#12. Valentin et Théophile Francavilla,
2 ironmen en OR
Épisode du 24 octobre 2021
Ecouter
Valou et Théo, les frères Francavilla, la "team wez," ce sont ces héros du quotidien qui changent le monde par leur exemple.
Théophile est né polyhandicapé. Valentin se demandait comment avoir une vraie relation de frangin avec ce petit "extraterrestre" (un des très nombreux surnoms affectueux donnés à Théo). Il a trouvé...
Ils se sont mis à courir. Théo aimait tellement cela que les courses se sont allongées, sont devenues des triathlons, puis des ironmen.
Ces disciplines n'existent souvent pas en handi-valide. Ils font donc les compétitions comme tout le monde. Et ça leur convient. Ils ne seront jamais sur les podiums, mais - même si ce n'est pas ce qu'ils recherchent - on ne voit qu'eux.
Leur histoire touche, leur exemple inspire. Non, le handicap n'est pas qu'une fatalité sombre à laquelle il faut se résigner. Le handicap est un challenge qui, accepté, soude une famille, aide à se dépasser, et procure des moments qu'on n'échangerait pour rien au monde.
Ayant eu moi-même la CHANCE d'avoir eu une grande soeur comme Théo, je suis vraiment heureuse de pouvoir, grâce à eux, montrer un tout autre visage du handicap. J'vous aime beaucoup, les p'tits gars. Et ma p'tite Sophie, tu me manques. J'espère que cet épisode te plaira. Il est pour toi.
"Nager face à l’Océan, c’est un peu comme marcher sur un tapis roulant à contre-sens : c’est con, et en prime on avance que dalle ! Je décide alors d’enclencher le mode « gros porc ». Ce mode, très pratique, revient à oublier quasi toutes les règles de natation telles que la glisse, la propulsion, la respiration dans le but unique de progresser quelque soit l’aspect esthétique. C’est dégueu, mais on avance, et je vois bien que la première bouée s’approche tant bien que mal. Tous les quatres-six mouvements je regarde en arrière pour vérifier si Théo est toujours dans le bateau, ce serait dommage d’avancer comme un bourin et devoir faire demi-tour parce que Môsieur préfère le surf au triathlon ! ON A PAS LE TEMPS POUR CES CONNERIES THÉO !
Nous passons la bouée, en regardant derrière je vois que Jeremy et Thomas sont loin derrière, ce n’est pas mon esprit de compétition qui parle, mais mon amitié pour eux, je sais qu’il y a un problème. J’apprendrai plus tard que leur embarcation s’est retournée, et que nos deux familles ont fait ce qu’il fallait pour qu’ils puissent repartir. L’entraide et la solidarité, même dans les sports extrêmes, c’est précieux ! Le courant est un peu plus favorable, donc je calme le mode porcinet shooté à la cocaïne, et je pose la nage, à ce moment on a parcouru 300m, le plus gros reste à faire ! Pour vous rendre compte du scénario, je suis à 30 mètres de la pointe de l’entrée du port, un mur de 15m de haut, sur lequel viennent se fracasser des vagues de quelques mètres. C’est surréaliste. Je prends l’autre bouée sur ma droite et je nous fait entrer dans le mythique chenal du Vendée Globe. Ma nage est toujours posée, l’eau est plus calme, et Théo est comme à son habitude, calme." Pour lire la suite, allez sur le compte-rendu de Valentin Francavilla sur Facebook (Team Wez) ! A lire dans son entièreté pour passer un super moment.
Hosts & Guests
Anne B, Valentine et Amandine
Valentin Francavilla, Théophile Francavilla (pour quelques bruitages sympa), et leur maman!
Où trouver l'invité
Où trouver l'invité:
Instagram @valoudutin
Facebook Team Wez
Pour aller plus loin en vidéo:
La vidéo qui m'a fait découvrir la Team Wez
Découvrir une journée de compétition avec toute la famille avec ce reportage de France TV Sport
Illustrations sonores
Musiques
Cali - Jonas Bjornstad
Electronic music: PureDesignGirl
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Retranscription de l'épisode
Retranscription Valentin & Théophile :
Valentin - Je me dis un petit peu si on peut faire en sorte qu’être en tandem en handivalide ça soit cool, on aura gagné en vrai parce que c'est beaucoup de sacrifices sur l'année. Sans me jeter des fleurs etc, mais on sacrifie beaucoup, les triathlètes, on passe énormément de temps à l'entraînement, pas que nous, tous les triathlètes on passe du temps à l'entraînement pour au final une journée qui va durer peut-être des fois six heures, des fois dix heures, des fois seize heures, mais voilà on laisse quand même du temps de vie à tout ça et si ce qu'on en retient à la fin c'est un binôme qui passe une ligne d'arrivée et que c'est incroyable et qu'en même temps c'est ultra cool de faire ça, mais jackpot !
Intro -
AnBé - Bonjour, c’est AnBé, vous êtes sur Storylific, le podcast qui fait du bien à ton esprit et à la planète. Ce jour je te propose un épisode qui me tient particulièrement à cœur. J'ai découvert les exploits de Valentin et Théophile avec une vidéo qui m'a bien scotchée. Valou et Théo sont deux frères qui font du sport ensemble. Mais pas n'importe quel sport non, des Ironmen et pas n'importe comment puisque Théo est atteint de polyhandicap de naissance. Il marche difficilement, il est sourd, il ne parle pas, qu'à cela ne tienne, Valou le tire en canot, le pousse à la course comme à vélo, plutôt balèze. Et pourtant Valentin vous dira qu'il est avantagé par rapport aux autres participants. Il a toujours avec lui la présence hyper motivante de son petit frère qui lui donne des ailes. Cet épisode je le dédie à ma sœur, petit extraterrestre comme Théo qui a mis tant de sens et de tendresse au cœur de nos vies. Sophie, où que tu sois dans tes nuages, écoute ça, je crois que tu vas adorer.
AnBé - Bonjour Valentin !
Valentin - Bonjour bonjour AnBé !
AnBé - Bonjour Théophile. Oui, il fait signe à la main. C'est bon, il est prêt aussi. Voilà aujourd'hui, j'ai un immense plaisir de m'être déplacée jusqu'à Fontainebleau pour venir voir Valentin et Théophile chez eux pour pouvoir faire l'interview en présentiel parce que leur histoire me rappelle pas mal la mienne et donc ça m'a beaucoup touchée et je trouve ce qu'il faut absolument formidable. Donc j'avais très très très envie de les rencontrer, eux et leur très accueillante famille qui nous entoure et on va commencer une interview pour connaître un peu plus cette belle histoire.
Valentin - C'est parti.
AnBé - Vous faites des Ironman ensemble.
Valentin - C'est ça.
AnBé - Et donc ce qui n'est pas banal, c'est que tu fais ça avec ton frère Théophile. Dis-moi, dis-moi.
Valentin - Alors avec Théophile effectivement on fait du triathlon ensemble depuis un certain temps et donc la particularité de notre binôme c'est d'être un binôme handivalide. Donc c'est un format de course qui est nouveau, enfin maintenant ça fait huit ans qu'on fait ça, mais c'est un format de course un petit peu nouveau et donc j'accompagne Théophile dans les courses que l'on fait ensemble donc pour les triathlons donc je tracte un bateau pour la partie natation, en vélo on a un tandem donc lui est à l'avant et moi je suis à l'arrière et en course à pied il est installé dans une poussette que je pousse et donc Théophile est la partie un peu mentale de notre binôme et moi je suis plus la partie physique.
AnBé - Explique-moi.
Valentin - Alors du coup, Théophile il est donc atteint d'un polyhandicap plutôt lourd qui ne lui permet pas de pratiquer le sport et le triathlon en tant que tel. Et donc la seule manière qu'on a de pouvoir vivre ces aventures-là ensemble c'est de pouvoir l'emmener avec moi et donc là où probablement j'aurais jamais fait ce genre de course tout seul, lui est d'un support mental énorme et je dirais même que c'est grâce à lui que je vais au bout de chaque course. Et donc voilà on a commencé par des tout petits formats et aujourd'hui on arrive effectivement à finir des formats qui sont appelés les Ironman et donc qui représente trois-mille-huit-cents mètres de nage, cent-quatre-vingt kilomètres de vélo et quarante-deux kilomètres à pied.
AnBé - Ouais. Ça ressemble tout à fait à ce que je fais habituellement sur un an. Bon alors pour ce week-end à Paris, j'ai été bien distraite parce que d'habitude j'enregistre à l'avance les questions de mes petites filles, enfin je dis à l'avance, en général ça se passe le matin même, juste avant qu'elles aillent à l'école et je mets tout le monde en retard parce que j'ai oublié de les enregistrer la veille. Soit ici donc, j'ai dû réenregistrer les questions de mes petites filles. On est en retour de Paris, je les ai envoyées à Valentin qui m'a renvoyé les réponses et donc voilà comme ça vous avez l'explication de pourquoi le son de la voix de Valentin va un peu changer sur ce petit extrait. Maintenant vous allez entendre la question d'Amandine six ans.
Amandine 6 ans - Est-ce que vous n'êtes pas fatigué quand vous faites du sport ?
