#77. Guillaume Millet : ultratrail, François D'Haene et Killian Jornet vus par un spécialiste
Épisode du 09 avril 2024
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Si l’ultra te fascine ou t’intrigue, cet épisode est fait pour toi ! On y parle des noms et de courses qui font rêver dans la discipline : Ultratrail, François D’Haene, Killian Jornet, UTMB ou encore Tor des Géants. On y parlera bien sûr de performance, de récupération, de cette mode de l'ultra qui pourrait faire plus de tort que de bien à la discipline comme à ses adeptes. Mais surtout, on parle de plaisir, d'ultra-plaisir, et comment faire pour que cela le reste.
Mon invité est Guillaume Millet, physiologiste du sport, ancien ultra-trailer, Professeur de Physiologie de l’Exercice à l’Université Jean Monnet, de Saint-Étienne, coordonnateur de la Chaire universtaire ActiFS, il supervise également le programme d’aide à la performance de l’équipe internationale trail running de Salomon - qui est bien sûr l'équipe du grand François D'Haene entre autres (que tu peux écouter à l'épisode 27 puisqu'il est passé sur Storylific, un épisode "ultra"-sympa). Il a dirigé pendant 5 ans un groupe de recherche de 15 personnes sur la fatigue neuromusculaire à l’Université de Calgary au Canada, a écrit 5 livres sur la physiologie du sport ainsi que de nombreux articles scientifiques sur la question. Il est aussi membre Senior de l’Institut Universitaire de France.
Je pose sans complexe mes questions sur l’ultra, donc public non averti ne pas s'abstenir je suis de vos rangs, et si tu es confirmé, je pense qu’il devrait y avoir de vraies pépites sur la route - alors vas-y trace et attends-nous de temps en temps au ravito, on arrive !
© Guillaume Millet - photos soumises à droits d'auteur
Extrait de l'entretien :
"On est tous faits pour quelque chose, et donc il faut respecter un peu sa génétique, en tout cas si on veut être performants, et qu'on est tous capables de faire des efforts, même si on n'est pas forcément doués pour ça. En tout cas, moi je me bats contre le fait dire que faire un UTMB, par exemple, c'est un exploit.Pour moi, ça paraît un exploit essentiellement parce qu'on est dans une société où le moindre effort physique paraît démesuré. Depuis 70 ans, on a tellement diminué notre niveau d'activité physique de façon collective pour les raisons que l'on connaît.
Tous les transports se font de façon passive maintenant, ce qui n'était pas le cas encore il y a quelques décennies. Ce qui fait qu'on est devenus très mauvais, on a des capacités physiques qui ont diminué, y compris chez les enfants ! C'est ça qui est encore le plus inquiétant, mais c'est évidemment vrai chez les adultes. Je ne parle même pas des problèmes de surpoids, d'obésité, etc., mais ça va avec. Et donc, si on a l'impression que ces efforts très longs sont des efforts surhumains ou extrêmes, c'est avant tout de mon point de vue parce qu'on n'est plus du tout aptes physiquement, collectivement, à faire ça. Et en d'autres termes, l'UTMB aurait paru beaucoup moins difficile à nos aïeux qu'à nos contemporains."
Guillaume Millet, Storylific épisode 77
Où trouver l'invité
Twitter, Instagram & Linkedin : @kinesiologui
Site web : www.kinesiologui.com
Pour aller plus loin :
Le livre de Guillaume Millet, Ultratrail : plaisir, performance, santé
Vidéo de la conférence à Chamonix Salomon store
L'étude sur les problèmes de sédentarité chez les jeunes sur "pour une France en forme"
Illustrations sonores
Musique:
Cali by ItsWatR (Direct Licence)
Whipped Cream by WatR (Direct Licence)
Sons:
short whoosh Vilkas_Sound CC BY 3.0 Attribution
Jogger in the forest by Cinetony CC.0
Retranscription de l'épisode
RETRANSCRIPTION DE L’EPISODE
AnBé - Bonjour Guillaume Millet !
Guillaume Millet - Bonjour.
AnBé - Alors c’est un plaisir de discuter pour une fois avec un spécialiste parce que c'est vrai que François d’Haene était passé sur le podcast et bon du coup ça interroge sur les hautes performances comme ça, on se dit tiens, ces extra-humains comment font-ils ? Est-ce qu'il y a des choses surprenantes au niveau de leur physique ? Qu'est-ce qu'ils travaillent ? Un petit peu les coulisses des exploits de ces athlètes et ça c'est justement votre spécialité.
Donc ça va être un plaisir d'en discuter avec vous. Alors j'ai appris beaucoup de choses parce que vous avez fait récemment une conférence avec Salomon à Chamonix, c'était bien Chamonix, avec un nutritionniste, avec un autre ultra trailer, j'ai oublié le nom de ce charmant jeune homme.
Guillaume Millet - Il y avait un coureur de l'équipe Salomon qui s'appelle Sébastien Spehler et puis il y avait un coach Diego Alarcon qui était présent également et le nutritionniste c'est Anthony Berthou qui est bien connu aussi dans le milieu.
AnBé - Donc c'est vrai que c'était assez sympa comme conversation. Je mettrai le lien dans les notes pour ceux qui veulent voir cette conférence de presse que vous avez faite. C'était vraiment sympa. Non, ce n'est pas vraiment une conférence de presse, c'était vraiment une séance…
Guillaume Millet - Une conférence tout court, oui.
AnBé - Oui, conférence, tout court.
Guillaume Millet - Tout est en ligne sur YouTube, effectivement.
AnBé - Oui, pour mon plus grand plaisir. J'ai appris d'ailleurs avec cette conférence que tout ce travail, même la digestion, c'était assez phénoménal, vous avez brossé rapidement parce que chaque sujet aurait pu prendre trois heures, ça c'est clair, vous avez été un peu pressé par le temps. Donc ici maintenant, on va prendre le temps, on va se focaliser parce que là on parlait beaucoup aussi bien du marathon que de l'ultra.
Ici on va se focaliser sur l'ultra qui reste la discipline effectivement, qui fascine le plus et pourtant le marathon a tellement de mérites également, mais ne se travaille pas du tout de la même manière. Alors François d’Haene a sorti un livre récemment où il parlait justement de sa passion et que comme beaucoup de jeunes, on essaie de dire, bon allez, jeunes, marathon, va plus vite, l'ultra, c'est pour un peu après.
Lui, il ne voulait pas entendre ça parce que son corps est très bien adapté aux ultras apparemment. Qu'est-ce qui fait ces adaptations, qui le prédisposent un peu plus, on va dire, à des formats ultra et puis pour d'autres, c'est du travail.
Guillaume Millet - Il y a effectivement des capacités physiologiques qui sont particulières et puis aussi je pense une envie peut-être aussi et surtout une envie de passer du temps dans la nature et de faire des formats comme ça où l'on court on va être pendant des heures et des heures et des nuits et des jours dans la montagne voilà, tout le monde n'a pas forcément envie de ça, mais pour revenir aux aspects physiologiques, effectivement, on est tous doués pour quelque chose.
Il faut trouver la discipline qui nous correspond le mieux et ça, ça dépend de plusieurs choses, mais en particulier du type de fibres musculaires que l'on a dans nos muscles. C'est-à-dire que nos muscles sont composés pour tout le monde de fibres dites rapides et de fibres dites lentes et les fibres lentes sont plus résistantes à la fatigue, sont des fibres endurantes et certaines personnes comme François d’Haene, comme moi par exemple, puisque moi j'ai eu une biopsie musculaire où on m'a vraiment diagnostiqué pour les besoins d'une étude.
Mon pourcentage de fibre lente est rapide dans mon muscle quadriceps et j'avais 86% de fibre lente, ce qui est énorme. C'est pour ça que j'ai été, je pense aussi naturellement attiré, alors j'allais moins vite que François d’Haene, mais j'ai été aussi comme lui attiré par ces disciplines longues depuis tout jeune. Je suis entièrement d'accord avec François que cette vision est un petit peu pour moi traditionnelle de dire quand on est jeune on fait des distances courtes et plus on vieillit et plus on passe sur des distances longues, je pense que cette vision est un petit peu caduc.
Il y a aucune raison pour un jeune qui a envie de se lancer sur le long, il y a aucune raison de lui dire tu vas attendre d'avoir 40 ans pour t'y mettre, on peut tout à fait, les meilleurs l'ont montré mais même d'autres un peu moins bon ont montré qu'on pouvait tout à fait terminer un UTMB voir le gagner à 20 ans donc voilà, après il ne faut pas commencer non plus à l'adolescence, il ne faut pas exagérer mais pour des jeunes adultes.
Il n'y a aucun problème si c'est ça qui leur plaît, sans vouloir non plus en même temps griller les étapes c'est à dire qu'il faut pas vouloir tout de suite vouloir faire le tort des géants par exemple qui est un double UTMB tout de suite, il faut un peu se laisser le temps, mais en tout cas monter assez vite sur des grandes distances si c'est ce qui nous plaît il n'y a pas de raison de pas le faire.
AnBé - Oui, j'ai bien aimé un des coachs qui disait que quand quelqu'un faisait appel à lui pour faire une prépa de course, il disait que mon objectif c'est que cette personne dans 10 ans elle court toujours. Parce que c'est vrai qu'on peut préparer quelque chose à court terme et puis se griller comme il disait en 3 ans et puis arrêter dégoutter parce qu'on s'est trop blessé, parce que ceci, cela.
Et donc ça c'est peut-être un chouette avertissement déjà au départ pour ceux qui s'intéressent à ce genre de performances. C'est de vraiment viser la durée parce qu'il y a une espèce de burning qui peut se faire aussi.
Guillaume Millet - Mais ça ce sont deux choses différentes, c'est à dire qu'on peut faire de l'ultra, avoir envie de faire de l'ultra parce qu'on est fait pour ça, parce qu'on a envie de le faire et pas forcément en faire 10 par an donc ce sont deux choses différentes pour moi. Il y a, aller sur l'ultra et la façon de pratiquer l'ultra donc on peut le faire de façon relativement raisonnable.
AnBé - Et puis ceux qui veulent y aller trop vite, c'est ça qu'on disait aussi. Trop vite, trop fort.
Guillaume Millet - Mais on peut y aller relativement vite, mais si on reste raisonnable dans la quantité d'entraînement que l'on fait par an et puis c'est surtout en fait sur la quantité d'entraînement qu’on fait par an qu’il faut y aller progressivement, après assez vite on peut monter sur des distances assez longues mais par contre il ne faut pas multiplier le nombre de courses par an non plus.
Il faut se laisser le temps de récupérer dans l'année après chaque course etc. Si on a une approche un petit peu raisonnée et raisonnable, il n'y a pas de raison d'attendre 35 ans pour se mettre à l'ultra.
