#83. Corentin de Chatelperron, explorateur de futurs
Épisode du 2 juillet 2024
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A 26 ans, Corentin de Chatelperron se lance dans une traversée de 6 mois en solitaire pour rejoindre la France depuis le Bangladesh. L’originalité de la démarche : il ne sait pas naviguer, et la coque de son bateau est faite en partie en jute…
C’est que quand Corentin a une idée, il veut la tester au plus vite - c’est peu dire. Valider le concept. En se disant que le reste, bah, le reste suivra. Et il n’a pas tort.
Evidemment cette méthode rencontre des échecs, mais c’est à ces échecs qu’il doit ses plus belles victoires - et au final, une carrière au goût de vocation : ainsi naquit l’aventure Low Tech Lab qui veut mettre à la portée de tous les idées de génie qui feront la résilience du monde de demaine t qui fleurissent un peu partout dans le monde. Avec cette plateforme open source et ses expérimentations “en live” (biosphère Thaïlande, biosphère du désert, biosphère urbaine), Corentin de Chatelperron rêve d’un futur désirable et harmonieux, un futur qui donne envie. C’est un pari audacieux, utopique dans le noble sens du terme, car comme le disait Victor Hugo : l’utopie est la vérité de demain. C’est tout ce que je souhaite à celle qu’esquisse Corentin et tout l’écosystème autour du Low Tech Lab.
© Les photos de cette page sont soumises à droits d'auteur. Corentin de Chatelperron
© Les photos de cette page sont soumises à droits d'auteur. Corentin de Chatelperron
Extrait de l'entretien :
"J 'ai tendance à tester assez vite les idées que j 'ai, et du coup, en général, c 'est toujours une phase erreur. Parce que je teste assez vite. Et là, effectivement, j 'en ai fait pas mal d 'erreurs pendant ce voyage avec Gold of Bengal, dans les îles désertes du Golfe du Bengal. Je voulais être autonome sur mon bateau, vraiment j 'ai cumulé un peu toutes les erreurs possibles.
(...) Mais c 'était une super série d 'erreurs, celle -là, parce que c 'est vraiment cet échec qui m 'a lancé, tu vois c 'était en 2013, et ça m 'a lancé sur plus de 10 ans. En fait, ça a lancé ma carrière dans les low tech. Cette frustration en disant, bien, il va y avoir des solutions. Et puis, mais si, on en a plein, comment est-ce qu'on n 'est pas au courant ? Toute cette réflexion, c 'est vraiment chouette. Donc, vive les erreurs. (...)
Si je repense à cette époque -là où je me suis dit, ah, ce serait génial de trouver toutes ces solutions autour du monde et de les faire connaître, et bien j 'ai été assez têtu pour le faire, alors que ça fait plus de 10 ans et cette idée, je suis toujours en train de travailler dessus. Et donc je suis assez fier d 'avoir tenu ce fil rouge. Tu vois, j 'aurais pu au bout d'un moment me dire, ras-le-bol, personne ne fait mes low-tech machin, ou j 'ai envie de passer à autre chose. Et non, je suis assez fier d 'avoir tenu bon."
Corentin de Chatelperron, Storylific épisode 83
Où trouver l'invité
Instagram : @corentin_dechatelperron, @biosphere.experience
Site web : lowtechlab.org
Autres épisodes cités pendant la conversation :
- Félix et Chépa
- Peuple des Abysses
- (bientôt sur Storylific aussi) : Rob Hopkins. En attendant la sortie de l'épisode, je vous renvoie à cette vidéo
Pour aller plus loin :
Vidéos YouTube :
- L'expérience Bioshpère en Thaïlande : 4 mois d'isolement pour tester les low tech.
- L'expérience biosphère au Mexique : 120 jours dans le désert | ARTE
- playlist complète ARTE sur la Biosphère et les Low Tech avec Corentin de Chatelperron
Illustrations sonores
Musique:
Cali by ItsWatR (Direct Licence)
Whipped Cream by WatR (Direct Licence)
Sons:
short whoosh Vilkas_Sound CC BY 3.0 Attribution
Retranscription de l'épisode
Attention il s'agit d'une transcription automatique qui est loin d'être parfaite - j'espère avoir le temps - ou une bonne âme - prochainement pour la corriger. Cette transcription est mise à disposition pour aider nos amis malentendants, espérant qu'elle leur sera utile en l'état. Bonne lecture !
Anne B. - Bonjour Corentin de Chatelperron.
Corentin de Chatelperron - Bonjour Anne B. Anne B, d 'ailleurs, c 'est pour Anne -Bénédicte?
Anne-B, ouais. Anne -Bénédicte. Et j 'adore parce que justement, par exemple, un endroit qui tient un cœur, c 'est en Inde. C 'est quelqu 'un qui m 'a appris qu 'Anne B. C 'est pas forcément, tu sais, c 'est trop long. Alors on raccourcit. Même Corentin se fait souvent raccourcir en coco, je sais.
Et donc, je ne sais plus, c 'est lequel, je crois que c 'est en Tamil, que Anbe, ça veut dire la bien aimée. Donc tu as des chansons Bollywood comme ça, Han B, Han B, on le met par contre une petite fille, on danse et tout. Alors du coup, j 'oubliais, Han B, super, on m 'appelait comme ça, je ne savais pas qu 'on me disait ma chérie depuis que j 'étais toute petite, c 'est trop sympa. Alors, comme tout le monde, je vais te demander de te présenter si tu veux bien. Et puis on parlera un petit peu de tes explorations particulières.
Corentin de Chatelperron - Et bien, ouais, moi je viens de Bretagne et à la base de Musiac, c 'est une petite ville, mais je suis grandi dans la campagne.
et après j 'ai fait des études d 'ingénieur et assez vite je suis parti au Bangladesh où j 'ai été pas mal de temps pour développer un matériau à base de fibres de jute pour la construction de bateaux et puis petit à petit je me suis intéressé à tout ce qui était innovation low tech et c 'est devenu ma spécialité depuis plus de 10 ans maintenant.
Anne-B - Oui, oui, oui, et ça, Je ne suis peut -être pas depuis dix ans, mais pas loin, à mon avis. Donc ça me fait vraiment très, très, très plaisir de parler avec toi aujourd 'hui de tout ce parcours. Parce que bon, sur Storylific j 'essaie de donner des clés pour faire de sa vie une aventure extraordinaire. Et je trouve que la plus belle aventure qu 'on peut avoir pour l 'instant, c 'est ce que tu vis. Moi, j 'ai fait mon diplôme de fin d 'études en littérature sur Robinson Crusoe. Alors, laisse -moi dire que certaines de tes aventures me parlent bien.
Tu sais, sur ton radeau là. Donc on va parler des différentes aventures biosphères. Mais on va effectivement commencer par le Bangladesh où tu disais que tu as vu un peu les coulisses de notre mode de vie.
Corentin de Chatelperron - Oui, c 'est vrai que ça m 'a fait réaliser pas mal de choses de vivre au Bangladesh parce que c 'est là -bas qu 'on produit pas mal de nos vêtements.
Et ouais, j 'appelle ça un peu les coulisses de notre société parce que j 'ai découvert comment se fabriquaient pas mal de nos objets du quotidien. Et notamment sur les vêtements, j 'ai visité plusieurs usines. Il y en a une qui m 'a vraiment marqué. C 'était, je ne sais pas si c 'est toujours la mode, mais à un moment, on pouvait acheter des jeans usés, tu sais, avec des poches abîmées, avec les fils qui se défont un peu en bas, etc. Et bien, en fait, tu as des usines avec des Bangladeshis qui abîment les jeans. Et donc il y a des meuleuses, il y a des sableuses, il y a plein de machines qui permettent de déteindre, de vieillir en fait les jeans. Et ça m 'a vraiment choqué parce que je me suis... Enfin c 'est quand même un pays où on fait fabriquer des fringues à des gens qui ont des salaires vraiment misérables, qui vivent dans des conditions vraiment pas terribles parce qu 'en fait près de ces usines -là, ils rejettent vachement de...Tu sais avec les teintures et tout ça de les eaux polluées des usines. Ils font pousser du riz, ils se baignent dedans, etc. Donc en fait, cette industrie elle -même, elle est polluante, elle est clairement pas bonne pour les Bangladeshis. Et en plus de ça, on demande d 'user des trucs qui sont tout neufs. Enfin vraiment, c 'est un exemple. Je me suis rendu compte à quel point notre société, enfin la société dans laquelle j 'avais grandi, avait des... comportait des trucs complètement illogiques en fait.
Anne-B - Pourtant, il suffit de les porter les jeans. Ça finit comme ça, ma petite fille l 'autre jour qui me dit, "oh maman, t 'es trop stylée !" Parce que j 'avais un jeans qui s 'était troué, que je mettais pour aller dans le jardin. C 'était un vrai jeans qui avaient été neuf un jour, mais il a fini par trouver. Il suffit de les porter ! haha
Corentin de Chatelperron - Oui, toute l 'industrie du vêtement, c 'est vraiment un exemple parmi d 'autres, parce que chaque objet de notre quotidien, derrière, a une histoire aussi complexe. Mais c 'est bien illustré par tout le monde du vêtement.
Anne-B - L 'argument massue, c 'est toujours, c 'est oui, mais si on arrête de faire ça, tous ces gens vont mourir de faim, ils auront plus de boulot. Qu 'est -ce que tu en penses ?
