#65. Yannick Bestaven, conquérir le Vendée Globe
Épisode du 31 octobre 2023
Ecouter
Yannick Bestaven : la victoire inoubliable au Vendée Globe 2020-2021, ou comment recoller un rêve brisé.
Yannick Bestaven, le nom rime dans le monde de la course au large avec persévérance, passion et victoire (je sais, cela ne rime pas pour un prof de français mais je me comprends). Le Vendée Globe 2020-2021 a vu la consécration de Yannick Bestaven comme vainqueur incontesté de cette légendaire course en solitaire autour du monde. Dans cet épisode, nous plongeons au cœur de cette incroyable aventure qui est aussi une philosophie de vie.
Prendre le large
Ingénieur, marin chevronné, respecté par ses pairs pour sa longue carrière océanique et sa capacité à repousser les limites, Yannick est originaire de Saint Nazaire et a grandi à Arcachon. Compétiteur dans l'âme, il est de plus en plus attiré par la course au large et fait une rencontre déterminante en 2000 avec le légendaire navigateur Yves Parlier.
La course d'une vie
L'épisode de notre podcast retrace l'extraordinaire périple de Yannick Bestaven dans le Vendée Globe 2020-2021. Une course en solitaire autour du monde qui a mis à l'épreuve non seulement les compétences techniques et la détermination des marins, mais aussi leur capacité à surmonter l'adversité.
Le Vendée Globe est réputé pour sa brutalité, avec des conditions météorologiques impitoyables et des océans déchaînés. Yannick a dû faire face à des défis de taille, y compris une opération de sauvetage éprouvante de Kevin Escoffier. De tempêtes en pétoles, d'euphorie à désespoir, le moral suit les crêtes et les creux des vagues, et c'est cela aussi - et même peut-être avant tout - qu'il faut surmonter dans cette course de 80 jours.
Apprendre de ses erreurs.
L'une des leçons que Yannick Bestaven nous partage est l'importance d'apprendre de ses erreurs. Chaque difficulté nous permet de nous améliorer. Aucun rêve n'est possible si on n'est pas prêt à en payer le prix en sueur.
Au-delà de la course : la légion d'honneur pour l'exemplarité
Yannick Bestaven incarne bien plus que la victoire dans le Vendée Globe. Il représente l'engagement, la passion et la persévérance. En-dehors de ses exploits maritimes, il est également dirigeant d'entreprise, à la tête de WATT&SEA, une société innovante dans le domaine de l'énergie marine.
Son parcours a attiré l'attention de ses pairs puisqu'il a reçu le titre de Marin de l'Année en 2021 - mais aussi celle de l'Elysée puisqu'il a reçu (le même jour!) la légion d'honneur.
Dans cet épisode
Dans cet entretien, vous (re)découvrirez les moments forts de sa victoire au Vendée Globe et son invitation à perséverer encore et encore pour vivre vos rêves.
En parlant de vivre ses rêves : son ami Sébastien Blémon m'a permis d'illustrer cet épisode avec des extraits sonores de son film Les rêves ne meurent jamais, pour une immersion complète, film qui s'articule autour du Vendée Globe de Yannick. Pour réécouter cet épisode qui reste l'un de vos préférés sur Les rêves ne meurent jamais, rendez-vous dans l'épisode 49.
Si vous aspirez à réaliser vos rêves et à ne jamais abandonner, cet épisode est un incontournable.
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Où trouver l'invité
Instagram : @yannick bestaven
Facebook : @yannick bestaven officiel
Site web : https://yannickbestaven.fr/
Pour aller plus loin
Le film "Les rêves ne meurent jamais" : trailer - site web du film - épisode sur Storylific
Transcription de l'épisode complet
Retranscription Yannick Bestaven
Yannick – Déjà on a du mal à réaliser qu’on vient de terminer un tour du monde, on est parti au mois de novembre, on a du mal à réaliser qu’en plus on vient de le gagner et puis surtout c’est un bonheur quand l’équipe technique met le pied sur le bateau, qu’on ne se retrouve plus tout seul à bord à devoir tout gérer, on sent même le poids du stress, on s’en rendait même pas compte, on l’a sur les épaules depuis 3 mois, puis lorsque la famille, lorsque mes filles sont venues à bord et que ma plus jeune m’a dit « ça y est papa tu l’as fait ton tour papa ! Et en plus, tu l’as gagné, c’est un bonheur quoi ! »
AnBé – Bonjour et bienvenue, je suis AnBé et tu es sur Storylific, le podcast 100% outdoor. Je te propose de découvrir avec moi des explorateurs, aventuriers, sportifs de haut niveau et autres dévoreurs de vie qui vont te parler de leurs parcours inspirants pour éveiller ton envie de vivre TES rêves, car si eux l'ont fait, toi aussi tu peux le faire. Et simplement en écoutant, tu soutiens déjà la reforestation, car ici on ambitionne de planter des arbres avec les oreilles. Alors n’hésite pas à partager ce podcast, un grand merci d’avance ! Ce jour, je vais faire déferler dans tes oreilles Yannick Bestaven, le vainqueur du dernier Vendée Globe, course surnommée l’Everest de la voile, vu sa difficulté. Petite pensée pour Yannick qui est en ce moment sur la Transat Jacques Vabre, les concurrents sont partis du Havre ce dimanche 29 octobre et se dirigent en ce moment même donc vers la Martinique où ils devraient arriver autour du 12 novembre. On va parler de son parcours, de la construction de son premier bateau et surtout évidemment du Vendée Globe, de cette victoire tant rêvée et enfin conquise grâce à une obstination à toute épreuve. J’ai appris à connaître ce sacré navigateur via le film de son ami Sébastien Blémon que j’ai déjà interviewé pour ce film justement « Les rêves ne meurent jamais », direction l’épisode 49 pour l’interview des heureux parents du film. Les rêves mettent en scène, entre autres, la victoire de Yannick au Vendée Globe, du coup, cela m’a donné très envie d’interviewer ce rêveur obstiné qui a réalisé son rêve, brandir le trophée du Vendée Globe et qui ne compte pas s’arrêter là. Tu entendras des extraits tirés du film «Les rêves ne meurent jamais » tout au long de cet épisode. Grand merci à Sébastien Blémon pour l’autorisation !
Message à tous les amoureux de l’outdoor et de l’aventure, avant de plonger dans notre épisode, j’aimerais vous parler d’un partenaire fantastique qui rend tout cela possible : A.S Adventure. Savez-vous que la préparation est la clé pour réussir une aventure ? A.S Adventure est bien plus qu’un simple magasin d’équipement, c’est l’endroit où vous pouvez trouver une expertise solide pour vous aider à construire vos aventures. Que vous soyez randonneur passionné, campeur chevronné ou voyageur intrépide, faites confiance à A.S Adventure pour vous donner des conseils avisés et un équipement de qualité. Leurs experts vous guideront vers les choix les plus judicieux pour rendre votre aventure exceptionnelle. Visitez leur site Web ou rendez-vous dans un de leurs magasins pour profiter de leurs meilleurs conseils. Mes invités me parlent souvent du choix du matériel, alors évitez les galères, faites-vous conseiller par des experts. Merci à A.S Adventure pour leur soutien continu à notre podcast et pour aider nos auditeurs à vivre des expériences outdoor inoubliables. Maintenant, plongeons dans l’épisode du jour.
AnBé – Bonjour, Yannick Bestaven !
Yannick - Bonjour AnBé !
AnBé - Alors tu es navigateur professionnel, vainqueur du dernier Vendée Globe, deux fois vainqueur de la Transat Jacques Vabre, entre autre. Alors j'ai eu envie de t'interviewer depuis que j'ai vu le film de ton ami Sébastien Blémon qui s'articule autour de ton Vendée Globe 2022, que tu as en plus remporté, c'était trop sympa pour le film. Ça donne encore mieux. Alors tu es né à Saint-Nazaire et tu es, si je me trompe pas à présent, sur La Rochelle. C'est ça ?