AnBé - D'accord, et c'est un des secrets de François d’Haene, de ses succès, de ses succès à répétition. C'est justement qu'il ne courait pas tous les ultras disponibles sur une année.
Guillaume Millet - François, c'est un bon exemple parce que lui, quand il a commencé à courir, ses entraîneurs, managers lui disaient, attend, tu ne vas pas tout de suite monter sur le format 100 miles, tu as le temps, etc. Et puis lui, il n'en a fait qu'à sa tête. Il disait, moi, c'est ce que j'ai envie de faire. Je n’ai pas écouté l'épisode quand il est passé dans votre podcast, mais j'ai déjà entendu par ailleurs et puis j'ai discuté avec son coach.
Et voilà, il est un peu connu pour ça, notamment en disant, moi, ce que j'ai envie de faire, c'est l'ultra. Et puis il en a fait pendant des années au plus haut niveau, il est encore là alors là, en ce moment, il est blessé mais ça ne va pas durer, sa carrière et loin d'être fini en tout cas je l'espère et j'en suis convaincu.
AnBé - Oui, oui, oui, dans le podcast, on n'en a pas parlé, mais il en parle dans son livre. C'est un peu dans le début de son livre, il parle de ce parcours où effectivement on a essayé de le pousser vers quelque chose d'autre, mais lui, c’est ce qui l'a intéressé. Et comme vous dites, c'est le format nature aussi, c'est vraiment avoir envie de passer beaucoup de ton nature. Il me disait, tu sais, moi, c'est presque une excuse, les compétitions, devoir se préparer, oh zut je vais devoir me préparer avec un grand sourire aux lèvres, je vais devoir passer du temps en montagne. Il dit, pour moi, c'est ça le bonheur. Finalement, c'est vrai qu'on parle beaucoup de nutri, de prépa, et ça a son importance bien entendu, mais est-ce que tu mettrais l'envie au-dessus de tout le reste, finalement ? Cet appel ?
Guillaume Millet - Au-dessus, je ne sais pas, mais si on est uniquement attiré par l'aspect compétitif, sans prendre de plaisir en allant en montagne, peut-être qu'on peut atteindre le haut niveau, mais on ne peut pas y rester parce que ça demande tellement d'heures à faire, tellement de sacrifices. Les sacrifices, c'est vrai dans tous les sports de haut niveau, ce n'est pas seulement ultra, mais là, les volumes d'entraînement sont encore plus importants que dans d'autres sports. Du coup, si on n'aime pas ça et que c'est à chaque fois la corvée d'aller dire, il faut que j’aille sortir 10 heures en montagne, c'est vraiment la punition je ne pense pas qu'on puisse durer. Tous les meilleurs, Killian Jornet, François d’Haene etc, ce sont des amoureux de la montagne avant tout donc je ne sais pas si je le mettrai au-dessus du reste c'est sûr qu'il y a plein de gens qui adorent la montagne et qui ne sont pas à ce niveau parce qu’ils n’ont pas les capacités physiologiques ou mentales pour y arriver mais en tout cas cette envie en fait partie, moi ce sont des choses que je n’avais pas forcément pris en compte, mais de plus en plus, j'en suis convaincu.
AnBé - Oui, c'est ce qu’on dit un peu dans les domaines mathématiques, conditions nécessaires mais pas suffisantes, je dirais même indispensables mais pas suffisantes. Alors, voilà.
Guillaume Millet - C'est ça, et du coup, ça pose la question, on en a parlé un petit peu dans la conférence. Ça pose la question un peu de la détection des meilleurs coureurs, par exemple avec Salomon, c'est une question qu'on va se poser, enfin, qu'on se pose. Quels sont les meilleurs coureurs que l'on veut recruter pour, pour devenir l'élite en ultra. Et ça, ça va faire partie des critères effectivement, par contre, ce n’est pas facile à évaluer. Ça, il n'y a pas de thèse de laboratoire pour évaluer ça.
AnBé - Oui, oui, oui. C'est vrai que c'est assez déterminant, c'est rigolo parce que j'enregistre beaucoup pour le moment et je parlais avec un grand reporter qui a un parcours vraiment hyper intéressant, je te dis un peu les conseils qu'il avait donnés à ses enfants, c'était vraiment de faire ce qu'ils aimaient par-dessus tout, parce que c'est là qu'ils seront bons. Donc il ne faut pas nécessairement forcer les choses. Je crois qu'effectivement, quelqu'un qui dit qu'il faut faire l'ultra parce que ça le fait, pour se la péter, ça ne va pas durer longtemps. Je trouvais ça intéressant, parce que c'est ce qui revient ici aussi.
Guillaume Millet - Et malheureusement, dans le cas de l'ultra, effectivement, il y a tellement une préminence de l’UTMB notamment sur tout le reste. Effectivement, quand on fait du trail running, on a envie souvent, il y a des exceptions, mais globalement quand même les coureurs ont envie de performer à l’UTMB.
AnBé - C'est l’Everest quoi.
Guillaume Millet - C'est ça, même s'ils ne sont pas forcément adaptés pour ça, d'où la conférence qui montrait bien qu'effectivement il y avait des qualités spécifiques. On peut être un très très bon trail runner et pas forcément un excellent ultra trailer. Ce sont quand même deux sports qui sont assez différents et voilà comme c'est un peu la Mecque tout le monde veut le faire en n'ayant pas forcément ni l'envie, ni les capacités de le faire je parle du haut niveau tout le monde est capable de le faire pour terminer un UTMB moi je suis assez convaincu que tout le monde, je dis bien tout le monde sauf les gens qui ont des pathologies ou des handicaps mais sinon tout le monde est capable de terminer l’UTMB ça c'est à peu près certain
AnBé - J’ai envie de vous prendre mot pour essayer, pour voir, si ça se tombe, je vais vous donner tort, vous allez voir ça. (rires)
Guillaume Millet - Non, encore une fois, il faut avoir envie, il faut se préparer pour ça, mais on peut y arriver.
AnBé - L'envie oui tout à fait. Et j'aimais bien aussi, on est dans la notion de plaisir, en fait. Tout à fait dans cette notion de prendre du plaisir aux entraînements, parce que c'est vrai que si on ne prend pas du plaisir aux entraînements pour un ultra, c'est très très mal parti. Et j'ai eu le plaisir d'entendre parler du plaisir dans la nutrition et juste la veille, j'enregistrais avec un cuistot qui fait les saisons en Antarctique dans une station polaire, en Antarctique, c'est la station Belge, Princess Elizabeth, et on parlait de l'importance pour le moral dans ces contextes quand même d'isolement, de froid, etc, que le repas était vraiment un moment qui avait une importance assez capitale. Et je vous ai entendu dire lors de la réunion aussi, en parlant nutri, le plaisir, les gels outre le fait qu'effectivement sur un ultra on ne tient pas avec juste des gels, mais avoir une nourriture qui nécessairement n'est pas pile-poil la plus adaptée, mais celle qui va vraiment aider le moral à remonter, c'est important en fait. Ça j'avais bien aimé.
Guillaume Millet - Un peu aider le moral et surtout la nourriture qui va passer sur la durée. C'est ça qui est important effectivement, les gels on va être assez vite écœurés. Donc après, non seulement on ne prend plus de plaisir, mais on n'arrive tout simplement plus à les avaler parce que si on se force à les avaler, on va les vomir, on va être écœurés. Donc c'est pour ça que varier les saveurs, c'est important aussi.
AnBé - Patrick Bauer m'avait dit qu'il avait eu des abandons de gens qui arrivaient avec leurs gels effectivement au marathon des sables c'était le même problème.
Guillaume Millet - Et après, c'est la notion de plaisir, ça c'est une notion qui est quand même importante. La préparation mentale en ultra en particulier est aussi basée là-dessus. C'est-à-dire que moi, je suis un physiologiste, je ne suis pas un spécialiste de préparation mentale, mais enfin je connais quand même un petit peu ces techniques de self-talk, d'imagerie etc où on va justement faire appel à des images qui sont des images positives. Moi par exemple quand je courais à l'époque, j'avais commencé à travailler à l'époque c'était relativement peu développé, ça ne l’est toujours pas énormément mais un petit peu plus maintenant, avec un collègue que je salue qui s'appelle François Castel qui a co-écrit la partie justement prépa mentale dans mon livre, dont le livre comme par hasard s'appelle Ultra Trail, plaisir, performance et santé donc c'était plaisir d'abord, donc vous voyez qu'on revient à cette notion de plaisir et voilà. Donc il m'avait fait par exemple partir sur la course avec dans ma sacoche une photo de mes enfants que je sortais dans les moments difficiles etc, c’est une notion de plaisir. Et puis pour rester aussi là-dessus, mais revenir sur un aspect un petit peu plus physiologique, il y a des études qui ont montré que lorsque l'on prend dans sa bouche une boisson sucrée, mais qu'on ne l’avale pas, c'est-à-dire qu'il n'y a pas d'apport énergétique, on a juste le goût sucré dans la bouche et on le crache, ça permet d'améliorer la performance et le fait d'avoir des boissons sucrées dans la bouche, ça active les zones de la récompense dans le cerveau et ça, ça diminue ce qu'on appelle la perception de l'effort. Finalement, c'est ça le paramètre ultime de la performance, c'est cette perception de l'effort et tout ce qui va nous permettre de diminuer ça, va permettre d'améliorer la performance à tel point que moi j'ai créé un modèle, je ne sais pas si on prendra le temps de le faire, de le détailler parce que ça prendrait un petit peu de temps et je vais vous laisser poser vos questions. Mais un modèle qui est justement basé là-dessus.
AnBé - Non non mais en résumé c'est super intéressant, si si !
Guillaume Millet - C'est le flush model. Le flush model ça sonne bien en anglais, en français ça sonne un peu moins bien parce que c'est le modèle de la chasse d'eau.
AnBé - Oui c'est ça, tirer la chaise ouais. (rires)
Guillaume Millet - C'est plutôt le remplissage de la cuve une fois qu'on a tiré la chasse, normalement quand on a tiré la chasse, c'est le début de la course, ensuite la cuve se remplit. Le niveau d'eau c'est justement le niveau de perception de l'effort. Vous savez qu'on peut coter sur des échelles de 0 à 10 ou de 6 à 20 en anglais on parle de RPE et en français de perception de l'effort. Tout ce qui va nous permettre de diminuer le taux de remplissage, en tout cas le niveau d'eau dans la cuve, va améliorer la performance. L'entraînement, la nutrition, font partie des choses qui vont permettre d'augmenter cette perception de l'effort le plus lentement possible. Pourquoi ? Pourquoi j'ai pris cette image de la chasse d'eau ? Parce que dans les chasses d'eau, il y a une boule qui permet de juger du niveau de remplissage. Quand on arrive proche de la fin, on stoppe le remplissage et l'équivalent pour le coureur c'est qu'il s'arrête ou en tout cas qu'il ralentit très fortement son allure et donc voilà cette image un petit peu tout ça pour dire qu'effectivement la perception de l'effort et donc associé avec le plaisir et est quelque chose qui est absolument fondamental. Et pour juste pour terminer avec le modèle ça montre bien également qu'il faut partir avec une cuve qui est la plus vide possible au départ pour éviter qu'elle soit préremplie avant le départ de la course et notamment ça fait appel aux notions, peut-être on en parlera de sommeil. C'est à dire que quand on a mal dormi, on a déjà une perception de l'effort qui est détériorée au début de la course.