Corentin de Chatelperron - En fait, moi j 'ai vécu du coup 4 ans, surtout dans des zones rurales du Bangladesh où clairement les gens qui vivaient dans les zones rurales, donc qui ne vivaient pas de cette industrie -là, ils avaient l 'air de vivre beaucoup mieux. Alors, ok, ils étaient plus pauvres parce qu 'ils avaient un salaire moins grand, mais ils avaient l 'air de vivre de manière bien meilleure que ceux qui rejoignaient les bidonvilles de Dhaka ou toutes ces grandes villes qui se sont constituées autour de la fabrication de vêtements. Peut -être que quand tu regardes certains indicateurs de salaire ou de choses comme ça, tu as l 'impression qu 'il faut mieux qu 'ils vivent du textile. Mais quand tu regardes au quotidien, ceux qui vivent dans la campagne vêtent ceux qui vivent autour de ces villes -là. Clairement, moi je signe plutôt pour la campagne que pour les industries comme ça. Là quand je chiffre les potagers, mais voilà, et si ça a déjà se nourrir plus qu 'à moitié avec leurs potagers, bah voilà.
Anne B. - Oui,
Corentin de Chatelperron - et puis c 'est des traditions qu 'ils ont depuis des siècles. Il y a des supers savoir -faire, ils ont développé plein de trucs en lien avec la nature, avec les clous du Gange, du Brahmaputre. Il y a plein de savoir -faire traditionnels autour de la menuiserie, autour des bateaux, autour de technique de pêche, etc. Non, franchement, c 'est une population qui est culturellement hyper riche. Et toute cette richesse, elle est aussi détruite par l 'arrivée de ces industries -là.
Anne-B - On est tellement d 'accord.
Et donc toi, tu as commencé avec des bateaux. Donc tu étais dans la fibre de verre toi -même là -bas. Je ne sais pas comment tu as atterri d 'ailleurs là -dedans avant de te dire non, la fibre de verre, ça pose pas le même problème, on va essayer autre chose?
Corentin de Chatelperron - En fait, je n 'y connaissais pas grand -chose en bateau et je suis arrivé là -bas pour aider un Français qui s 'appelle Yves Mar à développer son chantier naval. Et donc un des boulots, c 'était de voir comment faire des bateaux en fibre de verre au Bangladesh parce que comme il y a une densité de population qui est énorme,et bien ils ont beaucoup déforesté et donc il y a de moins en moins de bois pour fabriquer les bateaux là -bas. Et donc chaque année, chaque cyclone, etc., il y a pas mal de pêcheurs qui meurent en mer. Et du coup, l 'idée de DIV, c 'était de fabriquer des bateaux sur insubmersibles, etc. Donc de les faire comme en France, en fibre de verre. Et donc c 'est petit à petit que j 'ai regardé comment est -ce qu 'on pouvait trouver une alternative locale, qui soit pas le bois, mais autre chose, à la fibre de verre.
et je me suis orienté sur la fibre de jute, tu sais, qui servait à faire les sacs de la poste, les sacs à patates et tout ça. C 'est une fibre qui est vraiment, pour le coup, traditionnelle de là -bas. Ils ont toute une industrie qu 'ils ont depuis des décennies qui a fait la richesse du pays à une époque. Et donc voilà comment je me suis retrouvé à faire des tests sur des éprouvettes de fibres de jute pour remplacer la fibre de verre.
jusqu 'à faire un premier bateau prototype. Ça, c 'était un peu ta passion d 'ingénieur et ta vision de rêveur qui s 'enjoignait. J 'ai vraiment beaucoup ri quand j 'ai appris que tu avais décidé de faire ton bateau et d 'apprendre à naviguer avec, en te lançant pour retourner du Bangladesh jusqu 'en France. J 'ai dit oui. Mes parents sont morts avec le volet. Je ne voyais pas ça comme ça, apprendre à naviguer.
Anne B. - C 'est un concept, oui. Là, on dit qu 'il avait déjà bien intégré la mentalité de là -bas, ça va aller.
Corentin de Chatelperron - Non, mais en fait, je trouvais qu 'il y avait du potentiel dans ce matériau et il y en a qui auraient plutôt fait des études théoriques et monté un laboratoire en cherchant de l 'argent et tout ça. Moi, ma technique, c 'est plutôt d 'essayer et si ça marche... Là, on est fixé. Si ça marche pas, ça marche pas.
Anne-B - Mais t 'étais un peu embêté quand même si ça marchait pas.
Corentin de Chatelperron - Non mais alors j 'avais prévu, c 'était ce que j 'avais raconté à mes parents avant de partir, c 'est de faire par escale, tu vois, donc si ça marche pas, tu vois, j 'aurais fait Bangladesh -Sri Lanka et puis faire un point sur la tenue du matériau et puis tu vois, j 'aurais pu abandonner une escale comme ça si je voyais que le bateau tenait pas.
Anne-B - Et ça t 'a pris combien de temps de faire ça ? Attends, 14 000 km ? C 'est ça en 6 mois, hein ? Oui, oui, en traversant le territoire pirate.
Corentin de Chatelperron - C 'est ça ! Ça ne fait pas une moyenne très rapide. C 'était un tout petit bateau. Aussi, quand tu ne sais pas faire du bateau, il faut mieux faire un petit bateau qu 'un gros bateau. Oui. En plus, il est moins vite repéré dans des territoires un peu hostiles. T 'avais un super plan. D 'ailleurs, en cas d 'attaque de pirates, tu avais un super plan. Tu peux nous l 'expliquer ? J 'en ai eu plusieurs super plans qui n 'étaient pas si super. En fait, je traversais le Golfe d 'Aden et...
Et en fait, sur le chemin entre le Sri Lanka et le Sultana Doman, les pirates à cette époque -là, en 2010, ils attaquaient jusqu 'à 1000 km à l 'est des côtes somaliennes. Et du coup, c 'est vrai qu 'il y avait un petit risque que je me fasse attaquer. Et alors, j 'ai eu plusieurs stratégies. Il y en a une, c 'était de... J 'avais lu en fait leur technique d 'attaque.
et a priori les pirates somaliens, ils montent à bord de ton bateau et ensuite ils prennent en main ton bateau, ils mangent, ils boivent à bord et jusqu 'à arriver en Somalie. Et du coup je m 'étais dit, si ils mangent et ils boivent à bord, j 'ai qu 'à mettre des somnifères dans la bouffe. Ça c 'était la stratégie numéro une. Et en fait, je ne sais pas, elle ne me rassurait pas complètement, du coup la stratégie numéro deux, ça a été de mettre un espèce de tuba sous le bateau pour si jamais je voyais des pirates arriver, pouvoir plonger sous le bateau et respirer sous la coque. Et en fait, ça, ça a tenu cette stratégie jusqu 'à ce que je vois un requin suivre le bateau derrière. Je suis là, non, je préfère les pirates. Et finalement, je n 'ai pas été attaqué. J 'ai été un jour... C 'était le plus simple. C 'était le plus simple. T 'aurais fait quoi ?
Non, j 'ai essayé de te faire de tous les plans.
Anne-B - Je le ferais, mais je crois que je n 'aurais pas démarré avec ce bateau. Je n 'aurais jamais osé.
Corentin de Chatelperron - Je passais mon temps à regarder l 'horizon et dès que je voyais un bateau, parce qu 'il y a quelquefois des cargos dans cette zone, j 'affalais les voiles et mon bateau était tellement bas sur l 'eau qu 'il devenait vraiment invisible. Tu vois, même une petite distance. C 'est ce que je pensais aussi. Un petit petit bateau, il y a vraiment moyen de le faire passer un cognyto.
C 'est vrai que c 'était quand même un modifique, vous allez aussi se lancer avec un prototype qui n 'avait pas fait ses preuves pour un si long voyage. Je trouvais ça... OK, respect.
Corentin de Chatelperron - En tout cas, ça a marché. Ça a mis du temps. Plus de temps que prévu, je ne sais pas pourquoi je dis ça, mais parce que je n 'avais pas vraiment prévu de temps. Je ne savais pas du tout à quelle vitesse ça allait aller. Mais non, c 'était déjà un voyage vraiment...
qui m 'a marqué à vie parce que j 'ai rencontré plein de gens. C 'est génial de voyager avec un petit bateau dans tous ces pays -là. Le Soudan, l 'Arabie Saoudite, l 'Égypte, enfin tout ça, c 'était vraiment mythique pour moi. Et en plus, ça m 'a permis de montrer que c 'était costaud comme matériau et donc j 'ai pu trouver le défond, repartir au Bangladesh, les partenaires scientifiques et tout ça et continuer à développer ce matériau. C 'est extraordinaire. Et il flotte toujours ce bateau -là, ce premier ?
J 'ai une amie qui s 'appelle Capucine Trouchet qui l 'a repris de France, qui a traversé l 'Atlantique avec. Maintenant, il est dans les Antilles. Je sais qu 'elle aimerait bien le rapporter en France, mais bon, là, il est toujours dans les Antilles. D 'accord. C 'est un mélange pour éviter de faire du 100 % fibre de verre. Il y avait à peu près la moitié, 40 % de fil de jute par rapport à la fil de verre. Et c 'est pour ça qu 'on a fait un deuxième bateau avec l 'équipe que j 'ai rassemblé, qui était 80 % en composite de fil de jute.
Anne B. - OK, et ça va ? Ça fait combien de temps qu 'il est à l 'eau, là ?