Valentin - Alors évidemment on est extrêmement fatigué, plus les formats triathlon sont longs, plus on est fatigué. Généralement après un Ironman par exemple moi je suis incapable de marcher pendant au moins deux jours et Théophile c'est pareil, il est chaos il dort beaucoup donc vraiment on est comme tout le monde on n'est pas des surhommes même si parfois on veut nous faire croire le contraire quand on nous envoie des messages non non, on est des gens tout à fait normaux et du coup quand on s'entraîne évidemment c'est pour préparer ça et essayer que le corps le digère le mieux possible donc voilà.
AnBé - Donc toi le faire sans lui c'est quelque chose que tu n'envisagerais même pas alors ?
Valentin - Et bien en fait on a commencé ensemble moi j'ai toujours fait du sport depuis que je suis jeune, mais j'ai commencé le triathlon avec Théophile, enfin pour être précis on a commencé la course à pied en même temps avec Théophile, j'avais vingt-quatre ans et lui en avait un peu moins de vingt donc en 2013 et donc de course à pied en course à pied on a commencé à faire donc des cinq kilomètres, des dix kilomètres puis des semi-marathons jusqu'au marathon et à un moment donné on s'est dit pourquoi pas se mettre au vélo et pourquoi pas nager ensemble et pourquoi pas faire des triathlons. Et en fait c'est une vidéo de la team Hoyt donc qui est un père et son fils qui sont aujourd'hui retraités, qui avaient participé au championnat du monde à Hawaï. Quand j'ai vu cette vidéo je me suis dit mais si lui il est capable de le faire nous on peut le faire aussi. C'est venu comme ça, donc il y a maintenant huit ans et du coup maintenant tous les ans on remet le couvert.
AnBé - Waouh trop trop trop génial. Oui c'est vrai je pense je l'avais vu aussi celui dont tu parles je trouvais ça méga inspirant Tu en as fait quelque chose.
Valentin - Je pense que c'est un peu toujours comme ça dans la vie en tout cas pour moi, c'est qu'on peut rêver de beaucoup de choses mais si on ne met pas en place ce qu'il faut pour y arriver évidemment les rêves resteront des rêves, on les vivra pas. Et donc moi assez rapidement j'ai acheté du matériel pour me dire , voilà faut qu'on s'y mette c'est pas le tout de voir des vidéos il faut aussi franchir le cap et aller dans une piscine, aller dans un bassin, aller autour d'un stade et courir avec lui. Au début on connaissait pas du tout sa réaction par rapport à ça, Théophile il a un caractère aussi assez trempé comme un peu tous les gens de la famille et du coup c'était pas gagné, on ne savait pas ce que ça allait donner au moment où on a commencé et je me souviens très bien de la première fois où on a été courir autour d'un stade tous les deux. On avait fait peut-être deux kilomètres et à la fin des deux kilomètres il voulait pas s'arrêter et du coup on y était retourné le lendemain et y on était retourné le surlendemain et voilà on ne s'est jamais arrêté en fait.
AnBé - Et comment est-ce que Théo arrive à te montrer qu'il ne veut pas s'arrêter ?
Valentin - Alors ça passe par plusieurs choses déjà depuis nos tout débuts, à la fin de chaque course ou à la fin de chaque entraînement on se fait un câlin, on se prend dans les bras. Et en règle générale, en course à pied par exemple, il prend ma main, il la pousse vers l'avant ou alors il la pose sur la poignée du fauteuil, ce qui veut dire qu'il faut que je continue de courir. Moi , je le prends comme ça et je pense que c'est vraiment ce qu'il veut puisque les premières fois je me remettais à courir et il était bien au final, donc je me disais que c'était le message qu'il voulait me faire passer. Et puis au-delà de ça, il voulait pas descendre de la poussette, il voulait pas remonter dans la voiture donc c'est quand même des signes avant-coureurs du fait qu'il avait envie d'aller probablement plus loin et du coup on a poursuivi ça pour aller plus loin.
AnBé - Waouh waouh donc c'est lui qui t'a poussé finalement.
Valentin - Exactement.
AnBé - Tu ne pensais pas aller si loin ?
Valentin - Moi je pensais honnêtement à la base… On s'était inscrit pour un dix kilomètres, je m'étais fixé je sais plus peut-être neuf mois pour arriver à courir dix kilomètres parce que j'avais jamais fait ça de ma vie, j'étais vraiment mauvais en athlé. Au collège et au lycée, les amis que j'ai depuis toujours vous diront que je n'étais pas du tout un coureur et encore moins un sportif d'endurance. Et je m'étais dit au bout de neuf mois “on verra ce que donne un dix kilomètres” donc on s'est entraîné régulièrement, ensemble quand il faisait beau et puis moi un peu tout seul quand il faisait un peu moins beau. Et au final on est arrivé à la fin de ces dix kilomètres là et puis je me suis dit “on ne peut pas s'arrêter là en fait”. Et je voyais bien que dans les entraînements lui il était demandeur, il avait envie, ça bouleversait un peu notre quotidien dans le sens où Théophile, je passais du temps avec lui, du coup hypothétiquement ça a libéré du temps pour mes parents, ça a libéré du temps pour mes autres frères et sœurs. Moi j'avais des moments privilégiés aussi avec lui parce qu'on n'avait jamais fait ça, on ne l'avait jamais inclus dans le sport. Toutes ces nouveautés-là elles se sont installées et puis au final elles sont restées dans notre quotidien. Et encore aujourd'hui on a nos habitudes le week-end, parfois les soirs de semaine et voilà on essaye, moi j'essaye de l'inclure au maximum dans ma vie un peu chargée. Mais pour rien au monde j'arrêterai la machine qu'on a lancée aujourd'hui parce que c'est une aventure entre frères avant tout, vraiment on passe du temps ensemble et ça c'est ce qui compte le plus après l'aspect médaille, coupe, faire des Ironman etc. C'est super parce que sur une journée on est vraiment que tous les deux et on a quand même la possibilité de faire des courses un peu partout en France et en Europe. Mais en réalité ce qui compte c'est le temps que je passe avec lui, c'est vraiment ça la fondation de notre binôme c'est de se dire qu'on est juste deux frères, qui pratiquons du sport ensemble quoi.
AnBé - C'est trop chouette. Moi j'avais lu quelque chose qui m'avait beaucoup touché. Tu as dit “j'avais l'impression de louper ma fraternité avec Théophile. J'avais envie que plus tard, lorsque je me retournerai sur ma vie, je puisse dire que j'ai fait quelque chose avec lui”. C'est vraiment tout ça. Moi, ça me parle parce que vraiment, c'est, j'ai beaucoup souffert de ne pas pouvoir faire plus avec ma sœur. Et donc, je comprends totalement et j'admire la solution que vous avez trouvé.
Valentin - Mais en fait je pense c'est une phrase que j'avais sorti pour une vidéo et qui m'est restée aussi quand je l'ai revue après et au final, je pense j'avais jamais mis de mots sur ça, sur le fait qu’avec Théophile je passais finalement pas de temps avec lui. Il y a plein de frères et sœurs avec des situations de handicap parfois dans les familles, c'est quand même des contextes assez difficiles. Vivre avec une personne polyhandicapée, ce n'est pas un quotidien banal pour les parents, pour les frères et sœurs, ça marque un petit peu tout le monde. Je ne vais pas dire que dans ma jeunesse Théophile je l'esquivais, je ne passais pas de temps avec lui parce que c'est pas vrai, mais par rapport à ma sœur par exemple qui restait beaucoup plus les week-ends, les après-midi etc avec lui, avec mon autre frère Léonard, nous on était plus vadrouilleur, on allait se promener, on faisait du vélo etc. Et finalement Théophile, il était là, mais on ne partageait vraiment rien ensemble alors qu'avec ma sœur je me souviens très bien qu'on allait se faire des cinés, avec mon frère Léo on a passé des soirées ensemble. Enfin voilà on a vécu beaucoup de choses et au final avec Théophile je n’avais rien construit et le jour où j'ai dit cette phrase je me suis rendu compte que finalement ce sport-là…
AnBé - Ah il est d’accord. (rires)
Valentin - Je ne dis pas de bêtises. Il valide (rires).
AnBé - T’as bien raison, il approuve. (rires)
Valentin - Et du coup je me suis rendu compte ce jour là, fin le jour où j’ai dit cette phrase je me suis rendu compte vraiment que ce sport-là m'avait permis de vivre une aventure un peu unique avec Théophile. Et surtout de vivre une fraternité que je n'avais pas vécue jusqu'à maintenant.
AnBé - Oui oui.
Valentin - Je pense.
AnBé - Oui en tout cas si c'est cette phrase t'a touchée, moi qui ai vécu la même chose elle m'a énormément touchée aussi. Comment ils réagissent tes parents en voyant que ça commençait à prendre de l'ampleur et que c'était plus un petit footing de cinq kilomètres mais qu’on commence à voir triathlon, Ironman…?
