au lycée. J'ai découvert en grand-issue, c'était l'époque de Michael Jordan, la NBA qui débarquait en France.

Storylific AnBé:
Yes.

David Blough:
Donc, c'était un coup de cœur immédiat.

Storylific AnBé:
C'est au baroque qu'ils utilisent cet outil-là, c'est ça?

David Blough:
Au Maroc, l'ONG Thibu, effectivement c'est un ancien basketteur qui a créé, au départ il a créé des academies en fait pour favoriser le développement du basket il s'est rendu compte que les personnes qui pouvaient accéder au programme c'était plutôt les familles riches et donc il a voulu développer ce programme là gratuitement pour les jeunes issus de quartiers plus défavorisés et progressivement comme d'autres ils se sont dit comment est-ce qu'en fait ce basket là, au delà du jeu lui-même, comment est-ce qu'il peut être un outil pour favoriser l'inclusion sociale, pour favoriser l'éducation. Donc on voit qu'avec plein de sports différents, souvent avec plusieurs sports différents, c'est le cas au Brésil avec l'association créée par Rai et l'ancien joueur du Paris Saint-Germain, où là en fait on a une pluralité de sports qui va du skate au volet en passant par... parfois un peu de football évidemment puisque c'est raïd, mais par plein de jeux sportifs différents.

Storylific AnBé:
Oui t'as même du skateboard quelque je parle. Le nom est génial et paf je ne retourne plus dessus.

David Blough:
Pouet ou est-ce?

Storylific AnBé:
Aide-moi.

David Blough:
C'est Golde Letra, c'est le projet dont je parle au Brésil.

Storylific AnBé:
Ah non, non, mais il y en a un autre, c'était...

David Blough:
Non, non, non, non, c'est Skateistan, oui, effectivement.

Storylific AnBé:
Skatistan, voilà!

David Blough:
Skateistan, oui, oui.

Storylific AnBé:
Trop cool.

David Blough:
Oui, ça aussi, c'est assez dingue comme projet. Un jeune Australien qui suit sa copine en Afghanistan puisqu'elle travaille dans le milieu humanitaire. Lui, un peu touchatou, mais qui... pas de boulot sur place puisqu'il était ni médecin ni architecte et à l'époque l'aide de développement c'était vraiment d'abord ça. C'était dans la période où les talibans étaient chassés du pouvoir, il arrivait peu de temps après l'invasion de l'Afghanistan par les américains et cette coalition. Lui c'était un dingue de skate et en fait il avait embarqué ses trois planches de skate avec lui.

Storylific AnBé:
C'est cool! Bon alors je jouais sport ici, c'est parti!

David Blough:
Allez!

Storylific AnBé:
Ha ha ha ha ha ha ha! Tournée générale! Ha ha ha ha!

David Blough:
Non pas certain. Il a pris l'habitude de se balader dans Kaboul en skate. C'était le seul personne qui faisait du skate à Kaboul.

Storylific AnBé:
N'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n'n

David Blough:
Forcément ça tient à l'attention des gamins. Il a commencé à s'amuser avec eux, jusqu'à commencer à proposer une initiation quotidienne dans une vieille fontaine désaffectée du centre de la ville. quelque sorte créer le premier skatepark de Kaboul et en fait en commençant à mieux

Storylific AnBé:
Ok

David Blough:
connaître les gamins qui pour beaucoup étaient des enfants déscolarisés, il s'est dit je vais créer un projet avec eux et ce que voulaient les gamins c'était de retourner à l'école. Donc il a créé Skateistan pour faire ça et ensuite le VDFON pour créer un skatepark qui était adjacent à une école et travailler ensuite sur les passerelles qui pouvaient exister. cette école et le skatepark à travers des ateliers qui l'organisaient par ailleurs et à travers ce dispositif d'échange avec ces écoles là.