Corentin de Chatelperron - Eh bien, lui, je suis parti le tester en 2013, pendant six mois, mais cette fois dans le golfe du Bengal. Il s 'appelait Gold of Bengal, ce bateau -là. Le premier, c 'était Taratari. Et il a bien tenu. Après, je l 'ai ramené dans un conteneur en France. Et là, il est en Bretagne en ce moment. Il n 'est pas à l 'eau. J 'ai un ami qui veut le retaper pour le remettre à l 'eau. Mais voilà. Donc, c 'est de l 'avenir, cette technique -là. Il est sous les tempéries bretonnes. Oui, oui, c 'est de l 'avenir. Après, en fait, ça demande à lancer toute une industrie de fabrication textile de tissus spécialement faits avec de la file de jute. Et cette industrie, elle n 'a toujours pas vu le jour. Et donc, on fait des textiles de fil de lin, de fil de chanvre qui sont faits pour la construction navale, mais les fibres de jus, il y en a qu 'un tout petit peu, alors qu 'il y a un potentiel quand même assez grand.
Anne-B - Ça peut être aussi rentable que de la fibre de verre ?
Corentin de Chatelperron - Souvent les applications, il y a des applications où c 'est plus écolo, plus rentable, mais ce n 'est pas toutes les applications. Par exemple, on fait des pales d 'éoliennes avec de la fibre de verre, mais ça demande vraiment de la fibre de verre la plus résistante.
et tu ne pourrais pas remplacer par de la file de jus ce genre d 'application. Alors qu 'on fait des panneaux dans les trains, des trucs comme ça, juste des panneaux de façade, ça pourrait être remplacé par de la file de jus. Extra. J 'implique toujours mes petites filles dans mes interviews parce que je trouve que c 'est la meilleure manière de leur apprendre. Elles ont des questions pour toi. D 'habitude, j 'essaye une par fille et là, elles en avaient plusieurs. Donc tu les as bien inspirés. C 'est cool. J'étais contente de voir qu 'elles avaient autant de questions. On va commencer par celle d 'Amandine.
Amandine - Bonjour Corentin, qu 'est -ce qui t 'a donné envie de construire tout ça ?
Corentin de Chatelperron - De construire tout ça, tu crois qu 'elle parlait des bateaux ?
Anne-B - Elle a vu la biosphère, elle a vu un peu plus les biosphères.
Corentin de Chatelperron - Ah ok. Alors du coup, il faut que je raconte d 'où vient la biosphère. Parce que du coup, avec le deuxième bateau Gold of Bengal, j 'ai voulu en plus de tester le bateau, voir si je pouvais vivre en autonomie sur mon bateau. Et donc, c 'est là que je me suis intéressé à tout ce qui était l 'OTEC. Donc tous les systèmes simples que tu peux faire avec les moyens du bord, qui sont accessibles financièrement, qui sont réparables et qui permettent de répondre à tes besoins de base. Donc manger, boire, l 'énergie, tout ça.
et donc j 'ai voulu tester sur mon bateau Gold of Bengal quand j 'ai passé six mois dans le Gold du Bengal. Et bon, ça n 'a pas marché comme je voulais du tout, mais ça m 'a donné une idée, c 'était d 'essayer de trouver partout autour du monde des innovations low -tech, les documenter, les tester et les faire connaître pour qu 'elles se propagent. Et du coup, en revenant de cette expérience -là, j 'ai rassemblé une équipe et on a commencé à chercher toutes ces innovations autour du monde.
On a acheté un bateau qui s 'appelle Nomade des mers, un catamaran qu 'on a transformé en laboratoire. Et on a fait un tour du monde qui a duré six ans pour rencontrer des gens qui inventent des low tech. Et là -dessus, vous aviez un potager, vous aviez vraiment tout pour vivre en presque quasi autonomie sur ce bateau, un maximum en tout cas. On testait tout, on a testé des systèmes de filtres à eau, des systèmes de production d 'énergie en pédalant, des machines -outils à pédales, des...
des fours solaires, des systèmes pour produire du gaz, des systèmes pour composter, vraiment plein de choses, des élevages d 'aquaponie, etc. Et au bout d 'un moment, je me suis dit, c 'est super toutes ces inventions, mais qu 'est -ce que ça donnerait si on les combinait ensemble ? Est -ce qu 'on pourrait réinventer une autre manière d 'habiter sur notre planète ? Et c 'est comme ça qu 'est né le programme Biosphère, où j 'ai commencé une première biosphère en Thaïlande, pendant notre escale en 2018.
où je me suis isolé pendant quatre mois sur une plateforme flottante en Bandhu, qui était dans une baie d 'une île déserte en Thaïlande. J 'ai mis une vingtaine ou une trentaine de low tech qui étaient issus de différents pays. J 'ai essayé de regarder comment les combiner pour que les déchets que produit un système servent de ressources à l 'autre, etc. et qu 'au final, ça fasse une combinaison de low techs hyper efficace pour vivre.
Anne B. - Et donc ça s 'appelait la biosphère.
Corentin de Chatelperron - J 'avais aussi un canard, des poules, une culture de spiruline, c 'est une micro -algues.
Anne-B - Oui, c 'était pas une canne qui s 'appelait canard, je ne sais plus.
Corentin de Chatelperron - Oui, c 'est vrai, pardon. Tu brouillais les pistes. C 'est une canne. Mais elle a jamais fait deux, donc c 'était... Et qu 'est -ce que je voulais dire ? Et oui, donc je suis resté quatre mois sur ce radeau flottant pour tester cet écosystème.
Anne-B - Et qu 'est -ce qui m 'a donné envie de faire ça ?
Corentin de Chatelperron - C 'est vraiment de voir le potentiel que ça avait, toutes ces innovations -là. De voir l 'enthousiasme de tous ceux qui inventaient ces solutions -là. Et de me dire, ah mais en fait, il y a carrément moyen de faire mieux sur notre planète avec toutes les ressources qu 'on a. Il y a moyen de vivre de manière beaucoup plus saine, beaucoup plus épanouissante, beaucoup plus durable. Et donc, c 'est ça qui m 'a motivé.
Anne-B - Et donc ton déclencheur pour te dire il faut faire quelque chose pour cette planète, tu te souviens exactement de quand tu dis non, attends, il faut que je m 'y mette.
Corentin de Chatelperron - Ça s 'est fait petit à petit. Je te dis, la vie au Bangladesh qui m 'a vraiment montré qu 'il y avait quelque chose à faire sur tous nos objets du quotidien. Il y avait vraiment un problème, un problème écologique, mais aussi de justice. Et justice sociale.
Et petit à petit, le tour du monde a s 'arrêté. On s 'est arrêté dans 25 pays avec le tour du monde Nomad des Mers. Ça m 'a aussi montré parce qu 'on étudiait à chaque fois une solution low -tech, mais en fait, une solution vient en réponse à un problème. Donc, on a aussi étudié plein de problèmes. Et donc, escale après escale, j 'ai vu tous les problèmes d 'accès à l 'eau, de pollution, de... Enfin vraiment, des problèmes, on en a plein, alors que notre planète est géniale et qu 'on a... Enfin, il y a une opportunité de faire quelque chose de vraiment top. Donc, il n 'y a pas...
un moment déclic, mais c 'est petit à petit un cumul de plein de vérités que j 'ai vues apparaître au fur et à mesure de ces dernières années. Et moi ce que j 'aime beaucoup dans ta démarche, c 'est vraiment ce que prône quelqu 'un que j 'aime beaucoup, qui est Rob Hopkins, je ne sais pas si tu connais, qui dit qu 'il faut vraiment qu 'on retravaille nos imaginaires et de savoir qu 'un autre futur est possible et qu 'il est désirable. Donc lui, il essaie vraiment d 'ancrer le fait que...
Anne B. - On nous fait la menace presque avec une sobriété. La sobriété heureuse a l 'air déjà gloops quand même en disant qu 'il faut être un quasi saint pour aimer ce genre de futur -là. Ce qui fait qu 'il y a beaucoup de gens qui n 'arrivent pas à y adhérer. Donc toi, tu es vraiment en train de montrer des choses qui sont vraiment chouettes. C 'est -à -dire de beaucoup t 'amuser avec tout ça. Avec ta comparsse Caroline qui en plus rend le design très très agréable visuellement. Mais c 'est important. La beauté, je crois qu 'on est très attiré par la beauté.
Donc plutôt que des visions post -apocalyptiques où il n 'y a plus de nature, c 'est tout noir et on joue tous à des jeux vidéo, on s 'échappe dans des vidéos virtuelles. Je veux dire, c 'est vrai que les designs qu 'elles créent pourraient faire un cadre agréable dans ces aventures qui sont vraiment géniales. Moi, j 'adore. C 'est peut -être mon côté à nouveau attiré par les Robinson Nades, mais vraiment, ça a l 'air super chouette et je trouve que ça, voilà, c 'est un futur enthousiasmant que vous nous proposez et ça, ça va vraiment dans le bon sens pour moi.