Yannick - Oui c'est ça, tout à fait, je vis à la Rochelle.
AnBé - Donc bah c'est pas banal pour un montagnard d'être devenu navigateur... Non, je rigole.
Yannick - Je ne suis pas montagnard !
AnBé - Je sais ! Non mais... je faisais la belge qui connaît pas la France, je rigolais avec ça parce que j'ai vu sur une interview Vendée Globe que tu as dit si vous n'étiez pas coureur au large, vous seriez ? et t'as répondu guide de montagne.
Yannick - Exactement parce que j'adore la montagne et j'y vais très souvent.
AnBé - Donc tu vois, la vanne finalement n'était pas trop loin. Alors première chose, tu étais donc ingénieur de formation, donc c'était pas du tout ton but premier, la voile ?
Yannick - Non, je faisais de la voile depuis longtemps, mais c'était ma passion, mon sport, mais pas mon métier. Et au fur et à mesure des courses que j'ai fait, des rencontres que j'ai pu faire, j'ai décidé d'arrêter mon métier d'ingénieur pour me consacrer à ce sport, à cette passion de la course au large.
AnBé - Tu es tombé dedans avec... Est-ce que c'est Yves Parlier qui a été la rencontre la plus déterminante dans le changement d'orientation ?
Yannick - Oui, tout à fait. Oui, oui, ça a été Yves Parlier parce que j'ai eu la chance de travailler avec lui. Et puis il m'a fait énormément confiance puisqu'on a travaillé sur la construction de ses bateaux, sur ses routages météo, sur plein de choses. Et à l'époque, Yves Parlier c'était la référence puisqu'en météo on l'appelait l'extraterrestre dans le milieu. Donc faire confiance à un petit jeune comme moi qui débarquait, c'était une grande marque de qualité de sa part. Et puis voilà, et puis à un moment donné, je me suis dit « tiens, mais ce qu'il fait lui en solitaire, est-ce que je pourrais pas essayer de le faire un jour ? » Et du coup, en 99, j'ai eu l'idée de construire un petit bateau de 6 mètres 50 pour faire ma première transatlantique. Et au lieu de partir en équipage, je suis parti tout seul. Voilà.
AnBé - Oui voilà, tu l'as construit de A à Z. Yves Parlier c'est jusqu'au boutiste incroyable. C'est dans le film de ton ami Sébastien. C'est quand même le Vendée Globe le plus mythique d'après moi. Terminé comme ça.
Yannick - Oui, ça fait partie des grandes histoires du Vendée Globe, comme celle aussi de Loïck Peyron qui était allé chercher Poupon, Philippe Poupon qui était à l'envers dans les mers du Sud. Enfin, il y a des histoires comme ça, des légendes du Vendée Globe, des images qui seront inoubliables et qui font la légende de cette belle aventure, de cette belle course.
AnBé - Donc, cette mini Transat, sur un bateau que tu as fabriqué toi, mais ça prend combien de temps de fabriquer un bateau comme ça ?
Yannick - Un certain temps, comme on dirait, ça dépend du temps, de l'argent qu'on a. Nous, on faisait ça, c'était une construction amateur avec des amis d'Arcachon ici sur le bassin. Et du coup, ça m'a pris une bonne année pour arriver à construire un bateau alors qu'on n'y connaissait rien du tout. Il a fallu tout apprendre, les matériaux composites, plein de choses. Mais ça a été passionnant. Et puis, lorsqu'on met à l'eau son premier bateau qu'on a fait de ses propres mains, c'est toujours plus fantastique. Et lorsqu'on a la chance de courir après dessus. Donc, c'était une belle aventure. C'était un beau début.
AnBé - En plus, tu l'as gagné, je pense, avec ce petit bateau.
Yannick - Alors je n'ai pas gagné celle de 1999 mais j'ai gagné celle qui a suivi en 2001 où là j'ai reconstruit un nouveau bateau et je me suis servi de l'expérience de la première où j'avais terminé 9ème avec plein de galères pour construire un bateau bien meilleur et puis avec une expérience de transatlantique en solitaire derrière moi et j'ai gagné les deux étapes en 2001 de la mi-transat entre la Rochelle et les Canaries et les Canaries Salvador de Bahia au Brésil.
AnBé - Tu as encore des souvenirs de la découverte de la navigation en solitaire au long cours ?
Yannick - Oui carrément, parce que pour moi c'était certainement ma plus belle victoire, enfin ma plus belle expérience aussi, parce que je n'y connaissais rien du tout et que j'ai tout découvert. Et le stress, la peur, l'humidité, le bonheur, les nuits étoilées dans les Alizés, la glisse sur des petits bateaux qui sont des kartings. Et tout ça c'était top.
AnBé - Un souvenir qui te reste en particulier, quand on parle de ce machin-là tu as une image qui te vient ?
Yannick - J'en ai plein, c'est trop dur d'avoir une seule image
AnBé - C'est l'album entier qui lui arrive dans la tête.
Yannick - Oui oui, j'en ai plein, j'en ai plein, plein, plein. L'arrivée à Bayard, bien sûr, dans la baie de Tous les Saints, de nuit, où je savais que j'avais gagné le classement général, mais je savais pas que j'étais en train de gagner la deuxième étape aussi, parce qu'il faut savoir que la mi-transat, c'est une course sur laquelle on a zéro information, on a aucun moyen de communication, donc c'est vraiment du solitaire solo. Et c'est une course pour les puristes, je trouve c’est bien de commencer par-là, avant de partir sur les grandes courses océaniques qu'on fait après, par là. suite.
AnBé - Le Vendée Globe vous êtes beaucoup plus connectés. C'est mieux ou c'est moins bien d'être tout le temps connecté finalement ?
Yannick - C'est bien aussi parce que c'est bien d'envoyer des images, c'est bien de partager, c'est bien d'emmener tous les gens qui restent à terre avec nous dans nos aventures. Donc de ce côté-là c'est bien, après comme expérience personnelle, philosophie morale, de se retrouver seul face à soi-même pendant plus d'un mois avec aucune communication avec la terre, c'est une belle expérience aussi, j'en garde un très très très bon souvenir. Je ne suis pas un solitaire dans l'âme, mais de temps en temps j'aime bien partir sans donner de nouvelles à personne et que l’on ne m’en donne pas aussi. De ne pas avoir de contact humain sur une période de trois semaines, c'est une belle expérience et ce n'est pas tout le monde qui a la chance de pouvoir faire ça, surtout dans la société actuelle dans laquelle on vit.
AnBé - Ouais, carrément. Tout à fait d'accord. Ah oui, j'avais vu une note de 1999, c'est la première mini-transat, c'était avec Arnaud Boissière. Là, vous l'aviez fait à deux alors ?
Yannick - Non, on avait construit deux bateaux, on était partis seuls, chacun sur nos bateaux.
AnBé - Arnaud, lui, c'est quatre Vendée Globe déjà.
Yannick - Ouais, tout à fait ouais.
AnBé - Terminé, à l'actif, waouh, c'est chapeau quoi. Oui, j'avais entendu un qui disait qu'il faut être fou pour en faire un deuxième.
Yannick - Ouais, Christophe Fouga.
AnBé - Il y en a qui confirment la folie, c'est bien.
Yannick - Ouais bah on devient de plus en plus fou.
AnBé - C'est le plus jamais de la cuite et on recommence après.
Yannick - C'est ça, ça peut être ça aussi.
