#27. François D’Haene, ultratrailer d’élite: l’humilité des grands

Épisode du 10 mai 2022

François D’Haene est quelqu’un qu’on ne présente plus dans le monde de l’ultratrail. Détenteur de nombreux titres mondiaux dans cette discipline où les podiums (et principalement la première place) se préparent pour lui quand il annonce une participation,  il est avant tout amoureux de l’aventure que propose l’ultratrail.

Pour lui, s’inscrire à une course est plutôt une bonne excuse pour « devoir » s’entraîner et passer un maximum de temps en montagne, ce magnifique terrain de jeu, toujours surprenant, toujours changeant, jamais décevant.

Wiwi elle est un peu floue je sais, mais c’est un bon souvenir. Et non, c’est pas moi qui suis petite, c’est lui qui est grand!

Et z’avez vu la couleur du sweatshirt? Carrément aux couleurs Storylific. Y a même le S (dommage qu’on peut un peu voir Salomon en-dessous innocent c’était presque bon)!

Liège, 5 avril 2022

© Storylific

© Philipp Reiter, courtesy of François D’Haene

© @jsaragossa, courtesy of François D’Haene

Comme pour tous les sports pratiqués à haut niveau, les leçons qu’on en tire sont aussi des leçons de vie: aimer le chemin plus encore que l’objectif, l’aventure avant la destination. Faire preuve de patience, d’humilité, de résilience et de ténacité.

François D’Haene a aussi la sagesse de ne pas laisser son sport prendre toute la place dans sa vie. Autre maître mot sans lequel rien n’est possible longtemps: équilibre.

Il a à coeur son rôle de conjoint et de père, et aime également … les bonnes choses. Il ne boude jamais un verre de vin (ok pas pendant une course), lui qui a été vigneron dans le Beaujolais et reste encore très proche de cette activité, même si elle s’est un peu transformée vu un retour à plein temps dans le Beaufortain.

Si vous voulez déguster une bouteille du Domaine du Germain dans un refuge de montagne, François sera votre homme. Ce sportif versatile qui pratique également le ski alpinisme en hiver, approvisionne skis aux pieds des refuges en dive bouteille – entre deux grandes courses (oui oui skis aux pieds pour la montée aussi : pour ceux qui ne connaissent pas le ski alpinisme – voir cet épisode avec Inka Belles pour découvrir cette autre discipline magnifique et très physique) . Qui a dit : original comme méthode d’entraînement?

Les points communs entre le vin et l’ultratrail? L’amour des terroirs et la convivialité. Et ça, c’est tout François.

François D’Haene était de passage en Belgique en ce mois d’avril 2022 dans le cadre d’un stage trail avec TraKKS – l’occasion pour moi d’aller l’interviewer (merci à Christophe Thomas de TraKKS pour cette belle opportunité, et merci à François, toujours fort sollicité, d’avoir accepté!)

PS: j’ai pu goûter avec Valentin Francavilla une de ses bouteilles grâce à Louis-Philippe Loncke, il est vraiment sympa, en toute objectivité (sympa je parle du vin… enfin de Louis-Philippe aussi… enfin de Valentin aussi évidemment… enfin bref! Et si vous voulez connaître l’histoire un peu folle de comment cette bouteille est parvenue de François jusqu’à nous pour faire une surprise à Valentin qui le mérite bien, alors zyeutez ici. C’est sans aucun doute ce que je préfère dans l’aventure podcastique: quand les guests deviennent des copains).

Lire l'épisode complet ici

Interview François D’Haene

Teaser

“Rien n’est impossible, rien n’est inaccessible. Il faut juste se donner le temps et les moyens d’y arriver, mais de se dire voilà, en gros, faut pas être trop gourmand, et trop pressé non plus. Et souvent j’aime rappeler que voilà, moi je pratique depuis l’âge de 8 ans et mon premier ultratrail, je l’ai fait à 20 ans. Donc voilà, il m’a fallu 12 ans de pratique assez intensive et peut-être avec certaines capacités, puisque aujourd’hui j’ai quand même gagné quelques trails, pour arriver à peu près à dompter un ultra. Donc aujourd’hui, voilà les gens qui me disent : “Ouais, j’ai attaqué à courir l’an passé. Là, je voudrais faire un ultra cette année et j’ai peur de ne pas y arriver.” Ben Ouais, c’est même possible. Moi, il m’a fallu 12 ans pour arriver à en faire un donc voilà. Oui, effectivement, pour prendre le temps mais de se dire qu’en gros la quête vaut le coup. Parce que derrière, on va découvrir des choses sur soi, sur la nature, sur les parcours et que c’est un voyage à la fois intérieur et extérieur qui pour moi vaut le coup d’être vécu quoi.”

Intro

Bonjour, c’est AnBé! Tu es sur Storylific. Ta mission ici, ce jour, est comme toujours de faire du bien à ton esprit tout en faisant du bien à la planète. Comment? Tous les 15 jours, retrouve des invités qui te parlent de leur parcours inspirant pour réveiller ton envie de vivre tes rêves. Car si eux l’ont fait, toi aussi tu peux le faire. Et simplement en écoutant, tu soutiens déjà là reforestation. Toutes les explications sont sur Storylific.com.

François est un ultratrailer connu pour avoir gagné 4 fois la diagonale des fous et 4 fois l’ultratrail du Mont Blanc. Il a aussi établi d’autres records. On en reparle juste après. Petit rappel pour ceux qui se demanderaient : “Mais qu’est-ce donc que l’Ultratrail?” C’est une compétition sportive de trail ou course nature en forêt, plaine ou en montagne, sur très longue distance, soit une distance supérieure à 80 km. Merci Wikipédia. Ce qui est formidable avec François, athlète de très haut niveau dans tous les sens du terme, puisqu’il est grand et grand spécialiste de la gestion de course en altitude, c’est sa simplicité. François D’Haene veille à maintenir en équilibre moments entre amis et échappée en solitaire, vie de famille et trail, compétition et convivialité. Sans oublier l’ingrédient principal pour que cette mayonnaise prenne : un amour inconditionnel de sa discipline. À la fin de l’interview, François m’a bien pris au dépourvu en me faisant l’arroseur arrosé version interview : c’est-à-dire l’interviewer interviewé. Vraiment sympa. Rencontre à Liège, lors d’un stage avec le maître S’ vadrouille sportive, hors des sentiers battus, ce matin, grâce à l’entremise de Christophe Thomas, de Trakks. Merci à lui. En grande fan d’audio, j’enregistre comme d’autres prennent des photos, et j’étais en train de faire le tri l’autre jour, quand je suis retombée sur des enregistrements de l’année passée de mes filles qui chantaient dans la voiture, c’est tellement parfait. Pour cet épisode, ça m’a trop fait rire. J’en ai ajouté des extraits.

[Musique de 5 km à pieds, ça use, ça use. 5km à pieds, ça use les souliers]