Corentin de Chatelperron - Ça, pour moi, ce n 'était pas évident. Tu sais, j 'ai fait une école d 'ingénieur et t 'apprends à répondre à un Q &A technique avec une école d 'ingénieur. On dit, t 'as tel problème, t 'apportes telle solution. Souvent, c 'est une machine qu 'il faut construire. Et en fait, j 'ai mis du temps à comprendre qu 'il y avait la dimension désirable qu 'il fallait apporter. Ce qui a plein de low techs qui sont super sur le papier, mais en fait, les gens n 'ont pas envie de les suivre.
parce qu 'elles ne sont pas attirantes, elles ne correspondent pas à notre image du futur, du progrès, etc. Et Caroline, elle a plus ce côté -là de rendre quelque chose qui donne envie, qui soit désirable, qui soit ergonomique, qui soit beau, etc. Et ça, c 'est vraiment indispensable. Oui, vraiment. C 'est vrai que c 'est parfois négligé.
Anne-B - C 'est vrai que j 'ai pas envie que ma cuisine commence à ressembler au garage avec des grosses boîtes toutes carrées, des bazarres, des trucs. C 'est vrai, mais c 'est important. Si on n 'arrive pas à lever ce blocage -là aussi, ça va aller nulle part. Non, la low tech n 'est pas nécessairement des grosses boîtes carrées pleines de clous et des trucs qui ressemblent à rien qui sont dans les pieds dans la cuisine. Non, non. Vous pouvez regarder la biosphère, c 'est vraiment pas mal foutu. Enfin, moi, j 'irais bien y passer mes vacances.
Corentin de Chatelperron - Ça me fait penser à l 'origine des premiers ordinateurs qui étaient faits dans des garages par des geeks. Les trucs étaient moches, ça donnait envie à personne et puis personne ne comprenait le truc. Eux, ils voyaient le potentiel, mais c 'est tout. Et petit à petit, il y a des gens qui ont développé des trucs plus ergonomiques qui s 'adressent à plus de monde, etc. Ma première expérience biosphère, elle était plutôt en mode garage.
Et la deuxième expérience qu 'on a faite avec Caro dans le désert du Mexique, elle, pour le coup, elle était beaucoup plus travaillée sur le côté design et ergonomie et tout ça, et ça s 'est vraiment ressenti au quotidien. Pendant les quatre mois qu 'on a passé dans le désert, là, alors au début, on a eu quelques galères quand même, mais une fois qu 'on était bien rodés, c 'était vraiment hyper agréable à vivre.
Voilà, même toi qui l 'as ressenti alors que tu étais déjà content dans ton garage. C 'est super, c 'est très sympa. On va en parler de cette biosphère du désert qui était la dernière en date, mais vous êtes en train d 'en entamer une autre dont on va parler aussi. Ce que j 'ai bien aimé aussi, c 'est l 'approche où tu as essayé de chercher... La nourriture est un de nos gros impacts aussi CO2. Tu as essayé de travailler ce côté -là aussi avec des petits grillons.
Anne-B - Pour les apports de protéines, la fameuse B12, il y en a suffisamment dans les grillons ?
Corentin de Chatelperron - Oui, il y en a pas mal dans les grillons. Et alors pour d 'autres, quelque chose de très complet, c 'est la spiruline. Et alors là, j 'ai une question de mon autre petite fille, parce qu 'elle a vu ce truc vert, elle a dit... Elle a encore vu à l 'état liquide, donc voilà sa question.
Valentine - Bonjour Corentin, est-ce que c'est bon le jus d'algues?
Anne B. - Voilà, pour elle elle appelle ça le jus d 'algues, ce truc tout vert, elle dit, on va devenir comme Schreck.
Corentin de Chatelperron - Alors, c 'est pas le jus qu 'on mange. On le filtre et on récolte un peu comme du fromage frais, la consistance. Et alors, c 'est pas extraordinaire le goût, mais ça fait une bonne base pour les sauces et nutritivement, c 'est top.
Et ça produit énormément ce truc -là. Tu as un bassin, tous les jours tu peux en récolter un quart. Et donc chaque litre te fournit quelque chose comme un gramme de spiruline. Et vraiment, c 'est un truc qui est incroyable. Nutritivement parlant, très intéressant contre les carences. Oui, plein de protéines, plein de fer. Et justement, on a eu une bonne surprise dans le désert. C 'est que le...
devait avoir nos vitamines B12 grâce au grillon. Finalement, le grillon, ils ont beaucoup moins bien grandi que ce qu 'on avait prévu. Du coup, on en a mangé beaucoup moins. On avait peur du coup d 'avoir une carence en vitamine B12. Et finalement, nos taux de vitamines B12 ont augmenté. Et d 'après le nutritionniste, c 'est la spiruline qui nous a apporté ça. On ne s 'y attendait pas parce qu 'on sait qu 'il y a de la B12 dans la spiruline, mais elle est connue pour être pas assimilable par le corps.
Et peut -être pas. Oui, ou pas, comme on dit. Excellent. C 'est la bonne surprise. Oui, plutôt.
Anne-B - Alors, est -ce qu 'il y avait encore une autre question ? On va parler justement de la... D 'abord, oui, pour le projet Nomade des mers, vraiment chapeau, c 'était super intéressant. Ça a été bien documenté. On retrouve plein de choses de vos expériences sur Internet. On peut aller se régaler les yeux là -bas. On a fait pas mal de films pour Arthé. On a fait 25 documentaires.
Après, bon, moi, je me souviens que j 'avais vu, pour mon plaisir, ton histoire de plateforme bambou dans un décor qui ne te pas désagréable, tu ne choisis pas les pierres. C 'est super beau cet endroit -là, oui.
Corentin de Chatelperron - Et la biosphère du désert, c 'était aussi sympa, c 'était en bord d 'océan, forcément, pour essayer d 'avoir de l 'eau, pour la dessaler, dessaliniser, je n 'ai plus qu 'on dit. Dessaliniser, je peux dire dessaler, je pense aussi.
Anne-B - Donc, ta dernière expérience en date, c 'était la biosphère du désert. Tu peux nous mettre le cadre où c 'était, combien de temps ça a duré et ce que vous vouliez un petit peu tester là, en plus de ce que vous aviez déjà testé. Alors, on a voulu faire une nouvelle expérience de biosphère, mais dans une zone aride.
Pourquoi ?
Corentin de Chatelperron - Parce qu 'on voit quand on lit les rapports sur le climat qu 'il y a beaucoup de zones arides déjà aujourd 'hui dans le monde. Et avec les prévisions de réchauffement climatique, ça va être de pire en pire. Et du coup, on s 'est dit, mais est -ce que nos low techs pourraient permettre de vivre même dans des zones où il n 'y a pas de pluie et pas de source d 'eau douce ? Donc, c 'était ça le défi, la contrainte. On a décidé d 'aller dans le désert du Mexique, en Basse -Californie.
le long de la mer de Cortes. Pourquoi le Mexique ? Parce que pendant toute la pandémie, on était bloqués là avec le bateau Nomad des Mers et on a rencontré pas mal d 'acteurs low tech au Mexique. On s 'est dit que c 'était un bon endroit pour faire une biosphère. Et ce désert -là, il était vraiment... Il répondait à tous les points du cahier des charges quand c 'était fixé.
Et donc on a trouvé un terrain, donc on est allé en bateau, puisqu 'on a fini le tour du monde avec nos mates des mers, on a préparé l 'expérience biosphère et on est reparti en bateau dans l 'autre sens, et des nasamis nous ont déposé au Mexique. Et ensuite on est arrivé dans ce désert, donc il n 'y avait pas de route, il y avait un petit chemin, on pouvait y aller avec un pick -up puis descendre après à pied. Il n 'y avait pas de signal téléphone, pas d 'eau douce, pas d 'électricité.
Et donc on s 'est installé là pour cinq mois, un mois pour préparer l 'expérience, ensuite quatre mois pour y vivre. Et alors on avait préparé une espèce de tente. En fait, on avait une structure en bois dans laquelle on a suspendu une tente de 60 mètres carrés et on a mis dedans toutes nos low techs.
Anne-B - C 'était génial vraiment. Tout était pensé à, je veux dire, à l 'étape, à chaque étape était pensé, de la nourriture, comment on mangeait la nourriture, le four solaire, etc. Et puis, comment on allait boire aussi. Et puis après, quand ça ressortait de l 'autre côté, le compostage avec les fameuses mouches soldats que t 'aimes beaucoup. C 'est bien ça, ces mouches soldats qu 'on appelle. Tu peux nous expliquer ce que c 'est, ces petites mouches soldats ?
Corentin de Chatelperron - Oui, alors on a étudié ça en Malaisie. C 'est des mouches dont les larves transforment très rapidement les déchets organiques.
Si tu prends un bac, tu mets tes déchets organiques, tu peux même mettre des toilettes sèches et tout ça, elles vont le digérer. Ça fait du compost que tu peux utiliser comme engrais pour des plantes. Et ces larves, une fois qu 'elles ont grandi, avant de se transformer en mouches, tu peux les donner à manger à des poulet, à des poissons, etc. Et le compost, tu peux directement l 'utiliser pour des choses qui vont... Des plantes qui vont être alimentaires rapidement, il n 'y a pas de souci.
C 'est plutôt utilisé pour des vergers ou des choses comme ça que des plantes de légumes -feuilles directement, mais je pense pas qu 'il y ait de problème parce que ça tue les pathogènes, la salive de cette larve. Et tu gardes quand même une partie des larves, tu ne les donnes pas toutes à manger pour un élevage, tu en gardes une partie que tu mets dans une volière, comme ça, ça se transforme en mouche, ces larves se transforment en mouche.
comme une chenille devient un papillon, si tu veux, mais elle a ses mouches. Et comme ça, elles se reproduisent, elles pondent des œufs et t 'as à nouveau des larves pour le prochain compost. Alors ce qui est intéressant avec ces mouches, c 'est pour ça que je les ai retenues, parce que c 'est vrai que bon, c 'est toujours très idyllique de parler de tout ça, mais... C 'est que tu as rencontré d 'autres personnes qui ailleurs les utilisent aussi. Et pour dire les low techs, c 'est pas toujours tout petit au niveau du particulier qui peut faire un petit bazar.
Anne B. - c 'est utilisé de manière quasi industrielle les rendements là -bas, je ne sais plus si tu vois ce dont je parle. Je n 'ai pas retenu le chiffre parce que je suis vraiment une nouille en chiffre, mais tu vas peut -être pouvoir nous expliquer ça, ce projet -là.
Corentin de Chatelperron - Oui, en Malaisie, c 'était plusieurs tonnes par jour. Alors, je n 'ai pas retenu le chiffre, mais c 'était des tonnes et des tonnes de déchets digérés par jour, en fait, par ces larves -là. Donc, tu peux autant le faire à petite échelle comme là, en ce moment, on le fait pour quelques centaines de grammes de déchets par jour, mais tu peux le faire aussi à grande échelle.
Et du coup, pour moi, c 'était un bon exemple de savoir faire l 'hôtec parce que c 'est un truc qui est accessible à tout le monde. Ces mouches -là, tu peux les trouver en France, comme en Malaisie, comme en Mexique, à l 'état même sauvage. Donc tu peux même les capturer et démarrer ton élevage. Et tu peux comme ça le faire pour toi ou le faire pour une ville entière, en fait. Oui, parce qu 'elle, elle recevait les déchets de où encore ? Ce n 'est pas de restaurants et tout ça ? Je ne sais plus. C 'était beaucoup des dresches de bière et aussi des déchets de la ville de Kuala Lumpur.
Anne-B - C 'est ça. Moi, je trouvais ça fascinant. Je me dis, quand même, il y a du rendement.
Corentin de Chatelperron - Oui, c 'est impressionnant. Et en fait, moi, ça m 'a donné une bonne leçon. Comme je te disais, un ingénieur, en tout cas, j 'avais été formé quand même pour apprendre à designer des machines et tout ça. Et bien là, tu as juste à t 'associer avec une espèce vivante qui fait le travail pour toi. Donc ton travail, c 'est de t 'assurer que la larve et la mouche vont bien et qu 'elles sont en bonne santé, dans de bonnes conditions, etc. Et après, c 'est elle qui travaille. Et ça, je trouve ça génial. Et en fait, c 'est un truc que j 'applique à plein de sujets, en fait, s 'associer avec le vivant. Et bien, c 'est vraiment magique. Donc, on est arrivé petit à petit avec Caro à se dire, mais en fait, il faudrait habiter dans des écosystèmes, que nos habitats ne soient pas des machines, mais que ce soit des écosystèmes vivants qui te produisent, qui te traitent des déchets, qui te produit ton eau, ton énergie, etc. C 'est la qualité écosystème. Super. Ouais, c 'est une super belle conclusion.
Anne-B - Alors la question d 'Amandine encore une fois, 9 ans. "Est -ce que c 'est facile de vivre comme ça ?"
Corentin de Chatelperron - Alors oui, en fait il faut un petit temps d 'adaptation, je dirais. Parce que par exemple quand on s 'est retrouvé dans le désert avec Caro, on était loin de tout ce qui est... Par exemple tu peux pas boire du café, manger du chocolat, t 'as envie d 'un jus de fruits ou d 'une glace, tu peux pas, t 'as envie de... je sais pas, de geeker sur internet.
ou tu as regardé une série, tu ne peux pas. Donc, il y a plein de trucs, plein de petits plaisirs, loisirs du quotidien qui sont hyper accessibles en ville d 'habitude que là, tout d 'un coup, tu ne peux plus faire. Et donc, il y a une période où il faut se désadapter, enfin, comment on dit ? Se déshabituer. Déshabituer, oui, voilà. Ou désintoxiquer, dans le pire des cas, mais... Peut -être désintoxiquer, parce que ce n 'est pas forcément que des trucs super.
Donc ça c 'est la première phase et c 'est en même temps la phase où nous dans le désert on avait un petit peu du mal parce que les trucs marchaient pas comme on avait prévu parce qu 'on avait prévu de produire tant d 'eau avec le désalinizateur, tant de nourriture avec les plantes etc. Puis il y a rien qui marchait comme on voulait. Et donc ça a mis des semaines et pour se déshabituer et pour rentrer dans notre nouvelle routine. Mais par contre, une fois que ça a commencé à marcher, là c 'était vraiment un plaisir. D 'accord. Donc c 'est vrai que...
Anne-B - À ce moment -là, ça prend presque l 'entièreté de vos journées, de faire tourner la biosphère, non ? Ça vous prenait combien d 'heures par jour ? Une fois rodé, ça nous prenait une heure par personne et par jour. Chacun une heure. Pour la routine du matin, s 'occuper des grillons, des plantes, des larves, tout ça. Des selles. Et après, le reste de la journée, on passait pas mal de temps à cuisiner aussi, parce qu 'on partait d 'aliments vraiment pas transformés. Et puis, petit à petit, on est... Il y a eu pas mal de loisirs, de bricolages, de lecture, d 'observer un petit peu tout l 'écosystème, tout l 'environnement autour. Non, non, c 'était plutôt tranquille les deux derniers mois.
Anne-B - Ça, c 'est intéressant aussi à savoir, sinon on va dire que c 'est de l 'esclavage, on ne fait plus que ça. C 'est bien de mettre un peu des chiffres sur le temps que ça peut prendre de faire tourner une biosphère. Et donc, vous avez eu du temps aussi pour...
Chasser, traquer, pister les animaux autour de la tente. Et donc là, j 'ai une petite question de Valentine. Est -ce que vous vous êtes déjà fait attaquer par un animal ? Je parlais du coup qu 'il y avait des serpents, vous aviez un petit visiteur, un petit voisin crottal et d 'autres... Voilà, je sais pas. Les animaux, est -ce qu 'ils ont été un problème, les autres, les extérieurs, ceux qui n 'étaient pas prévus ?
Corentin de Chatelperron - Eh ben c 'est vrai qu 'on pensait pas qu 'il y avait autant d 'animaux dans le désert. Et bon, les scorpions je savais, crotales je savais, mais on s 'est pas fait piquer. Non par contre, il y a eu pas mal d 'invasions au début avec par exemple les souris qui rentraient à l 'intérieur et qui mangeaient notre nourriture. Bon ça, pareil, il suffit de s 'organiser, de mettre les trucs dans des pots, de recoudre les trous quand elles font des trous, etc.
Ça peut arriver dans une maison en dur en Belgique, je suis... Ah oui, c 'est vrai. Donc les souris, les fourmis, les termites, voilà, mais bon, rien de très méchant. Et en fait, au fur et à mesure, il y a d 'autres animaux qui ont commencé à roder autour de la biosphère, qui se sont intéressés pas mal au dessal parce qu 'on produisait de l 'eau douce, ce qui est tellement rare dans la région que les animaux, ça les intéressait. Et là, on a vu débarquer, il y a eu des...
des ratons laveurs, des blaireaux, des renards, des coyotes, des lynxes, vraiment plein d 'animaux différents qui sont venus boire à nos désals et puis roder un petit peu autour de l 'apiosphère. Et ça, on a trouvé ça super chouette de se renseigner sur ces animaux. Et surtout, moi, ça m 'a vraiment étonné de voir que dans un endroit où il y avait aussi peu de ressources, il pouvait y avoir une telle diversité d 'espèces. Et nous, on se galérait à essayer de rendre notre écosystème, tu vois, plus ou moins fiables et efficaces, mais ça faisait vraiment un truc grossier par rapport à ce que la nature est capable de faire. Sans eau douce, comment est -ce que tu veux que tous ces mammifères y vivent ? Comment est -ce que tu veux que tout... Enfin, c 'est là que tu te rends compte que la nature est vraiment... C 'est hyper abouti.
Anne-B - Ouais, c 'est clair. Je sors d 'un épisode qui sort demain avec quelqu 'un qui photographie les abysses, les animaux abysso, et on disait...
à chaque fois que des scientifiques se disent, il ne peut plus y avoir de vie, c 'est trop profond, il y a trop de pression, il n 'y a plus assez d 'oxygène, c 'est trop acide, c 'est trop cela, que ce soit en hauteur, en profondeur, on trouve toujours. Il y a toujours son chemin partout. C 'est l 'évolution, créer des perfections que nous, avec nos systèmes, on a l 'air de grossiers rustres à peine sorti des cavernes, même avec notre technologie de pointe, par rapport à un petit mésange qui va se percher, qui va pouvoir être sans duvet supplémentaire l 'hiver, l 'été.
C 'est assez affolant. On en est nulle part.
Corentin de Chatelperron - Prends la moindre poule pour faire un œuf. Essaye de faire une machine qui fait un œuf. Je pense que ce sera beaucoup plus compliqué qu 'une poule. C 'est clair. C 'est clair. En plus, sans doute beaucoup plus cher aussi. Et beaucoup moins drôle. Parce qu 'elles sont quand même sympa, ces bestioles.
Anne-B - Je sais pas si t 'avais vu le documentaire sur Félix et je sais pas.
Je connais Félix et sa poule en canoë vélo qui voyage comme ça sans but pas. Félix et sa poule ?