AnBé - Je crois que François D’Haene dit qu’il ne dort quasiment pas à la veille d'une course à cause de l’excitation. Ne disons peut-être pas la nuit d’avant mais encore la nuit d’avant la dernière. (rires)
Guillaume Millet - N'empêche on ne peut pas faire grand-chose, effectivement, encore que François, je suis un peu étonné qu'il dise ça, parce que François fait partie des gens qui sont connus pour être justement assez relax, mais c'est possible, qu’il l’a dit
AnBé - Il me semble que c'est lui.
Guillaume Millet - Par contre, je pense qu'il a bien dormi les nuits d'avant, et il faut essayer justement de stocker du sommeil, mais ça, c'est un autre débat.
AnBé - Oui, mais physiologiquement
Guillaume Millet - J'essaie de ne pas trop parler parce qu'en général quand je commence à faire des langues réponses comme ça, ce n'est pas très bon signe. Il faut que j'essaie de mesurer et laisser poser les questions.
AnBé - Mais tu arrêtes cette réputation. Mais moi ce n’est rien, je suis là pour apprendre et j'ai... Non non, mais cette histoire de flush, moi, ça m'intéresse beaucoup. Quels sont les techniques alors qui sont utilisées pour qu'on y arrive bien ? Celui qui s'entraîne à fond juste avant sa course et qui quelque part arrive à son entraînement en disant « Oh, enfin la course parce que là, j'en ai plein le dos. » Ça ne va pas bien se passer ?
Guillaume Millet - Donc il faut arriver effectivement en étant déjà reposé avant la course. Donc il faut s'entraîner fort, ça c'est sûr, être le plus entraîné possible, mais par contre, plus on s'entraîne, plus on développe ses qualités, mais plus on se fatigue. Et donc il faut arriver à diminuer suffisamment avant, pour garder en continuant à s'entraîner quand même pour maintenir une espèce de stimulus d'entraînement, mais en allégeant grandement l'entraînement pour maintenir les qualités physiques, mais en diminuant la fatigue. C’est la combinaison des deux qui va nous permettent d'arriver dans un état de performance le plus élevé possible au départ de la course. Donc ça c'est une première chose.
AnBé - Alors ils commencent à diminuer comme ça, 10 jours avant ou on parle d'un mois avant ?
Guillaume Millet - Alors ça dépend des courses, sur des ultras, moi j'ai tendance à conseiller de commencer à baisser jusqu'à trois semaines avant. Sur des courses plus courtes, ça sera plutôt une semaine à dix jours, mais sur un format 100 miles de type TMB, ça va être jusqu'à trois semaines, on ne va pas complètement arrêter pendant trois semaines, il faut garder un stimulus d'entraînement. Par contre, on va diminuer fortement et puis garder l'intensité, mais diminuer très fortement le volume. Donc c'est ce qu'on appelle l'affûtage dans le jargon. Ensuite il faut faire très attention à son alimentation avant la course et puis faire très attention comme je l'ai dit juste avant au sommeil. C'est à dire essayer vraiment de dormir et nous on a essayé de documenter ça d'un point de vue scientifique alors pas avec des coureurs d'ultra, c'était plutôt une étude de laboratoire où on a fait dormir des gens on a fait ce qu'on appelle du sleep banking ou de l'extension de sommeil en français on a fait dormir des gens, enfin on a essayé de les faire dormir deux heures de plus par nuit pendant six jours donc à la place de se coucher c'était des gens qui avaient l'habitude de se coucher à 11 heures on les mettait au lit à 9 heures et on a vérifié avec des petits capteurs qu'ils dormaient bien plus alors ils dormaient pas deux heures de plus mais ils arrivaient à dormir une heure de plus quand même par nuit et après on les a soumis à une privation de sommeil et le fait d'avoir accumulé du sommeil avant la privation de sommeil améliorait leur performance mentale, c'est à dire cognitive mais également physique et donc ça c'est pas en condition ultra mais c'est tout à fait applicable et les résultats seraient encore plus spectaculaire j’en suis convaincu, si on s’adressait à des coureurs d'Ultra Trail.
AnBé - Ah ouais, c'est intéressant ça. Donc dans la performance, il y a bien sûr le sommeil et donc effectivement ceux qui ont vraiment du mal à récupérer. Je crois qu'il y en a à certains relais qui arrivent à faire un switch off pendant 5-10 minutes et puis c'est reparti. Il y en a qui n'y arrivent pas du tout, c'est clair que c'est une grande force alors pour ceux qui arrivent à faire on-off ?
Guillaume Millet - Alors ça dépend de quel format on parle. Si on parle d'un format de type 100 miles, les premiers, c'est certain, la première moitié des coureurs n'ont pas forcément besoin de s'arrêter. Pour les autres, effectivement, ça peut être utile de faire des micros-siestes, des power nap, comme on dit, mais de 10, 20 minutes maximum dans tous les cas.
AnBé - Ah oui, mais des Kilian et des François d’Haene ?
Guillaume Millet - Ce n’est pas utile pour eux.
AnBé - C’est parti.
Guillaume Millet - Mais pas seulement eux, moi je pense même qu'on peut faire deux nuits sans forcément dormir si on a bien pris la peine de dormir énormément avant, de ne pas arriver avec un déficit de sommeil, on peut y arriver et pas forcément en détériorant ses performances. Maintenant, effectivement, quand on passe deux nuits complètes dehors, faire un petit somme de 20 minutes ou deux, ça peut être utile. Et après, de toute façon, en général, les gens qui sont à ce niveau de la course, ils ne sont pas à 20 minutes près à ce qu'ils veulent s'est terminé leur objectif, s'est de terminer ce qui est déjà tout à fait louable et donc bon autant se préserver un petit peu effectivement et dormir un peu donc je le conseillerais quand même.
AnBé - Killian, je crois que lui c'est un profil beaucoup plus versatile. Je crois que lui il peut courir du court, du long. Il est assez complet, non ? Il a des spécificités ?
Guillaume Millet - C'est un peu une exception Kilian, je crois que ça a été dit pendant la conférence, le seul qui est capable de gagner, quand on parle de gagner on parle bien sûr des courses réputées parce qu'on peut toujours gagner des petites courses, ça c'est assez facile, enfin pas pour moi mais pour certains, mais on parle des courses de haut niveau donc les golden trail series par exemple sur le court et puis les grands ultras, les 100 miles américains, l'UTMB, le grand raid de la réunion etc, donc lui il fait partie effectivement des rares pour ne pas dire le seul qui est capable de gagner sur les deux formats. On a beau tourner les choses dans tous les sens, il est quand même vraiment exceptionnel ce Killian Jornet.
AnBé - Qu'est-ce qui a créé ces spécificités ?
Guillaume Millet - C'est une combinaison de génétique et puis de vie, d’entrainement qu'il a eu pendant sa vie, c'est à dire qu'il a sans doute une des meilleures VO2MAX du monde, mais pas forcément plus élevée, c'est pas la meilleure du monde, c'est difficile de comparer de toute façon, en tout cas il a vraiment un énorme moteur, donc une très bonne génétique, et en plus de ça c'est quelqu'un qui on l'a dit déjà un petit peu, qui a été dans la montagne depuis tout jeune, donc il a aussi une très grande endurance et donc il a les deux, c'est à dire que quelqu'un comme François d’Haene pour moi a une meilleure endurance encore que Kilian, c’est vraiment l’archétype de l’ultra trailer et pour moi François ça reste jusqu'à peu près du contraire le meilleur ultra trailer du monde, je le mettrais au moins au même niveau que Kilian et voir au-dessus. En ce moment comme il est blessé et que Kilian continue à gagner au niveau palmarès, bref, ce n’est pas un concours de palmarès, on s'en fiche un petit peu de tout ça, en tout cas il est au moins au même niveau. Par contre, ce que n'est pas capable de faire François, Kilian est capable de gagner sur des distances courtes grâce à ce moteur qui est au niveau des meilleurs. Et inversement il y a des gros gros moteurs, Rémi Bonnet par exemple, mais n'a pas la même endurance donc ne serait pas capable gagner l’UTMB. Killian est capable de rivaliser, maintenant, peut-être un peu moins, il prend quand même aussi de l'âge donc il est un petit peu moins rapide mais en tout cas on a encore vu l'an dernier qu’il était capable d'aller encore très vite, chaque année rendra pour lui plus difficile des performances sur le cours, mais je suis sûr qu'il est capable encore de me faire mentir il est tellement exceptionnel.
AnBé - Et alors ta consultance auprès des équipes comme ça, Salomon, etc. Que fais-tu avec eux ? Que travailles-tu avec eux ?
Guillaume Millet - C'est très particulier en fonction des demandes des athlètes. C'est-à-dire que certains athlètes me demandent de les aider à réfléchir sur un plan de récupération, d'autres sur un plan pour s'acclimater à la chaleur, d'autres sont venus faire des tests dans mon laboratoire à Saint-Etienne. Donc voilà, d'autres ne sont pas intéressés du tout par le suivi scientifique, en tout cas, c'est un service que Salomon a souhaité mettre en place, en plus bien sûr de tout le service matériel et de leur donner le matériel, les prototypes, qui sont très adaptés aux conditions de chaleur, de neige, de cailloux, que ce soit au niveau du matériel, bien sûr les chaussures avant tout, mais aussi les sacs, le textile, etc. Ils font ça depuis très longtemps, puisque ça reste jusqu'à preuve du contraire la meilleure équipe du monde. Là cette année, ils ont souhaité adjoindre du service aux athlètes un peu plus élargis, on a ce suivi scientifique et puis en parallèle on va aussi travailler pour mettre en place des recherches qui existent bien sûr il y a des scientifiques à Salomon, ça ce n’est pas nouveau, ils les aident à développer les produits, mais on va aussi travailler sur des projets pour les sportifs pas seulement pour les athlètes élites mais là pour l'instant c'est pas encore officiel donc je peux pas trop en parler ça reste un petit peu secret entre guillemet.