Interview

  • Bonjour François D’Haene.
  • Alors nous sommes aujourd’hui à Liège puisque vous êtes en Belgique pour le moment, dans le cadre d’un stage organisé par trax, que tu encadres. Donc c’est quelque chose que vous faites depuis quelques années déjà. Alors je sais que vous préférez les températures basses aux températures élevées. Du coup, vu qu’on a même eu de la neige ces premiers jours d’avril, plutôt gâtés, non?
  • Là on est gâté au niveau de la météo. Effectivement, une belle météo belge. Pas de surprises : 100 % d’humidité, 100 % de pluie. Hier, on est passé à 2-3 endroits après le Luxembourg. Là oui, il y avait des beaux petits flocons, donc non c’est que là au moins on sera pas déçu du challenge quoi.
  • Oui on a dit plutôt 0 ° que 40. Bah voilà, là, c’est ça va aller. [Rires] Alors, pour ceux qui ne sont pas dans la sphère trail ou [trail(différente prononciation)], comme on peut dire les 2, je peux te demander de te présenter?
  • Et bah donc oui. Je m’appelle François D’Haene. Je cours depuis de très très nombreuses années : je pratique l’athlétisme depuis que j’ai 8 ans. Maintenant, j’en ai 36, on va dire donc ça fait quelques années. Donc athlétisme plutôt demi-fond : 3000 mètres Steep, un petit peu de cross avec mes amis et puis quand j’ai eu 16, 17, 18 ans que j’ai eu l’occasion d’aller un petit peu par moi-même, on va dire, en montagne. Je me suis dit que c’est là que j’avais vraiment envie de pratiquer et de m’éclater, de m’entrainer et puis de performer, pourquoi pas, aussi. Et donc voilà, j’ai toujours eu une appétence pour les choses un petit peu longues, les défis un petit peu proche de la nature et un petit peu bizarre et qui me paraissait un petit peu inatteignable, inaccessible. Et donc voilà, en parallèle des études pour faire soit professeur de sport soit kiné. Et puis en école de kiné, c’est vrai que j’ai toujours pratiqué la montagne avec beaucoup de patients et donc je me suis vraiment tourné vers la discipline longue et l’ultratrail il y a maintenant une quinzaine d’années, à partir de 2005-2006 on va dire. Je pratique du coup l’ultratrail, maintenant de manière quasi professionnelle, on va dire. En tout cas, ça prend beaucoup de temps de ma vie, que j’essaye d’équilibrer aussi avec le fait que j’ai une femme, 3 enfants et puis un métier de kiné que j’ai mis maintenant un petit peu plus entre parenthèses. Avec quand même quelques retours et quelques racines dessus et une activité viticole depuis une dizaine d’années avec ma femme aussi dans le Beaujolais qu’on essaie de vivre à notre façon, et qui risque de s’achever un petit peu prochainement, du moins au niveau de la partie exploitation, puisqu’on vit maintenant dans le beau Fortin, depuis 2 ans, à temps plein.
  • Oui, tout près de ton terrain de jeu et d’entraînement. Tu te souviens encore de la première course? Ça avait un peu commencé… – Ce n’est pas quelqu’un qui t’avait inscrit un 72 km?
  • C’était, effectivement, en 2006 ma première course un petit peu longue : On s’était inscrit – enfin un copain m’avait inscrit sur le tour des glaciers de la Vanoise. C’était un 72 km, qui pour moi, déjà à l’époque, était immense. Enfin, ça l’est toujours d’ailleurs, mais c’était vraiment un truc inenvisageable et impossible, une belle aventure qui nous a vraiment motivé à préparer, à aller là-bas, à découvrir ce parcours autour d’un environnement glaciaire. Les glaciers de la Vanoise, c’est vraiment un chouette endroit et donc c’est vrai que c’était pour moi un petit peu, une sorte de révélation aussi : de pouvoir voir que mon corps était capable de faire 72 km de manière assez compétitive puisqu’en plus j’avais gagné la course sur la fin. Donc c’est là où je me suis dit : ”Wow! C’est un truc que j’aime, mais en plus j’ai pas l’air de trop mal me débrouiller.” Donc voilà, autant peut être perdurer et essayer un petit peu de continuer là-dedans quoi.
  • Ça t’a plutôt réussi, parce qu’on va, on va un peu parler de ton palmarès. Alors, 2016 : vainqueur diagonale des fous (pour ceux qui ne connaissent pas, c’est quand même 160 km).D’ailleurs, tu es un fou confirmé, puisque cette diagonale tu l’as gagné 4 fois. Très très belle course ; ça monte bien, ça descend bien aussi, et puis quand ça finit de descendre, ça remonte un peu.
  • Un peu cassant, sur une île un petit peu intense et sympathique, puis surtout une ambiance incroyable : c’est-à-dire que toute l’île vit pour cette course-là, au mois d’octobre. Il y a vraiment une atmosphère, enfin, c’est vraiment une course à vivre, même de l’extérieur, mais c’est vraiment quelque chose à… Enfin, moi, je trouve que c’est quelque chose d’assez passionnant à faire une fois.
  • Alors, 2017, c’était le trail de l’île de Madère (115 km). Alors, ultra-raid d’Annecy (110 km) : vainqueur. UTMB (ultra Trail Mont Blanc): tu as été au départ 5 fois et tu as gagné 4 fois c’est ça?
  • Ça doit être ça.
  • Mais qu’est-ce qui s’est passé la 5ème fois? [Rires]
  • Je ne sais pas, il y a un souci quoi. Oui… c’est pas terrible. [Rires]
  • Oui, Franchement, un peu décevant… [Rires] Mais tu es le seul à avoir eu ces quadruples victoires sur ces 2 courses mythiques quand même.
  • Pour l’instant oui, parce que la course est encore jeune.
  • [Rires] C’est bien. Alors… Bon, ce n’est pas fini; Il y a donc un beau record de l’intégrale de L’échappée Belle, en 2019.
  • L’Echappée Belle, c’est une course vraiment particulière parce qu’elle est, elle est hyper hyper technique : C’est une traversée de massif et c’était vraiment… C’est une course vraiment particulière dans le monde de l’ultratrail. En gros, il y a beaucoup moins de kilomètres que sur les ultra classiques, mais on met beaucoup plus de temps. Et donc c’est vrai que c’est un challenge. C’est vraiment une course particulière qui me tient à cœur parce que c’est un massif pas très loin de la maison. Et c’est une course un peu atypique, comme quand j’ai pu faire le GR 20 ou des sentiers comme à l’Hard Rock aussi, qui sont très techniques. C’est des choses un peu différentes des ultra-trails, on va dire, plus classique.
  • Oui, c’est une magnifique course ! Mais donc, quand on dit l’intégrale, c’est parce qu’il y a des vainqueurs par partie, c’est ça? et puis de la totale?
  • En fait, souvent sur les sur les courses d’ultratrail, pour permettre, on va dire, au grand public d’accéder, on va dire, à l’épreuve reine, qui est le 100 miles (donc c’est souvent 170 km et 10000 mètres de dénivelé). Souvent, ça c’est l’épreuve, on va dire, un petit peu reine, où il y a le parcours mythique avec la belle boucle, … Par exemple, le tour du Mont Blanc on fait tout le tour du Mont Blanc : on part de Chamonix, on arrive à Chamonix. La diagonale, on traverse l’intégralité de l’île. L’Échappée belle, quand on fait l’intégrale, on traverse l’intégralité du massif de Belledonne, … Mais on ne peut pas accéder à ça du jour au lendemain quoi. Comme je le disais, moi, j’ai commencé à courir à 8 ans, j’ai fait mon premier 70 km en 2006 donc j’avais 20 ans et mon premier 100 miles, j’en avais 25. Les choses, je pense que pour le corps, c’est mieux de les faire progressivement. Et donc, sur ses courses là, ils proposent souvent une demi-traversée de massif ou 1/3 de traversée de massif ou juste la fin ou juste le début,… Ce qui permet, du coup, à des coureurs de venir s’essayer, de voir un petit peu : ”Bon, bah si j’arrive à faire la moitié, est-ce que j’arriverai à faire la boucle complète?”, et d’y aller un petit peu plus progressivement. Et du coup, ça ouvre un petit peu le champ des possibles. Donc l’intégrale de L’échappée Belle, c’est-à-dire qu’il y a la traversée du massif mais il y en a qui font aussi que la première moitié ou que 20 km, ou la dernière moitié.
  • J’entends ”que”, mais pour l’instant… [Rires]
  • Ce qui est déjà pas mal quoi ! Quand on fait la moitié, la moitié kilomètres là-bas… Ça prend un petit peu de temps.

[Bruit pour changer de sujet]

  • Alors, effectivement, tu as tenu un record du GR20, qui a été repris par un Corse depuis : C’était 180 km en 31 heures 6 minutes. Quand on sait qu’il faut – c’est quoi, 2 semaines, normalement, à un randonneur pour la faire?
  • Ils ont divisé les étapes en une quinzaine de jours. C’était vraiment pour moi, une belle aventure, en 2016. C’était quelque chose de voilà sans dossard, pour moi. C’était important de pouvoir me reconnecter un petit peu à ce pourquoi je suis venu à la discipline au début : c’est-à-dire faire des longues randonnées, des longues balades en montagne avec mes copains, se lancer des défis qui paraissent hors normes et un petit peu démesuré. Et le GR 20, c’était carrément dans cette optique-là quoi. C’est à dire qu’en gros, la première fois que j’y suis allé avec ces mêmes amis qui m’ont accompagné, on a fait la moitié avec des énormes sac à dos de 20 kilos, on s’est dit : “Non, mais là c’est bon, on arrête, on va à la plage.” Et puis j’y suis retourné l’année d’après, parce que je me suis dit : “Non, mais bien sûr, j’ai envie de voir la suite.” Donc j’y suis allé avec ma femme, c’était nos premières vacances à 2, je devais avoir 17 ou 18 ans. Et on a traversé toute l’île de beauté : On essayait de faire 2 étapes, des fois 3 étapes dans la journée avec le sac à dos. On arrivait éreinté en se disant : “C’est horrible!”. Puis, en même temps, je voyais qu’il y avait un Corse, Santucci, qui l’avait fait en une fois. Je me disais : “Mais comment ça il l’a fait en une fois quoi? Moi je fais 2 étapes, je suis déjà – on est déjà lessivé. On a fait une fois 3 étapes, on se dit waouh!”. Et lui, il l’a fait en une fois et je me disais – honnêtement, c’est vrai hein, je me disais : “Mais c’est impossible tout ça.” Et puis voilà, c’est tout ça qui a fait que ça cheminé un petit peu dans ma tête, c’est une sorte d’extra, un petit peu motivation, un défi un peu fou. Et après il y a eu 70 km, il y a eu ce 100 km, il y a eu ce truc en disant : ”Bah pourquoi je n’y arriverais pas?” Donc, petit à petit, on a construit ce projet GR 20 avec mes amis et puis en 2016 on s’est retrouvé au départ de ce mythique sentier. Et clairement se dire que oui, si il y a le record, c’est merveilleux, mais, honnêtement, ce que je voulais, moi, c’était le faire en une fois, aller au bout et pas me concentrer sur le record. Et je pense que c’est pour ça qu’on a eu la chance d’avoir ce record un temps donné. Mais notre plus grande victoire c’était d’aller au bout et je pense que voilà, exactement comme Lambert, qu’il a eu l’an passé, avec qui j’ai beaucoup discuté en amont et puis pendant et après, et qui avait clairement cette optique là aussi de se dire le GR 20 pour lui, ce qu’il veut c’est le faire en donnant le meilleur de lui. Il y a le record, tant mieux; il n’y a pas le record, c’est pas grave. Mais je pense que les aventures que lui ou moi ou Guillaume Peretti, qu’il y avait avant nous, qui gagne, qu’il avait eu aussi ont vécu sur ce sentier là; C’est ça qu’on retiendra plutôt que plutôt que notre chrono.
  • C’est magnifique!
  • Et puis c’est un sentier qui, voilà, partout dans le monde est reconnu comme étant un sentier qui est magnifique.
  • Oui, carrément.
  • Voilà. Et clairement c’est une belle connexion avec la nature.
  • Oh là pour le coup oui, carrément! Alors, je vais terminer par, encore, un beau record. C’est aux States : Donc là tu as gagné la Hard Rock 161 km en un temps record, c’était en 2021 c’est ça?
  • L’an passé, oui.
  • Ouais c’est ça puisque tu as amélioré le record d’une étonnante heure 43 minutes. Par rapport au record de Kílian Jornet, que tu estimes beaucoup d’ailleurs. Et c’est énorme comme différence! C’est quoi, c’est le repos forcé de 2020 à cause de la pandémie. Tu crois qu’il y a de ça?
  • Oui, ça doit être ça, ou alors peut-être qu’il s’était trompé ou non, je n’en sais rien. Non, en fait c’est effectivement énorme. Après, des courses d’ultra, il faut voir aussi ; on les gère de différentes manières. Chaque année, les conditions sont complètement différentes, il y a vraiment beaucoup de facteurs qui entrent en jeu. Il y a aussi le fait de se dire que si Kílian avait 1h d’avance quand il a établi ces temps de référence, le but du jeu le jour de la course, c’est quand même aussi, potentiellement, essayer de gagner la course. Pas forcément d’essayer de se détruire le plus possible pour battre un record qui peut être intéressant. Je pense que là, l’an passé, j’avais des conditions qui étaient un petit peu réunies pour essayer de tenter de faire ce record parce que j’avais un autre compétiteur, Dylan Baumann, qui était très très proche de moi derrière, et qui m’a poussé un petit peu tout le long à aller un petit peu plus vite que prévu.