Valentin - Au début, déjà la première course, ne serait-ce que le dix kilomètres forcément quand mes parents qui se sont toujours occupés de Théophile, donc qui est dans un fauteuil roulant 95% du temps ou qui est à la maison, qui est plutôt statique, quand je leur ai dit que j'allais l'emmener avec moi pour aller courir autour d'un stade, ils m'ont regardé avec des gros yeux, ils m'ont dit “tu es sûr de toi ?”, et je leur ai dit “oui oui on peut tenter”. Je pense qu'ils savent qu'au fond je suis un peu timbré et que j'ai toujours eu des projets un peu hors du commun. Ils se sont dit “bah on va le laisser” je pense au fond d'eux et du coup ils m'ont dit “de toute façon on ne prend aucun risque à te laisser aller courir avec lui à partir du moment où tu fais attention, faisons attention et on va y aller quoi”. Par contre, le jour où j'ai dit “on va faire un triathlon”, là ce n'était pas la même musique parce qu’inévitablement un triathlon c'est une nage en eau libre, donc en mer, en lac ou en fleuve, donc ça amène des conditions de sécurité qui sont forcément plus compliquées vis-à-vis de Théo. En triathlon, il y a aussi le vélo, après la natation donc du coup de la vitesse, du vent, tout un tas de choses qui sont à prendre en compte. Et après la partie course à pied finalement on l'avait déjà donc là-dessus ils étaient rassurés. Donc il a fallu faire des tests avec un bateau gonflable qu'on avait acheté en magasin, j'avais acheté une remorque avec laquelle je courais et au final je l'ai attaché au vélo, j'ai été faire la première fois peut-être cinq kilomètres, ça avait l'air de lui plaire. Je me souviens, c'était un moment sympa. Et puis au final on y est retourné. Voilà ça s'est fait comme ça petit à petit et mes parents en fait ils ont toujours été derrière, mais depuis toujours, depuis qu'on est né, ils ont toujours été derrière nous que ce soit dans les sports ou même dans les études, ils nous ont toujours encouragé à aller plus loin, à faire le maximum de ce qu'on pouvait donner. Et là pour le coup, sans eux, sans cette logistique familiale, ça n'existerait pas. Sans les parents, sans les frères et sœurs, la team Wez n'existerait pas, notre binôme n'existerait pas on pourrait pas assumer la logistique, moi je ne pourrais pas assumer l'alimentation d'avant course avec Théophile, je ne pourrais pas assumer l'après course où moi je suis complètement rincé et où Théophile lui est complètement rincé aussi, il faut bien prendre soin de lui pour pas qu'il se refroidisse. Donc en fait ça s'est fait petit à petit. Vraiment on a commencé, c'est comme si je ne sais pas, on avait planté un haricot un jour et qu'ils m'avaient dit “on va t'aider à l'arroser” et qu’aujourd'hui on avait un champ de haricots et qu'on l'arrosait tous ensemble tout le temps quoi. Je pense ça se fait plus au fur et à mesure du temps.
AnBé - Donc tu as choisi une plante qui peut monter vachement haut. (rires)
Valentin - Exactement, interminable. (rires)
AnBé - Tu peux expliquer justement une journée type quand vous partez pour un triathlon comme vous l'avez fait à Nice il n'y a pas longtemps ?C'est assez impressionnant. Oui ce n'est pas ton meilleur souvenir parce que malheureusement…
Valentin - Si c'est un très bon souvenir en soi c'est un excellent souvenir. C'est juste que c'est la première fois où on passe pas une ligne d'arrivée. C'est des choses qui arrivent il faut aussi être humble face à ce sport qui est quand même considéré comme un sport extrême.
AnBé - Surtout que vous n'avez pas de privilège particulier.
Valentin - Non pas du tout on s’adapte aux chronos des valides. Voilà on est vraiment… On essaye de se fondre dans la masse le plus possible, c'est un peu le nerf de la guerre de notre binôme. On n'a jamais voulu de conditions particulières, on essaye de les limiter au maximum. Et bon là pour le coup à Nice ça a un peu capoté, en tout cas, on n'a pas réussi à passer cette ligne d'arrivée. Mais il y a des enseignements à tirer de tout ça.
AnBé - Vous étiez hors temps pour le vélo je crois ?
Valentin - Exactement ! En fait à la fin des soixante premiers kilomètres, premier col, on était trente-cinq minutes hors délai. Et donc là où habituellement on a un peu de rab sur notre binôme, parce que forcément quand ça monte comme ça montait à Nice, ça aurait pu passer. Moi j'étais en forme et Théo il envoyait des bons signaux mais c'est comme ça c'est les règles du jeu. Il y a un cut off, on respecte les cut off. Et ça sert pour plein de choses, pour se remettre en question soi, pour remettre en question un peu notre préparation, ce qu'on a fait jusqu'à maintenant. Donc pour répondre à la question d'une journée type avec Théo sur un triathlon, je vais prendre l'exemple des formats Ironman ou semi Ironman, donc qui sont les courses que maintenant on fait le plus.
AnBé - Oui oui.
Valentin - C'est déjà un réveil matinal, très matinal, on se réveille à quatre heures du matin. Chacun a son rôle dans notre famille.
AnBé - Moi j'appelle ça de nuit. (rires)
Valentin - Et ouais là on se rend compte de la machinerie que ça représente parce que on se lève à quatre heures du matin. Moi je me prépare, je gère ma préparation, mon alimentation, je surveille un petit peu que Théo soit en forme… Et à côté de ça il y a du coup maman en général et papa qui s'occupent de Théophile, donc on fait chacun un peu notre prépa de notre côté sur le plan purement alimentaire, vestimentaire etc. Et généralement vers cinq heures, cinq heures et demi, on part sur le lieu de la course et là on prépare le matériel donc on va regonfler les pneus du vélo, on gonfle le bateau… On met Théophile dans des conditions de pré-course, ça veut dire qu’on va l’équiper en fonction de la météo qu'on espère avoir la journée et donc ça c'est la partie qui est gérée par généralement plutôt la famille.
AnBé - Tu disais c'est la partie où tout peut toujours s'arrêter. Tu disais que voilà, si les conditions ne sont pas optimales, qu'on a peur qu'il se refroidisse si la mer…
Valentin - Si on ne le sent pas, on ne prend pas le départ.
AnBé - Oui, Oui, donc ça, vous êtes méga attentifs. C'est ça qui est impressionnant aussi. Comment quelqu'un qui ne sait pas s'exprimer par lui-même peut faire savoir ce qui lui plaît et ce qui ne lui plaît pas ? Mais c'est vrai que quand on vit au quotidien avec une personne handicapée, on reconnaît les signes, on sait très très bien le premier signe d'inconfort, le signe de pas d'accord. Et donc tu disais que tu te fais aussi superviser toi-même dans tes décisions par toute la famille pour être sûr de rester bien dans les clous pour le bien-être de Théo.
Valentin - Bien sûr, bien sûr, c'est vraiment le garde-fou. Ça fait partie aussi du fait que la famille est indispensable. Moi je suis compétiteur, je me prépare on va dire 60%, 70% de l'année, je me prépare tout seul pour les courses parce que la météo ne permet pas souvent d'être avec Théophile. Et du coup, forcément moi j'ai envie de prendre le départ en tant que compétiteur, j'ai envie d'y aller quoi qu'il arrive, un peu moins maintenant parce que j'ai quand même le recul sur les courses, mais en fait ceux qui prennent vraiment les décisions c'est la famille. L'idée c'est qu’effectivement on garantisse avant tout la sécurité de Théophile, son confort et son bien-être avant de se dire c'est purement une aventure pour moi solitaire et je le traîne avec moi. Je fais en sorte que Théo ne le vive pas comme ça dans notre façon de faire les courses, ça m'est déjà arrivé d'avoir des gens qui me disaient “mais comment on est sûr que Théophile, il apprécie ça, comment on est sûr qu'il aime ça ?”, nous on le sait, notre famille on le sait et à partir du moment où on est cinq à se dire là ok il est bien, on peut y aller. Généralement, à la fin des courses on se dit voilà Théophile il a été super sur les ravito, quand on l'a vu il était souriant, il était bien, il était à l'aise… Voilà ça c'est des éléments qui renforcent un peu nos choix. Et effectivement, on peut se dire que Théophile, comme il ne parle pas et qu'il n'a pas vraiment de moyens de s'exprimer très clairement, on pourrait se dire, en fait c’est un délire de Valentin, il l’embarque avec lui, il n'a pas son mot à dire, mais on essaye d'éviter ça par le fait que les parents soient là, les frères et sœurs, les amis aussi parfois qui ont leur mot à dire parce que maintenant nous nos curseurs ils sont vachement loins.
AnBé - Non non, par contre c'est vrai que c'est un super beau message. Est-ce que tu avais conscience en commençant toutes ces compétitions avec ton frère que ça allait être aussi un chouette message pour les autres en extérieur ?
Valentin - Non pas du tout ! Vraiment à la base c’est vraiment de vivre quelque chose avec Théophile tout ce qui se passait autour je m'en moquais mais éperdument. Moi ce qui comptait c’était au final d'aller sur le stade avec lui, le prendre, d'aller courir, d'aller faire du vélo, d'aller peu importe mais en tout cas de passer du temps avec lui. Et effectivement dans les premières courses qu'on a commencé à faire, on a eu des sollicitations de la part des médias et moi je voulais pas du tout partager. On n'avait pas de page Facebook, pas de page Instagram, on faisait notre truc de notre côté. Et encore aujourd'hui on est un peu plus présent sur les réseaux mais voilà on partage quand il y a des choses à partager pas juste pour parler de nous, ça ne nous intéresse pas. Mais du coup on a vu qu'il y avait un vrai engouement autour de notre histoire et au final c'est mes parents et particulièrement ma mère qui m'ont dit ”il faut absolument que tu en parles parce que le handicap personne le voit, personne n'en entend parler”. Au final les gens ils nous regardent toujours avec des gros yeux quand on est dans la rue donc parles-en.
AnBé - Et le regard des autres ça a été dur ?