Storylific AnBé:
Ça me fascine toujours la manière dont ça n'a pas l'air d'être le chemin direct pour ramener à l'école. Et en fait, c'est hyper efficace. Donc je veux dire, toute passion peut vraiment mener à un objectif plus grand. Je pense que c'est vraiment important de vivre. Tout ce qui te fait vibrer peut toujours porter à un projet beaucoup plus grand, je trouve. Ça, ça me fascine. Que ce soit les explorateurs ou ici le sport. Et puis là, non, attends, c'est génial cette histoire de Skitistan. J'avais adoré la lire. Comment est-ce que l'organisation collabore avec les communautés locales, les autorités, votre partenaire pour mettre en œuvre ce projet? Quels sont les défis auxquels vous êtes confrontés quand vous voulez lancer quelque chose comme ça?

David Blough:
Alors je me souviens dans le livre, chaque chapitre qui traite d'associations différentes est clôturé par une rencontre avec un chercheur puisque je voulais aussi ce regard de spécialiste et j'ai pu échanger avec Marianne Maier qui est l'une des expertes mondiales du sujet des égalités hommes-femmes dans le domaine du sport.

Storylific AnBé:
Mm-hmm.

David Blough:
Elle disait qu'il ne suffisait pas de créer un projet pour des participants, des bénéficiaires, il fallait vraiment créer avec. C'était vraiment du coups d'humain. On parle souvent de co-construction, etc. En réalité, on vient souvent avec des idées, un projet tout fait. Les projets qui durent le plus longtemps, qui fonctionnent le mieux selon moi, sont ceux qui sont... construit dès le départ avec les personnes qui vont en bénéficier. Quand je travaille à plein international, souvent ce qui pose des problèmes, c'est qu'une fois que un projet est en route, il y a une des parties prenantes, que ce soit une collectivité ou une association de famille qui n'est pas au courant du projet et qui va être un peu méfiance du monde, mais pourquoi ils viennent chez nous, qu'est-ce qu'ils font, etc. Donc c'est compliqué parce que les financements sont rarement structurés de cette manière-là, mais c'est important d'avoir une phase de diagnostic, c'est important d'avoir une phase de consultation, et c'est important de trouver des manières d'impliquer les personnes qui vont vivre ce projet et leurs familles dans cette logique-là.

Storylific AnBé:
Oui, du coup, c'est vrai que ce qu'est Tistan, ce qui est ça qui est génial, c'est que ça a été dû spontané depuis le début. Ça a été forcément de conconstruction parce que j'avais juste envie d'apporter quelque chose. Tiens, qu'est-ce qu'ils ont envie de faire, les jeunes? Et du coup, sans le vouloir, il a fait une démarche justement, qui est exactement dans le sens de ce que tu décris là.

David Blough:
Complément. Complément, ouais.

Storylific AnBé:
Est-ce qu'il y a une manière dont vous pouvez mesurer les impacts des projets sportifs? Vous voyez le taux de jeunes qui, du coup, après s'en sortent d'une manière du nôtre, de la problématique dans laquelle ils étaient fourrés.

David Blough:
L'évaluation et la mesure d'impact c'est le sujet numéro un pour toutes les associations ONG dans le secteur.

Storylific AnBé:
Vous avez un suivi long terme? Vous les voyez encore?

David Blough:
C'est compliqué pour plein de raisons différentes, notamment parce que ça demande une expertise significative. On peut faire des choses assez simplement mais quand on veut pousser les choses, il faut mobiliser des expertises qui n'ont pas forcément ces associations là.

Storylific AnBé:
Ouais.

David Blough:
l'argent aussi. Les bailleurs de fond financent pas toujours la mesure d'impact, ils en demandent mais

Storylific AnBé:
Mmh.

David Blough:
c'est pas toujours financé, c'est un peu paradoxal. Mais c'est possible et c'est ce que comme nous montre l'exemple de Waze FurChange dont je parlais, Bike Bridge aussi est très poussé là dessus. La plupart des structures qui sont très mûres sur ce sujet aujourd'hui ont intégré cette logique Ways4Change l'a fait en s'associant à des universités locales et par nécessité

Storylific AnBé:
..