AnBé - Alors en 2008, premier Vendée Globe a duré deux jours. Ça fait très mal après une prépa de quatre ans je pense, et même dans la tête de vingt ans tu disais.
Yannick - Oui, c'est douloureux parce que c'était la grosse aventure, la grosse échéance. Et puis de s'arrêter aussi tôt, d'abandonner aussi tôt, c'est comme dans n'importe quel sport. En formule 1, le premier virage, on va dans les graviers et puis tout s'arrête. C'est dur parce qu'on est seul, mais il y a beaucoup de personnes qui travaillent avec nous sur ces projets-là. C'est une immense déception pour tous ceux qui nous ont aidés et qui nous ont permis d'être au départ.
AnBé - Et c'était quoi ? C'était un mât qui avait cassé? Je sais plus. C'était un mât ?
Yannick - Un mât est tombé dans le golfe de Gascogne. Sur cette édition de 2008, on est six ou sept bateaux à démâter à peu près dans les mêmes conditions. Donc c'était un pas de bol mais aussi, enfin voilà, c'était le destin.
AnBé - Oui, il y avait beaucoup de casse.
Yannick - Il y avait eu beaucoup de casse, il y avait une grosse mer formée. Et du coup, c'est pas passé pour moi.
AnBé - Et donc 12 ans pour revenir. 12 ans parce que fallait le temps de se dire bon allez, tant pis, on ne reste pas sur un échec ou ?
Yannick - Non, parce que oui j'avais arrêté un peu la course au large par déception et puis par sacrifice, ça demandait beaucoup de sacrifices. Et puis je m'étais concentré pour lancer une petite entreprise, la société Watt & Sea, à côté pour les hydrogénérateurs. Pendant deux ans, j'ai vraiment plus navigué. Après, je suis revenu par la petite porte en classe 40 où j'ai regagné des courses, notamment la Transat Jacques Vabre en 2011 et puis 2015. Et puis au fur et à mesure, j'ai essayé de remonter un projet, en re-forçant le destin, c'est-à-dire en achetant un bateau sans avoir de sponsor, puis revendant un bateau pour avoir un bateau meilleur, etc. jusqu'à rencontrer Maître Coq qui est toujours mon partenaire actuel. Mais il m'a fallu beaucoup de temps pour arriver à trouver un bon bateau, m'entourer d'une équipe professionnelle autour de moi et puis surtout trouver des partenaires solides. Voilà donc c'est 12 ans, mais bon j'ai fait ça bien puisque je suis arrivé à le gagner au bout de 12 ans. Donc voilà, ça m'a pris du temps et ça m'a permis d'être le plus vieux vainqueur du Vendée Globe, je crois, voilà c’est ce que l’on m’a dit à l’arrivée.
AnBé - Ah ouais? Ah bah voilà. Merci pour le coup de vieux. Laissez-moi célébrer la victoire d'abord, c’est gentil
Yannick - Oui, au journal de 13 heures en direct, on m'a annoncé cette nouvelle, j'avais même pas cogité ça, mais voilà.
AnBé - Excellent, excellent. Ouais, le Watt & Sea, ça n'a pas été quelque chose qui avait commencé à être conçu par un autre marin mythique, Éric Tabarly, c'est ça ? C'est correct ?
Yannick - Oui, Éric Tabarly avait lancé les premiers hydrogénérateurs à l'époque, avec bien sûr de la technologie qui était beaucoup moins performante, mais c'était dans ses idées. J'ai d'ailleurs gardé des photos en noir et blanc d'un départ d'une transat anglaise en 76 ou 78, où on voit Pen Duick avec un énorme hydrogénérateur à l'arrière. Et voilà, et puis nous, par la suite, on a eu l'idée de se lancer dans cette aventure-là.
AnBé - Donc le Pen Duick c'était le bateau de Tabarly oui.
Yannick - De Tabarly, d'Éric Tabarly, tout à fait.
AnBé - Ça commence à équiper pas mal de bateaux, notamment sur le Vendée Globe, non ?
Yannick - Sur le Vendée Globe, en course, on équipe tous les bateaux et en plaisance, on a aussi beaucoup de clients grâce à la vitrine de la course au large en fait.
AnBé - Et ça génère combien ?
Yannick - On arrive à sortir entre 600-800 watts même maintenant. Donc ça fait pas mal d'énergie pour un bateau. En énergie positive, puisqu'on produit plus que les besoins d'un bateau de course déjà.
AnBé – Super, et alors, tu travailles aussi sur un système à ultrason pour éviter les collisions avec les cétacés.
Yannick - Non, je ne travaille pas dessus. Je l'ai acheté à des pêcheurs australiens qui utilisaient ça sur leur filet pour éviter d'avoir des cétacés qui viennent se prendre dans les filets. Du coup, pendant le Vendée Globe, j'ai mis ça dans ma quille et je pense que ça m'a évité peut-être. Je n'ai pas rencontré de cétacés en travers ma route, donc c'est que ça a peut-être fonctionné.
AnBé - D'accord, c'est vrai que parfois, ils te disent un gros paquebot, normalement ils l'entendent. Les collisions avec les cétacés, c'est plutôt les petites embarcations ou c'est les grosses aussi ?
Yannick - Non les gros aussi c'est vraiment un problème des fois. Alors je sais pas si c'est parce qu'ils dorment entre deux eaux ou quoi. Je sais pas, on sait pas trop à quoi c'est dû, mais moi ça m'est arrivé trois fois de taper des baleines.
AnBé - Ah mince, oui effectivement. Donc c'est bien de trouver une solution, carrément.
Yannick - Oui oui.
AnBé – Alors, tu es connu pour ne jamais lâcher, donc effectivement, tu viens de nous expliquer comment ça se passe, de revenir. Donc c'est ça, dans le podcast, j'essaie aussi de donner les tuyaux des meilleurs, justement ceux qui lâchent rien pour réaliser leurs projets, parce qu'on voit qu'en général, un rêve qui se réalise, c'est beaucoup de sueur aussi. C'est pas comme sur du velours. Donc toi, qu'est-ce qui t'a aidé à tenir à revenir vers ton rêve comme ça ?
Yannick - Ouais, comme tu le dis, quand t'as un rêve dans la tête, t'as envie d'aller au bout, coûte que coûte. Même s'il faut être patient, et remettre à plus tard les échéances. Je sais pas moi j'ai envie de me lever le matin avec des projets qui me motivent et je suis prêt à tout faire pour ça. Donc voilà, non rien lâcher, croire en sa bonne étoile. Continuer d'avancer malgré les embûches qui sont sur la route. Parce que ce qu'explique bien le film, les rêves ne meurent jamais d'ailleurs, c'est qu’aboutir à sa passion, son rêve, c'est pas un long chemin tranquille. Il faut accepter les échecs et c'est grâce à nos échecs certainement qu'on arrive à ses fins. Et donc on met beaucoup en avant l'échec. Enfin moi je mets beaucoup en avant l'échec. On apprend plus de ses échecs que de ses victoires, j'ai souvent à dire. J'ai plein d'exemples là-dessus d'ailleurs et donc voilà.
AnBé - Moi aussi. (rires)
Yannick - C'est important de le dire aux jeunes parce que les jeunes ont peur de l'échec et parce que la société leur fait peur par rapport à ça. Il faut absolument réussir, réussir et réussir de suite. Mais non, c'est pas ça la vie.
AnBé - Et sur les réseaux sociaux sur lesquels ils sont énormément c'est toujours ça réussir ça en trois jours gagner de l'argent facile à vie voilà faites ça en un mois, non attend les choses prennent du temps point.
Yannick - Non mais la vraie vie c'est pas ça, c'est sûr que la vraie vie c'est pas ça donc voilà, c'est important de leur expliquer. Et puis moi ça a vraiment été un peu toute ma carrière ça a été un peu ça quoi. Il y a eu des victoires, il y a eu des gros échecs, des victoires derrière et des gros échecs encore. Et puis il y en aura certainement encore et tant mieux.