Corentin de Chatelperron - Ah non.
Anne-B - Félix et Chepa. Il est extraordinaire, il est philosophe. Franchement, je t 'enverrai le lien de ce mec. Je l 'avais interviewé aussi parce qu 'il est... C 'est un gros coup de cœur. Moi, j 'aime bien les rêveurs comme ça qui remettent en question tout notre monde sans le vouloir vraiment, mais par une autre manière de penser d 'être... C 'est vraiment chouette. Alors, tu disais que vous étiez un peu coupé du monde, mais il y a un cyber cactus tout près de chez vous.
Corentin de Chatelperron - Ouais, ouais. De temps en temps, il fallait marcher une demi -heure vers le sud en longeant la plage et puis ensuite en montant sur une falaise et il y avait un espèce de plateau avec des cactus et au pied d 'un cactus, on captait un petit peu de signal. Je ne sais pas pourquoi on ne pouvait pas appeler, mais on pouvait envoyer des messages WhatsApp. Le cyber cactus. On a appelé ça le cyber cactus du coup.
Anne B. - Tu dis nous, je suis tout le temps content, je rêve qu 'on peut tous vivre de manière géniale sur cette planète, tu disais un moment dans le documentaire. Donc voilà, ça revenait avec créer un futur désirable, tu y crois. C 'est vraiment quelque chose qui pour toi est atteignable?
Corentin de Chatelperron - Ben ouais, vraiment, j 'ai l 'impression qu 'il y a un potentiel de dingue. C 'est comme, je dirais, si tu veux acheter une maison et que tu tombes sur une maison vraiment toute pourrie, complètement à retaper.
en l 'état actuel il y a plein de trucs à faire, il y a plein de travail, mais tu imagines le potentiel et ça peut être hyper enthousiasmant. En fait, je vois ça un petit peu de la même manière. Avec tous les tests qu 'on fait, toutes les découvertes qu 'on a faites ces dernières années sur les low tech, ça me donne vraiment l 'impression qu 'il y a vraiment quelque chose de génial à faire. Et ça, ça m 'enthousiasme. Et ça me donne plein d 'énergie du coup. Et pourquoi tu crois que ce n 'est pas encore plus mainstream ?
C 'est encore très confidentiel tout ça.
Je pense qu 'on a le problème de... En fait, je sais pas, il y a différentes explications, mais finalement, on n 'a pas été très contraints ces dernières décennies d 'aller dans la bonne direction, je trouve. En fait, là, depuis quelques mois, je vis en ville et je vois à quel point c 'est difficile de...
bien quand t 'es sollicité de tous les côtés par de la malbouffe, par des mauvaises habitudes, etc. Je sais pas, c 'est peut -être pas une bonne réponse, je sais pas trop, mais j 'ai l 'impression qu 'il n 'y a pas la bonne contrainte. On n 'est pas entouré par la bonne contrainte pour progresser dans le bon sens. Oui, et puis il y a beaucoup qui ont beaucoup à y perdre, si tout le monde s 'améritait à être en low -tech. Il y a beaucoup de...
Anne B. - de gros industriels qui vont avoir quelques problèmes. Après je pense que toute l 'économie autour, elle peut s 'y faire si c 'est pas brutal, tu vois. Tout peut s 'adapter. Mais oui, en tout cas, c 'est sûr que c 'est très frustrant de voir qu 'il y a un tel potentiel et qu 'on ne va pas dans la bonne direction.
Anne-B - Ça, c 'est clair. Mais donc, toi, ta solution, c 'est le low tech lab. C 'est aussi une plateforme open source. Je vais te laisser nous en parler parce qu 'elle est vraiment super chouette et c 'est une très bonne idée.
Corentin de Chatelperron - Et bien, ouais, en fait, ça, on a créé ça il y a une dizaine d 'années. En fait, c 'est un espèce de Wikipédia, mais pour les low tech. L 'idée, c 'est de trouver toutes les innovations low tech autour du monde, les documenter pour faire des tutoriels et mettre ça en accès libre.
et de manière collaborative pour que d 'autres puissent ajouter des idées. C 'est sur le site du Low -Tech Lab, Low -Tech Lab .org, on peut retrouver tous ces tutoriels. Ça marche pas mal parce que maintenant, il y a plus d 'un demi -million de personnes tous les ans qui se connectent à cette plateforme pour regarder des tutoriels. C 'est des gens qui sont issus de 10 000 villes différentes dans le monde, donc ça commence à être de plus en plus utilisé.
et c 'est traduit, il y a des traducteurs qui de manière bénévole traduisent des tutoriels, donc il y en a en pas mal de langues aussi. Mais voilà, j 'espère que ça va grandir dans les années qui viennent, qu 'il y a plein de gens qui vont inventer des trucs, les rajouter, et puis qu 'il y a plein de gens qui vont implémenter ça chez eux.
Anne-B - Moi cet été, j 'ai très envie de me mettre un four solaire et un composteur là. On les trouve sur votre wiki.
Corentin de Chatelperron - Il y a plus de 150 tutos. Oui, je parle de deux trucs, mais il y en a énormément.
Anne-B - D 'ailleurs, lesquels sont tes favoris là -dedans ? Tu as des coups de cœur particuliers pour certaines de ces créations ?
Corentin de Chatelperron - moi, j 'adore maintenant de plus en plus tout ce qui touche au vivant et amener le vivant chez soi. Et donc, on a parlé tout à l 'heure des larves, mais il y a aussi les plantes. Moi, je trouve que ça change un habitat d 'avoir des plantes chez soi et notamment des légumes-feuilles, toutes les plantes dont tu peux manger les feuilles. En fait, les faire pousser chez toi, ça permet d 'avoir des plantes qui sont pleines de vitamines. Parce que si tu achètes, par exemple, du persil ou de la coriandre dans ton marché, ils ont été coupés, ils ont été transportés. Donc il y a eu du gâchis, il y a aussi une perte de vitamines, de minéraux, etc. Et donc les faire pousser chez toi, c 'est plus frais et ça te crée un contact avec la nature.
que tu n 'as pas quand tu vis dans un appartement ou une maison comme ça en ville. Et en plus, ça te permet de recycler des eaux usées parce que tu peux, par exemple, transformer de l 'urine en engrais ou transformer des eaux grises en engrais. Tu peux transformer du jus de compost en engrais, etc. J 'aime beaucoup ce que tu dis et ça, ça vaut la peine de te souligner parce qu 'il y a beaucoup de gens qui sont carencés, même en mangeant plus ou moins équilibré, parce qu 'ils vont racheter leurs légumes à des endroits où ils ont déjà traîné depuis tellement longtemps que...
ils ont déjà beaucoup moins à offrir. C 'est vrai que la santé commence par tout ça. Nous, on est fait pour manger des choses qu 'on vient de cueillir. On n 'est pas fait du tout pour manger des trucs qui ont été réfrigérés et puis ressortis de gros frigos de supermarché et qui a fait un mois qu 'ils n 'ont plus vu le champ. C 'est vraiment intéressant comme solution. En plus, je veux dire, c 'est vraiment plein de bénéfices. C 'est sain aussi. Je ne sais plus qui est le spécialiste de la santé mentale. Ils ont juste avoir une plante dans une pièce.
ça change tout. On est vraiment fait pour vivre dans la nature. Donc au moins amener une plante, c 'est fou de l 'impact que ça peut avoir.
Anne-B - Donc vous, c 'est ce que vous apportez. Et je veux dire que je ramène plein de choses qui sont connues comme étant vraiment un grand bénéfice pour nous et qu 'on a perdu complètement pour cette question d 'entre guillemets facilité, de pas de plantes à arroser, aller servir au supermarché. Oui, mais à quel prix, quoi ? Après, c 'est ce bruit de médicaments pour essayer de rester plus ou moins en bonne santé ou...
des compléments alimentaires pour ne plus être carencés. C 'est vraiment débile. Solution boiteuse sur solution boiteuse. C 'est vraiment chouette, cette histoire de rééquilibrer les choses et le contact avec le vivant aussi. Me mettre les mains dans la terre, être en contact avec des animaux, c 'est merveilleux, tout ça, de n 'importe quoi. T 'as été fasciné par la reproduction de tes mouches. Il y a aussi un truc qui change tout, c 'est prendre soin de quelque chose.
Corentin de Chatelperron - Anne B. - Prendre soin de ta plante, ça te change complètement ta mentalité, je trouve. Vraiment, il y a quelque chose derrière ça. Tu prends soin de ta plante et puis en plus, tu la manges après, tu manges des feuilles. Il y a un vrai échange. Je trouve qu 'il y a une empathie qui se crée avec une plante, c 'est bizarre. Changer un peu nos rapports, ils sont toujours de consommation.
Ça réenchant un peu quelque part notre quotidien, ça redonne un peu plus de sens et de valeur aux choses. Je trouve que c 'est... Ouais, ça fait vraiment du bien quoi. Donc j 'adore vos histoires, donc c 'est pour ça que ça fait longtemps que je te connais. Et tu vois, je trouve que c 'est aussi un bon exemple pour dire qu 'il y a quelquefois des trucs, des systèmes low -tech qui, sur le papier, tu vois, c 'est pas en faisant pousser des plantes que ça va radicalement te faire économiser de l 'argent ou radicalement changer ton empreinte écologique.
pour radicalement changer ta santé, mais c 'est un cumul d 'un petit peu tout et c 'est au final, enfin au final, ça change quand même ta vie, je trouve. Même si sur le papier, ça ne paraît pas énormément. On est totalement d 'accord. C 'est tout cet impact non visible, non chiffrable et qui est tout aussi important. C 'est vrai que notre manie de vouloir tout chiffrer, cadrer, mesurer ne nous mène pas, enfin nous laisse ignorer toute une partie qui est tout aussi importante et qui n 'est pas mesurable.
Anne-B - Je suis complètement d 'accord avec toi. J 'ai beaucoup rigolé aussi de tes erreurs dans ton TEDx, Mine Nancy. Tu racontes avec beaucoup d 'humour toutes les erreurs, la perte de tes poules quand tu avais voulu en promenade sur une île qui s 'est jamais revenue, l 'emménagement des termites dans ton mât parce que tu as revenu du bois qui était déjà habité sur le bateau, pour revenir à toutes les solutions que tu as trouvées et par ça sur Internet, sur ton idée des Loctech Labs. Justement, j 'aime bien demander à tous mes invités quelles sont les erreurs qui leur ont appris le plus. Et toi, les erreurs, visiblement, on a l 'impression que tu les adores, parce que elles sont pleines d 'enseignement.
Corentin de Chatelperron - J 'ai tendance à tester assez vite les idées que j 'ai, et du coup, en général, c 'est toujours une phase erreur. Parce que je teste assez vite. Et là, effectivement, j 'en ai fait pas mal d 'erreurs pendant ce voyage avec Gold of Bengal, dans les îles désertes du Golfe du Bengal. Je voulais être autonome sur mon bateau, vraiment j 'ai cumulé un peu toutes les erreurs possibles.
Anne-B - Écoute, on est contents que tu ne sois pas passionné par le parachutisme, sinon tu aurais été capable de se dire je vais commencer à faire mon parachute. Je n 'aurais pas dû le faire comme ça. C 'était mieux avec un bateau.
Corentin de Chatelperron - Oui, c 'est clair, il ne faut pas se tromper d 'expérimentation. Mais non, c 'était une super série d 'erreurs, celle -là, parce que c 'est vraiment...
Cet échec qui m 'a lancé, tu vois c 'était en 2013, et ça m 'a lancé sur plus de 10 ans. En fait, ça a lancé ma carrière dans l 'hélo -tech. Ouais, cette frustration en disant, bien, il va y avoir des solutions. Et puis, mais si on a plein, comment est -ce qu 'on n 'est pas au courant ? Toute cette réflexion, c 'est vraiment chouette. Donc, vive les erreurs. Et le succès dont tu es le plus fier ?
Et bien justement, si je repense à cette époque -là où je me suis dit, ah, ce serait génial de trouver toutes ces solutions autour du monde et de les faire connaître, et bien j 'ai été assez têtu pour le faire, alors que ça fait plus de 10 ans et cette idée, je suis toujours en train de travailler dessus. Et donc je suis assez fier d 'avoir tenu ce fil rouge. Tu vois, j 'aurais pu au bout d 'un moment me dire, oh, ras-le-bol, personne ne fait mes low-tech machin, ou j 'ai envie de passer à autre chose. Et non, je suis assez fier d 'avoir tenu bon.
Et en plus, ça a été aidé par un peu le contexte où il y a de plus en plus de gens qui s 'intéressent à la résilience, qui s 'intéressent à nos impacts écologiques. Il y a eu aussi, je ne sais pas, pandémie, guerre, etc., qui fait qu 'il y a plein de gens qui ont commencé à s 'intéresser à comment est -ce qu 'on pourrait mieux consommer avec moins de ressources, être plus autonome, etc. Et depuis dix ans, en fait, ça m 'a aidé à tenir sur le même chemin, sur la même voie.
Et donc je suis assez content de ne pas, je ne sais pas, au bout d 'un moment, m 'être arrêté et puis avoir changé de truc. Vous êtes combien maintenant dans le petit écosystème ? Tu me disais que tu as des bénévoles qui sont avec toi. Il y a l 'écosystème low tech lab pour l 'instant. C 'est combien de personnes ? C 'est dur à dire parce qu 'il y a une quarantaine de low tech lab qui ont été créés dans plusieurs villes en France et puis dans d 'autres pays aussi.
Anne B. - et chacun de ces low tech labs c 'est une asso indépendante avec plusieurs personnes et donc au final je sais pas du tout combien de personnes qui gravitent autour de ces low techs lab, le low tech lab à Concarneau il y a peut -être 7 ou 8 personnes à temps plein et moi là la nouvelle biosphère sur laquelle je travaille en région parisienne et ben on est ça dépend des jours en fait parce qu 'il y a des bénévoles
Ils viennent, ils viennent pas, etc. Mais on doit être 8 aussi peut -être. Ouais, c 'est chouette aussi, je veux dire avoir un effet de communauté. Ah donc il y a des low tech labs un peu partout. Il y en a en Belgique alors ? Il y en a un à Liège, ouais. À Liège, ah oui. Ils sont très actifs à Liège, c 'est vrai. Ok, ça m 'intéresse, moi. Toi t 'es où ? Moi je suis à Namur. Bon, c 'est à une de mes portes. 30 -40 minutes de Liège, c 'est pas... Mais ils ont de chouettes de ceintures alimentaires aussi, que Rob Hopkins salue à chaque fois qu 'il vient en Belgique et tout.
Oui, mais tu viens de mentionner ce que vous êtes en train de mettre en place. C 'est déjà commencé l 'expérience bio super en appartement à Paris ? On est en phase de préparation. La mairie de Boulogne -Biancourt, c 'est une ville collée à Paris, à l 'ouest, selon la Seine. Ils nous ont mis à disposition un appartement de 28 mètres carrés.
et on l 'aménage avec plein de low techs du coup qu 'on adapte au contexte urbain et on a jusqu 'à mi -juillet pour le faire et à partir de cet été pendant quatre mois on teste un mode de vie urbain low tech. Et ça va se passer comment alors ? C 'est quoi le principe ? Alors le principe, on s 'est donné des objectifs. Un des objectifs c 'est par exemple de répondre aux objectifs de l 'ONU pour les émissions de gaz à effet de serre.
2 tonnes équivalents carbone par personne et par an. Et ça, ça te demande de changer tout ton mode de vie. Clairement, les émissions carbone de 2 tonnes, il y a aussi divisé par 10 la consommation d 'eau. En France, on consomme en moyenne 150 litres d 'eau par jour et par personne. On aimerait bien être à 15 litres par jour et par personne. Que ce soit un mode de vie qui ne génère pas de déchets, qui soit accessible financièrement à tout le monde.
Anne B. - qui maintiennent en bonne santé, voire même qui améliorent la santé, qui créent un lien avec la nature, on en parlait, et qui soit désirable. Donc ça, c 'est les objectifs. Et pour ça, du coup, on a toute une panoplie de low techs qu 'on installe dans un appartement. Donc il y a autant, je sais pas, un rameur machine à laver, il y a un système de cuisson de la nourriture hyper économe en énergie, il y a des systèmes de production d 'énergie avec...
des panneaux solaires, il y a un système de recyclage des eaux grises, il y a des cultures de plantes, des cultures de spirulines, un petit élevage de grillon, des champignons, il y a une douche brumisante pour se doucher avec beaucoup moins d 'eau. Enfin, il y a plein de systèmes à l 'intérieur qu 'on développe avec des écoles d 'ingénieurs, avec des bénévoles et même avec l 'Agence spatiale française. Il y a vraiment pas mal de monde en recherche et développement pour ces solutions techniques. Et après,
On développe aussi des filières dans la ville parce qu 'on veut montrer qu 'en ville, ce n 'est pas juste chaque appartement qui est autonome, mais c 'est des synergies entre les gens, entre les habitants aussi, qui permettent d 'avoir, enfin d 'atteindre tous les objectifs qu 'on se fixe. Donc ça, c 'est pas mal. Emma qui travaillait là -dessus dans l 'équipe, elle crée des filières. Par exemple, pour parler des mouches, il y a une famille qui va élever des mouches et qui va nous fournir en larves.
une fois toutes les deux semaines. Il y a un biologiste qui va créer le mycélium de champignons, c 'est la partie racinaire, et qui va nous donner des kits de champignons qui sont prêts à pousser dans la douche. En fait, on va s 'appuyer sur pas mal de gens qui vont faciliter la vie dans la biosphère. Ok, extra... Donc on va être en collaboration avec...
une vingtaine de personnes en permanence pendant l 'expérimentation. C 'est vraiment génial. Et notamment une ferme. Oui, oui. Non mais ça c 'est vraiment des chouettes exemples. Parce que parfois, du coup, enfin moi je suis en ville, je n 'ai pas de jardin, je n 'ai pas de... Donc là tu vas montrer justement ce qu 'il est possible de faire en ville. Donc j 'aime vraiment beaucoup votre démarche. Sur l 'eau, dans le désert, dans un appartement à Paris. Le bon test sera de voir si tes filles, ça leur donne envie ou pas.
Anne B. - Ce sera le bon test, ouais, ça va, Benjamin. Je suppose que ce sera documenté sur Arte. Ouais. Donc, super, on va pouvoir regarder ça. Je mettrai tous les liens dans les notes de l 'épisode pour retrouver facilement Arte et tous les documentaires. Ça fait vraiment travailler l 'imaginaire dans le bon sens, je trouve. Enfin, moi, j 'adore. Voilà. Donc, le succédent est le plus fier, on en a parlé. Est -ce qu 'il y a une citation, une phrase ou une histoire qui te motive ?