David Blough:
simplement parce qu'en fait ils se sont rendu compte qu'il fallait une expertise en psychologie qu'ils n'avaient pas donc ils sont allés voir le département psychologie de l'université du coin. Dans le cas de Bike Bridge par exemple c'est différent puisque les trois fondatrices étaient doctorantes à l'université de Fribourg donc elles avaient ce réflexe de créer des... des groupes de discussion, ces réflexes un peu sociologues en fait, d'aller identifier la réalité des parcours de vie. Donc on progresse collectivement sur le sujet, mais ça reste un enjeu. Et après les effets vont dépendre en fait des thématiques d'intervention. Les indicateurs qui sont définis vont également varier en fonction de ces sujets-là.

Storylific AnBé:
Mm-hmm.

David Blough:
J'ai récemment travaillé sur le sujet pour l'Agence française de développement. J'ai rédigé un rapport sur cette question de l'évaluation. Ce rapport est gratuit en ligne. Donc n'hésitez pas à taper sport et développement à AFD. Vous tomberez forcément dessus, je pense.

Storylific AnBé:
Ah super, super. En tout cas, tu avais déjà des chiffres bien clairs au niveau des récidives pour le Sénégal. Donc ça, ça donne déjà une idée de ce que ça peut donner pour... Ça doit pas être loin de ce qui peut se passer ailleurs, quoi. En tout cas... On dit déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, déjà, Comment tu vois l'avenir? Qu'est-ce que tu vois? Quelles sont tes aspirations pour aller plus loin? Parce que tu continues... Tu n'es plus shippé, c'est ça? Mais tu continues...

David Blough:
Non, je suis un sort d'électron libre maintenant. Je joue un peu entre les lignes puisque je suis haute.

Storylific AnBé:
un peu de consultants ou...

David Blough:
Ouais, c'est ça. J'ai du mal à me qualifier comme ça, mais oui, c'est ce que je fais. Je travaille beaucoup avec Paris 2024 sur leur dispositif de fonds de dotation.

Storylific AnBé:
Mm-hmm.

David Blough:
J'ai mentionné l'Agence française pour le développement. Là, j'ai démarré une nouvelle collaboration avec un think tank qui s'appelle Vers le haut, qui est spécialiste de l'éducation.

Storylific AnBé:
Mmh.

David Blough:
Il s'agit de rédiger une étude sur... et répondre à la question, le sport peut-il changer l'éducation?

Storylific AnBé:
Mm-hmm.

David Blough:
Donc oui, toujours sur ces sujets-là, toujours sur l'objectif d'apporter un éclairage sur cette dimension-là du sport, de mieux le faire connaître, de mieux le structurer aussi, d'où les enjeux de mesure d'impact dont on parlait. Moi je suis assez optimiste parce qu'on progresse sur ces questions-là. Il y a une vraie vague, enfin les ONG dont je parle dans le livre, il y en a de plus en plus. C'est documenté, il y a un nombre croissant d'organisations qui choisissent le sport comme objet social et comme objectif d'apporter une réponse à une problématique d'éducation, une problématique d'inclusion, etc. En France, on en voit beaucoup aussi.

Storylific AnBé:
Mm-hmm.

David Blough:
Et donc je trouve que cette dynamique-là est intéressante. J'essaie d'y contribuer à cette dynamique-là à mon niveau.

Storylific AnBé:
Ok. Et Paris 2024 là, tu piques ma curiosité.

David Blough:
Ah! Parle 2024 a créé un fonds de dotation qui s'appelle Impact 2024. Il finance des porteurs de projets, principalement en France, donc des clubs, des associations qui ressemblent à celles dont je parle à l'étranger. Parle 2024 les finance et propose aussi un accompagnement extra financier. J'interviens là-dessus sur la formation, sur la mesure d'impact. sur des apprentissages de pair à pair, des systèmes qui sont assez intéressants, qui permettent à des groupes de porteurs de projets qui interviennent sur un même champ d'activité, de travailler ensemble et de partager leurs bonnes pratiques. Donc ça, oui, c'est un des fils rouges.