AnBé - D’accord, je me souviens effectivement, je me dis, oui, quelque part, j'aurais dû m'en douter, je suis peut-être un peu naïve, mais quand j'avais eu le plaisir d'aller interviewer François, j'avais attendu un petit peu et j'étais avec quelqu'un, je me dis, qu'est-ce que vous faites ? Et c'était le chausseur de François, quoi. C'est celui qui étudiait les chaussures pour François, parce qu'il a un pied assez fin, la spécificité, etc. Je me dis, ça va quand même jusque-là, les chaussures sur mesure je dis, oui, c'est évident. Je crois qu'un athlète professionnel rigolerait en me disant, mais enfin, tu tombes des nues, c'est normal. Moi, ça m'avait épaté, depuis, j'appelle ce monsieur dont j'ai oublié le nom, le chausseur du roi. (rires) Je trouvais ça tellement génial. (rires) Oui, donc, ça va aussi évidemment avoir son importance, des chaussures qui font mal au pied après les 90 premiers kilomètres puisque ce n'est que les premiers pour eux. Il y en a qui se disent, je commence à me sentir bien en forme à partir de 90 kilomètres. Moi, je regarde, c'est quand même très impressionnant quand on est dans ça, mais c'est là que la chaussure va vraiment commencer, peut-être à faire la différence et si elle fait son travail ou pas.
Guillaume Millet - Oui, après les chaussures sont aussi importantes sur des distances courtes, pas seulement sur du long, il n'y a pas que des ultra-trailers dans le team Salomon, il y a aussi des gens qui font du court, comme Rémi Bonnet par exemple et bien sûr, lui aussi a besoin d'un matériel optimisé. Alors ce n'est pas le même matériel, chaque matériel a ses spécificités en fonction notamment de la distance, mais pas que, du type de terrain, du dénivelé, etc. Et donc tous les athlètes sont traités de façon individuelle, ce qui est la moindre des choses pour des athlètes de haut niveau.
AnBé - Oui, oui, moi, je me suis dit, il va essayer plusieurs chaussures, il va prendre celles qui lui conviennent, mais non, on lui fait ses chaussures. C'est intéressant aussi, parce qu'après, c'est vrai que ça va se retrouver dans le grand public en voyant les choses, des améliorations qui ont été une caractéristique pour un athlète, etc. Donc oui, c'était tout un aspect qui m'a intéressée parce que je n'y allais pas, je n’avais pas préparé ça du tout, donc là, c'était chouette comme découverte. On a parlé un peu de l'aspect sommeil, on a parlé de l'aspect nutrition un petit peu, pas énormément, on ne va pas en faire trop, trop là-dessus, mais c'était un aspect intéressant, moi, je me souviens d'une interview avec des trailers avant qui m'avaient dit qu'effectivement, si on n'arrive pas à bien digérer, ça, c'est ce qui peut casser quelqu'un qui a d'autres part de très très bonne performance. Mais s'il n'arrive pas à s'alimenter, c'est foutu, ça n'ira jamais pour des formats surtout longs. Donc ça, c'était aussi intéressant, voire aussi le bon pas trop de sucre.
Guillaume Millet - J'ai tendance à dire qu'une bonne alimentation ne fait pas forcément gagner une course, en tout cas, elle peut la faire perdre de façon certaine.
AnBé - Bon résumé, mais forcément, c'est votre boulot. (rires) Au niveau des caractéristiques physiques, on en a parlé, mais aussi les profils de blessures. Parce que j'entendais dire, qu'à un moment, les blessures très légères, évidemment, ce sont quasiment inévitables dans du très très long et donc, ça va être la gestion aussi de cette fatigue musculaire, d'éventuellement des petits bobos qui va intervenir. Quels sont les légendes de blessures auxquelles on ne penserait peut-être pas, auxquelles sont soumis comme ça, ceux qui se donnent à fond pendant autant de kilomètres quand on est au niveau pro ?
Guillaume Millet - Alors déjà on peut commencer par dire que les coureurs se blessent, ça c'est vrai, mais pas seulement les coureurs d'ultra. Tous les coureurs se blessent et un peu quel que soit le niveau pour des raisons sans doute différentes. Peut-être certains c'est parce qu'ils n'ont pas la bonne hygiène de vie qui va avec leur entraînement, d'autres c'est effectivement parce qu'ils en font un peu trop ou parce qu'ils n'ont pas la récupération suffisante ou adéquate. Donc ça va un petit peu ensemble parce qu'on peut arriver à courir pendant de nombreuses années, y compris à au niveau et ça c'est important de le préciser parce que finalement les coureurs de haut niveau, c'est ceux qui vont s'entraîner le plus donc c'est pour eux effectivement que ça devient plus compliqué parce que la blessure, en tout cas le type de blessure, dit de surcharge, elle survient lorsque l'organisme n'a pas suffisamment de temps, parce que à chaque fois qu'on va s'entraîner ça va être comme une agression quelque part pour l'organisme qui va se défendre, essayer de se reconstruire plus fort et pour ça, il a besoin de temps et si on ne lui laisse pas le temps de le faire, c'est pour ça que la progressivité est importante aussi c'est à dire que quand quelqu'un augmenterait son volume d'entraînement de 50% d'une année à l'autre par exemple et bien ce serait un step trop important pour l'organisme et là, le risque de blessure il est important, c’est pour ça que cette notion de progressivité elle est importante, mais la première peut-être idée reçue c'est de se dire que oui seuls les coureurs d'ultra se blessent, je sais pas si c'est une idée reçue mais en tout cas c’est pas vrai, tout le monde se blesse et ceux qui s'entraînent, pour moi, c'est plus une histoire de niveau de performance que de distance de course. C'est vrai que globalement, il n'est pas complètement faux de dire que quand on veut s'entraîner et préparer une course comme un UTMB, on a besoin de s'entraîner plus que quand on veut préparer un 10 km, mais quand on regarde les coureurs de haut niveau, finalement, les coureurs de haut niveau qui sont sur la piste s'entraînent énormément, beaucoup plus que la majorité des coureurs amateurs qui s'entraînent pour l'UTMB. Donc c’est plus une question de niveau de performance qu'une question de distance de course finalement. Voilà après les autres, alors moi je ne suis pas un spécialiste des blessures, mais il y a évidemment tout un tas de blessures différentes qui peuvent être des blessures, les plus compliquées à éviter ce sont les blessures de surcharge, et puis après on a toutes les blessures traumatiques de type entorse lié à la chute, etc où là, il y a un peu de travail prophylactique à réaliser avec des exercices de proprioception, d’équilibre qui permettent d'éviter au moins ces blessures-là. La fatigue peut aussi induire ce type de blessure, on est moins alerte quand on est fatigué, alors la fatigue au sens large du terme, que ça soit la fatigue musculaire ou la fatigue globale, en particulier si on ne dort pas assez, ça, ça peut-être aussi une source de blessure. Le sommeil est important parce qu'il permet de récupérer, notamment le sommeil lent profond, mais il permet également de préserver son agilité on pourrait dire. Et voilà donc les gens qui ne dorment pas suffisamment pour différentes raisons par exemple, ils ont des modes de vie très actifs, ils ont un travail très prenant à côté, mais ils veulent absolument faire de l'ultra malgré tout, ils veulent s'entraîner malgré tout, mais ces gens-là s'exposent à la blessure parce qu'ils n’ont pas les moyens, ils n'ont pas le temps tout simplement de récupérer de façon adéquate.
AnBé - Je pensais justement, est-ce qu'il y a des coups en course ? Est-ce qu'il y en a qui utilisent certaines méthodes d'autohypnose pour se reposer tout en courant quand le terrain n’est trop irrégulier ? Il y en a qui font ça ? J'ai interviewé récemment une plongeuse incroyable, une plongeuse spéléo, donc c'est très, très engagé, et qui a réussi à utiliser cette technique pour dormir un peu tout en étant en train de faire un truc vraiment, c'était descendre toute une rivière, etc. Dormir sous l'eau, je veux dire. Ah bon ? (rires) Par phase, justement, avec l'autohypnose, ce n'est pas des sommeils profonds, mais des mini-sommeils de récup. Il y en a qui font ça, sur un ultra-trail ?
Guillaume Millet - Ça, je ne saurais pas le dire.
AnBé - Pas entendu parler ? Je trouvais ça assez sidérant.
Guillaume Millet - Ce sont quand même des terrains qui sont changeants etc, donc on a besoin d'être quand même en état de veille, sinon pour le coup on risque je pense une blessure assez facilement. Ce n’est pas comme si on était sur un vélo ou si on marchait avec quelqu'un, j'ai entendu parler de choses comme ça, par exemple dans des équipes, avant je faisais un peu du raid multi-support où par équipe effectivement on peut mettre la main par exemple sur l'épaule de celui qui nous précède et puis avoir une espèce de demi-sommeil comme ça ou de semi-hypnose, je ne sais pas comment on peut appeler ça, tout en marchant. Mais quand on court, quand on est tout seul dans la montagne, c'est quand même un peu plus compliqué.
AnBé - Casse-gueule pour être polie. (rires)
Guillaume Millet - Voilà, c'est ça. (rires)
AnBé - Quand tu parlais de blessures de surcharge, excuse-moi, pour ceux qui, comme moi, ne sont pas des gens du milieu, c'est quoi les blessures de surcharge ?
Guillaume Millet - C'est la répétition des efforts, donc tous les chocs que l'organisme subit foulés après foulés, donc là ça dépend du nombre de foulés, donc du nombre d'heures d'entraînement. C'est différent d'une entorse par exemple qui peut arriver.
AnBé - Et donc ça va être quoi ? Des micro-fractures ?
Guillaume Millet - Oui c’est ça, ça va être des stress fractures, donc des fractures de fatigue. Il y a pas mal d'athlètes qui ont ça, ça va être des tendinopathies, ça va être ce genre de choses.
AnBé - D'accord. J'avais entendu un truc super intéressant et amusant. C'est un effet très positif du Covid qui a justement eu lieu sur les blessures. Vous parliez du fait qu'avec le Covid, on essaie de s'entraîner autrement, notamment par du renforcement musculaire un peu plus que d'habitude, sans doute, par nécessité, pour pouvoir faire quelque chose en étant confiné et après, on s'est rendu compte qu'il y avait moins de blessures et du coup, c'est vraiment rentré dans les protocoles d'entraînement maintenant, c'est beaucoup plus intensifier les séances ? Enfin, faire davantage de séances de renforcement musculaire. J'ai trouvé ça intéressant comme impact positif du Covid.