[25 km à pied, ça use, ça use. 25 kilomètres à pied, ça use les souliers]

  • Justement, à propos de ça : ma petite fille, Amandine, elle a une question pour toi par rapport à cette course Hard Rock, parce que je lui en a parlé un petit peu. ”Comment tu fais pour courir si haut?” Voilà, parce qu’elle s’est bien rendu compte que courir aussi haut, ça ne doit pas être facile. Pourtant, il n’a pas l’expérience vraiment de la haute altitude, mais elle a bien compris que quand même…
  • Eh bien, c’est effectivement très compliqué parce que du coup… Je pense que voilà – Je ne sais pas si c’est elle qui a 7 ans ou 9 ans ?
  • C’était la plus petite.
  • C’est la plus petite, voilà. Moi j’ai mon fils qui a 7 ans aussi. C’est vrai qu’il commence à comprendre un petit peu tout ça mais c’est vrai que c’est dur de se rendre compte qu’à Liège, à… je ne sais pas moi, 200 mètres où 100 mètres d’altitude, on ne respire pas tout à fait pareil qu’à 1000 mètres, mais encore moins pareil à 2000 – 3000 ou 4000 mètres. Et le Hard Rock, il y a 12 ou 13 passages à plus de 4000 mètres. Donc effectivement, à 4000 mètres, ce n’est pas facile de courir, ce n’est pas facile de respirer, … Tout est un petit peu chamboulé, même au niveau de la digestion : pour manger, pour boire c’est beaucoup plus dur, la bouche est beaucoup plus sèche, au niveau de l’humidité, c’est un petit peu différent, … Donc on a l’impression d’avoir tout le temps soif mais sans arriver à boire, d’avoir tout le temps faim mais sans arriver à mâcher.
  • Oui, j’avais vu que tu profitais des ravitos en basse altitude à chaque fois pour essayer de gérer la hauteur.
  • Tout à fait. Et donc du coup, ça nécessite quelque chose qu’on appelle l’acclimatation. Donc je ne sais pas si elle reconnaît ce terme-là, mais ça veut dire habituer son corps, en gros, à fonctionner dans un univers qui n’est pas tout à fait celui dans lequel il a l’habitude d’être. Donc, là, le but du jeu, c’est d’essayer d’aller un petit peu à 4000 mètres pour courir, de redescendre pour récupérer, ensuite d’aller un petit peu plus longtemps, ensuite peut-être même d’y dormir, ensuite d’essayer de faire les choses, … C’est pour ça que cette course, là-bas, dans l’idée déjà de rentabiliser le voyage, essayer d’y aller un petit peu plus longtemps en avance et puis, pour cette course-là, je pense qu’il y a encore plus d’intérêt d’aller essayer de s’entraîner un peu plus longtemps en haut. Et donc au début, les 2-3 premiers jours, t’arrives là-bas, tu cours et tu dis: “Mais c’était un enfer! C’est impossible. J’arrive pas du tout à courir, je suis essoufflée tout le temps.”, puis au bout de 3-4 jours, tu te dis : “Ah bah c’est encore pire.” C’est de pire en pire parce qu’en fait il y a la fatigue qui fait que le corps s’habitue de moins en moins. Et puis le 5ème jour, tu dis : “Non, là c’est impossible en fait; je n’y arriverai jamais, ce n’est pas possible.” Et puis, d’un coup, il y a un petit déclic qui se passe : on a l’impression que le corps s’habitue, on a récupéré un petit peu, on s’habitue et c’est vrai qu’au bout du… je ne sais pas moi… du 7, 8ème, 9ème jour, selon les gens, il y a un petit truc qui se passe et qui fait qu’enfin, on a l’impression d’accéder, de ré-accéder à quelque chose de normal. Et puis à la fin, le jour de la course, j’avoue, il y a un peu le fait d’être dans la course;  on se transcende un petit peu tout ça, mais j’avoue que ça ne me fait même plus…Je n’ai même plus la sensation d’être à 1000 mètres quoi. Je ne m’en rends presque même plus compte ; J’arrive à courir presque normalement à cette altitude-là. Voilà. Par contre, l’alimentation, puis au bout de 7-8h de course, tu sens quand même que t’es pas comme d’habitude à 1000, à 2000 mètres.
  • Tu n’es pas le long de la mer, non. [Rires] Alors, est-ce qu’on a justement, là… – Oui, il y a certainement des choses que j’ai zappées, je le sais, parce qu’il y a plus de 30 victoires au compteur, je crois hein : des records, des quadruple victoires,… Voilà, je n’ai même pas encore parlé du [John Wire] qui a – pour les trailers qui écoute ça, ça va leur dire quelque chose, mais ça bon, ça connait déjà bien le personnage – et comme j’ai la chance de t’avoir en face de moi, puisque tu dis toi-même que ce n’est pas les premières places qui te motive le plus, mais l’aventure que tu vis à chaque fois : tu me pardonneras les trous de gruyère dans ton CV.
  • Avec plaisir.
  • Alors, est-ce qu’on a un peu l’impression, dans ces cas-là, qu’on la mérite, cette montagne, cette beauté, qu’on en paie le prix? Quand on fait de l’Ultra trail.
  • Oui, après moi – enfin la mériter, on ne mérite jamais vraiment la montagne; C’est plutôt une chance qu’on a d’y être et tout ça. Mais après, moi, c’est vraiment comme ça que je la pratique : C’est-à-dire que, en gros, je choisis mes courses. C’est un peu l’excuse les courses quoi ; c’est-à-dire : “Ah bah tiens, je me suis inscrit à telle ou telle course, du coup faut que j’aille m’entraîner, donc faut que j’aille en montagne, donc faut que j’aille m’habituer, il faut que j’aille faire des longues journées dehors, … Moi, c’est un petit peu comme ça que je le vis. Ce n’est pas : ”Ohlàlà, il faut que je m’entraîne pour pouvoir être là le jour-J de la course.” C’est plutôt : ”Waouh, Comment je pourrais faire pour passer plus de temps en montagne, m’entraîner et aller faire des trucs que j’aime.” Et en fonction de ça, je choisis mes courses. Donc là, le fait que la Hardrock soit une course qui soit en altitude, sur un terrain un peu technique, un petit peu engagé, … Bah c’est parfait quoi! Je me dis : “Bon, il faut que j’aille m’entrainer. Tiens, bonne excuse ; Il faut que j’aille m’entraîner en haute montagne, donc que j’aille faire un peu des sommets, type Alpilles en France, jouer un petit peu dans la neige avec les glaciers, il faut que j’aille jouer sur du terrain technique, …” – Ça tombe bien, j’en ai plein autour de la maison, dans le Beaufort, mais ça me force, ça m’oblige à aller dehors. “Bah zut, alors faut que j’aille m’entraîner.” Donc voilà, sans dire que je la mérite, c’est vrai que, pour moi, c’est l’excuse d’aller jouer un petit peu dans cette montagne-là, et c’est, pour moi, ce que j’aime et ma passion ; c’est-à-dire de passer des longues journées dehors, à crapahuter, à chercher ces chemins, à jouer un petit peu avec les montagnes, … Et après, quand on est le jour de la course, eh bien tant mieux, c’est top! Mais c’est aussi grâce à tous les entraînements qu’on a vécu en amont qu’on est là.
  • Je me suis peut-être mal exprimé; je veux dire, je disais toujours à un ami : “Le jour où on pourra aller en téléphérique à l’Everest, il n’y aura plus aucun intérêt.” Je veux dire ; la montagne, soit on la voit, soit on la vie. Tu vois ce que je veux dire? C’est plutôt ça, quand tu la vis vraiment, enfin quand tu vas à ce niveau d’intensité, est-ce que tu n’en profites pas 1000 fois mieux? Enfin ça n’a plus rien à voir.