Storylific AnBé:
Merci. D'accord, cool. Dans le sport des solutions, donc, tu te redresses un tableau de pas mal des solutions justement de sportifs trouvés. Est-ce que vous avez des, même si ce n'est pas l'objectif premier de faire de la compétition, est-ce qu'il y en a qui ont décidé de faire carrière dans le sport en découvert à travers Play?

David Blough:
Il y a beaucoup de bénéficiaires qui viennent en cadran et qui du coup ont une formation d'éducateur, ça c'est sûr.

Storylific AnBé:
Oui ça c'est chrétis.

David Blough:
J'ai pas d'exemple précis de sportifs comme ça qui ont été identifiés, détectés entre guillemets, comme ça, mais on a quand même l'exemple de personnes qui... qui se donne à la pratique compétitive, c'est le cas de Marcelia à Madagascar avec l'association Teromele. C'est une jeune fille qui a découvert le rugby à 13 ans et qui a pu faire la compétition derrière. En plus du parcours éducatif que ça lui a porté, ça lui a aussi ouvert la

Storylific AnBé:
Mmh.

David Blough:
porte à une pratique sportive.

Storylific AnBé:
Ok. Quel est pour toi le plus beau succès que tu as connu professionnellement dans tout ça? Celui dont je suis le plus fière.

David Blough:
Ah! C'est une bonne question. Sur ces sujets de sport et d'impact, j'ai un peu deux vies. L'époque pleine internationale où j'étais salarié et directeur en général. C'est une structure qui a beaucoup grandi. Qui passait d'une huitaine de salariés à aujourd'hui une cinquantaine. Dans son ensemble, ce parcours-là, ce développement-là, j'en suis assez heureux. C'est une structure qui continue de... de grandir, de se développer, donc oui ça fait partie des fiertés. Le sport des solutions, je suis très fier d'avoir sorti ce livre. Je pense qu'il devait exister d'une manière ou d'une autre. Il n'était pas si évident, je trouve, à écrire.

Storylific AnBé:
Mm-hmm.

David Blough:
Ça a été un peu le challenge parce que la matière première c'était des entretiens. Ces entretiens, il fallait les mettre en récit, il fallait les contextualiser. Et au final, dans le sport des solutions, il y a de la description, il y a du témoignage, il y a de l'analyse aussi. Donc c'est arriver à mélanger tout ça et faire en sorte que ça soit suffisamment fluide pour être lu.

Storylific AnBé:
N'importe quoi.

David Blough:
Donc ouais, ça c'est une fierté parce que ça va peut-être devenir un film documentaire aussi, c'est un de mes projets qui me tient à cœur en ce moment. L'idée c'est de décliner ce support-là en... film documentaire pour le printemps 2024.

Storylific AnBé:
Ah ça serait top oui, ça s'y prête très bien.

David Blough:
C'est en bonne voie, ça pourrait voir devrais se faire.

Storylific AnBé:
Ok donc c'est déjà en cours? Ah génial, bah oui tu nous tiendras au courant.

David Blough:
A plus!

Storylific AnBé:
Et l'échec qui est à le plus appris?

David Blough:
J'ai fait beaucoup d'erreurs de recrutement dans mes recrutements, j'ai parfois privilégié l'expertise plutôt que la valeur humaine ou les qualités humaines. J'ai beaucoup évolué là-dessus en tout cas. Ça a été un questionnement quand j'étais manager, ça l'est encore aujourd'hui même si je ne suis que responsable de moi-même et je compte rester... aussi petit, pendant un petit moment. Mais oui, je pense que dans le quotidien, dans les relations professionnelles, on devrait plus valoriser ses compétences humaines, cette motivation intraseque, faire confiance à ça plutôt que prioriser ça vis-à-vis de l'expertise. Je ne sais pas si je réponds à ta question.