Guillaume Millet - Oui, c'est Diego, le coach qui disait ça effectivement. Donc eux, ils ont plus mis l'accent avec leurs athlètes effectivement apparemment pendant le Covid pour essayer de les maintenir actifs et du coup, ça a donné un petit peu plus l'habitude aux athlètes d'en faire. Alors, ce n'est pas nouveau de dire il faut s'entraîner en musculation lorsque l'on fait de la course à pied. Les sportifs d'endurance, d'une façon générale, sont toujours, d'une façon globale, assez réticents à faire de la musculation parce qu’on a toujours cette peur de prendre de la masse musculaire, il y a cette notion qui est avérée par ailleurs, qu'il faut être léger pour être performant, ça c'est juste. Il n'empêche que faire du renforcement musculaire, toutes les études l'ont prouvé, est quelque chose d'indispensable, à la fois pour la performance et pour la prévention des blessures. Et évidemment, si on est moins blessé, on sera aussi plus performant. Donc infine, c'est quand même la performance qui est visée, mais même juste en termes de santé, la musculation est un plus et ce n’est même pas un plus, c'est un passage obligé et donc effectivement lorsque l'on fait de l'ultra sans doute ou du trail, sans doute encore plus que sur d'autres disciplines. Donc le coach de François d’Haene qui s'appelle Christophe Malardé, moi j'aime bien, quand il a utilisé cette expression, il disait les coureurs de route ou sur piste sont des berlines et les ultra-trailers sont des 4x4 et donc les 4x4 ils ont besoin d'un châssis qui est solide et donc de renforcement musculaire encore plus que les autres, je partage cette vie.
AnBé - Je pensais aussi aux entraînements, c'est vrai que j'ai dit, je ne parlerai plus de nutrition, mais il y avait quand même un aspect hyper intéressant, c'est de voir qu'on pouvait tout à fait entraîner sa digestion, la digestion de ce dont on allait avoir besoin pour un ultratrail. Donc on peut même entraîner les boyaux. (rires)
Guillaume Millet - C'est ça, ce sont des choses qui sont un petit peu plus récent. Peut-être qu'on en a un petit peu trop fait du coup par rapport à ça, mais apparemment oui c'est vrai. Si on s'entraîne à consommer des glucides à l'effort, on sera capable de le faire en compétition. Ça c'est valable surtout pour des courses un petit peu plus courtes, on va avoir besoin d'énormément de calories en même temps sur l'ultra, ce qui va compter avant tout c'est notre capacité à maintenir une alimentation dans le temps, comme on a dit tout à l'heure avec les petites astuces en termes alimentaires, de varier les saveurs, etc, tout ce dont on a parlé tout à l'heure.
AnBé - Ouais, tout à fait. La tête, donc ça on a abordé le sujet un petit peu, mais donc la préparation mentale des athlètes, ça j'avais lu un livre très bien fait d'un autre ultra trailer qui m'avait fait hurler de rire, c'est Dean Karnazes, j’écorche toujours son nom, je sais plus si c'est Karnazes ou Karnaze, l'américain. Tu vois qui c'est ?
Guillaume Millet - Oui, je vois qui c'est.
AnBé - Mais tu sais plus lequel ?
Guillaume Millet - Je crois que ce n’est ni l'un ni l'autre. J'aurais dit... Je ne saurais pas me dire mieux que comme, mais je ne suis pas sûr que ce soit un des deux.
AnBé - Enfin, très fier de ses origines grecques.
Guillaume Millet - Je l'ai peut-être même quelque part dans ma bibliothèque. (rires)
AnBé - Ultra Marathon man, à hurler de rire, il écrit bien.
Guillaume Millet - C'est ça, exactement.
AnBé - Et donc lui, il disait toujours les premiers kilomètres, on les court avec les jambes, les derniers on les court avec le cœur. Donc effectivement avec le mental en fait, c'est le mental qui fait tenir ou qui fait abandonner parce que c'est plus vraiment le physique qui tient. Évidemment, oui, il y a une préparation mais c'est vraiment la tête à un moment qui prend leur lait pour pousser la machine encore un peu plus loin que ce que la machine aurait envie de donner. Comment ça se prépare ça ? Je sais que ce n'est pas ton secteur spécifique mais tu dois quand même en connaître un petit bout dessus suffisamment pour déjà nous en parler un peu.
Guillaume Millet - Alors, moi, je crois que, comme pour le reste, il y a une composante génétique. C'est-à-dire qu'il y a des gens qui sont naturellement tough, comme dirait les anglo-saxons. C'est naturellement solide, mentalement.
AnBé - Dur à cuire.
Guillaume Millet - Et d'autres qui le sont un petit peu moins. Et comme pour le reste, ça s'entraîne et effectivement, c'est pas mon domaine d’activité, mais ce qu'on peut dire quand même malgré tout c'est que cette préparation mentale c'est quelque chose qui reste, j'en ai déjà un petit peu parlé tout à l'heure, mais qui reste largement sous-utilisé par les athlètes et quand les athlètes sont demandeurs, c'est pas forcément très facile de trouver des gens qui sont compétents ,alors maintenant il existe des diplômes universitaires de préparateurs mentaux etc, mais voilà, c'est compliqué quand même, je pense encore plus que la préparation physique. Or, on peut trouver assez facilement des gens qui sont compétents en préparation physique, mais parce que justement c'est un peu plus compliqué, c'est difficile de trouver. Déjà, c'est plus récent et je pense que c'est plus difficile de trouver des gens qui sont vraiment compétents en préparation mentale. Il y en a, on en connaît un certain nombre, on ne va pas citer de noms.
AnBé - Il n'y a pas de programme taille unique.
Guillaume Millet - Alors, l'entraînement, de toute façon, on n'est jamais une science, que ce soit l'entraînement physique ou l'entraînement mental, mais l'entraînement mental est encore moins documenté scientifiquement. On peut encore moins s'appuyer, et ça existe, bien sûr, des études, mais peut-être encore moins que dans le domaine physique. Je pense que les différences de performances des coachs mentaux sont peut-être encore plus importantes que dans les coachs physiques. C'est tout à fait gratuit ce que j'ai dit là, mais j'ai tendance à penser ça. Après, connaître les techniques de préparation mentale dont on a un peu parlé tout à l'heure, de self-talk, je ne sais jamais comment dit en français, d'imagerie positive, etc, toutes ces techniques, ça peut être d'hypnose, toutes ces techniques-là. Les connaître, c'est une chose.
AnBé - De visualisation aussi.
Guillaume Millet - Ensuite, la visualisation, les appliquer, c'en est une autre et ce que je sais, c'est que les bons coachs mentaux ont tendance à essayer de greffer cette préparation mentale sur des séances d'entraînement physique, justement. Ce n'est pas du travail à part qui se fait le physique d'un côté, la préparation mentale de l'autre. De plus en plus, il me semble, mais encore une fois, ce n'est pas vraiment mon domaine. Les deux sont imbriqués dans l'entraînement. Et ça a du sens de travailler comme ça.
AnBé - Oui, tout à fait. C'est comme ça que ça va devoir se travailler aussi sur le terrain.
Guillaume Millet - Avec l'utilisation par exemple d'image ressource, d'imagerie mentale ressource qu'on va utiliser à l'entraînement. Si on n'a pas l'habitude de le faire, c'est bien beau de se dire on connaît la technique et puis quand ça sera dur en course, je vais l'utiliser. C'est un peu comme l'alimentation. On pourrait reprendre l'exemple de dire, je sais ce qu'il faut manger, donc quand je serai en course, je vais manger le bon aliment. Sauf que si je ne me suis pas entrainé, si je n’ai pas vérifié que c’était effectivement ça qui me convenait, il y a des chances que ça se passe mal. La préparation mentale c'est la même chose, on peut se dire, oui j'utiliserai telle ou telle technique, telle ou telle image quand ce sera difficile. Or, ce sont des choses qui se travaillent comme le reste.
AnBé - Surtout qu'en plus, le mental va se ralentir aussi. Avec l'effort physique, c'est connu que le cerveau va commencer à s'organiser un petit peu autrement et ce n’est pas vraiment la fonction cognitive qui va être la plus active. Donc, si quelque part, c'est un peu comme si on ne s'était jamais entraîné à courir le marathon puis qu'on fait le marathon, les muscles, ils ne vont pas être d'accord. Si on n'a pas entraîné le cerveau à cette routine de visualisation ou d'image positive ou quoi, ce n'est pas en plein effort, il va s'y mettre quoi.
Guillaume Millet - Ouais, c'est ça. Alors ça, ça dépend un peu du niveau d’intensité, sur les efforts et puis la fatigue, c’est plutôt quand on arrive dans des situations de fatigue où cela devient compliqué et donc ça, il faut l’expérimenter effectivement à l’entrainement et c’est une des raisons pour laquelle moi j’ai proposé pour les coureurs d’ultra, le concept de weekend choc. Ce sont des blocs de 2 ou 3 jours, j’ai appelé ça weekend parce que en général les gens ont du temps le weekend, mais évidemment ça marche si on fait ça le lundi et le mardi. C’est 2 voir 3 jours où on va s’entrainer dans des conditions réellement spécifiques à son ultra et ça c'est vrai pour les aspects matériels, pour les aspects alimentaires, pour les aspects musculaires mais aussi pour les aspects mentaux et donc c'est notamment lors de ces week-end choc que l'on va aussi pouvoir travailler de façon très spécifique la préparation mentale.
AnBé - J'ai entendu quand même des trailers, ils me disaient, on fait une map de tout ce qu'on va faire à quel moment, à telle heure, il faut s'arrêter pour mettre la couche supplémentaire, etc. Quand tu es dedans, tu n’as pas envie de t'arrêter, tu deviens un peu comme un gosse déraisonnable.
Guillaume Millet - Ça c'est la théorie mais si on ne l'a pas mis en pratique, on n'arrive jamais à mettre en pratique ça, on n'arrive jamais à le faire de façon efficace en tout cas, si on ne l'a pas expérimenté et si possible plusieurs fois. Après ça s'appelle l'expérience mais plutôt que d'attendre de faire des erreurs en compétition, essayer de l'anticiper à l'entraînement c'est quand même une bonne idée si on veut éviter de s'inscrire à 15 courses avant de pouvoir en terminer une.
AnBé - Sinon c'est histoire, comme m’avait dit un trailer, avec son coach justement, ils avaient vu toutes les étapes à faire à ce moment-là en se disant sur le terrain, on n'aura pas envie d'être raisonnable. Alors c'est pour ça qu'il faut se souvenir du sois raisonnable qui a réfléchi ça à l'avance, et se dire il n'y a aucune concession avec moi-même. Ça, j'ai décidé qu'il faut le faire à ce moment-là pour de bonnes raisons, je le fais même si je n’ai pas envie de m'arrêter à ce moment-là. Mais j'y repense parfois quand même, tout bêtement, mais au boulot parfois, quand je vais avoir des semaines épouvantables, je prends la peine de planifier à l'avance et je me dis ça, ce sera sans concession, je vais dormir à telle heure, je vais ça, je vais ça, parce que je n’aurais pas envie à ce moment-là, ça je le sais déjà. Et je repense, je me dis tiens, ce sont les mêmes techniques qui peuvent servir un peu partout parfois, en transposant bien sûr à ma modeste échelle.