AnBé - Oui, après c'est pas un échec du Vendée Globe, c'est la casse qui t'a fait arrêter le premier Vendée Globe. Dans ta tête, ça a toujours été clair pour toi que t'allais le refaire ?
Yannick - Non, non, parce qu'il faut du temps, il faut accepter. Et puis si tu veux, il y a vouloir le refaire et le refaire, alors la volonté je l’avais certainement, sinon je n'y serais pas arrivé, mais il faut soulever des montagnes, il faut réunir des budgets, il faut trouver de l'argent pour acheter des bateaux. Alors là aussi, c'est beaucoup de petits échecs parce que des rendez-vous partenaire, j'en ai fait un paquet, des portes qui se ferment, des « monsieur votre dossier est intéressant mais nous on pourra pas » etc. Donc ça c'était tous les jours et malgré ça c'est à force de tenter que les opportunités arrivent donc j'ai peut-être un peu forcé le destin par moment avec de la réussite.
AnBé - C'est statistique, plus on essaie, plus on a de chance de réussir. (rires)
Yannick - C'est comme le loto. (rires)
AnBé - Exactement, 100% des vainqueurs ont joué un jour. (rires)
Yannick - Exactement. (rires)
AnBé - Emmène-nous sur le Vendée Globe avec toi. D'abord, pour ceux qui ne connaissent pas très bien, je dis, je n'ai pas que des navigateurs dans les gens qui m'écoutent. Donc le Vendée Globe, c'est quoi ?
Yannick - C'est un tour du monde à solitaire sans escale qui part des Sables d'Olonne, qui fait le tour du monde en passant par les trois capes le cap de Bonne-Espérance, le cap Leeuwin, le cap Horn et qui revient au Sable d'Olonne.
AnBé - Voilà. Et donc la durée, c'est environ trois mois.
Yannick - Oui, à peu près. Moi j'ai mis 80 jours mais les meilleures éditions précédentes, je crois que c'est Armel Le Cléac’h qui doit avoir le record à 74 jours.
AnBé - Respect. Vas-y, emmène-nous avec toi. Raconte-nous la prépa du bateau, le départ.
Yannick - La préparation du bateau, c'est une longue préparation puisque c'est 3, 4 ans de préparation avec différentes courses de qualification à faire, entraînement, mise au point, donc c'est beaucoup de temps passé sur l'eau à préparer tout ça.
AnBé - Je crois que tu avais très fort retravaillé la solidité du bateau, en disant on ne me le fera plus le coup.
Yannick - Oui, beaucoup travailler la fiabilité plus que l'innovation. C'est à dire que nous, on est arrivé dans une ère des foils où on fait voler nos bateaux et c'est vrai que des bateaux avec des foils plus grands que les miens commençaient à sortir. Et plutôt que de faire une mise à jour de mon bateau, j'ai préféré garder ce que j'avais pour essayer de naviguer le plus à 100% de ce potentiel que j'avais plutôt que d'être à 80% d'un bateau plus puissant. Donc j'ai préféré. passer des longues heures d'entraînement sur l'eau, de navigation, d'entraînement au Portugal, on était parti à Cascais au Portugal, s’entraîner. Je pense que j'étais un des marins qui avait le plus navigué sur mon bateau. Donc j'ai préféré fiabiliser plutôt qu'augmenter la performance du bateau en passant des longues heures en chantier. Voilà, et c'est un choix qui a été payant parce que j'avais peut-être pas le bateau le plus performant mais j'avais un bateau que je connaissais par cœur et avec une bonne fiabilité pour gagner une course d'endurance comme le Vendée Globe.
AnBé - Alors le départ, ça fait quelque chose?
Yannick - Le départ, c'est bizarre parce que tu sautes un peu dans le grand bain. C'est trois mois où tu ne vas plus être à terre. Donc tu sais que tu vas vivre une tranche de vie en concentré où va se passer plein de choses. Il va y avoir des bons moments, mais il va y avoir des moments très difficiles. Donc ça, avant de partir, tu le sais. Après, nous, on est parti dans des conditions assez exceptionnelles puisque c'était en plein Covid avec des conditions sanitaires où il n'y avait plus personne sur les quais, il n'y avait plus personne dans le chenal. Donc c'est le paradoxe de ça, c'est que c'était plus facile de quitter la terre plutôt que de voir les amis, la famille pleurer sur les pontons. On était déjà parti 15 jours avant dans notre tête. Moi j'avais dû au revoir à mes enfants, à mes filles 15 jours avant donc j'étais déjà plus ou moins parti avant que le départ soit donné, ça a peut-être un peu facilité la rupture, entre cette vie de terrien et cette vie de marin. Et voilà, et puis le top départ lancé.
AnBé - T'es le seul avant à avoir embrassé le trophée apparemment de partir.
Yannick - Il y avait personne sur le ponton, il y avait personne à embrasser, donc j'ai pris le trophée et je l'ai embrassé. Ça va donner plein d'idées à plein de skippers pour la suite je pense.
AnBé - Oui ça va devenir un petit geste mythique.
Yannick - Top départ, un départ prudent. On a du mal à ne pas se mettre en course au début quand on part pour trois mois avec un bon vol de la patrouille de France pour nous dire adieu au-dessus de nos têtes et puis très vite, c'est le golfe de Gascon qu'on traverse avec une dépression theta très creuse au large des Canaries, ce n'était pas des positions normales pour des dépressions à cette époque-là. Mais déjà, on a été très pris dans le vif du sujet quelques jours après le départ avec une dépression très creuse à traverser.
AnBé - Et puis alors les grands moments, je crois que Sébastien il avait choisi de repêcher au pot-au-noir dans l'histoire.
Yannick - Oui, le pot-au-noir, jusque-là tout va bien parce que je connais un peu la route, je l'ai passé plusieurs fois. Donc après c'est la descente, les températures remontent.
AnBé - Explique le pot-au-noir, c'est un endroit où c'est des vents qui changent, non ?
Yannick - C'est un endroit très perturbé parce que c'est un endroit où il fait très chaud, où il y a beaucoup d'échanges terre, air, on va dire, de température, de nuages, d'évaporation d'eau, donc des endroits sans vent et puis d'un seul coup des grains nuageux qui se chargent d'eau et qui retombent avec des vents violents, des pluies violentes, des orages. Donc c'est une zone qui peut être plus ou moins large. C'est la zone de convergence intertropicale en termes scientifiques météo, on l'appelle comme ça. Et parfois on peut la traverser sans quasi s'arrêter parce qu'elle est toute fine et parfois elle est très large et ça peut durer plusieurs jours.
Donc c'est des endroits pour nous marins en solitaire qui demandent beaucoup d'efforts et de manœuvres parce que le vent il varie tout le temps en direction et en force. Donc c'est des endroits qui peuvent être assez fatigants physiquement mais aussi moralement. Il fait très chaud, très humide, avec un vent qui n'est pas stable du tout. Donc on aime bien sortir du pot-au-noir pour récupérer après les alizés de l'hémisphère sud pour descendre l'Atlantique sud.
AnBé - Voilà, et ça c'est les mers du sud, alors ça c'est aussi quelque chose.