Valentin - Exactement oui oui. Le regard des autres nous on en a beaucoup souffert quand on était petits. Mes parents je pense qu'ils en ont encore plus souffert que nous parce qu'ils avaient ce regard adulte sur la situation. Et puis il y a trente ans le handicap c'était un peu tabou, en tout cas ici en France et puis nous on voyait bien que les gens connaissaient pas cette situation là. Au final, moi je n’en veux pas du tout aux gens de nous regarder un peu différemment. Quand on connaît pas le handicap ou le monde du handicap, qu'on n'y est pas confronté, évidemment c'est surprenant, évidement on s’interroge, on se demande ce qu’il a, on se demande qu’est-ce que c’est… Nous on le considère comme un ovni parce qu’il est un peu différent quoi (rires). Mais en soi c'est le fait d'en avoir parlé qui effectivement a permis je pense d'ouvrir un peu les yeux de certaines personnes, de certains spectateurs au final. Et peut-être que d'être un peu sur la réserve, de finalement pas se montrer trop et de pas trop en faire non plus, ça permet de montrer que finalement on ne le fait pas pour la gloire, on le fait vraiment parce que c'est important aujourd'hui pour nous de parler du handicap, de parler du handisport, de montrer qu'on peut faire des choses parce que vraiment on peut. Moi je me rends compte qu'en ayant fait un Ironman avec Théophile, en fait on peut faire énormément de choses énormément, énormément de choses. Il faut juste énormément de temps, une belle organisation et oser le faire aussi à la base. Il faut être un peu détraqué c'est vrai, mais la finalité c'est quand même qu’on vit des beaux moments.
AnBé - Ça va heureusement tu étais là (rires).
Valentin - Ouais c'est ça, pour le coup-là, je suis plutôt bien là-dessus. Mais en fait c'est ça, c'est un ensemble de choses, d'événements qui nous ont conduit à partager notre histoire et donc c'était parti de maman à la base.
AnBé - Ah c’est ta maman… ?
Valentin - Ouais c'est ça. C’est elle qui m'a poussé à faire le premier reportage vidéo qu'on a fait parce qu’elle voulait, je pense que ce que je disais dans leur histoire ça n'a jamais été facile…
AnBé - Écoute ta maman est là on va lui poser la question.
Maman de Valentin & Théophile - Pour une maman, je pense que la réponse est simple. C'est qu'on a deux enfants qui partagent quelque chose d'extraordinaire, quelque chose de fou même et de presque infaisable puisqu'on n'avait jamais vu ça, deux frères qui partagent un moment sportif comme ils l'ont fait en extrême. Et donc le laisser comme ça sans que ce soit connu, sans que ce soit su, sans qu'on puisse le partager… Moi ça me paraissait un peu égoïste, pas égoïste dans le sens pas partagé, mais égoïste à rester que dans notre famille. Et du coup ouais quand Valentin a été sollicité par les médias, j'ai dit oui y va parce que là tu pourras partager ce que tu vis toi avec ton frère et peut-être inciter les autres à le faire aussi parce que effectivement le handicap c'est pas quelque chose de facile, c'est pas quelque chose d'accepter par tout le monde, c'est pas vécu par tout le monde voilà.
AnBé - Et montrer du positif aussi parce que c'est vrai qu'on voit toujours l'aspect énorme contrainte qui est bien sûr est là ça on est bien d'accord. Mais moi ce que je ce qui me blesse un peu c'est qu'on ne voit pas tout l'aspect richesse qu’il y a quand on vit avec ce genre de personnes.
Maman de Valentin & Théophile - Oui, c'est ça.
AnBé - Ça vous remet l'église au milieu du village, les valeurs en place, les priorités en place, on revient à l'essentiel. Et tout ça, on ne le sent pas. Enfin moi, ça me fait super plaisir quand je vois Valentin qui dit que sans Théo, voilà, il n'aurait sans doute pas réussi.
Maman de Valentin & Théophile - Oui, oui, oui, oui, et puis tout ce qu'il a engendré, tout ce qu'il a ramené avec ça au sein de la famille, c'est quelque chose d'extraordinaire puisque s'il n'y avait pas eu ça, je pense qu'on serait chacun… Enfin je ne sais pas, là ça nous a soudés, on était déjà soudés, mais ça a créé vraiment un lien encore un peu plus fort, des moments de partage qu'on n'aurait peut-être pas eu parce qu'il y a des week-ends, on passe plus de week-ends… Je pense que la majeure partie des familles qui se croisent dans l'année et qui ne partagent pas, qu'ils se voient à Noël ou aux anniversaires et tout alors que nous c'est souvent qu'on partage, qu'on vit des choses ensemble et c'est chouette, c'est riche, et donc c'est pour ça qu’il faut que les gens le sachent. Et de plus en plus maintenant on le voit avec les réseaux, ça se sait, quand on entend les gens autour de nous qui nous disent j'ai vu le reportage, on a lu tout ce qu'il a écrit Valentin, parce que bon c'est un sportif, mais c'est aussi un écrivain. Donc ça veut dire qu'on touche les gens avec quelque chose qui est difficile à vivre. Et du coup, peut-être que voilà, ça leur donne une autre image du handicap et que de leur côté, ils vont le partager avec d'autres et que ça va faire boule de neige et que dans ces familles-là, peut-être que le handicap, ça sera plus une chose, ah non, non, il ne faut pas en parler.
Valentin - Moi je me dis un petit peu si on peut faire en sorte qu'être en tandem en handivalide ça soit cool, ça on aura gagné en vrai. Parce que tu vois c'est beaucoup de sacrifices sur l'année. Sans me jeter des fleurs mais on se sacrifie beaucoup. Les triathlètes on passe énormément de temps à l'entraînement, pas que nous, tous les triathlètes on passe du temps à l'entraînement pour au final une journée qui va durer peut-être des fois six heures, des fois dix heures, des fois seize heures… Mais voilà on laisse quand même du temps de vie à tout ça et si ce qu'on en retient à la fin c'est un binôme qui passe une ligne d'arrivée et que c'est incroyable et qu'en même temps c'est ultra cool de faire ça mais jackpot en fait. À ce moment-là on a gagné nous. Si on arrive à montrer… Moi j'essaye d'avoir le sourire et j'ai le sourire en général parce que je suis trop content des courses, je suis trop content de faire des trucs avec Théophile et de passer des lignes d'arrivée. Si on peut montrer que ça a l'air facile, faisons-le, parce qu’au contraire… Voilà il faut partager au max et montrer que c'est finalement pas si compliqué que ça de faire des triathlons en binôme handivalide.
AnBé - Oui oui, tout à fait. Oui tu avais une chouette histoire de ce côté-là en prépa tu avais rencontré un monsieur du côté du lac d'Annecy. Tu peux raconter cette anecdote c'est vachement sympa ?
Valentin - Ah oui tout à fait. C'est typiquement le genre de choses en fait… C'est un monsieur, on participait au triathlon du lac d'Annecy pour la deuxième fois je pense et la troisième année. Donc on prend le départ, on fait la course on termine etc. Il y a un monsieur qui vient me trouver à la fin et qui me dit “l'année dernière je vous ai vu passer, j'étais à pied en train de manger un McDo sur le Pâquier”, donc l'esplanade d'herbe d'Annecy, “je vous ai vu passer et je me suis dit c'est pas possible, c'est incroyable ce qu'ils font et moi je suis là en train de manger mon McDo, l'année prochaine je fais le triathlon”. Et l'année d'après, il a fait le triathlon. Et ça, pour le coup c'est quand même un dépassement de soi qui est assez incroyable. Et je dis pas qu'on peut servir d'exemples parce qu'on n'est pas des exemples. On a plein de défauts aussi et on n'est pas là pour ça. Mais juste si les gens peuvent trouver une source de motivation pour aller faire du sport ou en tout cas bouger un petit peu, là c'est plus la casquette kinésithérapeute qui parle. Moi j'ai un peu gagné au final parce que ce qui compte dans mon métier c'est que les gens fassent du sport, bougent, de l'activité physique et du coup si avec Théophile on montre qu'on peut le faire et en tout cas que ça donne du courage pour y aller… C'est assez souvent que des athlètes nous disent “moi je vous ai vu et du coup j'ai pas envie d'arrêter”. Ou alors sur des courses, des mecs qui marchent parce qu'ils n'en peuvent plus, ils sont vraiment à bout, ils ont tout donné, on les double et ils se remettent à courir. Tu vois ça c'est, voilà je trouve que c'est incroyable mais j'en tire aucune gloire, aucun mérite, c'est juste que c'est incroyable de se dire qu'au final on est à la place aujourd'hui de gens qui nous ont servi d'exemple à nous tu vois donc c'est beau au final de se dire ça.
AnBé - Oui. Comment s’appelait la team encore avec ce père et son fils ?
Valentin - C'était la team Hoyt donc maintenant ils sont à la retraite. Mais vraiment c'était des gens qui nous ont inspirés et ils ont quand même réussi à aller jusqu'au championnat du monde à Hawaï. Et ça c'est un peu ce qu'on va aller chercher maintenant au final, maintenant qu'on a vu que ça marchait on va essayer d'aller choper une qualif avec tout ce que ça demande de sponsors, de dossiers d'inclusion vis-à-vis du label… Donc voilà l'année prochaine on va faire une course à Mont-Tremblant parce que l'idée c'était de mettre un pied en Amérique du Nord parce que c'est un label américain pour essayer aussi de se faire voir. Pourquoi pas essayer de trouver des sponsors parce que c'est un sport qui coûte extrêmement cher…
AnBé - Je suppose que les coquilles adaptées dans le vélo et tout ça doit quand même coûter un peu.
Valentin - Exactement, ça coûte un bras d'enfant. Et du coup tout ça c'est des choses qu'on aimerait aujourd'hui améliorer, rendre plus légère pour essayer d'être encore meilleurs, gagner un petit peu de temps et pourquoi pas essayer de voilà de poser un temps un peu de référence sur la course handivalide. Et donc tout ça, ça passe par traverser l'océan atlantique, ça passe par faire des courses régulièrement, ça passe par parler de nous sur les réseaux sociaux… Donc on le fait un petit peu plus qu'avant mais on partage aussi un peu notre préparation donc voilà c'est beaucoup d'engagement mais au final je pense qu'on en tirera quand même des bonnes choses à la fin.
AnBé - Oui oui clairement je suis distraite par ton frère qui s'amuse à faire enrager ta sœur.
Valentin - Tu vois il fait ce qu'il veut avec. Vraiment si il te montre quelque chose, c'est comme ça qu'il se fait comprendre au final.
AnBé - Ah oui donc c'est absolument clair qu'il n'y a pas de doute à avoir sur ce qu'il aime et ce qu'il n'aime pas et ce qu'il veut. On n'a pas encore parlé de ton parcours et pourtant toi tu as fait plus que te mettre au sport, tu as vraiment changé ta carrière finalement.
Valentin - Tout à fait.
AnBé - Explique-nous un peu ce parcours-là, parce qu'il est très chouette aussi.
Valentin - Alors à la base effectivement moi j'ai fait des études d'ingénieur. Donc j'ai été ingénieur dans l'aéronautique pendant une petite dizaine d'années et il y a maintenant une dizaine d'années puisque là je suis diplômé depuis juillet. Je me suis dit que je voulais faire autre chose parce que c'est un métier qui ne me correspondait pas, moi j'aime bien le sport, j'aime bien m'intéresser un peu à la science, au corps humain etc. C'est toujours des trucs qui m'ont passionné, je voulais être médecin, après j'ai voulu être kiné à une époque, puis au final c'est des choses j'ai un peu arrêté parce qu’on n'a pas roulé sur l'or quand on était petits. Donc ce que je voulais c'était de gagner de l'argent, et gagner de l'argent le métier d’ingé c'était pas mal et c'est vrai que ça a bien marché ça m'a permis de gagner de l'argent mais je n'étais pas heureux je n'avais pas l'impression de servir à grand-chose sur le plan de l'humanité. Et je pense que d'avoir commencé cette aventure avec Théophile, ça m'a vraiment fait prendre conscience qu'il fallait le faire, il ne fallait pas attendre et rêver comme ça, enfin les choses ne se font pas toutes seules, il faut vraiment mettre les deux pieds dedans. Et donc du coup, je me suis dit que je voulais être kiné et j'ai été voir mes employeurs et je leur ai dit “en juin 2017 je partirai et je reprendrai des études de kiné”, là je vais rester avec vous pour économiser, mais en juin 2017 je partirai et ils m'ont dit “ok pas de problème, on va t'aider, on va te faciliter la transition” et pour le coup ils m'ont vraiment soutenu. Et donc voilà, j'ai repris des études de kiné pendant 4 ans et je suis diplômé depuis juillet, je travaille dans un cabinet à Vincennes en pédiatrie et je pense que les choses elles ne se font pas par hasard. Si je fais de la pédiatrie aujourd'hui c'est probablement parce que j'ai envie d'être le kiné que Théo n’a pas eu. En tout cas d'essayer de prendre en charge du mieux possible les enfants que j'ai entre les mains. Du coup je me rends compte que c'est ça un métier de passion. C'est vraiment quand on y laisse du temps, quand on y laisse des heures et qu'on s'intéresse aussi à la pathologie, qu'on s'intéresse aux familles, qu'on s'intéresse aussi à l'individu. Je pense que mon métier de passion c'est ça, c'est vraiment le fait d'être kiné et le fait de faire du sport à côté, c'est un plus. Il y a quelques parents qui ont découvert des vidéos de moi sur les réseaux sociaux et du coup qui me félicitent mais ça dépasse pas ça, ils me félicitent, il me disent c'est super et hop on revient à la rééducation. Mais je sens que ça a créé une affinité un peu particulière. Ils se rendent compte que la situation de polyhandicap je la connais, je la fréquente depuis toujours. Voilà quand je prends en charge des enfants atteints de polyhandicap, j'essaye d’en tout cas proposer des activités qui soient le mieux possible pour eux et je pense que ça vient aussi de mon expérience avec Théophile. Je suis à l'aise avec à peu près tous les enfants, je ne ressens pas de regard un peu particulier quand je vois un enfant avec un faciès difficile ou avec une pathologie assez lourde, je me dis c'est quoi ton prénom et tu t'appelles un tel et moi je prends un tel en charge et après ta pathologie c'est secondaire, on va essayer de toi en tout cas te rendre le plus autonome possible et ça c'est un sacré leitmotiv je trouve.
AnBé - Oui plutôt oui. Et donc les journées alors maintenant le travail ça va ?
Valentin - Oui ça va, ça va très bien c'est dense c'est très très dense. Du coup moi je me réveille à cinq heures du mat pour aller m'entraîner, je vais travailler, je fais des journées entre huit et dix heures. Le soir je rentre, soit je m'entraîne encore, soit je m'occupe de ma vie familiale. Et puis voilà le week-end je passe mes journées à m'entraîner.
AnBé - Ah oui mais dis-moi un peu ton entraînement d'entretien entre deux compétitions alors.
Valentin - Jusqu'à maintenant… parce que là ça a un petit peu changé depuis Nice du coup suite à ce qui nous est arrivés à Nice. Jusqu'à maintenant je m'entraîne tous les jours, j'aime trop le sport et du coup je fais du sport tous les jours. Et le week-end en général comme ma compagne est dans le commerce, je suis plutôt tranquille on va pas se mentir. Je n'ai pas besoin d'être à la maison du coup ça c'est chouette, on n'a pas d'enfant donc c'est encore mieux. Et du coup je me réveille le matin pour aller nager, ensuite je vais faire du vélo, ensuite je termine la journée en allant courir et le dimanche rebelote je vais courir le matin l'après-midi en général on fait des repas de famille le dimanche et puis en fin d'après-midi soit je fais de la muscu ou des choses comme ça. Et puis tous les matins de la semaine c'est soit course à pied, soit vélo et puis le soir une fois dans la semaine je vais nager. Voilà c'est vraiment entre la petite saison c'est à peu près treize/quinze heures de sport et quand ça commence à arriver en course, c'est vingt/vingt-cinq heures par semaine. Donc voilà c'est quand même dense et ça c'est une réalité, c'est quelque chose qui existe, il ne faut pas se dire il termine des Ironman en s'entraînant deux heures par semaine, c'est impossible.
AnBé - C'est un gros investissement et à la fin alors tu t'entraînes avec Théo en général une fois par semaine et vers la fin plus ?
Valentin - Ouais en fait avec Théophile ça dépend énormément de la météo et du moment de l'année en fait parce que les jours quand ils se rallongent c'est-à-dire à partir du mois de mai, avril, mai où il commence à faire bon, là on peut aller courir. Là cette année c'était pas trop le cas donc forcément on ne s'est pas trop entraîné tous les deux, ça je pense que ça a joué aussi un peu à Nice. Mais ouais dès qu'il fait beau, on va faire du vélo ensemble, on va courir ensemble… Vraiment je l'intègre à cette préparation normale, je l'intègre dès que je peux à mes entraînements au final parce que l'idée c'est surtout de passer du temps avec lui. C'est ce que je disais tout à l'heure. C'est bien parce que moi il faut que j'ai la condition pour pouvoir accepter le poids supplémentaire, mais la finalité c'est surtout de le faire avec Théophile. Donc le but du jeu c'est de l'avoir le plus possible avec moi. Mais ouais si ça ne tenait qu’à moi, je l'aurais toute l'année. Malheureusement on n'a pas de chauffage sur le vélo et puis voilà on essaye, moi j'essaye de l'intégrer. Après aller à la maison à cinq heures du mat pour le réveiller pour aller courir pas sûr que ça soit terrible, mais non non l'idée c'est de s'entraîner au maximum ensemble. Mais clairement 80% enfin 70% du temps je m'entraîne seul, ouais enfin seul en club en tout cas.
AnBé - Ouais c'est ça.
Valentin - Et du coup ça a un peu changé parce que maintenant j'ai pris un coach pour essayer de ne pas me revautrer. Enfin pour essayer qu'on ne se revautre pas comme à Nice là, comme nos déboires qui sont arrivés là au mois d'août et du coup l'idée c'est d'essayer d'être vraiment les meilleurs possibles. Moi sur le plan physique d'intégrer Théophile dans cette préparation au maximum pour pouvoir avoir les meilleures performances possibles parce que vraiment ce qu'on recherche là cette année c'est de battre le record du monde donc de quatorze heures vingt-cinq. Et du coup on va aller au Canada pour ça et voilà. Donc voilà, il faut vraiment s'entraîner dur et il fallait absolument que je passe par un coach donc j'en ai trouvé un qui est vraiment extra avec qui ça se passe super bien et on va continuer la prépa jusqu'à Mont Tremblant pour pouvoir essayer d'aller chercher ce chrono et pourquoi pas un slot à Hawaï un jour peut-être.
AnBé - Ce qui me touche aussi dans l'histoire c'est que moi j'ai vu avec ma sœur le manque de stimulation n'a pas énormément… Quand c'est difficile, enfin moi ma sœur à un moment a dû aller aussi dans une maison pour personne handicapée parce que ma mère avait des problèmes de dos, c'était plus possible. Même si elle allait tous les jours après là-bas parce que c'était dur de ne plus avoir ma sœur à la maison. Mais il y a très peu de stimulation, c'est très répétitif et donc quelque part ils se referment un petit peu en tout cas, ils ne s'épanouissent pas autant et donc c'est vrai que cette stimulation, quel changement tu as vu en Théo avec tout ça ?
Valentin - Moi je trouve que déjà sur le plan social il s'est énormément ouvert. Alors c'est peut-être un point de vue très personnel mais je trouve que déjà entre le début, les premières courses et aujourd'hui Théo je le trouvais beaucoup plus introverti. Et maintenant voilà le fait qu'il y ait du monde autour de lui, au départ des courses on est mille cinq cents, les gens ils viennent le toucher, prendre des photos, il dit rien. Ça déjà c'est extra. Et au-delà de ça, effectivement il y a cet aspect stimulation là où avant il pouvait être dans son fauteuil toute la journée que ça soit à son institut ou à la maison et c'est pas du tout péjoratif quand je dis ça mais il passe du temps dans son fauteuil, dans un endroit un peu fixe. Là quand on va faire des balades en vélo de quatre heures, cinq heures, six heures où on se balade en Seine-et-Marne, on découvre les châteaux, alors lui les châteaux ça lui passe des kilomètres au-dessus, mais moi je suis super content de me dire qu'on voit du pays. On se balade en famille, on traverse la France pour aller faire des courses, c'est extra. Et je pense qu'effectivement il n'y a pas que la stimulation physique qui est importante, c'est la stimulation je pense vraiment cérébrale et elle est on ne peut plus si ce n'est vraiment plus importante. Et pour le coup ça les études scientifiques elles le montrent que se stimuler sur le plan cérébral ça redonne de très bons résultats. Je pense que Théophile si aujourd'hui il est aussi à l'aise, si aujourd'hui il est aussi éveillé, souriant, je pense que ça y participe inévitablement. Mais il y a le fait aussi que depuis toujours mes parents n'aient pas fait de différence. Ça c'est un peu c'est un peu la continuité de notre histoire familiale, c'est que Théophile il a toujours été considéré comme le petit dernier et voilà il a pris des coups comme tout le monde enfin en tout cas entre nous quand on se bagarrait et que Théophile il nous embêtait, il se prenait des claques comme moi je mettais des claques à Léo ou des fois quand on se chamaillait avec Camille pareil quoi c'était pas de différence et pourtant il était en situation de faiblesse le pauvre on en a un peu abusé parfois (rires).
AnBé - Comme tous les frères et sœurs.
Valentin - Oui c’est ça c’est des histoires de frères et sœurs. Mais non au final aujourd'hui même sur les courses des fois quand il m'embête à ne pas vouloir prendre le verre d'eau parce que il fait cinquante degrés et que Théophile il veut pas boire parce qu'il n'a pas soif mais si mon pote tu vas boire parce que là on a une heure de vélo derrière et si tu ne bois pas maintenant tu ne boiras pas du tout et tu vas finir comme un raisin sec. Donc non non il y a des fois où il a son caractère quand même qui s'affirme et heureusement parce que sinon ça serait triste de juste lui imposer tout ça. Théo quand je lui donne à manger et qu'il ne veut pas d'une banane quand on est en course, il ne veut pas d'une banane quoi, donne-moi autre chose et voilà. C'est chouette je trouve. Tout ça c'est des trucs qu'il ne faisait pas avant, en tout cas pas avec moi. Et je trouve, enfin moi je le trouve beaucoup plus ouvert, il s'est aussi beaucoup plus affirmé, ça c'est papa qui disait ça une fois dans un reportage, Théophile il s'affirme beaucoup plus et c'est vrai que je trouve, vraiment les trucs qui l'enquiquinent, ça l'enquiquine quoi. S'il ne voulait pas monter dans le vélo vraiment c'est impossible de le faire monter dans le vélo, s'il ne voulait pas aller dans le bateau le matin à six heures du mat, impossible de le mettre dans le bateau. Donc tout ça, ça fait que Théophile, il évolue, il a évolué et aujourd'hui, il a 31 ans, enfin il va avoir 31 bientôt là. Moi je me dis là c'est plus le petit gars, le petit frère que j'avais avant là c'est vraiment un homme qui s'assume malgré tout ce qu’il vit, malgré tout son parcours qui n'est pas forcément très simple je trouve que sur les triathlons par exemple, il vraiment il s'affirme beaucoup plus.
AnBé - Bien plus ?
Valentin - Oui oui, oui beaucoup plus.
AnBé - Et donc là, on en était resté, on a fait une digression à partir du matin. Non non, c'est ma faute, j'en ai profité. Alors donc le matin la ligne de départ.
Valentin - On se prépare un peu chacun de notre côté jusqu'au dernières minutes. Voilà dans les dix dernières minutes en général moi je m'échauffe, je vais un peu dans l'eau pour prendre la température, m'échauffer…
AnBé - Ça démarre à quelle heure un triathlon en général ?
Valentin - Ceux-là en général six heures et demie du matin. Et puis autrement ça peut être autour de neuf heures parfois treize heures pour les petits formats. Mais c'est plutôt le matin très tôt le matin sur les Ironman. Et donc voilà on s'échauffe et après il y a le moment où le départ arrive et alors là c'est je ne sais pas comment décrire ça mais même là tu vois d'en parler ça me ça me donne des frissons tourbillonne parce que vraiment il y a une adrénaline, il y a une atmosphère, il y a un truc pendant un an, on s'est on s'est entraîné tous les jours pour ça et là on y arrive quoi. Ça y est, on est au moment où il va falloir attacher le bateau, partir en hâte et tout. Les départs je mets mes lunettes de natation, j'ai de la buée avant même d'être dans l'eau quoi, donc parce qu'il y a beaucoup d'émotions, c'est une finalité dans l'année.
AnBé - C'est un aboutissement !
Valentin - Voilà, c'est un c'est un sacré aboutissement quand même et surtout on ne sait pas à quelle sauce on va se faire manger au moment où on part. En général, moi j'ai fait des recos les jours d'avant du parcours vélo, de la natte et de la course à pied avec la famille, mais sur ce jour-là, on ne sait pas comment vont être les conditions météo, on ne sait pas vraiment comment ça va se passer, le monde, l'ambiance, les autres athlètes, etc. Donc, il faut gérer tout ça et puis voilà, il y a le coup de feu et alors là c'est parti quoi. Là le mode combat est enclenché et là faut je pense que c'est à partir de ce moment-là il ne faut plus me parler, il faut me laisser dans mon truc, je suis dans ma bulle, je ferme le truc, je mets Théophile avec moi dans cette bulle-là, je nous attache et let's go c'est parti et à partir de ce moment-là tout qui est autour ça n'existe pas. On vit vraiment une aventure tous les deux et du début à la fin vraiment jusqu'à ce qu'on passe la ligne d'arrivée on est, je sais pas c'est magique de se dire qu'on peut faire ça tous les deux partout en France et tout et voilà du coup on part, on nage peu importe la distance mais en général ça se passe plutôt bien. Théophile il est plutôt cool dans l'eau. Et ça dure entre trente minutes et une heure selon les Ironman selon les formats. On est plutôt bons nageurs tous les deux, en général notre binôme ça, on s'en sort plutôt bien et après il y a la transition donc là c'est le moment où je vois mon papa parce que mon père il est toujours à la sortie de l'eau pour m'aider à mettre Théophile dans la poussette. Alors il faut savoir que sur les triathlons, on n'a pas le droit à une aide extérieure à aucun moment et même si les organisations autorisent qu'on ait des aides dans notre cas particulier, parce qu'on est un binôme handivalide, moi je refuse toute aide même de mon papa donc en général c'est moi qui qui m'occupe de Théophile, je le sors du bateau, je le mets dans sa poussette, je pars, etc, mais il y a toujours papa qui est là pour veiller et c'est surtout cette histoire de garde-fou là qu'on a toujours là, ce petit ange gardien, c'est mon père qui est là. Et s'il voit un truc qui ne va pas auprès de Théo, près de moi, il est capable de stopper à n'importe quel moment. Ça, c'est hyper important aussi. Et donc du coup, après on se on se prépare pour le vélo, on l'équipe et puis là c'est la plus grosse épreuve du coup des triathlons en général, ça représente 50% du temps sur une course donc on part puis c'est des moments où on sait qu'on va être loin de la famille parfois pendant plusieurs heures, minimum une heure et demi deux heures et puis maximum comme un Vichy huit heures et demi. Donc voilà c'est des moments où on sait que c'est compliqué parce qu'il faut gérer Théophile tout seul et faut être lucide, il ne faut pas se mettre dans le rouge, il ne faut pas voilà. Donc ça fait partie de la journée classique et après du coup on pose le vélo, là on retrouve la famille et en général sur la partie course à pied là on les voit plusieurs fois, il y a une galvanisation vraiment sur la partie course à pied parce que tous les spectateurs, les personnes qui viennent encourager leurs athlètes elles sont là donc du coup c'est…
AnBé - Ah vous avez des fidèles qui font la route pour venir vous soutenir. Une belle communauté j'ai découvert ça à votre Ironman de Nice justement où tu partages sur les réseaux il y a du répondant.