  • Ben voilà, le corps il fait un peu corps, justement, avec cette montagne, avec ses sentiers, avec cette nature-là. Donc, en fait, c’est aussi pour ça que je m’entraine ; C’est pour avoir ces sensations-là en montagne et avoir cette liberté-là de se dire : “Waouh, là, je suis au tel sommet. Derrière, il a l’air trop beau, j’ai envie d’y allez bah allez feu! On y va.” Et il n’y a pas les limites; il n’y a plus de limites. C’est aussi pour ça que l’hiver je cours peu ; je ne cours pas parce qu’il y’a de la neige et je fais du ski alpinisme mais on a encore plus la chance de pouvoir voler d’un sommet à l’autre sommet; Parce qu’avec les skis c’est plus doux, on descend d’une vallée, paf, on remonte de l’autre côté,… Et des fois, je me fais même un peu avoir en me disant : “Waouh. Là, je suis super loin de là où je suis parti… Donc, maintenant, il va falloir rentrer.” Mais juste parce que waouh, ce vallon il a l’air trop beau, ce goulet a l’air top,… Tu vois? Si je descendais par là, une petite passe, hop, je descends là, puis là : “Ah ouais mais là du coup il va falloir que je rentre, que je refasse tout ça quoi.” Et c’est pour ça qu’aujourd’hui, moi c’est ce que j’aime et ce que je n’aime pas c’est avoir des contraintes, des horaires, un sentier qui est prédéfini, qui est pré-tracé et tout ça. Et les courses, finalement, c’est un peu ça : c’est (sans dire que je ne les aime pas) mais les courses, en fait, on ne sort pas des sentiers battus ; il y a une trace, faut le suivre la trace, il faut essayer d’aller le plus vite possible, il faut essayer de faire la course un petit peu contre les autres. Finalement, quand je fais des longues journées tout seul en montagne, je suis libre quoi : Je vais où je veux, quand je veux. Le seul stress que j’ai, c’est que, des fois, il y a des contraintes horaires, forcément, quand on a 3 enfants et des choses comme ça. Mais j’essaie de les repousser un petit peu plus. J’essaye de tout faire en sorte pour qu’il y ait une certaine flexibilité sur ces horaires-là. Et aujourd’hui, c’est ça qui m’anime.
  • Tu dis qu’il faut toujours rester humble face à l’ultratrail. Alors, l’humilité, c’est un mot qu’on entend souvent dans ta bouche. Est-ce que – bon, outre le fait que c’est un peu gonflant les gens qui se prennent le melon, mais qu’est-ce que ça permet concrètement, l’humilité quand on aborde une course?
  • Pour moi, c’est un petit peu la base de ma pratique et de ma façon de pratiquer : C’est-à-dire que si j’arrive sur une course en me disant : “Waouh, je vais gagner, je vais exploser la course.” eh bien on est quasiment sûr d’être face à un échec derrière. Donc c’est-à-dire que, en gros, il suffit que le corps ne soit pas au rendez-vous ce jour-là, il suffit que la course ne puisse pas avoir lieu ce jour-là, il suffit qu’il y ait des gens plus forts que soi, … Il y a plein de possibilités d’échec et forcément, on s’offre la possibilité d’être déçu. Et moi je n’ai pas du tout envie de cette optique-là. Déjà, je me dis que c’est une grande chance de pouvoir participer à cette course et que, quoi qu’il arrive, il faut voir que ce sera une réussite et en tirer les choses positives. Donc voilà, quand je me mets au départ d’une course, je me mets clairement (et c’est vrai!), en me disant : “Waouh, est-ce que je vais pouvoir aller au bout de ce défi-là? Et courir 170 km, 10000 mètres de dénivelé en essayant de le faire le plus vite possible.” C’est chaud quoi, ce n’est pas pour tout le monde, c’est dur, pour le premier comme pour le dernier. Et c’est pour ça que je reviens rarement sur une course d’une année à l’autre ; c’est-à-dire que si la course s’est super bien passé, que tu gagnes, que tu bats le record de l’épreuve, l’année d’après, tu y retournes, tu te dis :”En fait, pourquoi je n’y arriverai pas?” Donc forcément, au fond de toi, tu vas dire : “Bah oui, j’ai réussi pourquoi je réussirais pas?” Et du coup, pour moi ce n’est pas l’attaque que j’ai envie d’avoir au départ de cette course-là. Donc oui, je pense qu’il faut attaquer ça en ayant un peu d’humilité sur sa performance, sur ses capacités à soi et aussi par rapport à la montagne. Parce que le travail, ce n’est pas une course sur route, ce n’est pas de la piste, ce n’est pas un parcours qu’on peut faire par tous les temps ; C’est-à-dire qu’il y a des choses qui sont régulièrement annulés, régulièrement stoppés, en hiver encore plus. On ne peut pas se dire : “Tiens, je vais aller là-bas.” Non, en fait si à un moment les conditions ne le permettent pas : s’il y a une corniche, s’il y a des avalanches, si le rejet n’est pas bon, si la météo on n’y voit rien, … Enfin voilà, il faut s’adapter en permanence et pour ça, il faut se dire que la montagne, c’est toujours la plus forte ; C’est toujours elle qui gagne. Donc Ok j’espère aller faire ça, j’espère pouvoir faire ça, ça, ça ou ça. Maintenant, je vais, quoiqu’il arrive, m’adapter à la montagne pour faire corps avec elle, pour ne pas trop prendre de risque et pour essayer de revenir en entier avec le sourire.
  • Oui, plutôt! C’est pas mal à la fin. Alors, après, pour la récupération tu disais que physiquement tu as la chance de récupérer assez vite. – Ah non, je crois que c’est Christophe ici de Trakks qui me disait. Mais le lendemain, qu’est-ce que c’est ? C’est : “Bon, ce n’est pas tout ça, il faut que j’aille dans les vignes.”, c’est journée dessin animé Disney avec les enfants, c’est le baby blues de : “Ah! C’est fini. Quand le prochain?”, … C’est quoi?
  • Il y a un peu de tout ça, sans qu’il y ait de tout ça. C’est vrai que oui, en fait, je sais que le lendemain d’une grande course ou d’un gros objectif, mais quel qu’il soit : que ce soit un objectif professionnel, que ce soit un objectif de vie, que ce soit un objectif, … Quoi qu’il arrive, il y a un avant et un après. Et quand c’est un objectif qui nous tient à cœur, qu’on a préparé depuis longtemps d’ailleurs, il y a un vide, il y a un creux. Le baby blues, ça exprime très bien, tout à fait ça! Donc c’est vrai que moi je j’ai l’expérience de ça depuis 10-1 2 ans et j’aime bien nourrir aussi mais après ; J’ai besoin d’avoir quelque chose derrière, et qu’au départ de la course, je me dise : “Bon bah voilà; je suis là. Ok, c’est un énorme objectif pour moi, c’est quelque chose que j’ai préparé depuis longtemps, qui me tient à cœur, qui me motive depuis – je ne sais pas moi… tout l’hiver, toute l’année, 2 ans, 3 ans.” Il y en a, ça fait 10 ans qu’ils rêvent de faire du Temp et qui sont au départ de la course ; Derrière, qu’ils la réussissent ou qu’ils arrêtent, ça fait 10 ans qu’ils attendent ça d’ailleurs. S’ils ont rien prévu, c’est dur quoi! Et donc, moi, j’essaie de faire en sorte d’avoir quelque chose derrière. Donc c’est vrai que souvent, par exemple, on parlait de l’UTMB et des vendanges, souvent derrière l’UTMB, voire même le lendemain, moi, j’avais les vendanges.
  • Ah c’est cool !
  • Et au départ de la course : tu es au départ de la course, tu te dis : “Bon, là ça va peut être bien se passer. Ça peut être mal se passer”. Il y a une pression présente, normale – et d’ailleurs il faut qu’il y ait cette pression! Mais comment la tourner de manière positive ? En disant : ”Si ça se passe bien : tant mieux! Si ça se passe mal, derrière, ma vie, elle continue. Demain soir, que je sois champion du monde, que j’ai gagné l’UTMB ou pas gagné ; Demain soir, c’est la rentrée pour les enfants donc je serai à 18h à la maison pour leur donner le bain, pour aller les coucher avec eux et les emmener à l’école le lendemain. Et voilà, quoi qu’il arrive, ma vie, c’est ça. Et, pour moi, c’est important. Il y en a, s’ils avaient ça derrière, ils n’arriveraient pas à se concentrer ; ça ferait trop de choses tout ça. À chacun de trouver son équilibre et de remplir son après. Mais c’est vrai que, moi, souvent, mes après ils sont très remplis, parce que j’ai besoin de ça. Et ça ne me dérange pas d’avoir des objectifs qui ne sont pas forcément physiques, derrière, mais qui vont remplir un petit peu ce côté moral-là. Donc oui, clairement, je passe du temps avec les enfants – pas derrière un Disney parce qu’on n’a pas de télé à la maison et puis parce que ce qu’ils aiment, c’est être dehors.
  • Génial!
  • Mais oui, clairement, le lendemain des grandes courses, souvent je vais faire un petit tour de vélo ou un petit truc avec eux ; alors, les jambes ne sont pas contentes du tout mais la tête, elle, est contente. Et puis, ils sont contents aussi de partager ça avec nous.