Yannick - Avant les mers du Sud, il y a toute l'Atlantique Sud à descendre jusqu'à Bonne-Espérance, jusqu'à l'Afrique du Sud, là aussi, il y a l'Anticyclone de Sainte-Hélène à traverser qui n'est pas une mince affaire et c'est pour ça qu'on fait des routes très particulières. Pour aller à l'Est, on longe le Brésil, ce qui ne paraît pas très cohérent, mais au niveau météo, c'est ce qu'il faut faire pour tourner autour de l'Anticyclone de Sainte-Hélène et éviter les dévents dans son centre. Et après, effectivement, comme tu dis, l'entrée des mers du Sud qui se situe au niveau de Bonne Espérance de l'Afrique du Sud, où là on part pour trois semaines de manège, ce que j'ai l'habitude d'appeler le manège enchanté puisque c'est le tour de l'Antarctique, jusqu'au Cap Horn et dans des conditions qui là commencent à être un peu plus extrêmes, avec des vents violents, des mers assez fortes et une température qui dégringole assez vite, puisqu'on descend jusqu'à 60 sud.
AnBé - C'est là que tu avais eu des creux de 8, 10 m parfois, oui.
Yannick - Oui, avant le Cap Horn, avant la sortie de la mer du sud j'ai eu 10 m de creux avec 70 nœuds de vent. Donc ça commence à faire...
AnBé - Tu dors plus dans ces cas-là, tu ne sais plus récupérer.
Yannick - Tu dors mal, c'est pas très confortable et très agréable. Mais c'est très beau par contre. On voit la nature dans toute son effervescence et ce n'est pas tous les jours qu'on va naviguer dans ces mers-là. J'ai l'habitude de dire que les mers du Sud, tout est XXL, c'est-à-dire que tout est plus dur, il fait plus froid, la mer est plus grosse. Mais les lumières, la luminosité est plus belle. Les oiseaux sont plus grands, puisqu'on a des albatros de 4 mètres d'envergure qu'on ne voit jamais dans nos latitudes et qui nous suivent pendant des jours en planant derrière les bateaux. C'est vraiment le côté XXL des émotions. C'est marrant parce que c'est un endroit qui me faisait très peur, mais c'est l'endroit que j'ai adoré naviguer pendant ce Vendée Globe là. Et c'est marrant comment c'est fait ça.
AnBé - C’est marrant, moi à la limite, quand je voyais les images quand c'était la pétole, pas de vent, tout calme. Je me suis dit, oh, paradisiaque, toi, t'aurais bouffé ton t-shirt à ce moment-là.
Yannick - Non. C'est plus dur pour nous.
AnBé - T'as même failli te planquer à l'eau, il y en a qui disent!
Yannick - Oui pour pousser le bateau mais c'est tellement difficile de ne pas naviguer, d'être arrêté. Alors que lorsqu'on est poussé par le vent, moins on avance sur la carte et moralement c'est plus facile d'avancer que d'être à l'arrêt quoi. Surtout lorsqu'on est en course.
AnBé - Ah ouais, je crois que Sébastien et moi, on aurait sorti les lunettes de soleil, les transats sur le pont. On aurait enfin été heureux. (rires)
Yannick - Ouais. (rires)
AnBé - Ouais, on est des marins d'eau douce, ça y a pas de doute. (rires) Donc ça, c'était vraiment dur pour le moral, Alors comment tu fais pour tenir dans la chaleur et ce truc qui n'avance pas ?
Yannick - Comment tu fais, bien tu batailles de toute manière, tu ne réfléchis pas, tu changes de voile souvent aussi parce qu'il faut gagner mètre par mètre pour se sortir de ces conditions-là. C'est très difficile de se sortir des zones sans vent puisque tu n'avances pas déjà. C'est plus les systèmes climatiques qui te passent sur la tête que toi qui joues avec. Donc voilà, tu prends ton mal en patience et tu essaies de faire avancer le bateau et tu regardes toutes tes heures le classement et tu vois que tu te fais rattraper et tu as envie de tout casser.
AnBé - Et t'avais même plus ta bouteille puisque tu l'avais donné à Neptune, donc c'était une bouteille de quoi que tu verses en passant l'équateur ?
Yannick - Cognac Godet pour ne pas faire publicité, très bonne marque, charentaise.
AnBé - Ha ha ha ! Voilà, ça c'est une tradition apparemment. Je me demande quels sont les animaux qui ont compris le coup qui suivent les bateaux à cette zone. (rires)
Yannick - (rires)
AnBé - Je me demandais, point de vue repos, tu fais aussi des astuces en autohypnose ou toi, je crois que t'as pas trop de difficultés, tu tombes, tu te relèves ?
Yannick - Non, moi quand t'es fatigué tu dors tout seul. Après j'essaye de jamais dormir plus d'une heure, plus de 60 minutes parce que t'es en course, il peut se passer tellement de choses, le vent varie, la vitesse du bateau, le contrôle. Donc je fais des quarts de 60 minutes maximum que je multiplie le plus de fois dans la journée ou dans la nuit, sachant que le corps humain est bien fait comme une plante, on dort mieux la nuit que le jour. Donc j'essaie de faire plus de quarts de nuit de 60 minutes que de la journée. Mais au bout de 24 heures, ça fait quand même pas mal de petits bouts de sommeil cumulés, donc c'est comme ça qu'on arrive à se reposer.
AnBé - Tu fais des études de ton sommeil avant pour voir un petit peu les phases de meilleure récupération ?
Yannick - Non, par curiosité j'étais à l'hôpital faire 48 heures en chambre avec des électrodes partout pour un peu voir la différence entre le sommeil léger, paradoxal, profond etc, mais c'était juste de la curiosité, ça ne m'a pas apporté grand-chose. Il n'y a pas d'entraînement pour le sommeil, à part le fait de se connaître et d'avoir l'expérience et l'habitude. Mais il n'y a pas d'entraînement spécifique, pour ça je ne m'amuse pas chez moi à mettre le réveil toutes les heures pour m'entraîner.
AnBé - De toute façon, si t'as eu des enfants, je veux dire le sommeil coupé, tu connais, normalement.
Yannick - Non, ils ont dormi très vite.
AnBé – Oh la vache ! J'ai pas eu les mêmes modèles.
Yannick - Il faut leur mettre un peu de cognac dans le biberon, ça aide.
AnBé - Ah, il n'y a pas qu'à Neptune, (rires) C'était bien sûr une blague. Si je te parle d'une nuit en enfer, tu verras certainement celle dont je veux parler.
Yannick - Oui, oui, ça a été le sauvetage de Kevin Escoffier. Quand PRB a coulé, ça a été compliqué de déjà faire demi-tour parce qu'il faut rouler les voiles, remonter au vent, ça tape fort et puis derrière, la recherche toute la nuit en n'ayant aucun moyen de communication avec lui, en pensant que ça ne servait à rien, avec une température ambiante de 6°C, une mer forte, un vent fort. Donc il a eu beaucoup de chance qu'au petit matin, je vienne quand même le récupérer.
AnBé - Et plus les heures passent, on sait bien que chaque heure, c'est une chance en moins de le récupérer.
Yannick - Oui, dans cette température-là, c'est sûr que plus les heures passaient, plus je pensais que ça allait être vraiment compliqué de sortir de cette histoire-là.
AnBé - Comment on sa casse un bateau comme ça au point de couler ?
Yannick - C'est un problème structurel, un bateau qui a été modifié justement, qui était avec des dérives droites et qui est passé avec des grands foils. Et voilà, ça peut casser. On essaye grâce à nos jauge IMOCA d'avoir des normes de sécurité de plus en plus importantes et structurelles aussi. Mais bon, on n'est pas à l'abri de ce genre d'expérience, sachant qu'on fait tout pour éviter ça, bien sûr.
AnBé - Oui, tu as dit que ça avait été très dur déjà ça et puis se remettre dans la course parce que tout à coup la course s'arrête complètement dans la tête. C'est clair que revenir avec un pote en moins, c'est juste pas envisageable. Donc on a quelque part déjà éclipsé la course et puis se remettre dedans, il t'a fallu un petit temps.
Yannick - Oui, bien sûr, parce qu'au petit matin quand il faut repartir, réattaquer, on se pose des questions. Si le bateau du voisin a cassé, pourquoi le nôtre il tiendrait ? Donc c'est pas évident de se remettre en mode j'oublie l'accident et je remets la poignée dans le coin. Et donc voilà, pour moi ça s'est bien passé parce que quand l'accident est survenu, j'étais quatrième en fait, et on s'est fait doubler par des bateaux pendant la nuit de recherche, du coup j'ai redoublé tous les bateaux que j'avais déjà doublés donc ça aussi ça m'a un peu remis du rouge un peu dans les yeux et je me suis fait un plaisir à les rattraper un par un jusqu'à prendre la tête le 16 décembre du Vendée Globe.
AnBé - Ça c'est l'esprit de compétiteur qui a repris le dessus. Très compétiteur dans l'âme alors ?
Yannick - Oui, j'aime bien ça, j'aime bien la compétition, c'est sûr. J'aime pas être derrière.
AnBé - Si tu ne faisais plus de compétition, tu continuerais à naviguer ou ça perdrait tout intérêt pour toi ?
Yannick - Ah oui, c'est le programme d'après Vendée Globe d'ailleurs. De faire de la croisière et de faire partager d'ailleurs, d'amener des gens en mer, en transatlantique, en croisière, oui, j'ai quelques idées derrière la tête.
AnBé - Génial. Il y a du bruit en fond, je ne sais pas si…
Yannick - Il y a du bruit en fond ? Ah non pas trop, c'est bizarre.
AnBé - Ouais. Menteur.
Yannick - Faites pas de bruit autour de moi là, s'il vous plaît. (rires)
AnBé - Vers la fin, tu étais parti pour une petite récupération d'une heure, apparemment, puisque tu disais une heure, mais il a duré beaucoup plus longtemps.
Yannick – De ?
AnBé - Une récupération, un gros dodo.
Yannick - Ah oui, c'est pas vers la fin, c'est après le Cap Horn.
AnBé - C'est après le cap Horn. D'accord.
Yannick - Parce que tu t'es fait brasser pendant 3 semaines avec plein de soucis de casse tout. Et puis après le Cap Horn, je remontais et puis la température remonte également et puis le vent s'est calmé, la mer s'est rangée et je suis parti pour un petit repos d'une heure et j'ai oublié de lancer le réveil. Et du coup, je me suis couché, le soleil tombait et je me suis réveillé, le soleil se levait, donc j'ai dû dormir un peu plus de six heures d'affilée. Et par chance, le vent n'a pas bougé et j'ai même gagné de la distance sur mon poursuivant, sur le deuxième, tout en dormant. J'étais hyper, hyper fier de moi.
AnBé - L'autre il était peut-être un peu énervé quand même mais...
Yannick - C'était pas prévu comme ça. Oui, puis je l'ai bien dit dans les médias.
AnBé - Tu sais qu'en plus je dormais ! Oui c'est ça, le pauvre !
Yannick - Voilà, exactement. Exactement.
AnBé - Mais ça tu crois que ça a pu t'aider pour la suite, pour la prise de décision etc. Parce que ça aussi c'est un aspect qui m'intéresse, la prise de décision quand on est comme ça.
Yannick - Je pense qu'on était tous fatigués, c'est peut-être arrivé à d'autres skippers aussi. Je pense qu'il m'a beaucoup aidé c’est que pendant un mois, j'ai été poursuivi par les autres. Et lorsque je me suis fait doubler au large du Brésil, puisqu'il n'y avait plus de vent, je me suis retrouvé en position de chasseur, donc beaucoup plus libre de mes choix de route et de mes options. C'est peut-être ce qui m'a aidé les derniers jours avant l'arrivée de prendre cette option au large des Açores et de partir tout seul dans le nord parce que je poursuivais les autres.
AnBé - Ouais, t'as fait un petit coup de poker pour terminer.
Yannick - Non, ce n'est pas un coup de poker, c'est des calculs de route que j'avais fait et qui ne me faisaient pas prendre plus de risques que si je faisais la route directe à suivre tout le monde. Quand il n'y a pas plus de risques, il y a peut-être une chance d'avoir un petit peu plus de vent et d'aller plus vite. Tu dis vas-y, tente le coup, que je sois cinquième ou sixième. Moi, je voulais gagner.
AnBé - Oui, Oui.
Yannick - Je voulais récupérer la place qu'on m'avait volée.
AnBé - Voilà, sale valeur ! (rires) Très malhonnête, il était certainement très malhonnête. Non, c’était drôle, parce que c'est vrai que t'étais le seul à avoir choisi cette route-là, non ?
Yannick - Ouais mais après j'ai été suivi par Thomas Ruyant.
AnBé - D'accord. Qui sait dit tiens, pas bête.
Yannick - Ouais, et qui lui a cassé son bout dehors et qui a pas pu l'exploiter à 100% mais oui, on est tous les deux à avoir pris un peu cette route-là.
AnBé - Qui t'a permis de revenir beaucoup plus vite que les autres du coup vers la côte. Alors là, l'arrivée, tu as proclamation des résultats, podium, ça fait quoi ?
Yannick - Ça fait bizarre, on a du mal à s'en rendre compte, on a du mal à réaliser. Déjà, on a du mal à réaliser qu'on vient de terminer un tour du monde, qu'on est parti au mois de novembre, on a du mal à réaliser qu'en plus, on vient de le gagner. C'est un bonheur quand l'équipe technique met le pied sur le bateau, qu'on se retrouve plus tout seul à bord, à devoir tout gérer. On sent le poids du stress, on s’en rendait même pas compte, on l’a sur les épaules depuis 3 mois. On se sent tout léger. Et puis, lorsque la famille, lorsque mes filles sont venues à bord, et que ma plus jeune m'a dit « Tu as fait ton tour, papa, et en plus tu l'as gagné ». C'est un bonheur. C'est un bonheur, c'est l'impression d'avoir accompli quelque chose de grand, d'avoir réalisé son rêve. On est sur un petit nuage pendant longtemps.
AnBé - Et donc tu l'avais gagné, j'ai pas envie de dire grâce à, mais plutôt via la compensation, justement, octroyée pour la participation au sauvetage de Kevin Escoffier. Évidemment, ça provoque toujours quelques polémiques, mais moi je suis bien convaincue bien-fondé du timing de compensation, mais par contre, j'ai trouvé une interview de ton pote Sébastien, à qui le journaliste Bastien Loquet a demandé si tu allais refaire un Vendée Globe suite à cette victoire. Sébastien, il a dit, j'en sais rien, mais il a dit quelque chose d'un peu rigolo ce matin. Il a dit, j'ai gagné, mais je suis pas passé la ligne en premier, donc je vais devoir le refaire.
Yannick - C'est peut-être ce qui me motive le plus, c'est vrai que, j'ai envie d'y retourner, c'est une chance. Moi, j'ai couru après ça toute ma vie, d'avoir des sponsors, de pouvoir faire le tour du monde, le Vendée Globe et tout. Et maintenant que j'ai ça, que j'ai la chance, que c'est mon partenaire, en plus, qui m'a proposé de repartir, j’ai eu un coup de fil deux jours après l'arrivée et il m'a dit qu'est-ce tu fais pour les quatre années à venir? J'ai dit, attendez, je vais réfléchir un peu. Et donc cette chance-là, oui, j'ai envie de continuer à vivre de cette passion-là parce que c'est une vie quand même trépidante et puis d'y retourner. Et c'est vrai que ce qui me motive le plus pour faire un beau Vendée Globe, c'est ce que j'ai dit, j'ai pas coupé la ligne le premier, même si j'ai gagné le Vendée Globe, donc il faut que j'y retourne. Et puis d'autre part, j'ai pas vu le Cap Horn, parce que je suis passé très au large, très au sud du Cap Horn, parce qu'il y avait du mauvais temps et j'ai pas vu le Rocher Mythique, donc ça fait quand même de bonnes raisons d'y retourner.