Storylific AnBé:
Je suis tellement d'accord avec toi. Ouais, ouais, non, c'est bien, c'est chouette de se dire, tiens, c'est vrai qu'un beau CV, c'est loin d'être garantie finalement. Je dis parfois, si vous avez une équipe et il y en a un qui a l'air plus fait, mais ça tombe, c'est le Simon, c'est lui qui fait qu'il y a toutes les autres roches qui tournent sans problème, donc on ne touche pas, on ne touche pas.

David Blough:
et vous.

Storylific AnBé:
Donc oui, non, il y a bien, bien plus qu'effectivement les compétences. T'as raison, j'aime beaucoup ton exemple. Ensuite, est-ce qu'il y a une citation que tu apprécies? Laquelle tu penses souvent?

David Blough:
Dans le bouquin, la notion d'ubuntu est très forte. Je ne pourrais pas citer, c'est une langue bantu, donc je ne pourrais pas dire une erreur en citant la phrase,

Storylific AnBé:
Ouais, tu peux l'expliquer.

David Blough:
mais c'est aussi une philosophie africaine, de tradition bantu, qui vient signifier qu'on existe à travers les autres. vie à ta sens qu'à travers celle des autres. C'est l'essence de la notion de collectif, je trouve. J'aime beaucoup cette idée et c'est pour ça que je voulais la mettre en exergue dans le livre et dans la conclusion du livre aussi. Je pose une question qui est très orientée mais qui est est-ce que le sport a une raison d'être plus importante que celle de faire Ubuntu? Évidemment de mon point de vue ce n'est pas le cas. Comment est-ce que le sport peut être résolument pour l'humain et dans le respect de la planète?

Storylific AnBé:
Ouais, ouais, ça c'est vrai que c'est un des grands sujets qu'on commence enfin à débattre. C'est est-ce qu'il faut faire des grandes compétitions internationales avec des centaines d'avions qui sont affrétées pour l'occasion? Est-ce qu'on doit faire des grandes courses qui deviennent un parcours de déchet? Est-ce qu'on doit... Ouais, ouais, ça devient vraiment, vraiment une grande question. Est-ce le sport destructeur ou le sport... Construite, construit dans tous les sens du terme quoi d'autres choses ouais ouais je suis bien d'accord avec toi c'est chouette qu'on en parle

David Blough:
Ouais, je pense qu'effectivement, il ne faut pas sous-estimer à quel point le sport est politique. Enfin, on entend souvent des décideurs dire qu'il ne l'est pas. Mais le sport est très très rarement neutre. Et justement, c'est sa porosité qui fait qu'on peut se l'approprier. Donc ouais, je presque envie de dire qu'il y a, derrière le sport, il y a toujours une intention plus ou moins cachée ou assumée. Et c'est ces intentions qu'il faut... interroger pour définir quel sport on veut demain. Est-ce que c'est un sport qui permet de faire de l'argent?

Storylific AnBé:
Mmh.

David Blough:
Je ne dis pas que c'est illégitime. Ou est-ce que c'est un sport qui doit être accessible à tous? C'est la complexité du sport d'avoir plusieurs raisons d'être et plusieurs réalités. Il ne faut vraiment pas essentieliser le sport et gratter un peu derrière pour voir ce qui s'y passe.

Storylific AnBé:
Ouais, il y a les sports, les manières de faire du sport, il n'y en a pas qu'un. Et s'il y en a qui ont envie de soutenir les initiatives sportives, tu les orienterais vers où?

David Blough:
Le système de dons, je pense qu'il est plus simple à réaliser en France. Mais la plupart des organisations dont je parle dans le livre ont un site internet et la possibilité de donner. Maintenant, je ne suis pas certain que quand on donne à l'étranger, ça ouvre au droit reçu fiscal.