Guillaume Millet - Donc ça c'est bien d'avoir des plans, d'essayer de se tenir, c'est une discipline, une autodiscipline et c'est bien aussi de savoir en sortir quand les conditions l'imposent et ça, c'est vrai en ultra et c'est vrai dans la vie et moi je crois que l'ultra c'est une bonne école de la vie alors c'est très pompeux et je sais qu'il y a beaucoup de gens qui sourient quand on dit ça mais ça m'est égal moi je crois que c'est la vérité.
AnBé - Oui, oui, ah non, les balises, ce sont juste des balises, mais au moins, on se rend compte quand on sort des balises. Et on sait où on doit revenir parce qu'on sait où sont les balises. Si on n'a pas posé les balises, là, on part en sucette. Pour ces personnes qui sont en ultra-trails, est-ce qu'il y a des adaptations physiques auxquelles on ne s'attendrait pas ? Surtout que tu travailles avec des gens qui vont en altitude. On a parlé de l’UTMB, mais il y a beaucoup d'ultra-trails qui se font dans les montagnes, ils aiment bien ça. Et toi, c'est une des choses que tu étudies, c'est l'altitude, non ? Ou je me trompe ?
Guillaume Millet - Oui, alors ce n'est pas ma spécialité, mais ça m'est arrivé d'étudier notamment la fatigue dans les conditions d'hypoxie effectivement. Et donc la question c'était quelles sont les adaptations ?
AnBé - Oui, les adaptations auxquelles on ne s'attendrait peut-être pas. Les adaptations physiques en ultra, mais avec l'altitude. Est-ce qu'il y a des choses auxquelles on ne s'attendrait pas ?
Guillaume Millet - Non, le fait d'être en ultra, il n'y a pas de spécificité par rapport à l'altitude. Ce qui compte en altitude, c'est le temps qu'on y passe, c'est le stress hypoxique, c'est-à-dire la dose d'altitude, c'est la hauteur, le niveau d'altitude et le temps passé à cette altitude-là. L'altitude reste importante dans la performance, quel que soit le type de course mais peut-être un petit peu moins, moi j'ai tendance à dire peut-être un peu moins en ultra que sur des courses un peu plus courtes parce qu’une des raisons c'est que la vo2 max reste importante en ultra mais compte moins malgré tout donc la vo2 max est la puissance du moteur j'en ai parlé pour qu'il y en a un en disant que ça c'est vraiment quelque chose qui l'a aidé
AnBé - Oui. Et donc puissance du moteur pour ceux qui sont néophytes ou non-experts, tu peux nous la traduire en termes très généralistes.
Guillaume Millet - Oui, la VO2 max, c'est-à-dire la capacité à consommer une grande quantité d'oxygène par minute. Pourquoi c'est important ? Parce que c'est avec cet oxygène qu'on va produire de l'énergie, ce n'est pas juste ventiler, ce n’est pas juste respirer l'oxygène, c'est aussi le transporter dans son sang et puis le consommer au niveau de ses muscles. Donc il y a toute une étape, une succession d'étapes qui aboutissent à la consommation réelle d'oxygène par les muscles, en particulier les muscles des jambes, de course à pied et ça ce sont des choses qui comme toujours qui s'entraînent mais qui sont pour le coup très fortement dépendante de ces gènes et c'est là où Kylian a été bien doté par la nature parce que lui il a une grosse VO2 max qui l'a entraîné par ailleurs et cette VO2 max peut être améliorée aussi par l'altitude et en particulier parce qu'on va augmenter notamment pour des gens qui ont des niveaux de transporteur de l'oxygène qui sont les globules rouges faibles, et bien on peut avec l'attitude améliorer un petit peu ça et donc améliorer sa performance. Mais comme la VO2 max, c'est à dire la puissance de ce moteur, est moins importante sur l'ultra que sur le court, alors on peut se dire que l'attitude est un petit peu moins important sur le très long, mais elle reste un paramètre parmi d'autres, une des méthodes d'entrainement que l'on peut utiliser et que l'on doit utiliser si on veut tout optimiser.
AnBé - Les battements de cœur de quelqu'un qui fait de l'ultra-trail, ça doit être autour de 50, entre 40 et 50 ou quoi ?
Guillaume Millet - On repos, tu veux dire ?
AnBé - Ah ouais. Ils doivent avoir développé une sacrée casse aussi, là.
Guillaume Millet - Au repos, non, c'est même plutôt autour de 30, plutôt que 50.
AnBé - Autour de 30 ! Ils font biper toutes les machines s'ils vont à l'hôpital. (rires)
Guillaume Millet - C'est ça, exactement. (rires)
AnBé - Oui, oui, oui. Autour de 30, carrément ! Wow !
Guillaume Millet - 30, 35, alors 30, c'est un peu exceptionnel, mais 35, moins de 40, en tout cas, c'est pas du tout exceptionnel.
AnBé - Et à l'effort il monte à combien alors ?
Guillaume Millet - Alors, l’efforts, ils ne montent pas forcément très haut, déjà parce qu'ils ne font pas forcément beaucoup d'efforts très intenses. Et puis, le fait de faire énormément d'endurance va limiter justement la fréquence cardiaque maximum. Donc, ils ont plutôt des fréquences cardiaques maximales qui sont relativement basses.
AnBé - De l'ordre de ?
Guillaume Millet - Ça dépend de l'âge, donc ça dépend s'ils sont jeunes ou pas, mais de l'ordre de, ça peut être aussi bas que 170 par exemple ou 175 qui est très bas pour une fréquence cardiaque maximale.
AnBé - Ah oui. Wow. Ça c'est intéressant aussi. Est-ce que t'as des anecdotes, des gens qui n’ont pas nécessairement été des champions, mais des histoires de courses qui t'ont inspiré ou qui t'ont fait faire des déclics ? Je dis wow, ça c'est intéressant, ou quelque chose que tu as salué, des choses mémorables dans les ultra-trails dont tu as été témoin, où tu as entendu parler, des histoires pour nous faire rêver ?
Guillaume Millet - Ouais, des histoires. Ce ne sont pas des histoires qui font forcément rêver, qui peuvent faire un peu peur ou Il ne faut pas s'en aspirer. Mais il y en a plusieurs. Je peux te dire, par exemple, qu'un des coureurs, quand j'ai fait ma première étude scientifique sur l'UTMB, j'avais à peu près le même niveau de performance qu’un coureur qui s'entraînait à peu près 25 à 30 heures par semaine et un autre qui s'entraînait trois heures par semaine. Et ils ont fini à peu près dans le même temps. Voilà, et ça a montré aussi, mais encore une fois ce n'est pas à conseiller, que l'on peut terminer l'UTMB en s'entraînant trois heures par semaine. Je pense qu'il ne me mentait pas, je le connais, c'est devenu un ami, je pense qu'il n'exagérait pas quand il disait ça. C'est quelqu'un que je connaissais un petit peu sa vie professionnelle par ailleurs.
AnBé - Mais plus blessé à la fin ou quoi ? Enfin après ?
Guillaume Millet - Pas forcément, c'est quelqu'un qui était très solide, bon voilà, et qui a réussi en tout cas à terminer plusieurs UTMB en s'entrainant en très peu. Et ce qui vient un petit peu démystifier l'effort ou l'exploit que représente un UTMB. Donc je sais que les gens n'aiment pas en général que je parle comme ça, parce que justement souvent on est fier et à juste titre, il y a de quoi, de terminer une course aussi exceptionnelle que ça. Mais c'est pour ça que, enfin pas pour cette raison là en particulier, C'est un des éléments qui me fait dire que tout le monde est capable de terminer l’UTMB. Je répète, c'est important que je ne conseille pas de s'entraîner 3 heures par semaine quand on est inscrit en UTMB. Il faut le préparer comme il faut ou un 100 miles, on ne va pas toujours parler que de l’UTMB quand même. Ça reste quand même la course iconique.
AnBé - En tout cas, c'est une bonne leçon que se comparer n'a pas beaucoup de sens finalement. Je crois que d'ailleurs tous les grands champions finissent par le dire. On se bat envers soi-même et pas avec les autres. On est toujours contents quand on se tire la bourre me disait François D’Haene avec Kylian Jornet. Ils aiment bien, ils m’ont dit oh la la, la presse aime bien de nous mettre un peu rivaux, mais en fait, on est potes et on adore ça. Voilà, se challenger un petit peu. Parce que je crois que ces grands-là ont compris qu'effectivement, il ne faut pas se comparer, ça n'a aucun sens.
Guillaume Millet - Et puis une deuxième anecdote, c'est par rapport à la privation de sommeil assez majeure. Ce n'est pas sur des formats 100 miles, mais sur des formats plus longs de type tor des géants. Et moi, je l'ai vécu personnellement puisque j'ai participé au premier tor des géants en 2010. Donc, je sais ce que c'est qu'une vraie privation de sommeil majeure. C'est-à-dire, j'ai dormi 2h40 pendant 87 heures, les 87 heures qu'ont duré la course. Avec des hallucinations qui peuvent arriver plus tôt que ça, mais moi c’étaient des vraies hallucinations, ce n'étaient pas des hallucinations au sens commun du terme, c'était plutôt je ne savais pas si je courais ou si je rêvais que je courais pendant, et ça, ça a duré pendant une heure, peut-être un peu plus, jusqu'à ce que j'arrive dans un refuge où je me resynchronise, en fait, et que je me dise, ben non, finalement, en fait, c'est la vérité. Mais il y avait un tel décalage entre ce que je vivais et puisque je pensais vivre, c'est-à-dire que je m'étais mis un peu, alors c'était pas à la montre, mais j'imaginais arriver au refuge dans un certain laps de temps et puis je voyais que j'y arrivais pas, que j'y arrivais pas, que j'y arrivais pas et je me disais bon c'est pas possible, il y a un truc qui va pas, il y avait une réelle dissonance cognitive et donc du coup je me suis dit ben si ça se trouve tu es en train de rêvé que tu cours et quand je suis arrivé au refuge, je me suis rendu compte que non, c'était bon. Je courais vraiment. Et du coup, toujours sur la privation de sommeil, l'année d'après, un des collègues qui était aussi troisième de la course a dormi encore moins que moi, je pense. Et pour le coup, lui il n'est pas allé au bout. Il était tellement en privation de sommeil. Déjà, premier choix incroyable qui montre à quel point le cerveau peut être très perturbé quand on dort si peu et qu'en plus on fait des efforts, puisque ce n'est pas seulement la privation de sommeil, ce sont les efforts qui sont associé à ça. Il avait trois heures d'avance, je crois, sur le quatrième. Il aurait pu dormir facilement une heure et repartir, mais il a fait le mauvais choix de repartir tout de suite. Deux kilomètres après, il s'est couché sur le chemin. Ça, ça n'arrive jamais dans d'autres sports. Sauf si tu fais un infarctus ou un coup de chaleur, mais tu en arrives toujours à continuer un petit peu, mais lui, il n'a pas pu. C'est-à-dire qu'il a sorti sa couverture de survie et il s'est couché sur le chemin. L'anecdote, c'est qu'il m'a appelé on se connaissait un petit peu, il m'a appelé, il m'a laissé un message et c'était déjà tard dans la nuit, donc moi j'ai eu le message que le lendemain et quand j'ai écouté le message, je me suis dit il est mort, j'étais certain qu'il était mort. Et en fait il a eu de la chance, j'ai effacé malheureusement depuis le message mais j'ai fait écouter à plusieurs personnes et heureusement pour lui il n’était pas en altitude, il faisait beau, il ne faisait pas froid etc et donc les secours ont pu aller le chercher. Mais en tout cas, il était incapable de faire un pas de plus. Et donc voilà, c'est un des cas où la chasse d'eau qui, normalement, a cette réserve de sécurité qui nous empêche d'aller trop loin dans l’effort, évite que la chasse d'eau déborde, là lui, la chasse d'eau avait débordé pour de vrai. Alors il n'en est pas mort, mais il aurait pu.
AnBé - Ah oui, moi ce qui me fascine, ce sont les gens qui tiennent avec la tête, jusqu’au bout. Qui vraiment arrivent à se pousser avec.
Guillaume Millet - Il était vraiment allé loin et on fait les mauvais choix. On fait les mauvais choix. D'habitude, on a quand même notre cerveau qui nous protège. Et là, c'était vraiment la chaleur. La chaleur peut aussi faire ça, mais dans ce cas-là, c'était la privation de sommeil qui peut vraiment nous mettre la tête à l'envers, comme on dit.
AnBé - Oui oui tout à fait. Ah oui non non mais la tête à un moment ça ne sert plus à rien non plus. Je veux dire c'est vrai que parfois c'est impressionnant de voir ce que les gens se sont mis dans la tête pour continuer même quand tout le reste voulait arrêter quoi. Ça ce sont toujours des belles histoires aussi. Merci pour ces partages !
Guillaume Millet - Ouais bah typiquement ça tu as dû en entendre parler de cette histoire qui est assez extraordinaire, ça a donner lieu à un film dont le nom le nom m'échappe, mais ce jeune qui est resté coincé dans un dans un canyon aux états unis et qui arrivait pas se dégager qui a attendu un jour, deux jours, trois jours et puis au bout d'un moment, personnes ne venaient le chercher il en était rendu à ce à se couper lui-même le poignet avec un tournevis pas très bien aiguisé pour pouvoir se dégager. Quand la survie est en jeu, effectivement, le cerveau est capable de faire des choses comme ça. C'est pour ça qu’en condition normale, quand on est très motivé pour une course, en fait, c'est vraiment quand on dit que c'est la tête qui commande, ça veut dire ça. C'est-à-dire que la tête n'est rien si elle n'a pas un organisme solide. On ne peut pas en travailler de mental. Ça n'a aucun sens si on ne travaille pas le physique en même temps. On ne peut pas gagner une course au mental. Ça, ce n'est pas vrai. C'est avant tout le physique.
AnBé - Oui oui.
Guillaume Millet - Mais au final, c'est quand même le mental qui décide de nous faire ralentir. C’est le mental qui décide, en tout cas sur les disciplines d'endurance, sur les disciplines plus courtes, c'est un peu différent, mais sur les disciplines d'endurance, c'est le mental qui nous dit, là tu vas ralentir ou tu vas t'arrêter et tu vas lâcher. Et on a toujours cette réserve de sécurité qui nous empêche d'aller trop loin. La seule façon, mais évidemment c'est un peu compliqué à étudier d'un point de vue scientifique, la seule façon de vérifier ça, c'est de se mettre en danger de mort. Et là effectivement, on peut éventuellement aller jusqu'à faire des choses comme ce jeune qui s'est coupé la main.
AnBé - C'est dingue. J'ai des questions de mes petites filles pour toi. Je leur demande toujours de s'intéresser à mes invités parce que je trouve qu'elles ont toujours des questions que nous, on ne penserait pas. Et puis c'est une manière aussi de les éduquer autrement. Donc je te présente des questions d’Amandine, 8 ans.
Amandine, 8 ans - C'est quoi le plus important pour courir longtemps ?
Guillaume Millet - C'est quoi le plus important Amandine pour courir longtemps ? C'est un petit peu ce que j'expliquais à ta maman, c'est d'avoir les bonnes capacités pour ça. C'est-à-dire que si ça se trouve, toi tu es doué pour courir vite où tu es doué pour courir longtemps. Naturellement, c'est dans tes gènes. Donc ça, il faut regarder si tu veux le savoir. Il faut regarder par exemple ce que fait ta maman et ton papa. Si ce sont des gens qui aiment courir longtemps, il y a des chances que tu sois un petit peu doué pour ça. Si ce sont des gens qui aiment plutôt les sports où on va très vite, le sprint, et bien peut-être que c'est un peu l'inverse, que tu seras moins doué pour les efforts longs, mais que tu seras un peu plus doué pour les efforts courts et explosifs. Et puis après, c'est, comme on en discutait aussi avec ta maman, c'est est-ce que tu aimes t'entraîner longtemps. Et ça, tu le sauras, ce n'est pas la peine de le faire déjà à 8 ans. Il faut le faire plus tard. On ne va pas commencer à courir longtemps à 8 ans, au contraire, il faut chercher à t'amuser et à te développer, faire le plus de sport possible pour être la plus débrouillard dans un maximum de qualité physique et de qualité motrice. Et quand tu seras plus âgé, si tu as envie de faire des sports d'endurance, tu seras naturellement attiré vers ça si tu es aussi un petit peu doué pour ça. Moi, je crois beaucoup à ça.
AnBé - D'accord, merci. Et maintenant la question de Valentin, 10 ans.
Valentine 10 ans - Bonjour, est-ce que tu as des astuces pour moi pour courir ?
Guillaume Millet - Des astuces ?
AnBé - Oui. Elle a très envie de courir. Elle commence à courir avec nous et elle fatigue assez vite, elle fait des très longues foulées. Alors, les petits trucs... Elle fait des longues foulées et elle tape fort le pied.
Guillaume Millet - Des astuces pour courir. Alors ça, il faudrait que je la voie courir pour pouvoir éventuellement lui conseiller potentiellement de changer sa foulée. Mais globalement, faire effectivement des petits pas. Si elle fait des trop grands pas, ça peut être une petite astuce. Utiliser, alors ça, ce sont plutôt des astuces pour tes parents, pas la peine d'utiliser des super chaussures high tech etc. Des chaussures, les plus simples possible seront les meilleures et puis là aussi c'est plutôt pour tes parents, t'emmener courir sur des endroits où il y a plein de choses à voir pour que le temps passe plus vite, plutôt que de tourner sur une boucle dans un parc, si vous avez la possibilité, allez dans la nature, si vous avez la chance de croiser des animaux et qu'il y a plein de choses à voir, il y a des chances que tu aies plus envie de courir que si on te force. Je n'ai pas l'impression que ce soit le style de ta maman de te forcer à courir, j'espère que ce n'est pas le cas à 10 ans, mais il faut que tu aies envie de le faire, ça peut être une bonne solution pour ça, c'est de regarder un peu ce qu'il y a autour de toi.
AnBé - Ah bah super, merci pour elle. Est-ce qu'il y a une citation que tu aimes bien dans le sport, que tu observes de si près des choses que tu dis souvent aux athlètes que tu suis ?
Guillaume Millet - Une citation, non pas particulièrement. Non, ce que j'aime bien dire, c'est qu'effectivement, je l’ai déjà un petit peu dit, on est tous faits pour quelque chose, et donc il faut respecter un peu sa génétique, en tout cas si on veut être performants, et qu'on est tous capables de faire des efforts, même si on n'est pas forcément doués pour ça. En tout cas, moi je me bats contre le fait dire que faire un UTMB, par exemple, c'est un exploit. Pour moi, ça paraît un exploit, essentiellement parce qu'on est dans une société où le moindre effort physique paraît démesuré. Depuis 70 ans, on a tellement diminué notre niveau d'activité physique de façon collective, pour les raisons que l'on connaît. Tous les transports se font de façon passive maintenant, ce qui n'était pas le cas encore il y a quelques décennies en arrière. Ce qui fait qu'on est devenu très mauvais, on a des capacités physiques qui ont diminué, y compris chez les enfants. C'est ça qui est encore le plus inquiétant, mais c'est évidemment vrai chez les adultes. Je ne parle même pas des problèmes de surpoids, d'obésité, etc., mais ça va avec. Et donc, si on a l'impression que ces efforts très longs sont des efforts surhumains ou extrêmes, c'est avant tout de mon point de vue parce qu'on n'est plus du tout apte physiquement, collectivement, à faire ça. Et en d'autres termes, l'UTMB aurait paru beaucoup moins difficile à nos aïeux qu'à nos contemporains. Ce n'est pas une citation, mais c'est une réflexion.
AnBé - Ouais, ouais, c'est sidérant, j'avais lu un truc, c'est quoi, en 50 ans, je ne sais pas si même pas 45% de nos capacités physiques, on avait diminué ça de autant. Ah bah justement, le développement des transports, être énormément assis devant un écran où tu ne bouges même pas la tête à la limite, c'est affreux.
Guillaume Millet - Chaque décennie, les lycéens, les collégiens perdent une grande partie. Quand on compare les qualités physiques des enfants et des parents au même âge, chaque génération, on a une diminution de ces qualités physiques. C'est en partie lié au fait que globalement la courbe de poids augmente, mais pas que, c'est les deux. C'est une moins bonne alimentation et un niveau d'activité physique qui diminue et ce n’est pas le confinent qui a amélioré les choses mais c'était bien avant ça c'était vrai bien avant le confinement
AnBé - Non, non, clairement. Dans le monde de l'ultra, quels sont les conseils ou avis que tu entends souvent et qui sont erronés ? Surtout à ne pas écouter ! Quelque chose qui te met en boule. Comme mettre du beurre sur les brûlures pour mon mari qui est médecin.
Guillaume Millet - C'est de s'entraîner beaucoup alors qu'on n'a pas forcément le passé sportif, ni les conditions de récupération pour le faire. Donc là on va un peu droit dans le mur. C'est à dire qu'à un moment donné, je pense que si on n'est pas dans les bonnes conditions pour préparer un ultra, il faut tout simplement reporter son projet. Ce n'est pas la peine quand on a quatre enfants en bas âge, un métier prenant, etc. de vouloir absolument préparer l'UTMB, peut-être que ça viendra plus tard quand les enfants seront grands, etc, mais c'est quand même prendre le risque de se mettre un petit peu dans le dur. Et souvent, pas souvent, mais je n'en sais rien, mais en tout cas, ça peut être pour de mauvaises raisons. C'est-à-dire simplement pour pouvoir dire j'ai terminé le UTMB et donc checker ça sur ma to-do list. Bon, moi, j'ai un peu du mal avec ce type d'approche. Il faut être dans des bonnes conditions quand on veut préparer ça. Les autres choses qui me... C'était quoi la question ?
AnBé - Des conseils à surtout pas suivre, qu'on entend souvent, mais surtout, attention.
Guillaume Millet - Je ne sais pas, on entend tellement de choses qui sont fausses qu'il y en aurait beaucoup. (rires)
AnBé - Laquelle choisir ? (rires)
Guillaume Millet - Laquelle choisir, c'est ça. (rires) Non, c'est le plus d'entraînement et le mieux. C'est vrai que statistiquement, c'est vrai, mais simplement parce qu'en général, ceux qui sont de haut niveau ont les meilleures conditions pour s'entraîner, donc s'entraîner et on voit un plus grand passer, donc s'entraînent plus. Mais voilà, c'est un peu comme l'histoire de la vitesse et de la longueur de la foulée. Effectivement, ceux qui vont le plus vite ont les plus grandes foulées, mais ce n'est pas parce qu'on va augmenter sa longueur de foulée qu'on va aller plus vite. Ce sont parfois juste des relations, des corrélations, relation de causalité entre les deux. Donc ça, ça peut être un autre exemple effectivement de dire sur la technique, changer ta technique absolument alors que souvent on est quand même assez bien soi-même capable de juger ce qui est la bonne technique. Alors on l'entend un petit peu moins maintenant mais l'utilisation des bâtons en ultra par exemple, ça ne vaut pas le coup de prendre des bâtons parce… Il se trouve que maintenant ils utilisent à nouveaux mais à l'époque les utilisez pas et donc vouloir copier ce que font absolument les champions, sans réfléchir et sans se demander pourquoi ils le font, ça n'a aucun sens. Donc oui, si vous faites de l'ultra et que c'est autorisé, prenez les bâtons et ça va vous protéger, ça va améliorer votre performance et économiser vos genoux. Donc bon, on peut en citer plein des exemples comme ça.
AnBé - Oui, oui. Donc bien se renseigner auprès de vrais spécialistes, ce n’est parfois pas plus mal, plutôt que les recettes de grand-mère.
Guillaume Millet - Ou acheter un bon livre qui s'appelle Ultra Trail, plaisir, performances et santé. Ça c'est la meilleure.
AnBé - Ah, mais voilà ! (rires)
Guillaume Millet - Je plaisante. (rires)
AnBé - Non mais non mais non, il n'y a pas de problème. J'aime bien de toute façon mettre en avant le travail de l'invité donc il n'y a pas de souci. La référence est prise, je la remettrai même dans les notes de l'épisode pour ceux qui ont envie de trouver ce livre, qui m'intéresserait bien aussi d'ailleurs, qui est paru aux éditions ?
Guillaume Millet - Aux éditions Outdoor Edition.
AnBé - Outdoor édition, j'aime beaucoup ce nom. Est-ce qu'il y a une question que je ne t'ai pas posée et que tu aurais aimé que je te pose ?
Guillaume Millet - Non, écoute, je pense qu'on a déjà parlé de pas mal de choses. Bon, évidemment, le livre est à 400 pages, donc on ne peut pas parler de tout en une heure. Mais on a abordé un bon nombre de sujet, moi effectivement j'aime bien parler du sommeil, j'aime bien replacer l'effort que représente en ultra dans son contexte, notamment dans un contexte, comment dirais-je, sociologique, avec un petit S, de dire voilà ce n’est pas parce qu'on fait l'UTMB qu'on est un surhomme, c'est oui c'est peut-être que les autres sont en train de devenir des... alors je n'ai pas utilisé des termes comme ça parce que c'est risqué, ce n'est pas du tout ce que je veux dire mais en tout cas où il y a vraiment besoin, même si ce n'est pas tout à fait le débat du jour, malgré tout ça l'est un petit peu justement pour ça, c'est à dire qu'il y a vraiment un fort besoin de remettre nos contemporains à l'activité physique et du coup si tout le monde se remet à l'activité physique, ils se rendront compte que finalement l'UTMB ce n'est pas si difficile que ça.
AnBé - Oui, ça te l'a bien expliqué. J'ai beaucoup aimé, d'ailleurs. C'est ça que je me dis. C'est dur, c'est vraiment difficile. Tu te lèves, ça y est, tu as un travail du bureau, tu es devant ton ordinateur, après, faut courir, souvent, en voiture, heureusement, c'est à vélo, chercher les enfants à l'école, revenir, tu t'assieds pour faire les devoirs, puis tu es debout devant tes fourneaux pour préparer à manger quelque chose d’un peu d'équilibré. Et puis après, c'est fou, c'est très difficile.
Guillaume Millet - Je ne suis pas en train de culpabiliser les gens,
AnBé - Absolument pas, mais je dis même moi qui aimerais,
Guillaume Millet - C’est pas du tout ça. Ce sont plutôt les politiques qui sont en cause.
AnBé - Je me dis qu'on a quand même des modes de vie qui sont... Oui.
Guillaume Millet - Il y a beaucoup de choses qui pourraient être faites et qui auraient même du sens d'un point de vue économique. Ce n’est pas uniquement pour le bien-être, évidemment. Ce qu'on veut, c'est que les gens soient en meilleure santé et soient plus heureux. Mais même d'un point de vue économique, ça aurait du sens. Sauf que c'est sur des visions politiques à long terme. Et ça malheureusement nos politiques quel que soit le pays, ce ne sont pas des champions pour ça. A quelques exceptions près.
AnBé - Ouais, c'est moche. Moi, ce qui me rend dingue, c'est vrai que ce sont les enfants à l'école qui bougent tellement peu et à qui on reproche parfois de ne pas tenir en place sur leur chaise. J'ai dit mais heureusement, ça veut dire qu'ils sont normaux ! Mais non, je trouve qu'il faudrait vraiment faire bouger les enfants beaucoup, beaucoup plus. Déjà nous, mais en plus eux, je trouve que c'est inhumain. C'est la période de la vie où il doit vraiment bouger et pas rester assis. Même si c'est très important qu'ils apprennent, il y a moyen d'apprendre autrement. Autre débat, comme tu disais.
Guillaume Millet - On est bien d'accord.
AnBé - Quelles sont les choses sur lesquelles tu vas travailler dans les prochains mois ici? Quelle est ton actualité ?
Guillaume Millet - Mon activité, outre le suivi des athlètes Salomon, qui reste une activité annexe pour moi. Mon travail principal, c'est mon travail de professeur de physiologie d'exercice à l'Université de Saint-Etienne. De plus en plus, alors moi, ma spécialité, c'est la fatigue. Et de plus en plus, la fatigue pour le coût des patients. Des patients qui ont souvent des maladies chroniques donc on est en train de travailler sur une solution digitale pour remettre les gens à l'activité physique, que ce soient les gens sédentaires d'ailleurs ou les personnes atteintes de maladies chroniques. Et puis voilà comment essayer d'améliorer la prise en charge et notamment via l'activité physique. Donc ça rejoint tout à fait la discussion que l'on vient d'avoir sur le niveau d'inactivité et de sédentarité de nos contemporains. Et voilà, c'est une des conséquences de ça, outre le mal-être et le niveau catastrophique des qualités physiques, c'est la fatigue. Parce que contrairement à ce que l'on pourrait croire, le moins on est actif et le plus on est fatigué.
AnBé - Ah oui.
Guillaume Millet - Et donc l'activité physique est un des moyens de diminuer la fatigue chronique. Et voilà, c'est sur ces sujets-là que je travaille en ce moment, depuis quelques années déjà, mais il y a tellement à faire dans ce domaine que,
AnBé - Bah écoute, je vais peut-être lire tes trucs parce qu'il y a moins de...
Guillaume Millet - Il y a tellement à faire dans ce domaine
AnBé - Ah bah ça, dis. Croissant une insomniaque chronique serait très intéressé. Ah oui, depuis que j'ai eu mon premier enfant.
Guillaume Millet - Alors le sommeil c'est une partie seulement du problème. Et puis à côté de ça j'ai quand même des activités qui sont plus en lien avec ce que je fais avec Salomon mais d'un point de vue universitaire. J'aime bien quand même travailler sur la course à pied et sur l'athlète, ce n’est pas seulement chez les patients.
AnBé - Alors ceux qui sont intéressés par le fait de suivre ton travail, ben je vois que tu es présent sur LinkedIn, je ne sais pas si tu y publie de temps en temps ou si il y a le livre.
Guillaume Millet - Si, si, je suis assez actif sur LinkedIn, je suis actif sur Twitter aussi, mais tout ça tu pourras le mettre sur l'épisode j’ai un site internet aussi, kinesiologi.com
AnBé - Ah bah ça va, oui, je mettrai tout ça. Je demanderai de m'envoyer les liens vers les profils et comme ça je les remettrai bien dans les notes de l'épisode et comme ça ce sera facile de te retrouver pour ceux que ça intéresse et il y en aura certainement. Voilà, un grand, grand merci pour ton temps aujourd'hui.
Guillaume Millet - Voilà, avec plaisir.
AnBé - C'était très intéressant.
Guillaume Millet - Merci pour tes questions. C'est une très bonne idée, les questions de tes filles. Ça, c'est original.
AnBé - (rires)
Guillaume Millet - Ça me fait penser à l'émission, c'est ça qui t'a inspiré d'ailleurs, l'émission de France Inter, maman, les petits bateaux.
AnBé - Non, j'ai été inspirée de personne, c'est juste que j'ai deux petites filles et que je n'aime pas du tout l'éducation qu'elles reçoivent à l'école où ça ne bouge pas, ou c'est un peu trop formaté.
Guillaume Millet - Cherche sur Maman les petits bateaux. France Inter, ça fait 15 ou 20 ans qu'il y a une émission où ce sont justement des enfants qui posent des questions à des invités comme ça.
AnBé - Mais oui, j'ai déjà entendu ça, je me souviens un long trajet en France.
Guillaume Millet - Donc ça ressemble exactement au type de questions qu'ont posés tes filles. C'est marrant.
AnBé - J'étais tombée là-dessus et c'était bien intéressant. Je vais le re-télécharger pour le trajet qu'on va faire en partant à Bagnulge cet été. Comme ça. Parce qu’on ne prend pas l'avion, non, non, on essaie d'éviter ça. Ça aussi, ce sont des choses qui évoluent bien dans le sport, dans l'ultra. Je crois que c'est Kilian aussi qui en parle pas mal. D'essayer d'avoir une manière un peu plus raisonnée. Voilà, au point du CO2, ce n’est pas neutre pour l'instant ce monde-là donc c'est intéressant qu'il y ait des réflexions qui s'enclenchent aussi là-dessus. Mais ça, on ne va pas en parler aujourd'hui. En grand merci encore.