[34 km de pied, ça use, ça use. 34 km à pied, ça use les souliers]

  • Pour la vigne, alors tu as été 9 années vraiment vigneron, mais là tu as ré-immigré à la montagne à temps plein. Donc tu gères encore le vignoble de loin ou il a été remis à de la famille? Je ne sais plus.
  • En fait, c’était un vignoble qu’on louait à la famille de ma femme et qu’on exploitait en collaboration avec son cousin, qui continue d’exploiter une partie du vignoble. Donc c’était avec lui et avec un vigneron qui avait les vignes avant nous, qui continue aussi d’exploiter une partie. On va dire qu’on continue d’avoir un petit pied dans le vignoble. Après, on n’exploite plus nous-mêmes le vignoble. Mais voilà, on a arrêté depuis 1 an et demi maintenant, et c’est vrai qu’on essaie de faire des vins qui sont un petit peu à notre image : avec un certain caractère, avec une certaine tradition. Et du coup, on les mettait en bouteille, un petit peu plus loin de la date des vendanges que certains. Et donc là, il nous reste des vins qui n’ont pas été mis en bouteille – encore pas mal même : des beaujolais-villages, des Moulins à vent, … Et donc, on va dire que l’aventure viticole, aujourd’hui, elle ne continue plus en termes d’exploitation, mais elle continue en termes de vente de nos vins, de projets, de monter le vin à pied dans des refuges, de créer les petits coffrets qui sont en rapport entre la course à pied et le monde viticole et la famille, et tout ça… Donc, pour l’instant, on a encore vraiment un bon pied dedans dans le domaine et on essaie de continuer à le faire vivre à travers de beaux projets. Mais dans l’idée, oui, effectivement, ça fait maintenant pile 2 ans qu’on est à temps plein sur Arêches, dans le Beaufortain et, du coup, qu’on a la chance de pouvoir (enfin surtout moi), d’être beaucoup moins sur les routes, d’être plus avec les enfants, de moins les changer aussi de d’école à longueur d’année ; parce que t’as des enfants qui ont 7 et 9 ans. Mais bon tu imagines bien que les changer 3 fois d’école par an, c’est un petit…
  • Devoir les changer, ça les stresse, oui, c’est vrai.
  • Et donc voilà. Et puis, moi aussi, pour l’entraînement je n’ai pas à me cacher que je vais pouvoir avoir un terrain de jeu en montagne et pouvoir partir de chez soi, que ce soit à ski ou à pied ; ça change la vie. Donc voilà, c’est vrai qu’on a trouvé un certain calme, une certaine sérénité en montagne et c’est bien agréable.
  • J’ai justement une question de Valentine, du coup, qui est
  • La plus grande?
  • Oui, c’est ça, 9 ans. “Comment tu as fait pour faire les 2 métiers en même temps?” Voilà. Quand je lui ai dit que tu étais vigneron aussi, tout seul, elle était intriguée!
  • Et bien c’est un petit peu comme on disait tout à l’heure au niveau des après aussi ; c’est-à-dire que le fait d’avoir une activité sociale et commune avec ma femme – déjà c’est super important pour nous d’avoir un projet commun ; c’est-à-dire, en gros, que toute l’activité de la famille ne repose pas autour de ma pratique sportive. Pour moi, c’est important déjà rien qu’au niveau de la pression et puis au niveau aussi de l’équilibre dans le couple et dans la famille. Donc c’est vrai que même le domaine viticole, il y a beaucoup de choses que je délègue, plus que volontairement et nécessairement, mais aussi par besoin d’équilibre, à ma femme. Et c’est vraiment la liberté, surtout ça, et je pense que c’était super important aussi, dans notre façon de commercialiser et de discuter avec les gens derrière. Et donc c’est vrai que, pour nous, ce n’était même pas forcément qu’un qu’un besoin financier mais vraiment un besoin d’équilibre, de connexion avec la nature, aussi de découverte de terroirs, de projets communs – qui était clairement chronophage, énergivore, mais qui me faisait du bien moralement et, en tout cas, qu’on ne regrette pas du tout. Pour l’instant, c’est pour ça qu’on continue avec des projets : comme le fait de monter le vin à pied dans des refuges (qui ne sont clairement pas la meilleure rentabilité économique et mis en terme de temps) mais qui nous font vraiment plaisir. Parce qu’on essaie de le monter avec des amis, on essaie de le monter en famille, on essaie de le monter à des refuges ou à des gens qu’on apprécie, qui partagent les mêmes valeurs que nous. On le monte à pied plutôt qu’en hélicoptère et on essaie de sensibiliser les gens là- dessus, on essaie de leur montrer que de boire une bouteille de vin au refuge, quand on sait d’où il vient, comment il a été monté et qu’on l’apprécie avec des amis, … C’est bien! Et que, du coup, boire un verre de vin : waouh! Par rapport à un verre d’eau pétillante. Peut-être que pour le corps ce n’est pas le mieux, mais si on le boit dans une certaine optique, d’une certaine façon, avec certaines personnes, dans un certain endroit, … Eh bien ça peut peut-être nous faire beaucoup de bien et nous ouvrir sur plein de choses.
  • Ah oui, c’est du gamay, vous.
  • C’est du gamay, oui.
  • Le gamay passe super bien. J’aime beaucoup, enfin c’est plus léger.
  • Il plaît beaucoup en Belgique aussi, le cépage qui est vraiment sur le fruit, qui est très léger, dynamique, puis on essaie vraiment de faire les vins avec assez de caractères. Donc voilà ; de montrer aux gens que ce soit un verre de vin, un verre de bière, un carré de chocolat, un café, … Ce qu’ils veulent. Mais le fait de le boire dans un certain environnement, là-haut, avec du plaisir, face à la nature, avec des amis et en réfléchissant à la démarche d’avoir monté, …
  • On a déjà envie d’y aller! [Rires]
  • C’est ça. [Rires] Pour nous, c’est ça un peu la chose qu’on a envie de pousser. Souvent, c’est vrai que je pousse un petit peu le truc en disant : ”Ouais mais tu es sportif de haut niveau et tu dis aux gens qu’il faut boire un coup,…” Mais en fait, ce n’est pas le fait de boire un coup, c’est tout ce qu’il y a derrière aussi. Et puis bon, oui, clairement, j’aime bien aussi avoir un verre de vin, de m’intéresser aux différents cépages, quand je viens en Belgique, me dire : “Waouh! Mais vous avez plein de bières différentes, …” Enfin tout ça. J’aime m’intéresser à tout ça, mais ça peut être sur le chocolat, sur le café, sur la bouffe, … C’est vrai que ce côté terroir, ça me plaît beaucoup et je pense que c’est important. Donc voilà, c’est comme ça qu’on a pratiqué ces 2 métiers-là ; parce que c’était passionnant, parce que c’était un projet commun qu’on avait tous les 2 et qui nous tenait à cœur.
  • Et puis oui, effectivement, tu gardais les pieds dans la nature, tout le temps. C’est vrai que c’était le beau fil rouge entre les 2. Et donc l’aventure n’est pas finie ; elle se modifie mais elle n’est pas finie. Tu parles aussi que l’engouement pour le trail, qui est en plein essor, c’est une bonne chose. Tu dis que les gens vont se tourner vers la nature, vers l’écoute de leur corps ; les gens ont envie de se faire du bien, de se faire plaisir en dehors des sentiers battus. Ça te plaît aussi, je crois, la mixité, on va dire, des pros et des non-pros dans le trail, et ça te fait plaisir de voir tous ces gens qui s’y mettent.
  • Oui, clairement! Après, on peut voir le verre à moitié vide et on peut voir le verre à moitié plein : il y en a pleins qui disent : “Oui mais alors il y a du monde dans les sentiers, ça abîme les sentiers. Puis vous vous rendez compte, les gens se déplacent pour aller telle ou telle course, ils font ci, ils font ça, …” Tout à fait n’importe quel sport. “Puis ils vont acheter des baskets, ça va pousser à la consommation d’acheter ça ou ça, avec tel équipement de tel partenariat, telles choses,…” Voilà, il y a pleins d’aspects comme ça. Après, on peut se dire aussi que du coup les gens, par rapport à d’autres disciplines, sans en citer aucune, finalement, vont se retrouver juste avec leurs pieds et leurs baskets dans un sentier, ils vont essayer de comprendre comment fonctionne notre corps, l’adapter à ça, … C’est quelque chose qui est quand même assez simple, qu’on peut tous pratiquer, depuis chez soi, que ce soit sur la route, sur les chemins, sur les chemins montagneux ou pas, … Et voilà, donc d’apprendre à connaître son corps, de partager ces moments-là, d’apprendre à découvrir la nature, à la ressentir, à voir un petit peu ce qu’il y a hors des sentiers battus, justement, aller à des endroits qui paraissent inaccessibles, … D’aller faire des défis qui sont un peu inaccessibles pour moi, c’est top. Avec dossard, sans dossard, sur la route, sur les chemins, dans la campagne, dans la forêt, dans les champs, dans l’herbe, sur les glaciers ou en litoral,… J’ai envie de dire je m’en fiche, enfin ce n’est pas grave. Chacun y trouve son plaisir. Moi, en tout cas, je pense que c’est une belle connexion à la nature. Je pense que c’est bien, et oui, effectivement, j’incite un petit peu les gens à aller là-dessus. Et en plus de ça, leur dire que oui, c’est une discipline, pour moi, qui n’est pas inaccessible, qui peut être populaire. C’est une des seules disciplines où, au départ d’une course, on peut retrouver le champion de la course, un des plus forts du monde, avec un coureur lambda, pour qui ça peut être son premier trail.
  • Oui… Lambda ; présent! [Rires]