Storylific AnBé:
Oui, l'adjection.

David Blough:
Mais toutes les associations qui en France travaillent sur ce sujet-là ont des sites internet sur lesquels il est possible de faire des dons. Moi j'ai travaillé pour Play International mais il y en a beaucoup d'autres.

Storylific AnBé:
Mmh.

David Blough:
Je peux citer par exemple Kabubu qui est une structure un peu plus jeune qui intervient sur l'inclusion sociale et professionnelle des jeunes migrants à travers le sport. Il y a plein plein plein de projets de ce type là.

Storylific AnBé:
Hmm.

David Blough:
Et puis comme on parlait d'Impact 2024, on peut aller sur le site d'Impact 2024 et voir quelles sont les structures. qui sont soutenus et essayer de trouver son bonheur là-dedans.

Storylific AnBé:
D'accord, super. Est-ce qu'il y a une question que tu aurais voulu que je te pose, que je ne t'ai pas posé?

David Blough:
Hmm... Eeeuh... Là comme ça...

Storylific AnBé:
Oui non, je sais pas si parfois il y a des gens qui ont des thématiques, ils disent

David Blough:
Là je vois...

Storylific AnBé:
ah oui je tenais absolument à parler de ça et donc je me dis voilà je ne veux pas arrêter

David Blough:
Oh.

Storylific AnBé:
les conversations sans avoir...

David Blough:
Non, tu as été sur les sujets qui me passionnent, sur l'un des projets qui m'a le plus passionné ces derniers temps qui est ce livre-là. Donc là on était cœur de cible là, du début à la fin.

Storylific AnBé:
Hmm. Ah bah super alors. Ok. Je regarde... C'est vrai, il n'y a pas d'enfance sans jeu, c'était une belle phrase aussi, j'avais retiré. Ouais, alors tenu les divisions, un instrument puissant pour favoriser la compréhension de l'autre, la tolérance et la paix, bah je crois qu'on en avait parlé, hein. C'est là, c'était... Kofi Annan, la citation de Kofi Annan, j'aimais bien aussi, ouais. Non, c'est un livre qui fait réfléchir, ouais. Ouais, effectivement. Ça m'a jugé, il a raison, c'est vrai que les qualités qu'on voit toujours associées au sport, j'avais dit non, c'est vrai que le sport, ça peut être juste compétition, écraser l'adversaire et pas du tout constructif.

David Blough:
Ahah

Storylific AnBé:
Donc c'est vrai parce qu'on met toujours sur un pied d'estal le sport.

David Blough:
Eh, oh wait

Storylific AnBé:
Et c'est vrai qu'il en faudrait beaucoup plus dans nos sociétés, mais on rappelle que c'est pas automatique, c'était intéressant.

David Blough:
Ouais, bah merci.

Storylific AnBé:
Et Suki aimerait bien suivre ton actualité, tu es un peu présent sur les réseaux, bon sur LinkedIn ça je le sais de source sûre puisque c'est là qu'on s'est connecté.

David Blough:
J'ai tendance à plus ger LinkedIn, effectivement, plutôt LinkedIn. Après, j'ai un profil Twitter ou Instagram, mais plutôt sur LinkedIn.

Storylific AnBé:
ça reste le meilleur moyen de te contacter ou de regarder ton actualité. Alors super! Et bien un grand, grand merci pour ton temps!

David Blough:
Merci à toi, c'était passionnant d'échanger avec toi.

Storylific AnBé:
De rien!

David Blough:
Top. Et si, comment est-ce que tu as entendu parler du livre?

Storylific AnBé:
J'ai reçu un communiqué de presse en fait.

David Blough:
D'accord.

Storylific AnBé:
Et donc là je me suis dit tiens, c'est un sujet que j'ai pas encore abordé, ça peut être vraiment sympa. Effectivement ça allait. Donc non c'est bien, c'est bien de parler une fois du sport comme ça, ça fait du bien dans le podcast.