AnBé - Je tiens à te féliciter parce qu'un petit truc à l'arrivée du Vendée Globe, c'est qu'on se demande toujours quelle est la première chose que les marins vont demander en retournement sur Terre. Il y en a des steaks, il y en a des pizzas, toi c'était une bière. Bon alors j'espère qu'elle était bonne et j'espère qu'elle était Belge. (rires)
Yannick - Sans doute, mais fraîche ! (rires)
AnBé - Fraîche c'est le plus important. (rires)
Yannick - Là, c'est marrant, c'est ce qui me manquait le plus en bouche. Je ne suis pas un grand consommateur de bière, loin de là, mais j'avais envie d'une bonne bière.
AnBé - Mais donc la victoire ça ne s’est pas arrêté-là, je ne sais pas combien de temps c’était après le marin de l’année où tu avais été mais tu ne pensais absolument pas être élu.
Yannick - Oui, je ne pensais pas, si je savais que j’avais des chances quand même en gagnant le Vendée Globe, j’avais déjà été nominé en 2015, je crois. C’est un autre grand marin, Franck Cammas qui m’a dit avant que je ne monte sur scène, de toute manière c’est toi qui a le marin de l’année, mais ce qui était assez marrant, une grand salle Parisienne.
AnBé – C’est pas l’Olympia ?
Yanick - L’Olympia, merci !
AnBé - De rien, j’ai préparé. (rires)
Yannick - Pas moi. (rires)
AnBé - Ça ne se voit pas toujours. (rires)
Yannick - Non mais j’étais troublé parce que avant d’aller à l’Olympia, je sortais de l’Élysée quand même, ce n’est pas tous les jours qu’on sort de l’Élysée pour aller à l’Olympia.
AnBé - Non pas vraiment non. Enfin pas moi.
Yannick - Avec toute ma bande de pote, où on était invité par Monsieur le Président Emmanuel Macron. Donc, je suis allé avec toute ma bande de pote à l’Élysée pour recevoir la légion d’honneur et on partageait le pot avec notre cher Président et Brigitte et on a dû interrompre parce qu'on m'attendait à l'Olympia. Tu vois, quand même, c'est dommage. J'aurais bien profité de ce moment-là un peu plus longtemps.
AnBé - Excusez-moi, j'ai d'autres obligations, monsieur le Président. C'est classe, c'est classe.
Yannick - Voilà, donc j'ai reçu la Légion d'honneur et le titre de marin de l'année dans la même soirée, ce qui fait beaucoup pour un seul homme, mais c'était un très très bon moment qu'on a dignement fêté.
AnBé - Ah oui? Quand Sébastien me racontait qu'il savait plus où il était dans Paris.
Yannick - On dirait pas plus. Oui, mais c'est quelqu'un de fragile, Sébastien. (rires)
AnBé - Sébastien si tu nous entends désolé. Je ne couperai pas. (rires) Ouais c'est vrai que ça doit être THE soirée quoi. Il n'y en aura pas deux comme ça dans ta vie.
Yannick - Ouais, c'est classe. Et puis d'avoir la reconnaissance déjà des siens et je te promets que sans parler de politique ou quoi que ce soit, le discours qu'a fait le Président sur ma carrière, ça m'a énormément touché parce que c'était fait avec toute simplicité par un Président passionné de voile et de course au large d'ailleurs. Il me l'a dit en off après. Et voilà, ça fait du bien, ça fait plaisir d’être reconnu comme ça et d'avoir un parcours de carrière souligné par un grand homme d'état, un Président de la République, c'est quelque chose d'important pour un sportif ou pour n'importe qui d'ailleurs. Sur la Légion d'honneur, au début, franchement je ne comprenais pas pourquoi on me remettait la Légion d'honneur, parce que j'ai rien fait exceptionnel et c'est lui-même qui m'a dit mais c'est parce que vous êtes un exemple qu'on vous donne la Légion d'honneur. J'ai trouvé ça très bien.
AnBé - Ça, ça fait plutôt plaisir, ça c'est clair.
Valentine (10 ans) - Qu’est-ce qu’elle en a pensé ta famille quand tu as fait ce voyage ?
AnBé - Elle s’inquiétait, parce qu’elle se voyait très mal sans papa ou maman pendant autant de temps.
Yannick - Mes filles sont habituées parce qu'elles me voient souvent partir en mer et depuis qu'elles sont nées, c'est mon métier de faire de la course au large donc du coup, elles l'ont vécu à leur façon. Elles m'ont pas montré leur peine avant le départ, déjà elles ont été fortes par rapport à ça. Et puis après avec la victoire et tout, je pense qu'elles étaient très contentes, très fières de moi et très contentes à l'école de pouvoir se promener avec un papa vainqueur du Vendée Globe.
AnBé - Yes, ça le fait! Ok, la seconde Amandine.
Amandine (8 ans) - Est-ce que tu t'es déjà noyé ?
AnBé – Je me dis, bon écoute, j'ai l'interview, c'est que ça va!
Yannick - Ah bah non, bien heureusement sinon je serais pas là pour te raconter donc non non non j'ai jamais eu d'accident de ce type en bateau, heureusement.
AnBé - Ça marche, jamais eu de grosses frayeurs ?
Yannick - Non, on a toujours un peu des frayeurs, mais ça va.
AnBé - Ça va, elles sont rassurées. Si leur père veut faire de la voile, je crois qu'elles commencent à stresser.
Yannick - Ah bah il faut !
AnBé - Quels sont les moments que tu préfères dans ta discipline ?
Yannick - Les moments que je préfère ? Plein, plein, plein. Quand ça se passe bien à bord, que le bateau va vite, qu'il fait chaud plutôt, que ça glisse dans les alizés. Non, non, il y a plein de moments que je préfère, que j'aime bien. C'est toute la préparation des courses puis quand ça gagne, c'est encore mieux.
AnBé - Clairement.
Yannick - Mais non, non, c'est une question difficile à répondre parce que j'aime un peu tout, il n'y a pas de préférence.
AnBé - Sauf la pétole, ça on a compris.
Yannick - Oui, sauf la pétole et sauf les ennuis techniques aussi, parce que ça arrive parfois.
AnBé - Et sinon, les évolutions techniques que tu vois depuis le début de ta carrière.
Yannick - Les foils principalement, c'est devenu l’évolution technique principale sur nos bateaux. Donc, oui, on fait voler nos bateaux maintenant et on va de plus en plus vite sur l'eau. Donc ça, c'est une grosse évolution.
AnBé - Ça doit être des bonnes sensations aussi.
Yannick - Ouais, pas tout le temps, les décollages, oui, les atterrissages, c'est un peu moins agréable.
AnBé - Ah ok. Bah faut pas atterrir. (rires)
Yannick - Ouais, c'est ça, il ne faudrait pas atterrir, mais là, on fait constamment ça.
AnBé - Compliqué. (rires) C'est clair ! Quel est l'échec qui t'as le plus appris ?
Yannick - Le démâtage sur le Vendée Globe en 2008, évidemment, ça a été le plus difficile à digérer. C'est ce qui m'a permis de bien rebondir à tous les niveaux, au niveau entreprise avec Watt & Sea, puis au niveau sportif après avec ce nouveau Vendée Globe, 12 ans après.
AnBé - Tu penses que t'es revenu avec des autres armes mentales que la première fois ?
Yannick - Oui, avec plus d'expérience, plus de maturité, avec plein de choses en plus.