Valentin - Oui oui ça c'est extra parce que ça s'est construit dans le temps et au final sur les followers enfin sur les gens qui nous suivent on n'est pas beaucoup on est peut-être sept mille je crois sur notre page Facebook, ça a toujours été comme ça on est monté à sept mille d'un coup et on est resté à sept mille mais dans les sept-mille personnes il y en a je ne sais pas trois-cent, c'est toujours les mêmes qui commentent, toujours les mêmes qui sont là à présent à regarder les directs. Et je trouve ça extra parce que pour nous c'est une source de motivation supplémentaire parce qu'on se dit on a tous ces gens-là qui sont derrière nous, qui nous portent, qui croient en notre projet, qui croient en nos aventures et voilà ça, ça compte énormément. Aujourd'hui j'essaie de faire des directs quand on est sur le vélo parce que ça permet aussi de partager ces moments un peu parfois sympas et puis parfois un peu plus compliqués, mais oui après du coup on les retrouve parfois sur le parcours de course à pied et souvent sur les lignes d'arrivée où nous on retrouve la famille à la fin.
AnBé - C’est des beaux moments. C'est assez fort.
Valentin - Moi, il y a toute l'émotion qui tombe parce que déjà on arrive à la fin de la course. Donc ça fait que toute cette prépa, tout ce stress de course qui tombe d'un coup parce qu'on sait que l'arrivée elle est là et que ça se termine. Théophile je le sors de la poussette donc c'est le moment où lui il va marcher pour passer cette ligne d'arrivée et ça c'est notre marque de fabrique quoi. Go on montre que c'est possible et que tu peux finir debout, ça c'est extra tu vois.
AnBé - Mais je vais un peu parler de technique aussi, on ne va pas parler beaucoup de technique de sport. Et alors j'avais lu un passage, tu parlais, au moment tu nageais. Dans ton truc, je crois que c'était Sables d'Olonne où tu avais fait un post marathonien pour parler d'un triathlon, mais tu avais prévenu ton post, c'était pas pour les petits joueurs.
Valentin - Ah oui.
AnBé - Alors je lis, alors “nager face à l'océan, c'est un peu comme marcher sur un tapis roulant à contresens. C'est con et en prime, on avance que dalle. Je décide alors d'enclencher le mode gros porc”, donc tu m'expliqueras cette technique. “Ce mode très pratique revient à oublier quasi toutes les règles de natation telles que la glisse, la propulsion, la respiration dans le but unique de progresser quel que soit l'aspect esthétique. C'est dégueu, mais on avance. Tous les quatre, six mouvements, je regarde en arrière pour vérifier si Théo est toujours dans le bateau, ce serait dommage d'avancer comme un bourrin et de devoir faire demi-tour parce que monsieur préfère le surf au triathlon. Le courant est un peu plus favorable, donc je calme le mode porcinet, shooté à la cocaïne et je pose la nage. À ce moment, on a parcouru trois cents mètres, le plus gros reste à faire”. Donc voilà mais alors il faut vraiment trouver un éditeur parce que parce que moi j'en lirai des pages des trucs comme ça, c'est super bien fait, on rit il y a l'émotion c'est franchement bien écrit (rires).
Valentin - Il faut parce que sinon on s’embête quoi.
AnBé - C'est trop génial.
Valentin - Si on est là juste à raconter notre histoire les gens ça va pas du tout les intéresser.
AnBé - Je me demande si tu l'appelles pas face de concombre aussi à certains moments. (rires)
Valentin - Si à certains moments face de concombre, totor, il a un peu tous les noms, moi aussi d’ailleurs.(rires)
AnBé - C’est beaucoup d’humour. Ça rester léger.
Valentin - Voilà, c'est ça, c'est pour essayer de détendre un peu l’atmosphère.
AnBé - C'est super sympa.
Valentin - Et en général j'ai plutôt des bons retours de ces comptes-rendus de course. Au début ils faisaient peut-être vingt lignes aujourd'hui ils en font deux-cent.
AnBé - Ouais ça tu es généreux avec ça oui oui, mais non, mais c'est chouette continue parce que moi j'adore.
Valentin - Il faut passer des émotions parce que juste parler de sport c'est hyper intéressant mais disons que si je devais parler technique pure sur voilà la respiration, les coups de bras etc, ça va intéresser personne. Par contre se dire ok le gars il est face à des vagues et là il a l'air d'en ch… vraiment quoi. Là ça a l'air d'être vraiment compliqué en plus il a un bateau accroché derrière donc voilà c'est tout ça que j'essaye un peu de faire ressortir et l'humour c'est un peu ma marque de fabrique moi j'aime bien.
AnBé - Il y en a des bons.
Valentin - Ouais (rires).
AnBé - Alors j'aimais bien aussi, t'avais voulu expliquer le triathlon pour ceux qui ne connaissent pas. “Pour ceux qui sont experts en triathlon autant que moi en tricot péruvien à triple crochet”, je me dis mais où est-ce qu’il va les pêcher celles-là ?? (rires) Si quelqu'un connait un éditeur franchement là il y a de quoi faire. (rires)
Valentin - Il y aura probablement des choses à faire. On m'a déjà proposé ouais plusieurs fois mais il faut du temps moi c'est pas trop mon truc. À la base je suis pas écrivain, ça m'éclate de faire ça mais de là à écrire un livre, non je ne sais pas peut-être plus tard mais pour l'instant ce qui m'intéresse c'est de m'entraîner, de faire des courses avec Théo et après le reste c'est que du bonus quoi au final. Et tant mieux si ça fait rire, tant mieux si ça se partage, si les gens ils arrivent à ressentir ne serait-ce qu'un dixième de ce qu'on ressent tous les deux, que ça soit moi dans l'effort ou Théo dans la gestion de la journée c'est cool. C'est bien si on arrive à accrocher du monde aussi par l'écriture, c'est sympa.
AnBé - Justement qu'est-ce que tu ressens dans cette journée ?
Valentin - Moi je passe un peu par les quatre émotions un peu fondamentales, la joie, la tristesse, la colère et la peur. C'est vraiment la peur avant la course en général, est-ce qu'on va y arriver, il y a toujours une phase un peu mystérieuse dans le début des triathlons. Donc celle-là vraiment elle me hante jusqu'au coup de feu du départ. La colère en général ça arrive quand il y a des grains de sable qui se mettent dans les rouages de la préparation parce que l'organisation d'une course en tout cas le déroulé d'une journée comme j'ai pu la décrire tout à l'heure c'est vraiment millimétré. Moi j'y pense des semaines, des mois avant jusqu'au dernier détail jusqu'au le sens dans lequel je vais mettre ma chaussure comment je vais faire mes lacets, dans quelle position je vais je vais m'installer dans le parc à vélos.
AnBé - Tu visualises aussi ta course ?
Valentin - Je visualise oui, c'est pour ça qu'on fait des recos avant, en natation, en vélo et course à pied, on reconnaît les différents parcours les jours avant parce que moi il faut que je visualise, il faut que la nuit d'avant je visualise la course constamment pour essayer d'oublier aucun détail. Et du coup dès qu'il y a un truc qui va pas ça me met en colère parce que soit c'est de mon fait, soit ça peut être l'organisation, soit ça peut être les autres participants, soit ça peut être le public, c'est parfois pas grand-chose, mais ça peut être…
AnBé - Un micro (rires).
Valentin - Ça peut être… Là Théophile essaye de choper le micro.
AnBé - Oui, Il a vraiment envie. (rires) Écoute il a été vachement calme longtemps là.
Valentin - Ouais non franchement il est cool quand même.
AnBé - Ouais il est cool. On va le laisser faire un peu ce qu'il veut. (rires)
Valentin - Du coup l'idée c'est que quand il y a des trucs qui vont pas, style une personne qui traverse devant nous sur le parcours de course à pied, par exemple un piéton qui je ne sais pas, il n'a pas fait gaffe à gauche qu'on arrivait et nous on arrive avec la poussette et au dernier moment il faut que je l'évite, il faut que je freine etc, ça me met en colère parce que je me dis, mais il ne fait pas attention. Et puis au final ça retombe très vite parce que c'est l'atmosphère de course, cet esprit un peu de combativité qui fait que voilà on n'a pas envie de lâcher je pense que tous les triathlètes on est comme ça. On est un peu sous tension jusqu'à ce qu'on passe la ligne d'arrivée, on se donne à fond, on est concentré et tout. Donc ça, ça me met un peu en colère. Et après la joie, dès que je vois la famille en général, dès que je vois un regard que je connais, dès que je vois des gens qui nous encouragent.
AnBé - Mais ton père vous suit sur le parcours ? Même parfois ta maman, ta sœur…
Valentin - Toujours oui. Donc ça c'est vachement important, c'est des moments de joie un peu indescriptibles. Voilà on retrouve des personnes que l’on connaît, moi je sais que je vais les revoir, je sais que je vais les retrouver mais quand on est dans la course vraiment ça fait une parenthèse enchantée et ça, ça fait un immense sentiment de joie jusqu'à la ligne d'arrivée où là c'est la joie. Je pense que je pourrais pas le décrire, il faut le vivre pour se rendre compte à quel point c'est joyeux quoi je pense que c'est comme une naissance ou c'est comme, retrouver un ami qu'on n'a pas vu depuis dix ans ou des choses comme ça. C'est des émotions vraiment extrêmement fortes qu'on ne peut pas décrire, ce n'est pas possible. Et la tristesse en général, elle arrive un peu après, une fois qu'on a fini la course où là je m'écroule en général complètement, je ne sais pas comment dire mais je sombre parce que j'ai tout qui se relâche, je me dis ok c'est fini on a la course elle est terminée, l'année de trépas c'est bon tu l'as faite donc c'est presque une tristesse heureuse.
AnBé - C'est un baby blues, tu nous fait le baby blues.
Valentin - Voilà c’est ça, c'est un baby blues post course c'est un Ironman blues. Voilà c'est un peu les quatre émotions je traverse sur une journée et je pense que Théophile c'est pas loin parce que bon il est dans une situation qui est quand même particulière à être tracté dans un bateau, trimballé dans un vélo. Quand dans les descentes on va jusqu'à soixante-cinq, soixante-dix kilomètres heure, moi je n'ai pas envie d'être à sa place, enfin être attaché dans un baquet de vélo comme ça et descendre pente plein gaz alors faut être complètement zinzin.
AnB- Et donc tu dis que parfois il lance les bras en l'air ?
Valentin - Ouais il lève les bras. Ça, ça arrive, c'est assez rare, mais quand ça arrive, c'est quand même plaisant. Et après, c'est parfois en course à pied où il se retourne, il me tend la main, c'est des petits moments ou alors il se tape des fous rires tout seul.
AnBé - Les concurrents aussi vous soutiennent pas mal, tu disais qu'il y avait des beaux moments, un petit mot d'encouragement en passant ou d'autres, où vous avez fait des émules aussi.
Valentin - Alors c'est assez particulier parce que nous on est vraiment dans une situation unique. Le triathlon c'est un sport individuel à la base, donc c'est vraiment des athlètes qui se battent contre eux-mêmes et nous on a la chance de pouvoir avoir les encouragements de tous les participants ou alors 80, 90% des participants et ça peut passer par une petite tape sur l'épaule quand on nous double en vélo, ça peut passer par un encouragement parce qu'il y a nos noms sur les dossards donc genre “allez Théo, allez Valentin” ou “allez les frangins” ou pour les gens qui nous reconnaîtraient “allez la team Wez”. Et à pied le public qui nous encourage énormément alors qu'au final quand on voit les gens passer tout seul si ce n'est pas la femme ou le papa ou les enfants finalement il y a très peu de gens qui s'encouragent mutuellement. Les athlètes entre eux ils s'encouragent très peu et donc nous on a une chance extraordinaire à ce niveau-là, c'est que vraiment on est soutenu par les triathlètes en général.
AnBé - Vous êtes vachement avantagés en fait, mais c'est pas juste pour les autres. (rires)
Valentin - Énormément, non, mais moi ça je le reconnais enfin je l'ai toujours dit je sais que c'est un dopage mental. Vraiment c'est hyper important et c'est ce qui nous donne aussi envie de continuer parce que d'être accepté dans une communauté comme ça qui est aussi complexe parce qu'au final les triathlètes c'est vraiment des personnalités individuelles très fortes en général parce que c'est des gens qui sont compétiteurs, c'est des gens qui soit se donnent un défi d'une vie, soit se préparent depuis des années pour être au meilleur niveau et d'avoir des pouces en l'air, d'avoir des applaudissements au départ de la natation etc… voilà on est les seuls à pouvoir vivre ça sur des triathlons. Donc je pense qu'il n'y a aucun autre triathlètes à part peut-être les pros qui sont quand même beaucoup encouragés aussi mais franchement c'est assez unique comme situation.
AnBé - C'est une aventure humaine incroyable quoi.
Valentin - Exactement, tout à fait.
AnBé - Ça c'est très touchant, on le voit sur les vidéos, on vous filme quand même régulièrement je veux dire si on cherche team Wez d'ailleurs d'où ça vient team Wez ?
Valentin - Alors team Wez en fait pour une des premières courses qu’on avait faite avec Théophile qui était un cinq kilomètre il me semble, on nous avait demandé un nom d'équipe et je savais pas trop quoi mettre. Je voulais pas mettre notre nom de famille parce que je voulais pas trop qu'on nous reconnaisse, j'avais un peu peur à l'époque. Et du coup il y a un mot qu'on utilisait quand on était petit avec un de mes cousins qui a aujourd'hui disparu et en fait c'était pour lui rendre hommage. Et du coup c'était Wez et c'est un mot qu'on utilisait avec mon frère Léonard et Tom du coup, on disait “Wez” pour tout et n'importe quoi et en fait comme ça on arrivait à pas se faire comprendre de ma sœur, de nos cousines.
AnBé - C'est pour faire enrager les autres en fait. (rires)
Valentin - Exactement et du coup pour lui rendre hommage et aussi parce que c'est facile à prononcer parce que ça se mémorise bien, on s'est dit allez va pour team Wez. Et en fait c'est resté et du coup c'est un peu voilà, c'est notre marque de fabrique la team Wez c'est nous deux et dans Wez il y a ouais et ouais c'est quand même vachement positif. Ouais. Ça c'est plutôt cool aussi.
AnBé - C'est vachement cool. Et c'est au tour de la question de Valentine huit ans.
Valentine 8 ans - Est-ce que tu comprends Théo ?
Valentin - Alors Théophile je ne le comprends pas non. Théophile c'est un gros point d'interrogation. En fait, on pense le comprendre, on pense savoir ce qu'il veut nous dire parfois, mais il y a quelques fois où on ne le comprend pas. Donc on a nos codes maintenant, donc ça fait qu'on arrive à se comprendre quand il veut manger, dormir, s'amuser, faire du vélo etc. Mais il y a quelques fois où c'est encore un peu compliqué, mais ça c'est lié aussi à son polyhandicap c'est pas facile de communiquer avec un extraterrestre ça c'est sûr.
AnBé - Qu'est-ce que tu aurais envie que les gens emportent avec eux de votre aventure ?
Valentin - Je vais reprendre une phrase que j'ai déjà dit, mais vraiment s'il pouvait se dire que c'est juste deux frangins qui vivent une aventure et qui s'aiment, c'est tout. Je n'ai rien besoin de plus. Après s'ils peuvent en tirer eux quelque chose que ce soit une motivation comme moi, ça a été le cas avec la team Hoyt par exemple où ça m'a motivé à me mettre au sport, c'est tant mieux.
AnBé - Un grand merci pour cet entretien !
Valentin - Avec grand plaisir !
AnBé - Ah oui je suis très très contente d'avoir fait la route pour vous rencontrer. Merci à tous pour votre accueil.
Valentin - Merci beaucoup de nous avoir invités à parler dans ce podcast parce que c'est vraiment, c'est la première fois qu'on fait ça déjà et j'ai hâte de l'entendre d'une part parce que je veux être sûr de ne pas avoir dit trop de bêtises. Et voilà à côté de ça j'espère que notre histoire pourra peut-être inspirer des gens ou en tout cas se dire c'est sympa ce qu'ils font donc voilà c'est toujours une occasion d'échanger moi aussi il y a des personnes qui sont intéressées pour savoir comment on trouve le matériel ou comment le financer etc, moi je suis prêt à partager.
AnBé - Ah chouette, chouette info !
Valentin - il ne faut vraiment pas hésiter à m'envoyer des messages sur la page donc team Wez ou sur Instagram là c'est @Valoudutin, on croit qu'aujourd'hui il y a trente-cinq ou trente-six vélos comme le nôtre qui ont été fabriqués, moi je partage sans problème même sur je ne sais pas la prépa et au niveau des organisateurs comment il faut les prévenir etc. C'est aussi du travail enfin voilà s'il faut aider que ce soit, il faut vraiment pas hésiter.
AnBé - Ah ben voilà le message est passé. Merci je mettrai dans les notes de l'épisode aussi tous les liens direct pour te rejoindre sur les réseaux.
Valentin - Yes avec grand plaisir. Merci beaucoup AnBé !
Outro :
AnBé - Alors ils ne sont pas incroyables les frangins ? Ça met une de ces patates de rencontrer une famille pareille ! Il y a de belles personnes parmi nous et c'est bien le but de ce podcast, te raconter toutes ces histoires formidables que l'on ne raconte pas assez dans les journaux et qui donnent envie de se lever le matin. Bonus, si le triathlon ou l'Ironman t'intéressent, valide ou handivalide, Valentin répond à quelques questions supplémentaires sur son entraînement et donne ses astuces. Rendez-vous pour cela sur la page de l'épisode sur storylific.com, lien direct dans les notes. Si l'épisode t'a plu, recommande-le à un ami, c'est une histoire qui fait un bien fou. En plus, cela aidera à transformer ce projet en forêt puisque plus il y a d'oreilles, plus on plante. Toutes les explications sont sur storylific.com. Merci et à bientôt.
Bonus Entraînement
Comme promis dans l'épisode, pour ceux qui veulent en savoir plus sur l'entraînement de Valentin et Théophile, voir la vidéo ci-contre! On y parle triathlon, ironman, prépa "simple" et handivalide.
Valentin aime partager son expérience donc si vous avez des questions, voir ci-dessous pour trouver où le joindre sur les réseaux sociaux.