David Blough:
Merci beaucoup d'avoir donné de la place à ce sujet-là et au livre, et à moi.

Storylific AnBé:
Ah bah avec plaisir. Par curiosité Pourquoi as-tu quitté Play?

David Blough:
Je me suis rendu compte que je faisais de moins en moins ce que j'aimais au fil des années.

Storylific AnBé:
Lotterra.

David Blough:
C'est-à-dire que quand t'as une structure qui grandit comme ça, au infinity, tu passes beaucoup de temps.

Storylific AnBé:
Je fais de l'administratif tout le temps.

David Blough:
Voilà. Et je me suis rendu compte que c'est pas ça qui m'en est heureux. Que ce qu'on fait, enfin le sens de l'action est important, mais aussi la manière quoi. Qu'est-ce qu'on vit au quotidien. Et donc, je me suis octroyé 2-3 mois comme ça pour réfléchir. Aujourd'hui, je suis très bien comme ça.

Storylific AnBé:
Retour plus proche du terrain, moins administratif.

David Blough:
Ouais, ouais, ouais. Plus sur les sujets de fond qui m'animent.

Storylific AnBé:
Qu'est-ce qui pourrait te faire dire... Ça, je le remettrai peut-être dedans. Mais qu'est-ce qui pourrait te faire dire tiens, bah j'ai réussi ma carrière?

David Blough:
Hmm. Je pense qu'on réussit une carrière quand on est aligné, quand on est complètement aligné avec ce qu'on pense, avec ce qu'on fait, quand le sens de l'action est déterminé, quand la manière de faire aussi, on se pose souvent la question de ce qu'on veut faire, mais je trouve que c'est aussi important de se demander ce qu'on veut vivre, de bien identifier ce qui nous donne de l'énergie. et à partir du moment où on vit ça, je pense qu'on considérait qu'on a réussi. En tout cas, c'est comme ça que je le vois.

Storylific AnBé:
Clairement. Et si tu t'imagines à 70 ans, si tu te retournais sur ta carrière, qu'est-ce qui te ferait dire? J'ai fait ce que je devais faire de ma vie. Professionnel, parce que je serais pas finie à 70 ans.

David Blough:
Ouais, ouais, ouais. Heu... Y a... Je pense qu'il y a une... En tout cas, si je regarde juste les 15 dernières années, je suis de plus en plus à l'aise avec ce que je fais et la manière dont je le fais. Donc j'espère que je vais continuer à m'y arriver là-dessus, parce que c'est un cheminement, ce n'est pas un processus comme ça qui se décrète et qui change du jour en demain.

Storylific AnBé:
Il n'y a pas une ligne d'arrivée, oui.

David Blough:
Donc oui, c'est... Oui, de voir que j'ai continué à apprendre, que j'ai continué à être utile, que j'ai continué à partager des choses avec les autres. Si, finis, j'ai réussi à faire ça de mieux en mieux, de plus en plus,

Storylific AnBé:
..

David Blough:
je pense que j'aurais réussi.

Storylific AnBé:
Apprendre, être utile, partager. C'est un beau trio, je trouve.

David Blough:
Ouais, c'est mon filtre en fait, c'est le plaisir d'apprendre, d'être utile et de partager. Je sais que ce sont des choses qui me donnent de l'énergie, et l'inverse m'en prend.

Storylific AnBé:
Ha ha ha! Mais oui! Super! Génial! Merci! Je suis contente d'avoir fait cette petite rajoute parce qu'elle est très belle.

David Blough:
Merci à toi.

Storylific AnBé:
Ha ha ha! Eh bien très bon après-midi et on se tient au courant alors!

David Blough:
Merci, à bientôt.

Storylific AnBé:
Merci pour la discussion!

David Blough:
Merci beaucoup, au revoir.

Storylific AnBé:
Au revoir! Au plaisir!

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