Oui, il y a une citation que j 'adore, c 'est Saint -Exupéry, la perfection est atteinte, non pas quand il n 'y a plus rien à ajouter, mais quand il n 'y a plus rien à retirer. Je l 'ai encore dit hier, oui je la connais. C 'est vrai ? Pas très original. C 'est un terme d 'écriture, justement, lorsqu 'on parle avec un stagiaire, comment bien écrire, pour rédiger des choses. Ah oui, donc ils ne mettent pas des paquets.
Voilà, c 'est ça, c 'est la sobriété dans les critères qui est très très bien aussi, mais ça s 'applique à bien plus que les critères, bien sûr. Déjà, qu 'on te compare au Petit Prince, si en plus tu me cites Saint -Exupéry. Je crois que tu risques d 'avoir encore une comparaison au Petit Prince quelque part dans les notes de l 'épisode. T 'es en recherche. C 'était un de mes bouquins préférés, Tart des hommes. Je sais pas si tu l 'as lu, mais c 'est... C 'est lequel, alors ? Moi, je l 'ai lu, on parlait de sa vie d 'aviateur.
Evidemment, le Petit Prince, ça c 'est clair, mais non, je les ai pas encore tous lus, mais j 'adore, j 'adore vraiment. Ah, je t 'ai conseillé celui -là. Ah, tu disais Terre des hommes alors. Ouais. D 'accord. D 'accord. Je vais regarder. Je vais regarder à ça avec grand plaisir, franchement. Voilà. Est -ce que tu as d 'autres, voilà l 'actualité du moment, d 'autres projets aussi que vous avez après pour le... après votre histoire d 'appartement ou... En tout cas, l 'idée, c 'est de continuer à faire des biosphères parce qu 'en fait...
on trouve que c 'est un bon mode d 'avancer étape par étape comme ça, de manière littérative, de se plonger dans des contextes différents et de voir ce que ça donnerait des combinaisons de botec dans ces contextes -là, sous ces contraintes -là. Et donc on va continuer avec Caro dans cette direction -là après. Et là, il y a un peu une nouveauté aussi pour cette expérience, c 'est qu 'on fait tout un projet de science participative.
Anne B. - c 'est -à -dire qu 'on a proposé à des gens, pendant que nous on fait l 'expérience, de faire des morceaux d 'expérience chez eux. Et on a eu une bonne surprise, c 'est qu 'il y a 1500 personnes qui ont candidaté pour répondre à ce projet de sciences participatives. Et donc, il y en a qui vont tester la douche brumisante, la culture de plantes avec le système qu 'on propose, l 'élevage de larves, etc. Et ça, ça va donner une nouvelle dimension à nos projets à l 'avenir, je pense.
c 'est qu 'on a envie de développer ce qu 'on appelle la NASA de la low tech. C 'est -à -dire un peu comme un grand centre de recherche, mais où on mixe des écoles, des étudiants, des bénévoles, des particuliers, des entreprises, des gens comme ça, un peu de tous horizons, pour réinventer une manière d 'habiter sur notre planète dans le futur. Et donc, j 'ai bien hâte de voir comment ça se passe, tout ce nouveau côté collaboratif, en fait.
Ah oui, c 'est trop génial. Si j 'avais été au courant, à mon avis, j 'aurais peut -être convié à t 'y aller. Non, mais c 'est vachement bien. Ça rejoint ma question où je demandais combien vous étiez. C 'est à tout cet écosystème autour aussi, c 'est tous ces gens, ces satellites bienveillants et qui sont prêts à se retrousser les manches. Ça, c 'est vraiment... Ça doit être le plus enthousiastique. Oui, c 'est clair. C 'est génial. Ça me fait très plaisir d 'apprendre ça.
Tu parlais d 'aéronautique, de NASA, de voilà, etc. Si on te demandait de faire la biosphère d 'espace, tu le ferais ? Alors, non, moi, je n 'irais pas dans l 'espace. Mais par contre, on bosse pas mal avec l 'Agence spatiale qui, eux, ils étudient les voyages longs, par exemple, où les, tu vois, des astronautes qui sont confinés dans un endroit pendant des mois, etc. Et on s 'est rendu compte, en fait, que du coup, ils étudiaient des choses assez similaires à ce qu 'on étudie.
C 'est -à -dire comment est -ce que tu vas recycler vraiment tous tes déchets pour que tu n 'aies rien à jeter ? Comment est -ce que tu t 'assures que la qualité de l 'air est bonne, que ton urine va bien se transformer en engrais pour des plantes que tu peux manger, etc. En fait, cet écosystème -là, il l 'étudie aussi. Donc, je n 'irai pas dans l 'espace faire une biosphère, mais par contre, échanger avec tous les scientifiques qui bossent sur ces sujets -là, je trouve ça passionnant.
Anne B. - La recherche aérospatiale, tous ces longs voyages dans l 'espace, ça te fait rêver ?
Corentin de Chatelperron - Moi non, je préfère notre planète, je trouve que c 'est la meilleure du système solaire. Et plutôt que d 'aller sur Mars ou la Lune, non, notre planète est géniale. Et donc je préfère rester là. Ouais, l 'aérospatiale, ça me désole un petit peu, j 'avoue. Ça se ramène des très belles images, mais bon, soit !
Anne-B - Et si on veut vous suivre dans cette expérience, Low Tech Paris ou même voir un petit peu tout ce que vous avez déjà fait, où est -ce qu 'on peut vous retrouver ? A
Corentin de Chatelperron - lors, il y aura une web série artée, mais en attendant, dès le début de l 'expérience, on pourra communiquer via Instagram, sur biosphère .expérience.
Anne-B - D 'accord.Sur YouTube, vous avez une chaîne où vous reprenez tout ce qui est publié sur vous ? Sur l 'expérience de la biosphère?
Corentin de Chatelperron - on n 'aura pas de chaîne, mais par contre, il y a pas mal d 'infos sur toutes les low techs qu 'on a découvert ces dernières années sur la chaîne du Low Tech lab. L 'otek lab. Et sur le site du Low Tech Lab où là on retrouve avec y compris toutes les créations.
Et on a fait pas mal de films pour Arte et donc sur Arte TV et sur la chaîne YouTube d 'Arte, il y a aussi pas mal de pas mal de films sur les escales Nomad des mers, sur les différentes biosphères.
Anne-B - Oui, oui, oui, ça j'ai déjà été checké. C 'est vraiment très, très chouette. Attends, c 'est moi qui avais une question. Ah oui, si tu voulais comment conseiller, pas là, sur quelqu 'un qui veut se mettre à la low tech, mais qui n 'est pas hyper bricoleur, quelque chose de facile et déjà impactant par lequel commencer, tu conseillerais quoi?
Corentin de Chatelperron - Moi je dirais les plantes parce que je te dis... Alors ça dépend des gens en fait, il y a plein de trucs suivant où tu habites, ce que tu aimes faire et tout ça. Faut faire un truc qui te plaît. Faut pas chercher forcément le plus impactant je pense au début. Et ce qui est le plus impactant c 'est d 'en faire plein en fait. Je pense. Et... Ouais ouais. Et là ça vaut le coup de passer un peu de temps sur le wiki du Low -Tech Lab pour regarder et trouver des idées ou de regarder nos vidéos. La biosphère, tu vois, ça donne pas mal d 'idées des low tech. Donc, il y en a qui font tilt à certains, d 'autres à d 'autres, etc. Donc, il faut regarder un peu les vidéos. C 'est une manière sympa de se plonger dans le sujet. Et après, sur chacune des low techs, il y a des tutoriels et il y a de quoi, du coup, reproduire ça chez soi. Je crois aussi à l 'impact du groupe. Donc, si on est en contact avec d 'autres qui sont motivés aussi, ça marche encore mieux.
Anne-B - Du coup, tu disais que vous aviez une communauté, que vous aviez fait appel, qu 'il y avait eu pas mal de réponses, etc. Elle est où cette communauté, elle s 'est constituée, où est -ce qu 'on peut...
Corentin de Chatelperron - En fait, c 'est des gens qui ont candidaté, on a mis ça sur le site internet biosphère -expérience .org, c 'est le site internet sur lequel on a fait l 'appel à candidature. Et donc c 'est là aussi que tu peux retrouver les huit missions de sciences participatives. Donc on mettra des tutoriels aussi, même si tu n 'as pas candidaté, tu pourras quand même faire ça chez toi.
même si tu suivras pas tout le protocole scientifique qu 'on met en place, etc. Mais sur ce site biosphère -expérience .org, t 'as pas mal d 'infos et c 'est ça qui nous a permis de rassembler toute une communauté. Et voilà, c 'est là où ta communauté papote un petit peu, c 'est où pour ceux qui viennent les gens dans les discussions ? Après, ceux -là, ceux de la science participative, On va créer des groupes, mais ce n 'est pas des groupes ouverts. Sinon, si tu as des questions techniques sur les low tech, il y a un groupe qui est pas mal actif sur Facebook, c 'est Low Tech lab france. Là, il y a au moins 60 000 personnes qui font partie de ce groupe là et qui échange très régulièrement sur les low techs. C 'est très actif.
Anne-B e suis contente d 'avoir posé la question.
Ça marche. Un grand merci, Corentin.
Corentin de Chatelperron - Merci à toi.