AnBé - Parce que comme tu disais que l'échec c'était quelque chose, on devait mettre davantage en avant et qu'il fallait pas en avoir peur.
Yannick - Tout à fait.
AnBé - Donc, on va bien t'en refaire parler. Et le succès dont tu es le plus fier ?
Yannick - Ouais. Mes deux victoires principales, c'est un mini transat en 2001 et le Vendée Globe dernièrement, 2021. Donc voilà, deux succès. Il y en a eu d'autres, mais ces deux succès à 20 ans de différence d'âge, c'est des succès importants pour moi.
AnBé - C'est un succès que tu partages avec une équipe. C'est vrai qu'on voit toujours en solitaire, mais derrière, il y a une sacrée équipe derrière tout solitaire, tout navigateur solitaire.
Yannick - Dans mon équipe, c'est 14 personnes à plein de temps pratiquement. Donc oui, ça fait du monde.
AnBé - Alors si tu avais en face de toi celui que t'étais à 20 ans, qu'est-ce que tu lui dirais ? De refaire, de ne pas refaire, les conseils à suivre et surtout à ne pas suivre.
Yannick - De ne pas écouter les autres et de faire à peu près la même chose ou mieux même si possible, de démarrer plus tôt encore.
AnBé - D'être encore plus têtu alors. Parce que tu as dit que c'était aussi bien ta qualité que ton défaut ?
Yannick - Essayer de perdre moins de temps. (rires)
AnBé – Dans ton monde, quels sont les conseils ou avis que tu entends souvent et qui sont complètement erronés d'après toi ?
Yannick - Je sais pas, non, franchement, je n'écoute pas les autres beaucoup, que quand c'est intéressant. (rires)
AnBé - Merci d'écouter les questions, c'est trop sympa. (rires)
Yannick - C'est que c’est intéressant. (rires)
AnBé - Moi j'espère. (rires) Alors c'est quoi les ingrédients pour réussir un rêve, un grand projet ?
Yannick - Comme on disait tout à l'heure, c'est de ne pas avoir peur des échecs déjà, et de foncer, de se donner tous les moyens, d'aboutir ses rêves, ses objectifs. Voilà, même si la route est longue, même s'il y a beaucoup d'obstacles, même si ce n'est pas le chemin, la ligne droite la plus directe. Voilà, ne pas hésiter à se relever, à continuer, à tenter, à tenter jusqu'à ce que ça fonctionne.
AnBé - Pour toi le succès c'est du talent, du travail ou surtout du travail et c'est le travail qui fait venir le talent ?
Yannick - C'est surtout du travail, ouais. C'est Jacques Brel qui disait dans le film que le talent ça existe pas.
AnBé - Ouais, tout à fait. On y revient. (rires) Est-ce qu'il y a une citation qui t'inspire ou une histoire qui te motive, un truc comme ça là ?
Yannick - Des histoires d'hommes et d'aventures qui m'inspirent certainement, mais pas de citation particulière.
AnBé - Et une histoire d'homme qui t’inspire, que nous on dirait Wouah quel mec !
Yannick - Non, dans la voile, il y a toutes les histoires des anciens, des Tabarly, des Moitessier, bien sûr, qui ont été très inspirantes, Bernard Moitessier qui a écrit un très beau livre, La Longue Route entre autres. Donc c'est des gens qui étaient certainement complètement décalés par rapport à leur époque.
AnBé - Et Moitessier, moi je ne connais pas son histoire, tu peux en deux mots nous en dire plus ?
Yannick - Moitessier est parti faire la première course autour du monde en solitaire d'Angleterre, donc là ils partaient tous un peu quand ils voulaient. Et puis après avoir fait le tour de l'Antarctique, passé le Cap Horn, il était largement en tête, plutôt que de remonter en Angleterre pour rejoindre un monde de terrien qui ne lui plaisait pas trop, il a décidé de faire un deuxième tour. Voilà, donc il a fait durer le plaisir. Et puis dans le cadre de son deuxième tour, il s'est arrêté en Polynésie, puis s'est posé là-bas, il s'est marié avec une jolie Polynésienne, et il est resté là-bas.
AnBé - Ah extra, à quand le double Vendée Globe ? (rires)
Yannick - (rires)
AnBé - Alors qu’elle est ton actualité du moment ou tes projets futurs ?
Yannick - Là en ce moment, c'est s'entraîner pour préparer le Fastnet, je reviens d'une grosse blessure parce que j’ai chuté lourdement en vélo en entraînement il y a 2 mois, 3 mois bientôt. Du coup, je reprends l'entraînement et je vais faire le Fastnet en double, qui est une course qui part d'Angleterre, qui va en Irlande et qui arrive à Cherbourg. Et après, il y a la Transat à Jacques Vabre en double et puis le retour au mois de décembre en solitaire. Et après les prochaines, j'ai deux transats en solitaire, dont la transat anglaise et New York les Sables. Et après le Vendée Globe. Donc j'ai un programme assez rempli, je pense, ne pas m'ennuyer jusqu'à 2025.
AnBé - Ah bah voilà, mais oui mais j'essaye de se choper pendant que tu t'es blessé justement, paf, je tombe le jour où tu reprends l'entraînement. Ah bah voilà hein. (rires)
Yannick - Ouais voilà. (rires)
AnBé - Bon voilà, j'essaie de pas déranger, j'ai essayé, j'ai raté mais j'ai essayé. Tu préfères en solitaire, en double, tu aimes les deux ?
Yannick - Non, du solitaire j'en ai beaucoup fait donc j'aime beaucoup ça mais j'aime aussi beaucoup l'équipage et je désespère pas de faire un tour du monde en l'équipage en course, un de ces quatre parce que je trouve ça sympa aussi.
AnBé - Extra. Et si on veut te suivre sur ton actualité, c'est sur ton site web, sur les réseaux.
Yannick - Ouais c'est ça sur Facebook, Instagram, c'est pas moi qui gère ça. (rires)
AnBé - Oui, je vois très bien, qu’est-ce qu’elle m’a dit qu'est-ce qu'elle m'a dit, la responsable de com, que j'étais sur quel réseau encore ?
Yannick - T'appelles Caroline Mueller, elle va t'indiquer les réseaux. Oui, bien sûr, y'a Yannick Bestaven officiel sur Facebook et sur Instagram aussi je crois.
AnBé - D'accord. Et ça publie régulièrement, puisque c'est pas toi qui le fais.
Yannick - Ouais, non, non, ça publie régulièrement et puis ça va publier de plus en plus avec toutes les grandes courses qui arrivent.
AnBé - Ah ça c'est clair, beau programme quoi.
Yannick - Ouais, ouais, ouais.
AnBé - Ouais, génial. Ah bah écoute, un grand merci pour ton temps et ce matin et cet après-midi.
Yannick - Merci, désolé d'avoir coupé en deux, mais c'était une pause obligatoire.
AnBé - Aucun problème.
Yannick - Et puis maintenant je pars en mer dans une heure, tu vois, pour m'entraîner.
AnBé - Que les vents soient avec toi pour cette saison qui recommence. Amuse-toi bien.
Yannick - À très bientôt.
AnBé - Oui, j'espère que tu reviendras en Belgique avec Sébastien un de ces quatre.
Yannick - Ah bah avec grand plaisir on a quelques bières à goûter.
Illustrations sonores
Musique :
Cali by ItsWatR (Direct Licence)
Whipped Cream by WatR (Direct Licence)
Sons :
short whoosh Vilkas_Sound CC BY 3.0 Attribution
Extraits de film :
Les Rêves Ne Meurent Jamais de Sébastien Blémon. Episode de podcast sur le film et sa proposition super inspirante de faire vivre nos rêves : épisode 49

