146. Jérémy Bigé, la longue marche parmi les Monts Célestes sur la Route de la Soie
Épisode du 30 juin 2026
De Karakol au Kirghizistan à Douchanbé au Tadjikistan, Jérémy Bigé aligne 2000 kilomètres de marche et 90.000 mètres de dénivelé en mode ultra-léger. Pour tracer son itinéraire : de vieilles cartes soviétiques, et le livre d’une femme exceptionnelle, Ella Maillart.
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Jérémy Bigé – portrait sur fond de chaîne himalayenne
©Jérémy Bigé (photos de cette page protégées par les droits d’auteur)
Jérémy Bigé, fils du vent : sur les traces des itinéraires d’antan
Jérémy Bigé dit de lui qu’il aime jouer aux explorateurs. Mais peut-on encore explorer à notre époque ? Si l’esprit est ouvert et disposé à l’émerveillement, peu importe la géographie, l’exploration reste bien réelle.
Et quand en plus on choisit la traversée des Monts Célestes comme aventure, jouer à l’explorateur devient un jeu de belle envergure.
De cette traversée des monts Célestes sont nés un film et un livre, Fils du vent (Glénat). Dans cet épisode de Storylific, il raconte surtout ce que les sommets ne disent pas : la peur qu’on apprivoise, la solitude qu’on habite, et cette bonté des hommes qui, dit-il, croît avec l’altitude.

Voyager ultra léger, c’est refuser de porter le poids de ses peurs. C’est choisir la confiance en la route, l’immersion intégrale dans la géographie et dans les rencontres.
Le déclic
Rien, au départ, ne prédestinait Jérémy Bigé à l’aventure. Sorti d’une école d’ingénieur grenobloise où il avait choisi la mécanique pour ne fermer aucune porte, il bascule en 2018 lors d’une année de césure : avec trois amis de prépa, il traverse le Népal à pied tout en animant des ateliers de vulgarisation scientifique dans une école de Katmandou. Cette parenthèse, pensée comme un simple détour avant la vie d’ingénieur, ouvrira une porte qu’il ne refermera plus. Il devient accompagnateur en moyenne montagne et moniteur de ski, et fait de la marche longue distance son instrument de connaissance du monde.
En 2022, il part seul sur les traces d’Ella Maillart et relie à pied, en quatre-vingt-dix jours, Karakol au Kirghizistan à Douchanbé au Tadjikistan — deux mille kilomètres et quatre-vingt-dix mille mètres de dénivelé à travers les monts Célestes et le Pamir-Alaï, son itinéraire dessiné à partir de vieilles cartes militaires soviétiques. Le projet, soutenu par les bourses de la Guilde et d’Expé, devient un documentaire primé en festivals, puis un livre, Fils du vent — son premier, paru chez Glénat. En 2024, il repart : du Cachemire indien au Népal, à travers l’Himalaya occidental, 2 400 kilomètres et davantage de dénivelé encore, sur ce qu’il décrit comme sa marche la plus exigeante.

Plaines venteuses, plaines marécageuses, cols et glaciers, montagnes arides, vallées verdoyantes : la diversité de cette partie de la Route de la Soie offre des contrastes saisissants.
De Karakol à Douchanbé : ce que raconte vraiment cet épisode
Bien sûr, l’exploit de Jérémy est de taille. Mais là n’est pas le coeur du sujet. L’aspect sportif n’est que le moyen pour atteindre un objectif, qui n’est pas non plus Douchanbé.
L’objectif, c’est l’immersion dans ces montagnes au nom si évocateur : les Monts Célestes. C’est de mettre ses pas dans ceux d’Ella Maillart, mais aussi des caravanes qui sillonnaient par le passé la fameuse Route de la Soie.
Immersion dans la géographie et dans l’histoire, immersion dans ses propres ressources physiques et mentale : c’est une superbe aventure que vous propose Jérémy pour ce dernier épisode de la saison 11 de Storylific.
Ce que je retiendrai, c’est cette immersion aussi au coeur de l’hospitalité des nomades kirghizes et tadjiks, qu’il résume par une formule devenue le sous-titre intime de son aventure : la bonté des hommes augmente avec l’altitude.
Plus le territoire est hostile, plus les cœurs s’ouvrent. Cette générosité l’a tant marqué qu’il a fini, sans s’en rendre compte, par devenir lui aussi un peu fils du vent — passager de la terre plutôt que conquérant.
L’écriture du livre, achevée trois ans après la marche, lui a permis de mettre des mots sur ce qu’il n’avait fait, jusque-là, que ressentir dans sa chair. C’est une belle plume qui se révèle dans ce premier livre de Jérémy Bigé, « Fils du Vent« , qui est aussi le nom de son documentaire, l’un et l’autre étant des exercices complémentaires.
Aujourd’hui, loin de courir après la prochaine grande traversée, il cherche surtout l’équilibre entre ses métiers de montagne et une passion qui ne doit jamais devenir une obligation.