  • [Rires] J’ai la chance d’avoir participé à certaines courses avec mon père, et où, par exemple à la Diagonale des Fous ou le tour du Mont-Blanc, qui sont des courses assez connues, assez reconnues – Par exemple, l’UTMB, qui est une des courses les plus connues du monde : une année, j’ai eu la chance d’être sur la même ligne de départ que mon père. On s’est regardé au départ, et puis ensuite, moi, j’ai gagné la course et lui avait simplement terminé sa course. Du coup, j’étais un peu le champion de l’UTMB et lui était simplement finisher de la course.
  • Ce qui est déjà super!
  • Et on a participé au même événement, à la même aventure, on était dans le même bateau, on était dans la même diagonale, on était dans la même galère, on a vécu le même truc, … Et ça, je me dis : “Mais dans quel autre sport le champion de la discipline peut être au départ de la course avec son père?”
  • C’est génial !
  • Enfin, peut-être la voile mais ce n’est déjà pas le même budget, la même accessibilité, je pense. Mais sinon, je me dis : “Mais à quel moment, voilà, un footballeur peut se faire une Coupe du Monde avec son père s’il n’est pas professionnel?” Ce n’est pas possible. Dans le tennis, dans le basket, … Dans tous les autres sports, ça me parait assez complexe. Et du coup, c’est pour ça que je trouve que cette discipline-là, notamment l’ultra trail, c’est vraiment quelque chose à part.
  • Oui, carrément. En plus, il n’y a pas nécessairement besoin de prendre l’avion. Bon, toi tu le prends parce que tu fais des compétitions d’un tout autre niveau, mais je veux dire qu’il y a des courses – je vais dire les plus belles, enfin presque les plus belles courses du monde, elles sont ici : il y a le Mont-Blanc, la Corse, … Comme tu disais
  • Oui, voilà. Après, c’est un voyage, et puis c’est toute une manière aussi de raisonnabilité, de saisonnalité aussi un petit peu. C’est vrai qu’aujourd’hui, oui, je pourrais courir tous les weekends partout dans le monde : l’hiver en hémisphère sud, de l’été en hémisphère nord, … Tout ça, les gens qui vont pratiquer vont aussi se rendre compte que la nature, il faut la protéger, il faut en prendre soin, il faut en tenir compte dans l’éducation des enfants, … Plein de choses.
  • Exactement !
  • Donc, voilà : aujourd’hui, j’ai choisi de faire une carrière internationale, donc oui, je voyage un petit peu à travers le monde mais j’essaie de voyager, d’avoir 2 ou 3 objectifs maximum par an ; ça veut tout de suite dire un nombre de voyages qui sera limité. Comme tu viens de le dire, il y a pas mal de courses aussi à proximité et des plus belles courses aussi en France, en Europe,… Mais il y a des années où, clairement, oui je vais voyager, je vais aller aux Etats-Unis, je vais aller à la Diagonale des Fous, … Mais c’est à une certaine période de la saison, c’est à un certain moment, c’est aussi pour inciter des gens à se tourner vers la nature, à leur montrer et avoir envie de pratiquer ça, …
  • Je crois qu’effectivement, si on empêche les gens d’aller voir ce qu’il se passe, parfois on ne se rend pas compte des problèmes. Tandis que si on a eu le nez dans des problèmes de pollution, des problèmes de déforestation, … et qu’on a vraiment kiffé l’endroit, on se dit : “Non, je ne veux pas que ça parte, je ne veux pas que ça se démolisse.”
  • Tout à fait. Et puis, encore une fois, par rapport à d’autres disciplines et d’autres pratiques, il faut aussi voir un petit peu à combien on se déplace, dans quelle ville on se déplace et ce qu’on va faire là-bas. J’ai eu la chance de voyager un petit peu en Asie aussi, et de partager avec des coureurs locaux mes valeurs, mes envies, ma passion pour ce sport-là, et où clairement, ce n’était peut-être jamais autorisé à s’imaginer : ”Ah oui, on a le droit en fait de pratiquer de cette manière-là.”, avec du plaisir, en loisir, dans la montagne, et juste de se dire : “Oui mais là, si on court dans des chemins et que les chemins sont sales ou pas entretenus, ça ne marche pas. Si c’est pollué là où on s’entraîne, ce n’est pas bon pour le corps, …” Enfin, juste des prises de consciences que, nous, on a parfois la chance d’avoir dans nos pays au quotidien, face à soi et du coup ça nous paraît évident. Mais de se dire aussi que des fois, ça peut être pas mal de voyager, pour essayer de partager un petit peu tout ça. Alors, après on peut se dire que si on ne voyage pas, on ne pratique pas, … Mais si ! Quel est l’impact aussi positif aussi d’un déplacement, de certaines expériences ?
  • Oui, c’était où ça, en Asie, que tu as pu en discuter ?
  • J’ai eu la chance d’aller dans des grandes villes comme Pékin ou Shanghai, mais aussi dans des endroits très reculés, à Shangri-La, ou des choses comme ça, des tout petits villages à 4000 mètres d’altitude, où les gens, quand ils nous voient se demandent : “Pourquoi ils courent ?”…
  • “Il se passe quoi ?” [Rires]
  • “On n’a déjà pas assez à faire?” Même en France hein ; j’ai la chance d’habiter dans les Cévennes, où les gens se disent : “Là, du coup tu cours 7-8 heures, tu t’entraînes tous les jours et tout ça, mais t’es déjà pas assez fatigué avec ton métier, avec tout ce qu’on a à faire dehors, etc?” Et c’est vrai que dire aux gens que c’est une autre manière de se fatiguer, de se reconnecter à la nature, d’être plus efficace ensuite dans son travail et dans sa famille, dans tout ça. Mais il y a des endroits, partout dans le monde et même en France, où la pratique-loisir du sport, n’est même pas au goût du jour.
  • Oui…
  • Donc clairement, c’est là où on se dit quand même qu’on a une grande chance, qu’il faut essayer de la vivre et essayer de ne pas faire n’importe quoi avec ça.
  • Tu disais justement que les ultra longues distances laissent place à autre chose que la compétition, que les formats courses sont plus axés « compétition » : il y a autre chose qui se passe dans les ultra longues distances ; ça laisse la place à quoi ?
  • Pour moi, quand on court plutôt des courses qui sont très courtes, il y a un challenge qui est un petit peu autre ; j’ai pratiqué l’athlétisme, la course sur route et ça c’est vrai qu’il y a quand même un défi de “quel temps je vais mettre ? Est-ce que je vais faire devant un tel ou un tel ? Quelle place je vais faire ? …” Pour moi, quand on s’inscrit sur une ultra longue distance, le but est d’aller au bout ; essayer de voir comment son corps va s’adapter aux contraintes météo, aux contraintes de dénivelé, aux contraintes de temps, … Et se dire : “Waouh! Tout ce que je veux, moi, c’est finir cette aventure, aller au bout de l’aventure.” Donc, pour moi, ce n’est déjà pas du tout la même optique. Et clairement, aujourd’hui, la plupart des athlètes avec qui j’en discute, quand on va sur une course, c’est :  “Waouh! Tu vas faire l’UTMB? Moi aussi. Bon, eh bien on fera l’UTMB ensemble en fait ; on ne va pas faire l’UTMB l’un contre l’autre”. C’est vrai que souvent les médias spécialisés, le grand public, c’est : “Waouh! Il va y avoir un match; François va courir contre Kilian (dont on parlait tout à l’heure). Ils vont se retrouver, ça va faire 4 ans qu’ils ne s’étaient pas retrouvés.”, etc. Et je pense que, Kilian comme moi, oui, on est content de se retrouver, on sait qu’il va y avoir un petit jeu de concurrence, qu’on va faire la course l’un contre l’autre, mais surtout, on va aller faire la même course, ensemble, s’adapter au mieux face à cette course-là. Et après, si ce jour-là on est tous le 2 en forme et qu’on peut un peu se tirer la bourre et jouer à qui arrive en premier : tant mieux. Mais ce n’est pas l’essence initiale, en tout cas moi, la façon dont je vois ma discipline.
  • Oui, c’est plutôt l’aventure que le classement.
  • Voilà.
  • Je trouve ça génial. Et dans les courses, il y a des amis du podcasts “Oufff” (podcast qui est vraiment axé trail) qui demandait : Est-ce que tu envisages un jour de faire quelque chose comme l’Infinity Trail ? Puisque tu peux faire la distance aussi longue que tu veux mais bon, c’est des boucles.
  • Je ne suis pas très très boucles. C’est vrai que l’aventure, pour moi, il faut qu’elle me motive, qu’elle me prenne un petit peu au fond de moi. Et c’est vrai que les premières grandes courses que j’ai faites, c’était parce que le parcours faisait un peu effet “Waouh”. Quand je suis allé faire le GR20, clairement je n’y allais pas pour le record, j’y allais parce que Waouh, faire ça en 1 fois, c’est top. Et donc faire une boucle un nombre possible incalculable de fois, finalement, là, on va voir un petit truc qui me plaît, c’est-à-dire: Comment le corps peut tenir aussi longtemps? Comment s’adapter à ce parcours-là, s’adapter à la course, essayer de se reposer,… Enfin il y a tout un jeu qui est top, que j’aime beaucoup. Par contre, l’aspect Waouh du parcours, la boucle à faire, le côté je ne repasse jamais au même endroit, le côté qu’est-ce qu’il y a derrière cette montagne-là, comment je vais pouvoir dompter ça, c’est un parcours mythique qui me fascine, et tout… Il n’y est pas. Donc voilà ; il manque une gros gros composante pour moi. Il y a un petit truc qui est un peu marrant, qui peut servir, pour moi, de challenge, tout ça, mais clairement, pour l’instant, ce n’est pas le genre de course qui me fait rêver.

[Bruit de course dans les montagnes, avec les oiseaux]

  • Les moments, justement, qui font toute la saveur du trail, pour toi : c’est la nuit juste on souffle et pas de bruit, c’est le levé du soleil en courant sur une crête ou un visage familier le long du parcours?
  • Les 3 font partie de la composante, clairement. C’est vrai que pour le coup, moi, j’aime les 3. C’est là que je me rends compte que c’est peut-être ça qui fait la différence dans un ultra, c’est qu’il y en a qui le fait d’être la nuit tout seul sur un chemin, juste avec son souffle, il y en a pour qui c’est angoissant et stressant. Moi, c’est un moment que j’attends, comme celui de croiser un visage familier sur le bord de la route. Quand je sais qu’il y a mes enfants qui seront à tel ou tel endroit, ça me motive, et ça me motive de partager ça avec eux. Le fait de se dire : “Le soleil va se lever, je serai à tel endroit. Ça va être super beau, il y a une luminosité, une ambiance spéciale,…” Il y a des moments que j’attends. Et le fait d’être tout seul dans la nuit, perdu, même s’il y a du vent, qu’on ne voit pas à 2 mètres, qu’il faut se challenger, … C’est un moment que j’attends aussi. Voilà, je pense qu’il y a un peu de tout ça, oui.
  • La réussite dont tu es le plus fier?
  • Je ne sais pas si c’est en sport ou en tout, mais c’est peut-être d’arriver, justement, à mener un petit peu tout ça de front. Et c’est vrai que des projets off où je me retrouve avec ma famille, et que j’arrive à les partager, c’est des fois plus important que des grandes courses que j’ai gagnées mais où j’étais tout seul.
  • Un échec qui t’a beaucoup appris?
  • Oui, eh bien la première fois que j’ai participé au tour du Mont-Blanc et où j’ai abandonné à une trentaine de kilomètres de l’arrivée. Ça m’a permis de me rendre compte de la place qu’il fallait que je donne à ma discipline au sein de ma vie familiale et de mon équilibre. Et je pense que c’est grâce à cet échec que, derrière, j’ai pu modifier ma façon de voir ma discipline et l’importance de celle-ci et donc peut-être d’avoir la réussite que j’ai eu derrière.
  • Une citation que tu aimes, qui te motive?
  • Non, c’est juste peut-être de se rendre compte de la place du sport dans sa vie, que ça reste quelque chose qui doit être de l’ordre du plaisir et secondaire par rapport à d’autres aspects.
  • Oui, ça revient souvent chez toi, le plaisir, qui fait partie vraiment intégrante de la motivation, qui fera partie intégrante, elle-même, de la réussite. Donc tout commence par le plaisir et tout finit par le plaisir. Justement, je me disais ; si, à un moment, l’âge venant, il n’y avait plus de podium : est-ce que tu continuerais ta discipline ?
  • J’espère bien, oui [Rires]
  • Génial! Peut-être, pour terminer, un conseil, vite fait, pour un débutant et pour un qui a envie de progresser?
  • Je pense qu’on continue toujours de progresser. C’est-à-dire que même moi, je continue de progresser malgré l’âge parce que, justement, c’est une discipline à part. Ce sera mon conseil pour les débutants : rien n’est impossible, rien n’est inaccessible. Il faut se donner le temps et les moyens d’y arriver, mais de se dire qu’il ne faut pas être trop gourmand et trop pressé non plus. Et souvent, j’aime bien rappeler que moi je pratique depuis l’âge de 8 ans et mon premier ultra trail, je l’ai fait à 20 ans. Il m’a fallu 12 ans de pratique assez intensive et peut-être avec certaines capacités, parce qu’aujourd’hui, j’ai quand même gagné quelques trails, pour arriver à à peu près dompter un ultra. Donc aujourd’hui, les gens qui me disent : “J’ai attaqué à courir l’an passé, là je voudrais faire un ultra cette année, mais j’ai peur de ne pas y arriver.” Eh bien oui, c’est même possible. Moi, il m’a fallu 12 ans pour arriver à en faire un. Donc, effectivement, prendre le temps mais se dire qu’en gros la quête vaut le coup. Parce que, derrière, on va découvrir des choses sur soi, sur la nature, sur les parcours,… Et que c’est un voyage à la fois intérieur et extérieur qui, pour moi, vaut le coup d’être vécu.
  • Waouh! Donc un débutant : être patient, et quelqu’un qui a envie de progresser : ne jamais oublier le plaisir ?
  • Oui, et puis qu’il y a toujours des défis autres à portée, que jamais ce n’est fini.
  • En 2022, est-ce qu’il y aura des compétitions sur lesquelles on pourra te retrouver? Enfin des courses, des parcours,…
  • Je vais aller à la Hardrock, aux Etats-Unis, parce que c’est un peu l’ambiance de cette course-là : quand on gagne, on est invité l’année d’après à tenter le même challenge mais dans l’autre sens.
  • Ah oui?
  • C’est un peu la spécificité de cette course-là, donc je vais y retourner parce que c’est vraiment une atmosphère, une course un peu particulière et sympa. Il n’y a que 160 coureurs au départ. C’est vraiment un lieu que j’ai envie de connaître plus précisément et profondément, et puis une communauté sympa.
  • Oui, c’est sympa apparemment.
  • Et puis, je retournerai à la Diagonale au mois d’octobre. C’est une course qui me tient à cœur, j’ai envie d’approfondir mes capacités dessus et de voir un petit peu comment essayer de faire une course pleine là-bas.
  • Là, tu es en plein stage avec Trakks, pas loin de Liège. Tu animes plusieurs stages comme ça par an, en France ou en Belgique ? Pour ceux qui voudraient profiter de tes conseils ?
  • Un petit peu, oui. J’en ai 3, 4, 5. Soit des journées, soit des stages de 2-3 jours, à différents endroits dans des ambiances différentes. Donc ça peut aller de la Bretagne aux Pyrénées, au Beaufortain, évidemment, et à la Belgique. Et l’idée, c’est de partager des moments en toute convivialité. C’est vrai qu’aujourd’hui je ne cherche pas à faire des millions de stages, mais c’est vrai que les stages auxquels je participe, j’ai essayé de les faire avec du cœur, de l’envie, de la motivation. Et la Belgique, ça doit faire 5-6 ans, peut-être, que je viens. Et avec Trakks et toute son équipe, et puis Christophe, on essaie de se renouveler tous les ans, de proposer des choses un petit peu innovantes et particulières, et partager l’expérience. Parce que l’idée, c’est de montrer aux gens qu’en habitant en Belgique, on peut très bien préparer des trails alpins, et puis de partager un petit peu de conseils, quelques expériences en toute convivialité.
  • Ok, super! On peut te suivre quelque part, ton actu, sur tes réseaux, …?
  • J’ai des réseaux sociaux classiques, un petit peu comme tout le monde,
  • Insta, Facebook?
  • Une page Instagram, une page Facebook.
  • On cherche ton nom ?
  • Voilà. J’essaie de faire quelques vidéos de temps en temps en donnant des conseils et puis quelques petites interviews comme on fait là.
  • Un grand merci. Est-ce qu’il y a une question que tu aurais voulu que je te pose et que je ne t’ai pas posée?
  • Non, non. C’était parfait. Moi j’ai une question à te poser, pour savoir un petit peu toi comment tu pratiques cette discipline, dans quel but et avec quelle motivation, quelle place elle a dans ta vie de tous les jours ?
  • Alors, moi, à la base je suis nageuse. J’ai dû me mettre plutôt à courir avec le confinement, et je ne supporte pas la route, je trouve que c’est beaucoup plus doux pour les articulations. Et puis, j’ai toujours été en nature ; j’ai un bois juste derrière chez moi et j’allais souvent observer les chevreuils, les cervidés, les sangliers, etc. Et donc, pour moi, la partie découverte, c’est ça qui me motive aussi. J’adore courir là, je ne cours pas encore des grandes distances mais c’est vrai que le premier jour, tu te dis : “Bon, là, dans 5 minutes je suis au bout de ma vie.”, et puis ces 5 minutes ne viennent pas, tu vois ? Tu te dis : “Oh purée, mais ça va plus loin que prévu, là!” C’est trop chouette. Et puis quand, tout à coup, il y a un cerf qui déboule juste à côté de toi ou quoi, là, tu te dis : “Je suis à ma place.”
  • Dans la piscine, il y a moins souvent des cerfs ou des thons qui se baladent. [Rires]
  • Il y en a moins. [Rires] C’est ça que j’aime, oui. Ces moments, comme tu dis, ces moments nature. Merci de la question ! Eh bien, bonne continuation alors, et avec les stages.
  • Et merci beaucoup.

[50 km de pied, ça use, ça use. 50 km à pied, ça use les souliers]

Dans les notes de l’épisode, je te mets comme toujours un tas de liens, dont celui vers la page web de l’épisode, où tu pourras retrouver de quoi aller plus loin si le sujet t’as intéressé. Des photos, les liens vers les réseaux sociaux de l’invité, qui donne d’ailleurs souvent des conseils pour les trailers. N’hésitez pas! Des vidéos, dont une très chouette vidéo de l’Échappée Belle de 2019, pleins d’images géniales, qui risquent vraiment de te donner des envies de montagnes, et des liens vers des articles, que j’ai beaucoup aimé ; notamment celui de Trakks Magazine, où l’on parle un peu plus technique et entraînement, pour ceux qui ont envie de creuser ce sujet. Et si c’est le vin de François et son épouse qui t’intéresse, les liens seront sur la page web de l’épisode également. Avis aux gourmands : j’ai eu l’occasion de le goûter, il est vraiment agréable. Je n’ai pas d’actions dans l’affaire mais je le recommande chaleureusement. On n’a pas abordé le ski alpinisme, que François pratique aussi intensément, évidemment. Qu’à cela ne tienne, je te donne rendez-vous sur l’épisode 4, avec Inka Belles pour entendre parler de cette discipline. Elle a été médaillée d’or olympique en ski alpinisme, catégorie juniors, et elle en parle trop bien. Si tu veux continuer à entendre parler de trails, rendez-vous sur l’épisode 20, avec Maud et Fred du podcast 100% trail, Ouff, et sur leur podcast à eux, bien sûr. Et pour la suite, eh bien dans les prochaines semaines, je te mettrai entre les oreilles, Matthieu Tordeur, le plus jeune explorateur à avoir rejoint le Pôle Sud à ski, en solitaire et sans ravitaillement. Il y aura aussi Yann Arthus Bertrand, que j’ai eu la chance d’aller interviewer ce mardi 26 avril à Paris. Alors, si tu veux être sûr de ne louper aucun des prochains épisodes : abonne-toi!

Vous êtes de plus en plus nombreux à être au rendez-vous. Un grand merci à toi, qui m’écoute. Cela fait toute la différence, puisque plus il y a d’oreilles, plus on plante. À bientôt!

« On ne mérite jamais vraiment la montagne. C’est plutôt une chance qu’on a d’y être. Après moi c’est vraiment comme ça que je la pratique, c’est-à-dire qu’en gros je choisis mes courses. C’est un peu l’excuse, les courses : je me suis inscrit à telle ou telle courses du coup il faut que j’aille m’entraîner, donc il faut que j’aille en montagne, donc il faut que j’aille m’habituer, il faut que j’aille faire des longues journées dehors.

Moi c’est un peu comme cela que je le vis, ce n’est pas: « Oh là là il faut que je m’entraîne pour pouvoir être là le jour j’ai de la course », c’est plutôt : « comment est-ce que je pourrais faire pour passer plus de temps en montagne et m’entraîner et aller faire des trucs que j’aime? » Et en fonction de cela je choisis mes courses.

Le fait que la Hard Rock ce soit une course en altitude, sur un terrain un peu technique, un petit peu engagé, c’est parfait: je me dis du coup qu’il faut que j’aille m’entraîner, bonne excuse! Il faut que j’aille m’entraîner en haute montagne, donc que j’aille faire un peu des sommets type alpi en France, que j’aille jouer un peu dans la neige avec les glaciers, jouer un peu avec des terrains techniques, ça tombe bien j’en ai plein autour de la maison dans le Beaufortain. Ça m’oblige à aller dehors … ah ben zut alors il faut que j’aille m’entraîner! (comprendre l’inverse évidemment)

Donc voilà …sans dire que je la mérite …pour moi c’est un peu l’excuse pour aller jouer dans cette montagne. C’est ce que j’aime et ma passion, d’aller passer ces longues journées dehors à crapahuter, à chercher ses chemins, à jouer avec la montagne. Et quand on est le jour de la course et bien tant mieux c’est top mais c’est aussi pour tous les entraînements qu’on a vécus en amont qu’on est là. »

François D’Haene, interview Storylific, Liège, 05-04-2022

Anne B, Valentine et Amandine

Où trouver l’invité

Instagram : françois_dhaene François y poste régulièrement des conseils trail, donc adresse à retenir!

Facebook : François D’Haene

Pour aller plus loin:

Livre 2023 : « La Vie Courante » de François D’Haene (Guérin – Editions Paulsen)

Articles: TRAKKS magasine, pour parler plus technique et entraînement

Vidéos:

Pour découvrir le Domaine du Germain, rendez-vous sur la page Facebook du Domaine.

Dans cet épisode

Musique:

Sons:

Partager cet épisode

Il pourrait intéresser un.e ami.e? Tu voudrais le faire découvrir sur tes réseaux sociaux? Partage-le en cliquant ici

Suggestions d’épisodes:

Brieg Jaffrès, comme un besoin d’aventure

#54. Brieg Jaffrès, comme un grand besoin d'aventureÉpisode du 23 mai 2023Brieg Jaffrès est un véritable passionné d'aventure qui a parcouru les quatre coins du monde. A 10 ans, il rêvait déjà d'aventures en pleine nature. Des randonnées imaginaires sur le chemin de...

#53. Alice et Corentin- Bike 4 Ocean

#53. Alice et Corentin- bike4oceansÉpisode du 11 mai 2023Ils sont jeunes, ils sont pétillants, et ils en ont dans les mollets ! Alice et Corentin ont rêvé, puis affiné, et enfin réalisé leur grand projet : un long voyage alliant vélo et plongée, leurs deux passions....

#52. Patrick Bauer, créateur du mythique Marathon des Sables

#52. Patrick Bauer - Créateur du Marathon des SablesÉpisode du 25 avril 2023Quand à 28 ans Patrick Bauer se lance dans sa première traversée du désert, il ne se doute pas que son aventure un peu folle va susciter un tel engouement. Deux années après sa première...

#51. Julien Libert, aventures et liberté

#51. Julien Libert, l'esprit aventure grandeur natureEpisode du 13 avril 2023C’est par une belle journée d’été que nous avons enregistré cet épisode avec Julien, il y a déjà quelques mois. Nous étions dans la réserve naturelle de Furfooz en Belgique, au-dessus d’une...

#50. François Sarano, au nom des requins

#50. François Sarano, "Au nom des requins"Épisode du 28 mars 2023Dans cet épisode nous parlons de ces mal-aimés de l'océan, ces dents de la mer qui terrorisent notre imaginaire, les requins. François Sarano va complètement remettre à plat pas mal de nos idées reçues...