Sur le chemin s’égrènent les yourtes (jailoo), toujours accueillantes à qui passe par là. Rencontres simples et profondes, pour découvrir nos similitudes et nos différences, richesses de notre commune humanité.

Dans la yourte, l’individualisme trépidant des grandes villes ne trouve pas encore sa place. On monte au jailoo l’été pour perpétuer la tradition, mais aussi pour retrouver le rythme simple d’une vie en harmonie avec la nature. Un rythme où l’on a encore le temps de vivre ensemble, dans ces tentes rondes qui réunissent familles, amis et étranger dans dans leur accueillante rondeur.
Extrait de l’entretien : pour explorer, il suffit d’être curieux
« Je n’aime pas qu’on me caractérise d’explorateur, parce que justement je me mets pas au même niveau que les explorateurs qui ont vraiment exploré quelque chose, qui se sont vraiment rendus dans des zones blanches de la Terre. Je dis aussi que je joue à l’explorateur — parce que j’ai l’impression d’être né trop tard, et que j’ai envie de renouer avec les ressentis qu’ils avaient à l’idée de passer derrière cette montagne, parce que derrière cette montagne on ne savait pas ce qu’il y avait.
En fait l’exploration, elle dépend pas du territoire qu’on traverse.
Je pense que c’est plus une curiosité qu’on a d’aller voir ce qu’il y a derrière, et d’aller voir ce qu’il y a entre les lignes des cartes de niveau, d’aller voir ce qu’il y a en remontant le temps dans l’histoire. Et au final, dans ce cas, je peux dire que je fais de l’exploration à deux pas de chez moi, chez mes parents dans le Vercors, parce que, de fil en aiguille, j’ai aimé essayer de trouver les sentiers d’antan et d’aller les reconstituer, alors que maintenant ils ne sont plus utilisés, alors que c’est en France et que c’est à deux kilomètres d’une route bitumée. Et je pense que l’exploration c’est vraiment lié juste à un état d’esprit. Il suffit d’être curieux. »
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Où trouver l’invité
Instagram : @jerembige
YouTube: @jeremybige6624
Autres épisodes mentionnés pendant la discussion :
- Episode 94. Caroline Riegel, histoire d’une grande exploratrice : cette grande voyageuse qui parle elle aussi de l’incroyable Ella Maillart dans son livre « une histoire des grandes exploratrices, » dont nous parlons dans l’épisode 94.
- Episode 29 – Matthieu Tordeur (projet césure dans le cadre de l’école d’ingénieur, comme Jérémy)
- Episode 145 – Laura Pineau (choisir des projets qui font peur)
- Episode 142 – Gael Meunier qui parle joliment de l’accueil dans les pays musulmans
Tous ces épisodes sont à retrouver sur ce site,sur notre chaîne YouTube ou sur la plateforme d’écoute de votre choix.
Livres pour aller plus loin :
– Livres d’Ella Maillart (dont celui des Monts Célestes, cité par Jérémy Bigé) :
– Caroline Riegel – Une histoire des grandes exploratrices paru chez Glénat
– Martin Eden de Jack London
Illustrations sonores
Musique :
Cali by ItsWatR (Direct Licence)
Whipped Cream by IsWatR (Direct Licence)
Sons :
extraits sonores du documentaire de Jérémy Bigé, « Fils du Vent », avec son aimable autorisation.
Retranscription de l’épisode
Coming soon
Suggestions d’épisodes:
